Le grand jour.

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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TEEGER59
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Le grand jour.

Message par TEEGER59 »

Coucou tout le monde!
J'étais partie pour réaliser un petit "one shot" mais, de fil en aiguille, les idées fusent et le récit s'allonge considérablement. Je vais donc le fractionner pour éviter le pavé indigeste.
Bonne lecture!

22 juin 1546, Barcelone.

Le jour qui se leva sur la Catalogne proclamait la perfection de l'art du Créateur. À une aurore qui semblait refléter les roses de tous les jardins dans leurs nuances différentes, et cependant accordées, succéda l'immense soie changeante d'un ciel à l'azur indicible que le soleil au solstice caressait sans en briser la profonde couleur.
Ce dais fabuleux, semblable à celui qui presque dix ans auparavant, avait présidé aux épousailles d'un marin appelé Mendoza, paraissait une coupole céruléenne au-dessus des miliers de toits de la cité couronnée. L'air était d'une douceur exquise et les hirondelles passaient comme de minces flèches noires dans ce tableau idyllique.
Barcelone, lavée de frais, parée comme une mariée, ressemblait, dans l'écrin vert de ses collines piquées de noirs cyprès et de la mousse argentée des oliviers, à quelque coffre ouvert sur le trésor d'un empereur.
À l'approche de la San-Joan, les réjouissances s'emparèrent de la ville dès le matin. Pas une maison, jusqu'aux plus pauvres, qui ne fût ornée de tout ce qu'elle possédait, même de simples bouquets de feuillages ou d'une guirlande d'églantines entourant une effigie du saint.
Pour ajouter à la gaieté, des bandes de musiciens jouant de la viole, du fifre ou du tambourin couraient les rues et s'arrêtaient aux carrefours... le plus près possible des fontaines car, pour les festivités, celles-ci laissaient couler du vin à la place de l'eau...
Mais à cet instant, l'effervescence qui régnait sur la Plaça del Pi n'avait rien à voir avec les préparatifs de la fête des feux du lendemain soir...
C'était jour de marché. Sur la petite place ombragée de pins dont les aiguilles persistantes, d'un vert foncé, apportaient leur fraîcheur, des paysannes se tenaient assises, droites et fières comme des statues grecques au milieu de paniers plats où piaillaient des volailles et de corbeilles où, auprès de grosses olives juteuses, s'étaient déversées toutes les richesses de la campagne et des jardins. Groupés sous les conifères, de petits ânes débâtés attendaient placidement qu'il fût l'heure de rentrer au mas. Les voix joyeuses se renvoyaient des plasanteries et, quelque part, une chanson voltigeait, soutenue par un air de flûte...
La Plaça Santa Maria, elle aussi, était pleine d'une vie bruyante, riche et colorée où ne résonnait aucun pas ferré de troupe en marche. On allait célébrer tout autre chose en ce lieu. L'heure fatidique approchait et une jeune femme, vêtue comme une princesse, faisait nerveusement les cent pas sur le parvis de la Catedral de la Ribera. Ne manquait plus que le padrino* ; en retard comme à l'accoutumée, et le prêtre ; offrant indubitablement son aide et son temps aux plus démunis à la Casa de la Pia Almoina*: il instruisait les enfants nécessiteux, évangélisait les soldats, et soignait tous ceux qui faisaient appel à lui. Sa réputation de thaumaturge étant grande, les aveugles, les sourds-muets et les infirmes venaient à lui, et il les guérissait.
Dans son costume noir, l'homme qui allait accompagner la jeune femme jusqu'à l'autel prenait son mal en patience, assis sous le tympan du porche principal. Il tentait de l'apaiser comme il pouvait. Celle qu'il se plaisait jadis en secret à nommer sa fille était devenue une créature vraiment magnifique. Cet homme avait un surnom, "Juanca", mais il n'était utilisé que par son épouse ; l'usage s'en était accru depuis leurs noces et ce n'était pas tant un sobriquet qu'un appellatif hypocoristique, forgé sur la prononciation babillante de "Juan-Carlos". Avec les années, ce dernier avait pris un peu de poids et quelques rides tandis que ses épais cheveux noirs commençaient à s'argenter, mais il conservait une grande vitalité et une étonnante puissance de travail.
Non loin de là, aussi fébrile que sa promise, le futur marié leva les yeux au ciel. La journée s'annonçait chaude, splendide et pourtant, il avait la chair de poule. Un frisson parcourut son corps en entendant le chant d'une cloche retentir majestueusement, annonçant le début imminent de l'office. Cette unique volée, empreinte d'émotion et de solennité, forgea un lien mélodique entre amour et tradition, témoignant de l'engagement des futurs époux.
En ce jour particulier, elle semblait sonner de façon différente... Ou bien était-ce lui qui l'entendait autrement? Le jeune Espagnol imaginait aisément le bedeau ; portant la longue robe rouge de sa charge, se pendre de tout son poids à la grande corde et se laisser emporter par elle. Il regarda les tours octogonales de la basilique gothique. Elles fermaient la façade principale des deux côtés ; grandes, élancées, légères, qui s'étrécissaient à mesure qu'elles s'élevaient vers le ciel ; ouvertes aux quatre vents grâce aux fenêtres en ogive ; ceintes de balustrades à chaque niveau et achevées par une terrasse. Lorsqu'il était enfant, le père Rodriguez lui avait dit qu'elles étaient des plus simples, dépouillées, sans aiguille ni chapiteau, naturelles comme la mer dont elles protégeaient la patronne, mais imposantes et fabuleuses.

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Il avait désormais vingt-six ans. C'était un homme grand, fort et beau. Depuis la fin de la quête des cités d'or, il vivait à Patala pour et par la confrérie de son meilleur ami, son métier et sa bien-aimée.
Vêtue de ses plus beaux atours, la foule se rassemblait ; certains entraient dans l'édifice, d'autres, comme Esteban, restaient dehors à l'admirer et à écouter la musique de sa cloche. Les mouvements de la presse faisaient surgir de vieilles connaissances, bientôt remplacées par d'autres avec lesquelles on reprenait les mêmes phrases. Entre deux cadeaux*, l'Atlante serrait contre lui la señora Isabella Laguerra* qui arborait un joli ventre rond. La brise marine étant encore fraîche à cette heure, elle grelottait tout en attendant, ce qui découvrait un peu ses lèvres charnues qu'elle avait coutume de mordiller à ses moments de silence. Ses cheveux, dont les deux bandeaux noirs semblaient chacun d'un seul morceau tant ils étaient lisses, étaient séparés sur le milieu de la tête par une raie fine, qui s'enfonçait légèrement selon la courbe du crâne ; et, laissant voir à peine le bout de l'oreille, ils allaient se confondre par-derrière en un chignon abondant, avec un mouvement ondé vers les tempes, que l'Élu remarqua là pour la première fois de sa vie.
Derrière eux se tenait l'impétueux naacal qui venait d'arriver avec son inséparable ami. Animal de compagnie en mission, Pichu, sur son maître perché, tenait en son bec un branchage...
Finalement, le prêtre se présenta à l'heure, lui aussi. Plutôt mince, il était revêtu de l'aube, de l'étole et du manipule. Accompagné de son clerc, il se rendit à la porte de l'église devant laquelle les futurs époux, accompagnés de leurs proches, l'attendaient avec leurs invités. En l'apercevant, Zia eut l'impression qu'une main invisible ôtait de ses épaules le poids de fatigue et d'angoisse qui les accablait depuis quelques minutes. Dès lors, elle put s'accorder le droit de respirer un peu...
Les Élus n'étaient pas pratiquants. Elevés tous deux dans la religion catholique, ils considéraient que l'Église faisait partie intégrante de leur culture et qu'elle avait façonné au fil du deuxième millénaire une civilisation que le message du Christ avait rendue un peu plus humaine, un peu plus altruiste, un peu plus tolérante que celles qui y sont restées imperméables. L'entrevue qu'ils avaient eu avec le Père Marco avait renforcé leur décision de faire un mariage à l'église, la seule institution reconnaissant l'union légitime d'un homme et d'une femme, selon Erasme.
Qu'avait donc dit, au cours de cette audience, l'abbé du monastère de Pedralbes?
PM: "Le péché de chair est peu de chose, en somme, mes enfants, encore qu'il ne soit pas recommandé, bien sûr, de tomber dans la licence. Mais seul compte vraiment, seul est grave pour notre salut, seul est mortel, le péché contre l'Esprit!"
Sans ambages, Josep Oriol* leur demanda s'il n'y a pas de lien de parenté entre eux, et ce jusqu'au quatorzième degré suivant la computation romaine. Les fiancés, ayant répondu par la négative à l'enquête, joignirent leurs mains et, Mendoza, qui s'était redressé, déclara:
:Mendoza: : Je te donne et remets Zia comme épouse.
Après avoir demandé solennellement à trois reprises à l'assemblée si quelqu'un connaissait un empêchement au mariage, l'ecclésiastique envoya Leandro, son assistant, à l'intérieur du bâtiment afin d'aller chercher le nécessaire dont il avait besoin. Le cérémoniaire blême qui semblait se déplacer en flottant comme une algue dans l'eau vint mettre fin à l'attente en revenant peu de temps après avec missel et autres accessoires liturgiques. Le prêtre s'assura cette fois que les deux jeunes gens étaient venus librement et consentaient à cette union. Après avoir entendu les deux "oui"*, le clergeon tendit au curé un vase d'argent contenant de l'eau bénite. D'un geste ample, le père Oriol aspergea les fiancés avant de les encenser. Puis, tandis qu'il lisait la charte d'épousailles, Esteban offrit à Zia treize pièces d'or, connues sous le nom de "las Arras"*, et disposa la bague d'alliance* sur le livre de messe. Oriol bénit les objets et plaça le tout dans la dextre du futur marié qui, à son tour, les remit dans celle de son élue. Sur les mains jointes des fiancés, le prêtre apposa sur elles les deux extrémités de son étole marquant l'intervention de l'Église. C'est dans cette position que le fiancé prononça sa parole de donation:
:Esteban: : Zia, je m'engage à être ton époux. Aussi, je te supplie de dire bien haut que c'est en toute liberté que tu choisis d'être ma femme.
Les prunelles de l'Inca se levaient vers lui et brillaient soudain comme des gouttes de pluie au soleil. Elle lui répondit:
:Zia: : Aucune intimidation ne pourrait m'imposer d'agir contre ma volonté ; c'est en toute liberté que je te donne ma main d'épouse légitime et que j'accepte la tienne, s'il est bien sûr que toi aussi tu me la donnes de ton plein gré.
:Esteban: : Je te la donne, sans trouble, sans agitation, et avec toute la clarté d'esprit que le ciel m'a accordée.
L'étole enlevée, Esteban et Zia disjoignirent leurs mains. Le prêtre reprit l'anneau et le confia au témoin. Celui-ci le fit coulisser sur le bout de bois tenu par le volatile. Alors que la cloche continuait de carillonner, tout le monde entra dans l'église afin d'assister à la cérémonie.

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À suivre...

*
*Padrino: Le terme espagnol désignant le rôle de parrain est utilisé pour les membres du cortège nuptial. Padrino signifie "témoin", reflétant la coutume lors du mariage d'un couple.
*Casa de la Pia Almoina: Centre d'assistance et de charité, offrant nourriture et soins aux personnes dans le besoin, témoignant des pratiques sociales et religieuses liées à la solidarité urbaine.
*Cadeaux: Dans la tradition espagnole, l'échange de cadeaux avant le mariage revêt une grande importance, non seulement en tant que geste d'affection, mais aussi en tant que symbole puissant de l'engagement et du respect mutuel entre les futurs époux et leurs familles.
*Señora Isabella Laguerra: En Espagne, lors du mariage, la femme ne change pas ses noms pour prendre ceux de son mari, vu que la coutume espagnole ne connaît pas le concept de nom de jeune fille. Ainsi, elle conserve son nom original.
*Josep Oriol: N'ayant pu trouver le nom du prêtre Barcelonais officiant dans l'église Santa Maria del Mar à la bonne période, j'ai choisi celui qui s'en rapprochait le plus.
https://ca.wikipedia.org/wiki/Josep_Oriol
*Les deux "oui": Au XVIème siècle en Espagne (en France aussi, d'ailleurs), le rituel du mariage se déroulait traditionnellement en deux temps: le contrat initial et le consentement étaient prononcés publiquement sur le perron ou à la porte de l'église, afin d'être accessible à toute la communauté qui pouvait alors témoigner de l'union. Puis l'assemblée pénètrait à l'intérieur pour la messe nuptiale et la bénédiction.
*Las Arras: Ces pièces symbolisent l'engagement financier du marié envers sa future épouse et leur future famille. La mariée porte ces pièces le jour du mariage, souvent dans un petit sac ou un pendentif spécial. Ces échanges de cadeaux avant la noce ne sont pas seulement des traditions, mais également des symboles tangibles de l'engagement, de l'amour et du respect qui lient le couple et leurs familles dans le cadre sacré du mariage espagnol. Ils incarnent l'importance des valeurs familiales et de l'union dans leur culture.
*Bague d'alliance: L'échange des anneaux apparaît au XIXème siècle. Jusque-là, il n'y avait le plus souvent qu'un seul anneau de mariage, celui que l'homme mettait au doigt de son épouse.
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TEEGER59
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Message par TEEGER59 »

Suite.

À l'intérieur, il faisait une chaleur de four. La foule qui se pressait entre les murs du temple était si dense qu'elle restituait dans l'immense vaisseau de pierre la chaleur qui commençait à grandir sur la ville, séchant enfin les ruisseaux et les flaques boueuses que les pluies incessantes de la semaine précédente avaient grossis. Le reflet des rayons solaires, tamisés par les vitraux, se confondait avec le scintillement des milliers de cierges allumés et répartis entre le maître-autel et les chapelles latérales. L'odeur d'encens imprégnait l'atmosphère et se mêlait à la senteur des fleurs dont on avait composé un tapis et qui mouraient lentement. Sous la houlette du maître de chapelle Pere Cubells, son successeur, Pau Villalonga, s'activait sur le clavier du grand orgue. La musique résonnait, portée par une acoustique parfaite.
Pendus au plafond, sur les murs, partout, des navires: certains méticuleusement travaillés, d'autres plus rudimentaires. Sous la magnifique abside, entourée par huit fines colonnes et devant un retable, reposait une toute petite statue de femme, très simple, sculptée dans la pierre, avec un enfant sur l'épaule et un bateau à ses pieds: la Vierge de la Mer.

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La basilique était bondée. Dans la nef s'entassait une brillante assistance, toute de satin et de velours, dorée, constellée de pierreries et plus proche de la cour frivole du roi des Espagnes que d'une assemblée de dévots chrétiens réunis pour assister à une bénédiction de mariage. Les Élus avaient préféré cette simple formule à la traditionnelle célébration eucharistique, notamment pour des raisons organisationnelles.
Hormis les proches ; tous debout lors de l'entrée du cortège nuptial, les notables de la ville ainsi que la plupart des membres du conseil des Cent restaient assis. On se saluait, on bavardait, on se passait à voix à peine feutrée, le dernier potin, le plus récent poème. On s'examinait, on critiquait toilettes et coiffures. Derrière cette foule chamarrée, le petit peuple bataillait de son mieux pour apercevoir le fils du soleil.
Humbles et tranquilles, les enfants des disciples de Léonard de Vinci remontèrent inexorablement l'allée vers le centre du sanctuaire.
Dans le chœur, quelqu'un d'autre leur disputait, ce matin, la curiosité du public. Un personnage assez remarquable pour que l'on s'y arrête un instant. C'était un prélat de belle mine et de complexion vigoureuse, très brun de peau sous une couronne de cheveux grisonnants, avec de grands yeux très sombres. Le long nez courbe aux narines sensibles, la bouche bien ourlée mais épaisse et sensuelle dénonçait le jouisseur ; tandis que la splendeur un peu trop voyante des habits verts du Temps Ordinaire, les fortes mains brunes et le teint olivâtre signalaient un catalan pure souche. En fait, Jaume Caçador ; l'évêque de Barcelone fraîchement nommé, avait vu le jour en Espagne, à Vich, et y serait peut-être demeuré s'il n'avait pas embrassé une carrière ecclésiastique. Il avait gravi les échelons un à un, et fut successivement chanoine de sa ville natale, puis de Gérone, de Tarragone et enfin de Barcelone. C'est ici qu'il était entré en contact avec le Jésuite Ignace de Loyola et son groupe réformateur, qui avaient soutenu sa candidature pour ce poste. Ce Jaume, habile et énigmatique, avait su mener sa barque mieux que les autres et se retrouvait, à soixante-deux ans, le plus haut dignitaire du diocèse. Sans compter qu'il fut nommé président de la Generalitat de Catalogne un an auparavant. À vrai dire, Caçador avait l'air très à son aise, et chacun mettait cette attitude sur le compte de l'ambition, seyante et même indispensable chez un homme chargé d'une telle grandeur.
Une partie du clergé et les prêtres de sa suite entouraient l'espèce de trône où on l'avait installé et où il s'assoupissait un peu en dépit des clameurs de l'orgue et des chants de la chorale dont les gosiers semblaient particulièrement vigoureux.
En fait, dans tout ce monde, seuls les proches semblaient suivre la lente et solennelle procession.
L'Atlante accompagna l'aventurière jusqu'à à sa place puis fit quelques pas supplémentaires pour atteindre le pied de l'autel. Là, devant les marches, il se tint debout, tourné vers l'entrée en attendant le reste de la noce.
Percevant des milliers d'yeux poser sur lui, Esteban sentit son estomac se nouer et fut tenté de disparaître dans un trou de souris. Pour se donner une contenance, il posa les siens vers la clé qui parachevait la deuxième des quatre voûtes de la nef centrale. Sur la pierre était représentée la scène de l'Annonciation. La Vierge y était agenouillée, à l'instant où elle apprenait qu'elle allait être mère, vêtue d'une mante rouge brodée d'or. Les couleurs vives ; le carmin de Marie et le bleu de l'Ange Gabriel, attirèrent son regard, lui rappelant le recto-verso d'une certaine cape...
Une belle image.

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Pendant que l'Élu avait le nez en l'air, le père Oriol salua l'autel d'une profonde inclination et le vénèra par un baiser. Puis, il se hâta de gagner la sacristie afin de revêtir sa chasuble verte brodée d'une large croix d'or.
Au même moment, Tao franchit le seuil.
Au sortir de l'éblouissante lumière de juin, ses yeux déshabitués ne distinguèrent d'abord rien dans la pénombre régnante. Seule, une senteur traîtreusement suave d'arômes confondus saturant l'air qu'il respirait, pouvait le renseigner sur l'endroit où il se trouvait. Grand et maigre, il se déplaçait avec agilité et élégance, bondissant tel un chevreau de l'année. Son cœur brillait en lui comme l'astre du jour car il se sentait extraordinairement bien dans sa peau et heureux de vivre. Peut-être parce qu'il était jeune, vigoureux et de cœur tranquille, il remontait l'allée en homme sûr de lui, de son présent comme de son devenir avec ce rien de satisfaction égoïste qui caractérise les célibataires bien décidés à le rester.
Non qu'il fût laid ou que les occasions en Inde eussent manqué à l'héritier du peuple de Mû. Plus d'une fille de brahmane ou de noble famille attardait son regard sur ce garçon de vingt-sept ans au visage ouvert auquel le reflet d'un génie triomphant, d'une intelligence exceptionnelle tenaient lieu de beauté. Les cheveux noirs et crépus, le nez large et aplati, les traits fortement accusés et une grande bouche aux lèvres épaisses ne pouvaient rien contre la fascination qui s'emparait de quiconque le rencontrait ni contre l'attrait que cet aspect énigmatique et sombre exerçait sur les femmes. De surcroît, ses vifs yeux noirs pouvaient avoir, de temps en temps, la douce profondeur d'un velours. Ce qui n'était pas fréquent car le naacal était, avant tout, obnubilé par ses inventions. Siégeant parmi les esprits les plus ingénieux, il n'aimait tant rien que les sciences, si ce n'est les lettres et un grand appétit de savoir tourné surtout vers l'étude des astres.

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Les meilleurs moments de sa journée, il les passait dans son laboratoire, au milieu des trésors qu'il avait accumulés, certaines pièces ayant appartenues au grand Léonard.
Naturellement, Tao avait une compagne comme tout homme normalement constitué. C'était toujours la même et pour rien au monde il en aurait changé. En la personne d'Indali, il avait choisi la plus belle pour le plaisir de la parer mais point trop envahissante pour s'éviter des complications. Et il se trouvait très bien de cet arrangement qui faisait soupirer son entourage. Ses amis souhaitaient le voir casé mais pour l'intéressé, le temps n'était pas encore venu et Esteban craignait fort qu'il ne vînt jamais.
Le fondateur de l'Ordre du Condor se sentait pleinement satisfait de son sort et de lui-même tandis qu'il approchait de l'autel. À présent, il voyait sans effort l'intérieur de la salle oblongue...

À suivre...
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Message par TEEGER59 »

Nota Bene: Pour celles et ceux qui ne désirent pas s'infliger la lecture de la bénédiction de mariage dans son entièreté, sautez ce chapitre et les deux autres à venir...
Pour les autres, accrochez votre ceinture et préparez-vous à réviser votre latin... ;)

Suite.

Derrière lui venaient les enfants d'honneur: Elena et Pablo ; les joyaux de chair sculptés par l'amour du couple d'épéistes, étaient accompagnés des deux fillettes de Viracocha et Maïna ; la fille adoptive de feu Papacamayo ne pouvant ne pas être présente au mariage de sa sœur de cœur. Tous quatre étaient munis d'un petit panier et furent chargés de semer des pétales, annonçant l'arrivée de la reine du jour.
Un Murmure obligea l'Atlante à détourner son attention vers l'entrée du lieu sacré. Zia, que Mendoza tenait par le bras, venait de faire son apparition. Tous les regards étaient braqués sur elle, véritablement impériale dans sa robe de cérémonie. Sur son passage, elle soulevait applaudissements et compliments enthousiastes: "Longue vie à la plus belle!" ; "Heureux entre tous l'homme qui te possède!" ; "Bénie soit entre toutes la mère qui t'a portée et t'a faite aussi jolie!"
Elle répondait d'un sourire ou d'un geste gracieux de la main, heureuse de se sentir si bien au cœur de ce peuple qu'elle avait haï autrefois. Mais les nuages de la colère avaient fui, chassés par l'amour d'Esteban, et la ville entière, à présent, était prête à se prosterner à ses pieds. Le fils du soleil, l'enfant chéri de Barcelone, l'avait choisie, et c'était suffisant pour la couronner.
Arrivée au niveau du premier rang, Esteban la vit se libérer avec douceur de la poigne du marin. Elle posa à la diable un baiser sur sa joue avant de se diriger vers lui. En s'approchant avec empressement, un chaud sourire illumina son fin visage.
:Zia: : Tu es prêt?
:Esteban: : Autant que faire se peut...
Le jeune homme prit sa main et la garda dans la sienne:
:Esteban: : Et toi?
Tout en opinant, elle lui sourit à nouveau. Une joie brutale l'inonda. Depuis l'enfance, leur attachement était bien ancré dans la chair vive de leurs cœurs. Il y avait déjà poussé de longues racines qui les unissaient pour toujours!
Les invités du couple commençaient à s'asseoir. Derrière l'autel, paré de précieux tissus flamands que Charles Quint avait prêtés pour l'occasion ; non sans s'être assuré au préalable dans une lettre envoyée de Ratisbonne qu'ils lui seraient rendus immédiatement après la cérémonie, le père Oriol s'apprêtait à officier:
Oriol: Nous allons restez debout pour chanter ensemble.
Un air familier jaillit soudain de la Cantoria, la tribune des chantres. Avec son emplacement sous les tuyaux du grand orgue, le chœur et l'instrument formaient un ensemble architectural unique, situé sur la contre-façade de l'église. Les fidèles entonnèrent à l'unisson la mélodie facile d'un villancico, un chant communautaire simple mais de grande qualité, connu de tous. À la fin du dernier couplet, le prêtre se signa lentement et murmura d'une voix étranglée d'émotion:
Oriol: Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. ♪ Le Seigneur soit avec vous. ♪
Tous les paroissiens répondirent:
👥: ♫ Et avec votre esprit. ♫
L'homme d'église avait la réputation d'allier un rude bon sens à une foi pleine de santé. Il avait l'habitude de dire en riant: "Je me nomme Oriol, pour ce qu'il m'est échu d'être, ici-bas, l'oiseau de Dieu! Toujours à élever la voix pour réveiller vos consciences endormies, vos âmes de mécréants!"

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Il vivait dans une grande austérité, habitant une mansarde, se nourrissant de peu, toujours en prière et en méditation. Il pratiquait mortifications et pénitences, et montrait une très profonde humilité. Proclamant sa confiance dans le Seigneur avec vigueur, nettement, sans ambiguïté, il était l'exemple spirituel de beaucoup de ses ouailles.
Certains l'accusaient de ruiner la santé de ses fidèles quand ceux-ci suivaient son exemple, mais dans l'ensemble, on le lui pardonnait volontiers tant sa générosité était grande. Les plus humbles Barcelonais lui devaient beaucoup car il répandait ses largesses sur nombre de foyers misérables: à chaque fois qu'il percevait sa portion congrue sur le denier du culte ; complétée par les offrandes de messes, la quasi-totalité des sommes y passait. C'était un homme de bien...
Oriol: Bienvenue à tous. Et maintenant, vous pouvez vous asseoir... À présent, c'est notre fiancé qui va prendre la parole pour nous accueillir.
D'un geste de la main droite, Oriol l'invita à rejoindre l'ambon ; le pupitre sacré et surélevé situé à l'entrée du chœur, où montaient ceux qui devaient s'adresser à l'assemblée.
Le cœur d'Esteban se mit à battre avec violence tandis qu'une boule se forma dans sa gorge. Parler en public n'était pas son domaine de prédilection. Néanmoins, il devait se plier à l'exercice et se dirigea donc vers le lieu indiqué. Pour retarder l'instant redouté, il contempla assidûment la magnifique rosace qui lui faisait face. Son style était caractérisé par des tracés curvilignes en forme de flammes qui augmentaient l'entrée de lumière et, en son centre, le vitrail représentait, bien évidemment, le couronnement de la Vierge Marie.

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L'Atlante demeurait immobile, priant en silence pour que le sol s'ouvre sous ses pieds et l'engloutisse tout entier. Soudain, il réalisa que certaines personnes commençaient à s'impatienter. Il lui fallut prendre son courage à deux mains pour se lancer. Crispant les doigts autour du pupitre, il inspira profondément et entama son pitch:
:Esteban: : Bonjour tout le monde... Vous allez bien?
Ses mots n'avaient plus l'indécision de l'enfance, mais n'avaient pas encore la dure précision de la maturité, ce qui provoqua quelques sourires parmi ses proches.
:Esteban: : Voilà, Zia et moi sommes bien sûr très heureux de votre présence. Si vous êtes ici, c'est que vous avez tous joué un rôle dans nos vies donc merci d'être avec nous aujourd'hui. Merci au Père Oriol d'avoir composé cette cérémonie avec nous et merci en particulier aux non-catholiques, ceux qui n'ont pas trop l'habitude de nos rites... ça doit être assez bizarre de pénétrer dans une église. Je terminerai par ceci: j'espère que tout le monde y trouvera sa place...
Il poussa un soupir plein de contentement puis s'effaça pour céder la sienne au prêtre.
Sous ses cils, épais et recourbés comme de légères plumes noires, Oriol coula un regard aigu vers sa gauche.
Debout à quelques pas lui, les Élus n'osaient rompre les premiers un silence que l'ecclésiastique semblait prendre plaisir à prolonger. Son regard brillant examinait plus particulièrement la jeune Inca avec une insistance qui mit un peu de rouge à ses pommettes et un plaisir évident qui s'épanouit en un sourire affable. Enfin, il se décida à parler. Déployant sa voix qu'il avait forte, belle, puissante et douée d'une grande éloquence, il s'adressa tout d'abord à l'assemblée:
Oriol: Esteban et Zia sont heureux de vous voir tous ici réunis pour partager leur joie en cette occasion très particulière de leur vie. Aujourd'hui, leur relation est sur le point de changer: elle va prendre une nouvelle dimension, se renforcer, s'épanouir. Ce jour est un jour d'espoir: Zia et Esteban vont confirmer leur engagement, leur dévouement et leur respect l'un envers l'autre, ainsi que leur loyauté et leur amour mutuels. Vous tous avez pour mission d'offrir votre soutien et vos encouragements à cet homme et à cette femme qui vont être unis par les liens sacrés du mariage...
Sans même la regarder, Esteban sentit la présence de sa dulcinée à ses côtés. Elle était aussi grande que lui, désormais. Elle portait une pollera, une robe longue et colorée ornée de broderies andines, et un manto, un châle recouvrant ses épaules. La manière dont ses cheveux étaient coiffés retombaient avec grâce autour de son cou. Elle sentait bon: le frais, les herbes de ses décoctions comme la mélisse, la menthe, le romarin... La plupart des hommes lui jetaient des coups d'œil admiratifs, ce qui n'échappa point à l'Atlante malgré leurs efforts pour qu'il ne les voie pas. Son parfum allait et venait au rythme de ses gestes.
Le Père Oriol se tourna vers eux:
Oriol: ... Nous savons tous que le mariage représente bien plus qu'un simple échange de vœux, et certainement bien plus qu'un bout de papier. Toute activité créatrice relève de l'art. Il en va de même pour le mariage. L'art du mariage consiste, en partie, à faire une place d'honneur à la recherche spirituelle. Alors, n'abandonnez jamais votre quête commune du bien et du beau tout au long de votre vie ici-bas. L'art du mariage, c'est aussi de savoir s'adapter. Alors, cultivez la souplesse, la patience, la compréhension et le sens de l'humour. Et surtout, perfectionnez jour après jour votre capacité de pardonner et de panser les plaies de vos conflits. N'oubliez jamais que l'amour ne se laisse pas abattre...
Il parlait avec ferveur, haut et fort, gesticulant au besoin.
Oriol: L'amour sera ce miracle permanent qui vous invitera sans cesse à apprendre, à vous épanouir, à élargir vos horizons. Cette cérémonie est celle d'un pacte sacré qui sera scellé en présence de nous tous ici réunis en tant que témoins. Cette nouvelle relation qui découlera des liens du mariage vous conférera la sève et le courage dont votre couple aura besoin pour affronter le monde. Ce n'est qu'à partir d'aujourd'hui que vous unirez réellement vos forces pour relever ensemble les défis. Aujourd'hui, une nouvelle famille est née et notre monde se présente sous son jour le plus clément pour saluer cette naissance. En cette occasion, notre cœur se met en fête.
👥: Amen!
Oriol: Prenons juste quelques instants pour nous mettre à l'unisson, les uns avec les autres et avec ce lieu qui nous accueille, pour que la joie puisse prendre le dessus et que la paix de Dieu vienne dans nos cœurs aussi...
Une sorte d'énorme soupir s'échappa de toutes les poitrines et un profond silence se fit. Les prières qui s'élevaient de chaque âme cherchaient à rejoindre le cœur du monde, le cœur du Créateur.
Éperdus d'amour, Esteban et Zia faisaient avec ardeur oraison l'un pour l'autre, pour leur union, pour leur avenir.
Oriol: À présent, je propose que nous nous levions à nouveau pour chanter "la gloire de Dieu".
Alors qu'il rejoignit l'autel, les choristes de la basilique, sous la direction du chantre Pere Cubells, entonnèrent collectivement l'hymne religieux. L'assistance tout entière les accompagna en chantant à pleins poumons le refrain en latin:
👥: ♫ Glória, glória in excélsis Deo... Glória, glória in excélsis Deo ♫.
La musique succèda au chant ; elle roula, et répercuta dans les profondeurs de l'église, ses ondes graves et sonores.
Esteban fit un bond dans le passé. Il ne pouvait entendre sans une pieuse émotion les anciennes hymnes catholiques, et sans une sorte de ravissement, certains sons de l'orgue. Il regardait avec une profonde admiration Pau Villalonga qui, en promenant ses doigts sur les touches du gigantesque instrument, le faisait tantôt retentir comme la foudre, tantôt soupirer comme la brise printanière, tantôt gémir comme la voix humaine.
Bientôt, celle du Père Oriol résonna, chaude et musicale à travers la vaste nef:
Oriol: ♪ Prions le Seigneur ♪...
Devant la table sainte, flamboyante de lumières, l'officiant, levant les bras, sembla grandir dans sa chasuble. En signe de sa loyauté envers Le Très-Haut, il joignit ses paumes, permettant ainsi de diriger ses prières vers le ciel. Puis, mains étendues, il prononça ces mots:
Oriol: Dieu notre Père, tu nous as prouvé combien tu nous aimais en nous envoyant ton Fils Jésus, qui a donné sa vie pour nous... Nous te prions aujourd'hui pour Zia et Esteban: que Jésus-Christ soit maintenant auprès d'eux et les aide à se donner pour toujours l'un à l'autre, lui qui vit et règne avec toi, Père, dans l'unité du Saint-Esprit, Dieu, pour les siècles des siècles. Amen!

À suivre...
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:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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