FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

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Seb_RF
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par Seb_RF »

Salut tous le monde!
Tous nos excuses pour la longue attente, mais bonne lecture !!!

Tome 1 : https://drive.google.com/file/d/1vhi2DE ... sp=sharing
Recap Tome 2: https://drive.google.com/file/d/1OKBH30 ... sp=sharing


Chap 20
Sixième partie.


Le condor filait dans un ciel d’azur au-dessus de la France. Esteban pilotait avec un mal de crâne tenace, pestant contre lui-même. Le soleil était déjà haut quand il s'était réveillé. Il avait mis de longues minutes à essayer de se souvenir pourquoi il ne se trouvait pas dans les bras de Zia sans y parvenir et cela l’avait définitivement mis de mauvaise humeur. Il avait ensuite réalisé qu’il ne se trouvait pas dans la chambre qu’ils partageaient depuis qu’il avait fallu faire un peu de place pour leurs divers hôtes, mais sur une banquette de la salle principale. Pas étonnant que son cou lui parût soudé à sa tête sans qu’il puisse tourner celle-ci à moins de provoquer un élancement douloureux dans tout l’arrière de son crâne. Il avait ensuite renoncé à déranger Zia pour lui demander des explications qui, il le sentait confusément, ne seraient pas agréables à entendre, et il avait pris le parti de décoller pour Bruxelles sans plus attendre. Au moment où il avait pris place dans le cockpit, il s'était trouvé face à un jeune garçon qui fixait le condor avec un visage impénétrable, depuis le haut du ravin qui était censé abriter l’engin des regards indiscrets. "Manquerait plus qu’il ameute toute la paroisse", avait-il grommelé avant de procéder à un décollage express qui avait obligé le spectateur indésirable à se jeter a terre.
Peu après le décollage, Tao, qui avait piqué régulièrement du nez pendant toute la nuit passée au chevet de la jeune indienne, reprit brusquement ses esprits, alerté par une sensation désagréable. Il se sentait épié. Un petit rire le fit sursauter. Assise sous sa couverture, Indali l’observait avec amusement. Dans sa confusion, il ne pensa même pas à se réjouir de la voir ainsi.
T : J’ai été absent longtemps ?
Elle répondit en rigolant.
In : J’ai bien l’impression que tu n’es jamais parti…Tu étais là tout le temps, n’est-ce pas ?
T : C’est-à-dire…
I : Tu veillais sur moi…et j’ai très bien dormi, contrairement à toi. Mais tu n’as plus à t’inquiéter, je vais mieux, bien mieux.
Elle se tut quelques secondes, puis, saisie d’une brusque impulsion, elle finit par se décider, elle en avait plus qu’assez de rester sans bouger…
Elle tourna tout son corps vers lui, posa les mains sur le matelas avant d’esquisser un appui pour se lever, mais Tao la retint.
T : Tu es sûre ?
In : Tao, aujourd’hui tu ne me décourageras pas, je vais bien... et j’estime que je suis restée bien trop longtemps inactive, ça me rend folle…
Il baissa la tête et murmura :
T : Tu as l’air d’aller bien, c’est vrai…Mais avec ce genre de traumatisme, on ne sait jamais…et tu ne te souviens toujours pas …
Elle lui prit doucement les épaules avant de lui répliquer sur un ton des plus sérieux :
In : Tu sais Tao… je préfère de loin ne jamais me souvenir de ce moment ….
T : Ce moment…quel moment ?
Il avait l’air perdu. Elle se troubla.
In : Mais…ce que tu m’as raconté…quand Gonzales a voulu me fracasser le crâne…tu crois que j’ai envie de me souvenir de ça ?
Confusément, elle sentait que Tao ne faisait pas allusion à cela, sans parvenir à comprendre. Pourquoi aurait-il voulu qu’elle se souvienne de cette violence ? Oublier, c’était tout ce qu’elle souhaitait. Pourquoi Tao avait-il l’air si triste, cela n’avait pas de sens, elle allait mieux, il aurait dû se réjouir, et pourtant…
In : Il y a autre chose … ?
Il voulut lui dire que oui, mais en voyant son air égaré, il se dit qu’il ne valait mieux pas : comment réagirait-elle ? Le croirait-elle seulement ? Et lui, saurait-il trouver à nouveau les mots ? Non, ce n’était pas le bon moment, elle voulait juste se lever, bouger, revivre, elle était heureuse d’aller mieux, c’était tout ce qui comptait, et il devait se réjouir avec elle. Il lui ramena affectueusement les mains sur les genoux, puis esquissa un sourire.
T : Non, il n’y a rien. Je suis heureux que tu ailles mieux. Rien ne pourrait me faire plus plaisir. Mais promets moi que tu n’essaieras pas de te lever avant que Zia ait donné son accord. Je vais aller la chercher.
Elle hocha la tête sans trop savoir quoi penser de l’attitude de son ami. Tao se leva brusquement, mais une fois sorti de la chambre, il fut incapable d’aller chercher Zia et
s’enferma dans le laboratoire, s’adossa à la porte, tout en reposant son front contre ses poings démunis. Il resta ainsi pendant de longues minutes, jusqu’à ce que le visage de Gonzales se fraye un chemin dans sa mémoire. Alors ressurgirent les sensations qu’il avait refoulées, mélange de haine, de honte, de douleur et de panique. Il étouffait dans cette pièce, son domaine, son refuge, désormais souillé par le souvenir de sa faute.
Esteban tressauta quand il entendit la porte du cockpit s’ouvrir, mais il se rassura aussitôt en reconnaissant le pas trainant de Tao. L’heure de l’explication, qu’il pressentait pénible, avec Zia, n’était pas encore arrivée. Son ami s’assit près de lui, ou plutôt s’affala, à moitié couché sur le siège. Cela n’augurait rien de bon non plus, fallait-il donc que cette journée soit aussi désagréable que la précédente ? Esteban aurait tout donné pour que le temps s’arrête quand il tenait Zia dans ses bras, sur ce chemin de campagne baigné des dernières lueurs du soleil couchant, tandis qu’Isabella les attendait d’un air résigné….Isabella…pourquoi fallait-il qu’il repense à elle ? Plus vite il l’aurait déposée à Bruxelles, mieux ce serait. Et ce mal de crâne qui ne le lâchait pas…
T : Zia n’est pas encore levée ? Je pensais qu’elle serait là avec toi…
E : Hum ? Non, elle avait encore besoin de dormir un peu. Et toi, ça va ? Tu as l’air fatigué.
T : J’ai veillé toute la nuit.
E : Elle ne va pas mieux ?
T : Si…si…elle va beaucoup mieux. Elle s’est réveillée en pleine forme.
E : Enfin une bonne nouvelle. Mais tu caches bien ta joie.
T : Je t’ai dit que j’étais fatigué. Et il faut que je parle à Zia. Je veux qu’elle examine Indali pour être sûr qu’elle puisse se lever.
E : Tu crains des séquelles ?
T : Elle ne se souvient de rien…
E : Je ne pense pas que ça dure. C’est normal pour l’instant mais ça va s’arranger, j’en suis sûr.
T : Tu en es sûr….Comment tu peux en être si sûr…Et d’abord, tu ne sais même pas de quoi tu parles !
Surpris par le ton véhément de son ami, Esteban tourna la tête vers lui, mais il n’eut le temps d’apercevoir que son dos tandis que Tao se levait pour se diriger vers la porte. Au même moment, Zia entrait dans la pièce, et Tao bredouilla sa demande dans la précipitation avant de disparaître. Zia hésita un instant, lança un bonjour clair à Esteban qui lui parut se recroqueviller dans son siège en lui répondant dans un murmure, sans la regarder. Elle haussa les épaules et suivit Tao. Esteban souffla, bénissant ce répit inespéré. Mais aussitôt, il regretta cette occasion manquée : il sentait confusément à présent qu’il s’alarmait pour rien et aurait voulu faire cesser la torture du doute qui lui grignotait le cerveau.
Indali était restée stupéfaite un bon moment après le départ de Tao, ne sachant que penser de son attitude étrange. Le pire était qu’elle avait l’impression qu’il lui reprochait quelque chose sans oser le lui dire. C’était absurde, elle le savait, mais elle sentait qu’elle le décevait. Elle se concentra, tentant de retrouver ses souvenirs, en vain. C’était ridicule. S’il y avait quelque chose de si important, pourquoi ne lui disait-il pas simplement ce que c’était ? Désemparée, elle commença à lui en vouloir, puis elle se détesta pour cela. Tao était si prévenant. Quelle ingrate elle était ! Elle en était à ce stade dans ses réflexions quand Zia entra.
Z : Ravie de te voir d'aplomb ! Tao m’a dit que tu désirais te lever.
In : Oui…
Elle avait répondu sans conviction. La porte se referma derrière Zia. Tao s’était éclipsé.
Z : Tu n’as plus l’air d’être si impatiente.
In : Oh ! si…C’est juste que… Tu veux bien qu’on discute deux minutes…
Zia acquiesça. Elle avait perçu le trouble de la jeune femme, qui faisait écho à celui qui transparaissait dans l’attitude fuyante de Tao. Elle-même n’avait pas passé la meilleure des nuits, mais elle avait à cœur d’aider son amie, si elle le pouvait. Elle s’assit au bord du lit. Indali prit une profonde inspiration et commença d’une voix triste.

In : Tao a été très bizarre tout à l’heure.
Zia eut envie de dire qu’il n’y avait pas de quoi s’alarmer et que Tao avait toujours eu un côté étrange bien à lui, mais elle se retint. Indali avait vraiment l’air préoccupée.
In : Je ne l’ai jamais vu comme ça… il semblait vouloir que je me souvienne de quelque chose, mais au lieu de me dire de quoi il s’agissait il m’a laissée sans un mot. Il s’est passé quelque chose ? Je veux dire…quelque chose qui vaille la peine que je m’en souvienne ? Parce que je lui ai dit que je préférais ne me souvenir de rien.
Z : Je vois. Mais je ne peux pas te dire grand-chose. Je sais juste que tu as repris brièvement connaissance peu après l’agression, alors que vous étiez seuls tous les deux. Quand je suis revenue, tu avais sombré à nouveau, et Tao ne m’a pas parlé de ce qui avait pu se passer entre temps.
In : Je suis complétement perdue… Je ne veux pas retrouver les images terrifiantes, mais j’essaie de me souvenir du reste…
Z : Tu sais, je suis passée par suffisamment d’épreuves pour savoir qu’un bien ne va souvent pas sans un mal. Tu vas mieux, c’est tout ce qui compte pour le moment. Je suis sûre que tu t’inquiètes pour rien. Tu connais Tao, il se focalise parfois sur des détails qui ne nous paraissent pas si importants. Et puis, il a eu très peur pour toi, et cela l’inquiète sans doute que tu n’aies pas recouvré la mémoire. Et il t’a transmis involontairement son inquiétude. Mais cette perte de mémoire n’est probablement que passagère, c’est un petit mal. Tu voulais te lever ? C’est que tu vas vraiment beaucoup, beaucoup mieux, et ton état ne peut aller qu’en s’améliorant désormais. Bientôt tu te souviendras et tu pourras taquiner Tao avec ses inquiétudes inutiles. Et puis, tu as repris connaissance deux ou trois minutes, il n’a pas pu se passer grand-chose…
In : Tu as sans doute raison, mais pour Tao cela avait l’air important, il ne l’a pas dit, mais je l’ai senti…je suis tellement désolée de ne pas me souvenir…
Z : Ne te tourmente pas pour ça, tu n’y peux pas grand-chose.
Indali baissa les yeux. Il était évident qu’elle n’était pas convaincue par les propos rassurants de son amie. D’un ton enjoué, celle-ci reprit.
Z : Allez, je vais t’examiner pour la forme, puis je t’aiderai à te rendre présentable. Nous allons bientôt arriver à Bruxelles et je ne voudrais pas te laisser ruminer cette histoire au fond du condor alors qu’une cour impériale attend la visite d’une princesse des Indes !
L’exagération fit mouche et Indali esquissa un sourire.
In : Personne ne m’a prévenue…
Z : Tiens donc ? Si ça se trouve, c’est ça qui tourmente Tao ! Il voudrait voir briller sa belle !
La jeune indienne pouffa.
In : Arrête, tu vas me faire rougir !
Z : Un petit mal pour un grand bien !


Quelques instants plus tard, Zia laissait Indali se diriger vers le cockpit et allait rendre visite à Nacir. Le jeune homme l’attendait avec impatience. Depuis qu’il savait qu’ils se dirigeaient vers de nouvelles contrées dont il avait à peine entendu parler et qu’il n’avait jamais pensé pouvoir visiter un jour, il se sentait plein de vigueur et prêt à vaincre la douleur pour mettre un pied à terre. Zia prit bonne note de l’amélioration de l’état physique et mental de son patient mais s’employa à calmer ses ardeurs. Elle n’aurait jamais cru devoir se réjouir qu’il ne puisse pas encore marcher, mais il était certain que cela leur éviterait des ennuis à la cour de Charles Quint. Ce dernier serait sans doute plus enclin à accéder à leurs requêtes s’il ne les voyait pas débarquer avec un invité aussi indésirable qu’un fougueux Mahométan. Elle avait déjà bien senti que la présence de Tao était à peine tolérée, même si l’Empereur s’était contenu pour ne pas paraître trop blessé par les propos désobligeants du Muen lors de leur dernière entrevue. Quant à Indali, Zia espérait que son charme naturel la ferait accepter facilement. Nacir demanda des nouvelles d’Isabella. Il ignorait quand il pourrait la revoir, si elle devait rester à la Cour, et souhaita pouvoir lui dire au revoir. Zia ne put l’assurer que son souhait serait exaucé, mais promit qu’elle transmettrait sa requête à l’intéressée. Nacir dut se contenter de cette promesse, et quand Zia le quitta, son humeur s’était assombrie. Il repensa à la vieille femme qui avait mis en garde Isabella et se demanda si elle aurait eu, elle, le pouvoir de redonner goût à la vie à la jeune mariée désenchantée, par la magie d’un charme ou d’une amulette. Pour lui, il sentait bien qu’il n’en était pas capable, et le regrettait profondément.
Zia retrouva Indali auprès d’Esteban. La jeune Indienne semblait avoir retrouvé toute sa bonne humeur et discutait avec le pilote, qui s’interrompit soudain à l’arrivée de sa fiancée. Cette dernière prit place à ses côtés en feignant de n’avoir rien remarqué, puis rompit avec malice le silence gêné qui s’était installé.
Z : Ma présence te rend muet à présent Esteban ? Tu as des secrets pour moi ?
Il feignit de se concentrer sur le pilotage, tandis qu’il réfléchissait à toute allure à ce qu’il pouvait répondre, sans trouver rien de satisfaisant.
Z : Tu as bien dormi ? Moi j’ai dormi comme un charme, grâce à toi.
Se moquait-elle ? Il était complètement déboussolé. Il s’était pourtant bien réveillé sur une banquette…
Z : De temps en temps, cela fait du bien de prendre un peu de distance…on n’en a que plus de plaisir à se retrouver…
Elle se pencha et déposa un baiser sur la joue de son fiancé, dont la confusion était totale. Il crut que c’était le moment pour lui de réparer une faute dont il n’avait plus le souvenir.
E : Quoi que j’ai pu dire ou faire hier soir, pardonne moi, je t’en prie !
Elle sourit.
Z : On dirait que toi aussi tu es sujet à l’amnésie, mais rassure-toi, ton cas est bien plus léger que celui d’Indali. Promets-moi simplement que tu ne boiras plus jamais plus de deux verres de vin. Tu t’es effondré sur la banquette avant d’avoir pu atteindre la chambre hier soir, et tu avais l’air si bien là que je t’ai laissé…
E : Oh mon dieu…ça n’arrivera plus jamais, je te le promets.
Z : Ne t’inquiète pas, je t’aime toujours…
E : Je ne sais pas si je te mérite…
Z : On en reparlera après le mariage…
Indali souriait à cet échange attendrissant. Elle espérait vivre une telle scène avec Tao. Encore fallait-il qu’il se décide à dissiper son inquiétude, ou qu’elle retrouve la mémoire. Elle sentait bien que les choses ne seraient pas si simples entre eux, et elle enviait malgré elle la complicité de ses amis.


Quelques heures plus tard :

Bruxelles resplendissait sous un soleil inespéré en cette saison. Il était trois heures de l'après-midi, Charles scrutait le ciel en pensant à la dure soirée que serait la sienne, et également à la manière de remettre son fils sur le droit chemin.
Qu'adviendrait-il de l'empire si son héritier devenait un roi sans conscience ni honneur ? Sans doute se retournerait-il dans sa tombe. Au moins ses filles le remplissaient de fierté.
Il lui fallait également trouver comment établir des relations diplomatiques avec certains pays. Cela renforcerait la puissance de l’Empire, et il en avait bien besoin. S’il ne pouvait contracter de nouvelles alliances pour défendre ses territoires, au moins pouvait-il essayer de renforcer sa richesse commerciale. L’argent est le nerf de la guerre et qui s’allie à un pays riche peut espérer y trouver aussi son profit, plutôt que de le combattre. Il avait tant de choses à penser qu’il aurait préféré une bonne soirée de travail dans son bureau. Mais cela était bel et bien compromis... Cette soirée allait être vouée à la fête ! Pourquoi diable avait-il accepté de l'organiser ?
Soudain un rayon de lumière vint troubler sa vue comme sa réflexion, tout en le laissant perplexe. Il avait pourtant choisi cette terrasse dans le but de ne pas être gêné par le soleil à cette heure-ci. Peu à peu sa vision se fit plus nette, laissant apparaître une tache dorée dans le ciel. Il comprit rapidement qu'il s'agissait de l'oiseau d'or approchant...

48_arrivée condor Bruxelle.png

Marie allait être contente, elle qui était plus qu'impatiente de revoir son amie d'enfance. La jeune princesse était en ce moment même en promenade dans les jardins et allait certainement arriver rapidement. En y repensant, il se demandait toujours comment ces deux-là avaient bien pu jouer ensemble et devenir si proches à tel point que Marie s’en souvenait malgré son jeune âge, et tout cela sans qu'il n’y prît garde. Il ne s’étonnait guère de cette visite impromptue, qui ne manquerait pas de donner un peu de piquant à cette fête qu’il prenait comme une corvée. Toutefois, si l’oiseau d’or devait venir ainsi régulièrement en plein jour, cela ne manquerait pas de devenir problématique. Pour l’heure, il décida de se réjouir plutôt que de s’inquiéter, curieux de savoir ce qui pouvait amener les jeunes gens à Bruxelles.
Il se dirigea vers la grande terrasse sans plus attendre pour accueillir ses hôtes, le condor s'apprêtait à se poser, en descendant lentement, tout en faisant flotter le manteau du souverain.
A bord, Tao essayait de fixer son attention sur la silhouette grandissante de leur hôte, pour s’empêcher de regarder du côté d’Indali, dont la nervosité ne faisait qu’accentuer la sienne. Quand il avait entendu Zia passer dans le couloir pour aller prévenir Isabella de leur arrivée imminente à Bruxelles, il s’était décidé à regagner le cockpit. Peu après, Zia était entrée, seule, en annonçant que leur amie les rejoindrait bientôt. Personne n’avait fait la moindre remarque, mais tous redoutaient de se trouver en présence de l’épouse offensée, qui ne leur avait pas adressé la parole depuis la cérémonie. Alors qu’ils se préparaient à descendre par l’échelle, sans qu’Isabella ait fait son apparition, Tao ne put s’empêcher de manifester son doute devant le bien-fondé de leur visite. Il ne se sentait décidément pas à l’aise face aux gens de pouvoir, qu’il soupçonnait des pires arrière-pensées, et le malaise qu’il éprouvait à cause d’Indali s’augmentait à l’idée de devoir rencontrer à nouveau l’Empereur.
T : Excuse-moi Zia, es- tu sûre que nous puissions faire confiance à cet homme ? Même s’il m’a fait une …certaine bonne impression lors de notre dernière rencontre, il a ses intérêts… Je comprends la confiance que tu as en Marie, mais …
Z : Je comprends tes doutes, Tao, mais s'il y a bien une chose que je sais sur Charles Quint, c'est qu'il s'agit d'un homme de parole. De plus nous ne pouvons pas nous permettre d'agir comme la dernière fois. Aujourd'hui nous venons lui demander une faveur, même deux, il est impensable de le prendre de haut. Je compte sur toi, mais si tu préfères rester à bord…
T : Non, non, je viens, ne t’inquiète pas !
Il avait suffi qu’Indali lui jette un regard affolé pour qu’il se reprenne. Il n’avait pas le droit de la laisser seule. Ses états d’âme n’étaient rien en comparaison de ce qu’elle devait éprouver, au moment où elle s’apprêtait à se présenter face à un monarque si puissant, dans un pays inconnu où ils n’étaient pas forcément les bienvenus. Aussi se plaça-t-il près d’elle et l’aida-t-il de son mieux à descendre, mais quand tous les quatre furent à terre, il se sentit soudain embarrassé de tenir sa main dans la sienne alors que Charles Quint les observait. Sans réfléchir, il se dégagea vivement et se mit en retrait. Indali dut faire face seule aux présentations.
CQ : Soyez les bienvenus. Vous aussi jeune demoiselle, cela fait longtemps que je souhaite établir de relation avec votre pays...
Indali, gênée, terrifiée même, se retourna vers Tao qui évita de la regarder, ce qui la blessa profondément. Ses revirements incompréhensibles la bouleversaient, et elle ne savait comment réagir aux propos de Charles Quint : voilà qu’elle devenait ambassadrice sans s’y attendre ! Zia allait voler à son secours, quand l’attention de l’Empereur fut détournée par l’arrivée inopinée d’Isabella. Tandis qu’elle descendait lentement l’échelle, il ne manqua pas de remarquer son état. Elle le salua humblement. Il s’efforça de ne rien laisser paraître de sa surprise, mais il commençait à regretter de s’être réjoui de l’apparition du condor dans le ciel. Au caractère déjà inhabituel de ses invités s’ajoutait la présence de cette jeune inconnue, et maintenant, de cette femme si évidemment enceinte. Mais où était le responsable ? Comprenant, au regard que l’Empereur laissait errer derrière elle, comme s’il s’attendait à voir surgir Mendoza, les interrogations qu’il ne formulait pas par politesse, Isabella prit l’initiative de formuler sa requête sans plus attendre.
I : Majesté, je vous serais infiniment reconnaissante de bien vouloir accepter de m’accorder à nouveau une place à la Cour, mon mari étant dans l’incapacité de veiller sur moi, et certaines circonstances faisant qu’il m’était impossible de rester seule…
CQ : Voilà une requête bien inhabituelle…et quelles circonstances ont bien pu vous obliger à quitter votre foyer dans votre état ? J’avoue que je ne comprends guère…
Z : Je comprends votre étonnement, et je vous prie de nous pardonner de venir ainsi vous déranger alors que vous avez déjà tant de soucis, mais il est des choses que vous devez savoir, et nous venions nous en entretenir avec vous.
CQ : Eh bien, que de mystères…
I : Nous ne serions pas venus si nous n’y avions pas été poussés par la nécessité, croyez-le bien.
CQ : Je vois…Vous m’expliquerez tout cela en détail tantôt. Mais pour l’heure, permettez-moi de me réjouir de votre venue. Zia, Marie va être très heureuse de te voir, elle ne cesse de parler de toi depuis votre dernière visite, d’ailleurs elle ne va sûrement pas tarder à nous rejoindre, elle se promenait dans les jardins avant votre arrivée.
Zia resta muette. L’Empereur la dévisagea.
CQ : Allons que se passe-t-il… aurais- tu changé du tout au tout depuis notre dernière rencontre ?
Z : … Non, c’est juste que…
Elle hésitait. Puisque Charles Quint avait lui-même évoqué Marie, n’était-ce pas l’occasion d’évoquer le sujet qui lui tenait à cœur, et qu’elle craignait de ne pouvoir aborder quand ils auraient révélé à l’Empereur les ennuis qui avaient accablés Isabella et Mendoza, et qui les touchaient eux aussi ? Même s’ils ne disaient pas tout, cela ne manquerait pas de l’inquiéter. A moins qu’elle ne se serve de cela comme argument pour convaincre le souverain. Estéban, qui avait senti ce qui la préoccupait, lui prit la main en espérant lui donner du courage. Elle poursuivit donc.
Z : Eh bien, je ne sais pas si elle vous en a parlé, mais Esteban et moi allons bientôt nous marier. Nous avons entrepris un tour du monde pour inviter les personnes qui nous étaient chères, et il touche presque à sa fin. Cependant mes retrouvailles avec votre fille à notre dernière visite m'ont donné envie de rattraper le temps perdu.Si bien que je souhaiterais vous demander la faveur de l'inviter. Je sais que ma demande vous prend au dépourvu, mais je serais réellement honorée que vous acceptiez d’envisager la possibilité d’accepter.
Charles Quint s'apprêtait à répondre, après un long moment de silence, lorsqu'une petite voix se fit entendre derrière Tao et Indali, qui étaient restés en retrait, à bonne distance l’un de l’autre, le jeune Muen tentant d’ignorer les regards désemparés que lui lançait son amie et s’efforçant de se concentrer sur les conversations des autres.
- : Je suis très touchée Zia ! J’en serai très heureuse.
Marie était là, et se faufila prestement jusqu’à Zia qu’elle étreignit avec bonheur.
CQ : Marie, ne t'emballe pas si vite, la situation est plus compliquée qu'il n'y paraît...
M : Toutes mes excuses père, mais comment pourrais-je ne pas me réjouir d’une si bonne nouvelle ? Et comment pourrais-je ne pas accepter ?
CQ : Tu oublies un peu vite que tu ne peux aller nulle part sans mon accord. Zia, si Marie était une jeune fille normale, j'aurais certainement accepté sans aucune hésitation, mais elle ne l'est pas, c'est ma fille, la Princesse d'Espagne, elle ne peut partir, comme ça, sans escorte, et qui plus est à bord de votre oiseau extraordinaire !
Z : Je comprends parfaitement vos raisons, et je suppose que je dois considérer cela comme votre réponse. C’est vrai, Marie, nous ne vivons pas dans le même monde, il en a toujours été ainsi. Je ne sais pas pourquoi j’avais osé espérer…
La joie de Marie s’était envolée aussi vite qu’elle était apparue. La résignation était son lot. Elle s’efforça de sourire pour faire bonne figure, sans parvenir à effacer de ses traits la tristesse qui s’y était imprimée. Contre toute attente, son père reprit la parole.
CQ : Je vais y réfléchir, peut être trouverai-je un arrangement qui nous satisfera tous dans la soirée.
Cette déclaration ne manqua pas d'étonner, et de donner un brin d'espoir à la jeune princesse.
CQ : Me feriez-vous l'honneur de vous joindre à nous pour le bal de ce soir ?
Le groupe entier fut surpris par cette nouvelle déclaration.
E : Majesté, nous vous remercions vivement pour cette invitation, et nous accepterions volontiers si nous possédions quelques vêtements dignes d'une quelconque réception, hélas...
Marie le coupa d’un rire léger.
Ma : Ce n'est pas un problème. Vous êtes dans un château. Ne saviez-vous pas que c’est un endroit où il y a toujours beaucoup trop de vêtements ?
Esteban, d’un regard, consulta ses compagnons. Il était évident que Zia brûlait d’envie d’accepter. Il était difficile de savoir si Indali paniquait déjà à la perspective de se retrouver au milieu d’une foule d’inconnus, ou si la curiosité l’emportait sur sa timidité. Isabella restait impassible. Quant à Tao, il avait immédiatement tourné la tête vers la jeune Indienne et la couvait des yeux. Etait-ce là l’occasion rêvée pour qu’il se déclare ? Esteban décida que oui, et parla au nom du groupe sans plus hésiter.
E : Dans ce cas nous acceptons volontiers. Cependant, nous vous promettons de nous faire les plus discrets possible. Nous ne voudrions pas que notre présence vous cause du tort.
CQ : Que voulez-vous dire ?
E : Eh bien, il conviendrait sans doute de dissimuler le condor avant l’arrivée des autres invités. Et je me demande si nous ne risquons pas de les mettre mal à l’aise…je veux dire…c’est embarrassant mais…que vont-ils penser en voyant des étrangers parmi eux ?
CQ : Ne vous faites pas de mauvais sang pour si peu, ils n’ont aucune raison de remettre en question la légitimité de votre présence, ni de se sentir gênés. Puisque je vous ai invités, vous êtes mes hôtes tout comme eux. A mon imitation, ils se comporteront avec vous comme avec n’importe quelle personne. De plus il ne me semble pas utile de prendre de précautions particulières avec votre oiseau. Votre arrivée a dû être remarquée, comme la dernière fois, qu’y pouvons-nous faire ? Je veillerai à éloigner les curieux, si certains ont l’audace de vouloir s’approcher. Mais je suis sûr que l'obscurité se chargera de faire oublier sa présence. Et puis, tout le monde sera bientôt fort occupé avec les préparatifs, et le bal lui-même…D’ailleurs vous-mêmes ne devez pas tarder à vous préparer. Rentrons. Marie, tu accompagneras ces demoiselles, ainsi que la señorita…
I : Mendoza.
CQ : Ah, oui…
I : Avec votre permission, je souhaiterais pouvoir me reposer au lieu d’assister au bal. Ma présence serait fort déplacée.
CQ : Bien sûr, bien sûr. Excusez-moi de ne pas vous l’avoir proposé plus tôt. Nous allons régler cela.

I : C’est à moi de m’excuser de vous causer des soucis supplémentaires.
CQ : Je serais bien ingrat de vous refuser le service que vous me demandez, et je comprends fort bien que vous avez mieux à faire que de vous amuser à danser.
Isabelle s’inclina, puis tous suivirent le souverain à l’intérieur.


Marie s’était empressée de se mettre en quête des tenues promises pour ses deux amies, mais c’est avec une mine déconfite qu’elle se présenta devant elles suivie d’une servante aux bras chargés.
Ma : Je suis désolée, je me suis peut-être trop avancée tout à l'heure, nous n'avons trouvé que ces deux robes... le choix n’est pas vraiment au rendez-vous…
Z : Ne t'en fais pas Marie, elles sont déjà bien trop belles pour nous.
Ma : Mais bien sûr que non, tu en es largement digne Zia !
Z : Tu sembles oublier que j'ai été servante de ta famille à une époque.
Indali n'osait dire le moindre mot, elle restait en retrait tout en suivant la conversation d’une oreille discrète. Sa présence en ce lieu lui semblait irréelle. Et quel regard Tao porterait-il sur elle, si elle revêtait l’une de ces robes magnifiques ? Peut-être valait-il mieux renoncer à paraître à ce bal, pour s’éviter la déconvenue d’être déçue par la réaction de celui qui comptait tant pour elle.
Ma : Zia, tu ne l'as jamais été et tu ne le seras jamais, du moins à mes yeux. Tu seras toujours mon modèle, qui d'autre que toi aurais pu demander à mon père ma venue à son mariage ? Et même si ta requête est un échec, tu n’as pas à rougir de ce que tu es, alors je t'en prie arrête de te diminuer. Crois-moi, tu as beaucoup plus d’aplomb et de courage que moi. Si tu savais combien j'ai pu souhaiter aller à une réception avec toi, d'égale à égale…et ce soir, tu seras vraiment à la place que tu mérites.
Zia, touchée par ces paroles, s’approcha pour enlacer son amie.
Z : On croirait entendre Esteban... Je te remercie.
L’émotion transparaissait dans sa voix si douce. Marie lui répondit sur le même ton.
Ma : Je n’ai fait que dire ce que je pense…Et quand je dis que tu es un modèle pour moi…
Elle hésita, et termina en murmurant.
Ma : Tu me rappelles tant ma mère…
Zia n’eut pas le temps de réagir que Marie changeait brusquement de ton et reprenait d’une voix gaie.
Ma : Quand je pense que vous avez fait le tour du monde, j’aimerais pouvoir en dire autant ! C’est à peine croyable ! Tu devras tout me raconter un jour, promis ?
Z : Promis !
L’échange qu’elle venait d’avoir avec cette jeune fille qu’elle avait connue en des temps difficiles pour elle, loin des siens et de sa terre natale, résonnait en elle avec une intensité qui lui fit monter les larmes aux yeux. Que de chemin parcouru depuis leur enfance à toutes deux, et pourtant, combien elle se sentait proche d’elle !

Z : Mais avant, il faut peut-être que nous essayions ces fameuses robes…j’imagine qu’il faudra du temps pour les retouches.
Ma : Probablement pas autant que pour faire un tour du monde, rassure-toi.
Z : Tu sais, en condor cela peut-être très rapide, n’est-ce pas Indali ?
Cette dernière, qui s’était absorbée dans ses pensées pour ne pas paraître s’immiscer dans l’intimité de ses compagnes, et avait modelé son attitude sur celle des femmes de chambre, qui attendaient patiemment qu’on fasse appel à elles, ne répondit pas immédiatement.
In : C’est vrai…il vole à une vitesse prodigieuse, sans que l’on s’en rende compte…je me demande combien de temps il nous faudra pour atteindre le Japon.
Ma : Indali, comme je vous envie d’avoir déjà fait l’expérience de ces extraordinaires voyages ! Comme j’aimerais connaître votre pays, et le Japon aussi ! Ainsi vous vous y rendez bientôt…
Z : C’est effectivement notre prochaine destination. Nous espérons pouvoir inviter de vieux amis…
Ma : Quand partez-vous ?
Z : Dès que nous aurons fini notre visite ici.
Ma : Zia, tu devrais en parler à mon père.
Z : Aurais-tu quelque nouvelle idée en tête ?
Ma : Promets-moi de lui en parler !
Z : Pas avant que tu ne t’expliques.
Ma : Très bien, je te promets de le faire, mais pour l’instant, il faut vous préparer…ou vous ne pourrez briller au bal ce soir.
Elle donna aussitôt de brefs ordres et les femmes de chambre s’empressèrent autour de Zia et Indali avant que celles-ci soient remises de leur surprise.


Deux heures plus tard, le bal commençait mais les jeunes femmes n'étaient toujours pas là. Charles Quint, après avoir reçu les hommages des invités, s'approcha d'Esteban qui attendait dans un coin isolé. Le jeune Atlante avait bien essayé de retarder son entrée tant qu’il avait pu, mais un valet était venu les chercher, lui et Tao, et il avait fallu se résoudre à paraître au bal sans Zia et Indali.
CQ : Eh bien mon jeune ami, les femmes savent décidément se faire désirer...
E : Ce n'est pas dans les habitudes de Zia pourtant.
CQ : Elle apprend vite les mœurs de la cour… Mais je soupçonne ma fille d’y être pour quelque chose. Et je parie que l’attente en vaut la peine. Votre patience sera largement récompensée, croyez-moi. Quant à moi, je vous avoue qu’il me plait de vous offrir cette occasion de désirer l’apparition de votre promise. Vous me rendez cette soirée moins ennuyeuse.
E : Vous vous ennuyez donc aux bals que vous donnez ? Pourquoi les organiser dans ce cas ?
Il n’avait pas plus tôt parlé qu’il regretta d’avoir été aussi indiscret. Il allait s’excuser quand le souverain le coupa.
CQ : Ne vous en faîtes pas, j'apprécie les gens qui ont le courage de me parler sans mentir. Mais vous avez raison, je me serais bien passé de cette soirée...voyez-vous, depuis la mort de ma femme il y a quatre ans, ce genre de festivité n’a plus aucun attrait, et pour tout vous dire pour ma fille non plus, à ses yeux ce n'est qu'un rassemblement d'hommes lui demandant une danse...quand ils n’en profitent pas pour tenter d’éveiller son intérêt, voire plus… Mais il faudra bien qu'elle se marie un jour... Ce qui me fait plaisir c'est qu'aujourd'hui la présence de son amie lui donnera sûrement le sourire malgré ses prétendants. Quant à sa sœur Jeanne, elle est trop jeune pour cela, mais elle apprécie le spectacle. Que voulez-vous, cela fait partie de nos obligations, je ne peux m’y dérober.
E : Je vois... mais j’ai du mal à concevoir qu’un bal puisse être une obligation.
CQ : Allons, je ne vais pas vous embêter avec les affaires d'état. Mais si je puis me permettre à mon tour, j’envisage des relations commerciales avec le Japon, que pensez-vous de ce pays ?
E : De quel point de vue ? Richesse, hostilité ou culture ?
CQ : Les trois je dois dire...
E : Eh bien, sur le point richesse et culture ce pays a manifestement beaucoup à offrir, c'est une certitude, quant au point hostilité, pour vous cela sera peut-être une aubaine alors que pour moi c'est insupportable. A vrai dire je ne connais que la partie sud du pays et cette dernière est en constantes guerres de clan. De plus notre condor a attiré les convoitises des uns et des autres, qui souhaiteraient en faire une arme puissante à leur profit. Nous avons dû renoncer à y aller ces dernières années, et nous redoublerons de prudence lors de notre prochaine visite. Nous avons des amis à revoir, et nous espérons pouvoir les inviter à notre mariage.
CQ : On dirait que les hommes pensent aux mêmes choses quel que soit le ciel sous lequel ils vivent…Croyez-vous que cette guerre pourrait m'être profitable ? Je sais que le Portugal accapare déjà ce marché et je me demande si nous avons intérêt à …
E : Excusez-moi, mais seriez-vous en train de renoncer au commerce d'armes avec le Japon ?
Charles Quint se disait que décidément ce jeune homme était bien peu diplomate, mais qu’il lui plaisait, et il s’apprêtait à lui répondre quand on annonça l’entrée de la princesse. Aussitôt les deux hommes tournèrent la tête. Elles étaient là, toutes les trois, venant à eux à travers la foule qui s’écartait sur leur passage, accompagnées d’un bruissement de murmures admiratifs. Esteban n’avait d’yeux que pour Zia. Elle portait un robe mauve décolletée fort seyante, agrémentée de rubans jaunes et de perles, qui mettait en valeur ses épaules dénudées. Esteban en eut le souffle coupé, et quand la jeune femme s'inclina devant l’empereur, il ne put s’empêcher de venir à elle et de lui tendre la main. On murmurait déjà autour d’eux, mais Charles Quint sourit et s’effaça pour les laisser face à face.
E : M'accorderais tu ce moment ?
Z : Avec plaisir.
Les deux fiancés se dirigèrent vers la terrasse, main dans la main, sans se soucier des regards.
Ma : Ils vont bien ensemble vous ne trouvez pas, père ?
Elle n’obtint pas de réponse et préféra ne pas insister. Etait-ce la nostalgie que la vision de ce couple si bien assorti éveillait dans le cœur du souverain, ou songeait-il aux difficultés de contracter des alliances judicieuses pour son empire ?
Ma : Et Mademoiselle Indali n’est-elle pas charmante ? Sauriez-vous où est son ami Tao ? J’aimerais tant savoir ce qu’il pense du savoir-faire de notre pays en matière de mode. Un homme aussi savant que lui ne saurait manquer d’apprécier le talent de nos couturières.
CQ : Excusez-moi, ma chère enfant, je vous remercie de me rappeler à mes devoirs. Mademoiselle Indali, vous êtes effectivement resplendissante, et je ne doute pas que votre ami sera du même avis que moi, cependant, je ne l’ai pas vu depuis un moment.
Ma : Eh bien, nous allons le chercher ensemble, n’est-ce pas Indali ? Mais avant, père, puis-je vous demander si vous avez réfléchi à la proposition de Zia ?
CQ : Je ne souhaite que te faire plaisir, mais tu sais aussi bien que moi que nous ne pouvons pas toujours accéder à nos désirs.
Ma : Je sais aussi que nous avons des devoirs à accomplir. Et il se peut parfois que nos désirs et nos devoirs coïncident. Saviez-vous que nos amis vont partir très prochainement pour le Japon ?
Elle n’eut pas le temps d’en dire plus, car la musique l’interrompit : il était temps d’ouvrir le bal, et déjà chacun se mettait en place pour la danse. Marie ne put se dérober à l’invitation d’un homme d’environ trente ans, et se força à sourire, tout en se retenant de lever les yeux au ciel.


Sur la terrasse, Esteban contemplait sa bien-aimée, ne parvenant pas à cesser de laisser courir son regard sur chaque détail de sa tenue, de sa chevelure, de son visage et de son corps. Tout l’éblouissait, et il sentait monter en lui l’irrépressible désir de toucher cette perle placée là, près du cœur, ou de jouer à suivre de son doigt cette broderie qui soulignait si bien la taille de la jeune femme, de cueillir cette fleur délicatement posée près de son oreille, ou de baiser comme un fou cette épaule caressée d’un rayon de lune.

Z : C’est trop n’est-ce pas ? Je l’avais bien dit à Marie mais, mais elle ne nous a pas laissé le choix…
E : Dans ce cas je devrais la remercier… Cette tenue te met parfaitement en valeur, tu es plus belle que lors de tous mes souvenirs.
Z : Plus que lors de mon escapade au lac avec Maïna ?
Elle avait dit cela d’un ton détaché, mais tout son être frémissait en écho au désir qu’elle voyait briller dans les yeux de son fiancé.
Au lieu de lui répondre, il se contenta d’un sourire, puis s’approcha pour déposer un baiser au creux de son cou. Elle frémit de plaisir tandis que ses lèvres caressaient délicatement sa peau, descendant vers son épaule, puis remontant vers son oreille. Il chuchota alors, et elle eut l’impression que sa voix s’insinuait en elle jusqu’à la faire vibrer toute entière.
E : Tu as raison… presque tous…
Puis il l’embrassa passionnément.


Au même moment, Indali errait dans les couloirs à la recherche de Tao. Quand Zia, puis Marie l’avaient abandonnée, elle avait eu un moment d’affolement. Restée seule aux côtés de Charles Quint, quelle attitude devait-elle adopter ? Elle avait prié pour que personne ne songe à l’inviter à se joindre à la danse dont elle voyait se déployer les arabesques savantes. Jamais elle ne parviendrait à imiter ces pas inconnus, si bien réglés, et qui suivaient une musique déroutante pour elle. Fort heureusement, personne ne s’était approché et l’empereur n’avait pas manifesté la moindre intention de l’abandonner pour danser, ou pire, de l’inviter, se contentant d’admirer avec elle les danseurs, et de lui expliquer aimablement quelques codes tout en lui demandant quel genre de danse on dansait dans son pays. Puis, comme la pavane semblait sans fin, il l’avait encouragée à partir à la recherche de Tao, arguant du fait que Marie serait probablement accaparée par le prochain branle, et qu’il était fort dommage que le jeune homme manque le spectacle de toutes ces belles personnes rassemblées pour l’agrément de tous. Indali avait été soulagée de pouvoir s’éclipser, mais elle aurait préféré le faire en compagnie de Marie ou de Zia. Bientôt, elle regretta de s’être lancée à la recherche de Tao. Pourquoi les choses ne se déroulaient-elles pas plus naturellement avec lui ? Pourquoi n’était-il pas là, avec Esteban ? Pourquoi Zia avait-elle eu le plaisir de retrouver son bien-aimé, tandis qu’elle devait le chercher, et pour quoi faire ? Pour qu’il voie combien elle était belle ce soir ? S’il avait vraiment voulu l’admirer, il n’aurait pas disparu. Peu à peu, elle sentait monter en elle le dépit et la colère. Elle s’en voulait de ressentir cela, mais elle en voulait encore plus à Tao. Enfin, après avoir erré de salle en salle, s’attirant parfois des regards surpris voire soupçonneux, elle était parvenue dans un petit cabinet faisant visiblement office de salon de repos et s’apprêtait à abandonner ses recherches. Ses pieds la faisaient souffrir, elle avait le souffle court en raison de sa taille compressée, et sa tête commençait à tourner. Elle allait se laisser tomber dans un fauteuil, quand elle aperçut des jambes qui dépassaient du renfoncement d’une fenêtre. Quelqu’un était manifestement assis sur le banc placé devant la fenêtre. Décidée à en avoir le cœur net, elle s’approcha et reconnut sans peine Tao.

In : Tao ? Qu’est-ce que tu fais là ?
Il sursauta. Il avait à peine prêté attention à ce bruissement de tissu qu’il avait perçu quelques secondes auparavant, quand elle était entrée dans la pièce.
T : Oh ! Rien, rien, je ne fais que réfléchir…
Et elle, que faisait-elle là ? Il n’avait pas songé une seule seconde qu’elle pouvait le surprendre dans ce lieu où il s’était réfugié, ne se sentant pas l’envie d’affronter les mondanités du bal. Il avait bien suivi Esteban, mais lui avait faussé compagnie après quelques minutes, trop oppressé de ne pas voir arriver les jeunes femmes, et redoutant ce moment tout autant qu’il le désirait. Et maintenant Indali était debout face à lui. Sa voix sonnait étrangement. Elle avait une dureté qu’il ne lui connaissait pas.
In : Réfléchir ? Et à quoi donc ?
T : Hein ? Eh bien à ….au capteur de lumière, j’ai eu de nouvelles idées pour l’améliorer et…
Elle haussa brusquement le ton.

In : Pourquoi est-ce que tu me mens ! Je sais aussi bien que toi qu’il ne reste plus que le boitier à monter, c’est l’affaire de cinq minutes de bricolage, et nous avons testé ensemble le système, tout fonctionne à la perfection !
Il était estomaqué, c’était bien la première fois qu’il la voyait ainsi… il avait l’impression d’avoir Isabella et son fouet en face lui. Il tenta de se justifier.
T : Oui, tout fonctionne, à un petit détail près…je n’en t’en ai pas parlé parce que…
In : Tu ne m’en as pas parlé ? Ou c’est ce petit détail que j’ai oublié et ça t’embête tellement que j’aie oublié ça que tu ne veux pas me le dire ?
T : Non non non, ce n’est pas ça du tout !
In : Alors c’est quoi ? Quand est-ce que tu vas te décider ? Que tu vas arrêter de me mentir ?
T : Tu te trompes, je t’assure, le problème vient bien de l’appareil…
Une brulure l’interrompit, une brulure qu’il ressentit sur sa peau, une brulure intense et persistante. C’était sa joue, elle lui faisait mal. Les yeux grands ouverts, il fixait Indali sans comprendre. Toujours dressée face à lui, les paupières closes, elle était légèrement courbée en avant, le bras droit tendu. Elle venait de le gifler violemment. Il n’entendait plus ni la musique qui leur parvenait, assourdie, depuis la salle de réception, ni ses pensées, juste un claquement qui résonnait dans sa tête sans discontinuer, encore et encore. Il remarqua une brillance sous les cils de la jeune femme avant qu’elle se retourna en murmurant « C’est tout ce qui compte pour toi, alors… ». Incapable de réagir, il la vit disparaître dans la pénombre du couloir.

Z : Tu ne crois pas qu’il est temps de retourner au bal ? J’aimerais bien danser un peu.
E : Restons encore ici quelques instants. Nous sommes si bien, tu ne trouves pas ?
Z : J’essayais simplement de te rappeler à tes devoirs.
E : L’Empereur comprendra…Quel mal y a-t-il à ce que nous soyons sur cette terrasse, seuls au monde, encore pour quelques instants ? Sans personne d’autre pour t’admirer…
Z : Ne t’inquiète pas, moi je n’ai d’yeux que pour toi. Mais j’espère que tu es bon danseur.
E : En douterais-tu ? Et puis, avec toi je suis certain de m’en sortir, tu es l’étoile qui guides mes pas…
Z : Tu deviens poète…
E : C’est que tu m’inspires…Zia, au moment où tu es apparue ce soir, tu m’as éblouie, tu m’as subjuguée, tu…
Elle rit doucement.
Z : Tu n’as pas besoin d’en rajouter. Serre moi fort dans tes bras, cela suffit à mon bonheur.
E : A notre bonheur…
Ils s’enlacèrent. Esteban ferma les yeux et goûtait cette étreinte délicieuse par toutes les fibres de son corps quand la voix de Zia le tira de ce rêve éveillé.
Z : Attends ! Regarde !
L’instant d’après, elle se détachait de lui. Décontenancé, il eut du mal à reprendre ses esprits.
Z : Viens, suis-moi !
Elle se dirigeait déjà vers l’intérieur du château. C’est alors qu’Esteban comprit. Il avait vu lui aussi la silhouette familière qui cheminait tête baissée, d’un pas maladroit, le long du couloir faiblement éclairé longeant partiellement la terrasse où ils se trouvaient. Un instant plus tard, Zia recevait dans ses bras son amie et l’entraînait vers une banquette où elle s’effondra. Vainement, Indali tenta de parler, trop oppressée par sa faute et par sa fuite. Elle aurait voulu arracher cette robe qui lui semblait un véritable étau, et malgré la douceur de Zia qui l’encourageait à laisser libre cours à son émotion, elle lutta longtemps contre les larmes qu’elle refoulait. Ce n’est que lorsqu’elle eut réussi à lâcher le nom de Tao qu’elle éclata en douloureux sanglots. Il n’en fallut pas plus à Esteban. Avant que Zia ait pu dire quoi que soit, il partit dans la direction d’où était venue Indali, déterminé à retrouver Tao. Guidé par des exclamations étouffées et des coups assourdis, il le trouva bientôt dans la même pièce d’où s’était enfuie Indali, occupé à frapper les murs de son poing droit, tandis qu’il agitait la main gauche en l’air en de grands gestes qui traduisaient une fébrilité anormale. Il ne remarqua pas Esteban. Ce dernier se précipita pour l’arrêter, et dut maintenir fermement ses bras pour qu’il cesse de s’agiter. Tao ne le regarda que quand il ne put plus bouger.
E : Qu’est-ce qui te prend ? Tu es devenu fou ?
T : Peut-être bien.
E : Que s’est-il passé avec Indali ? Elle est dans tous ses états, et toi aussi.
T : Qu’est ce que ça peut te faire ? Lâche moi !
E : Certainement pas. Tu es mon ami, mon frère. Je ne peux pas te laisser comme ça.
T : Tu ne peux rien, rien pour moi ! Je ne suis qu’un idiot, un lâche, une vraie plaie ! Laisse moi partir !
E : Tu veux aller danser ?
Interloqué, Tao ne trouva rien à répondre. Esteban en profita.
E : Parce que pour danser, il faut une cavalière. Et je crois que tu en avais une.
T : C’est fini…tout est fini…j’ai tout gâché…
E : Quelque chose me dit que c’est encore un simple problème de communication. Tu as encore répondu à côté de la plaque ?
T : Arrête de te moquer….c’est facile pour toi…pour toi, Zia et toi, c’est une évidence, depuis le début, vous étiez faits l’un pour l’autre, et tout est venu naturellement, mais pour moi…
E : Arrête un peu, tu veux ? Une évidence ? Tout s’est fait naturellement ? Tu sais très bien que ce n’est pas vrai. Il y a quelques mois à peine….
T : Oui, mais toi, elle t’aime, et elle ne t’a jamais frappé !
E : Indali t’a frappé ? Je croyais que c’était toi qui frappais les murs. D’ailleurs, fais voir ça…il faudra sûrement mettre de la glace.
T : Elle m’a giflé…
Une larme coula sur sa joue. Il se mit à balbutier.
T : Si fort…si fort que j’ai cru que mon cœur allait éclater. C’était…terrifiant.
E : Mais…pourquoi ? Tu n’as rien fait pour mériter ça, rassure-moi ? Non, non, tu es incapable de…excuse moi…
T : Je l’ai mérité, et bien mérité…je lui ai menti…
E : Menti ? C’est tout ? Sur quoi ?
T : Elle pense que je ne m’intéresse qu’à mes inventions…parce que, parce que je ne veux pas lui dire la vérité…
E : Je suis un peu perdu, explique-toi mieux, vieux frère. La vérité sur quoi ?
T : Sur ce qui s’est passé quand elle a repris conscience brièvement après l’agression, et que nous étions seuls…
E : Et ?
T : Elle ne se souvient pas que …que je lui ai dit que je l’aimais. Mais quand je le lui ai dit, sa réaction n’a pas été claire…
E : Ne me dis pas que tu doutes ? J’avoue que j’ai parfois du mal à te comprendre.
T : J’ai peur que...que ça lui fasse un choc…j’ai consulté des ouvrages de médecine sur le sujet et…
E : Bon écoute, arrête de te trouver des excuses et de te cacher. Elle t’aime, tu l’aimes, la situation est simple, non ? Il n’y a que toi pour douter de son amour. Pour Zia et moi, c’est une évidence ! Alors tu vas me faire le plaisir d’aller faire ta deuxième déclaration, et plus vite que ça !
T : Tu crois que c’est si simple, que c’est facile ? Pour toi, peut-être, tu fais le malin, mais tu t’en fiches de mes difficultés, au fond, tu te crois plus fort, tu te permets de me donner des ordres, comme si ces choses-là, on pouvait les dire à la commande !
E : Je suis désolé…je ne voulais pas te blesser…Je sais que tu es très sensible, et que tu te préoccupes beaucoup de la santé d’Indali, mais cette fois, tu l’as blessée, tu lui as fait du mal. Sinon elle n’aurait pas réagi comme ça. Pourquoi est-ce que tu prends la moindre occasion pour te défiler ? Elle a du le sentir, et ça l’a rendue folle. Son cerveau ne se souvient peut-être pas de l’aveu, mais son cœur, sûrement. Elle attend juste que tu te comportes avec elle comme un garçon amoureux. Cela ne peut vous faire de mal ni à l’un ni à l’autre, au contraire. Et là, tu te fais du mal, tu lui fais du mal, vous vous faites du mal ! Inutilement !
T : J’ai tellement peur…
E : Mais de quoi ?
T : De la perdre…Je l’aime…Je ne crois pas que je supporterais de la perdre. Il vaut mieux que je renonce à lui dire…qu’on reste bons amis…mais après ce qui s’est passé, plus rien n’est possible entre nous…c’est fini, je te dis, fini…
E : Voilà ce qui arrive quand on raisonne trop ! Sur ce coup là, Tao, ta raison a voulu te faire croire qu’il valait mieux taire tes sentiments, et tu as vu le résultat ! Et si tu ne réagis pas maintenant, tu risques de la perdre vraiment. Je suis sûr qu’il n’est pas trop tard, mais tu dois lui parler tout de suite, ne pas laisser un fossé se creuser entre vous à cause d’un malentendu. Nous serons de retour en Inde plus vite que tu ne penses, et une fois là-bas, si tu ne lui as rien dit, tu crois qu’elle aura la force de s’opposer à la décision de ses parents ?
T : Mais si elle me repousse ? Après ce qui s’est passé ?
E : Qui ne tente rien n’a rien, et puis, le cœur est toujours vainqueur, allez, suis moi ! Tu verras, foncer tête baissée ça a du bon parfois !
Et il entraîna son ami sans lui laisser le temps de protester. Quand ils furent assez près des deux jeunes femmes pour qu’il fût impossible de partir sans être remarqué, Esteban poussa doucement son ami en avant. Zia se leva en le voyant approcher et rejoignit son fiancé, laissant Indali et Tao face à face. La jeune Indienne avait séché ses larmes, et regardait le jeune Mueen avec un visage crispé et implorant. Il s’avança et lui prit les mains en tremblant. Elle voulut les retirer mais il les retint fermement en murmurant son nom. Elle baissa la tête. Tao se rendit alors compte que la main droite d’Indali était brûlante.
T : Pardonne-moi.
Elle retenait son souffle.
T : Pardonne-moi si je t’ai fait souffrir. Tu comptes beaucoup pour moi. J’ai voulu te protéger, mais je m’y suis mal pris. Je regrette…
In : Non…c’est moi qui regrette…je ne voulais pas…je ne sais pas ce qui m’a pris…
T : Je suis le seul fautif…Tu n’as pas à te sentir coupable…
In : Je t’ai fait du mal…je n’ai jamais voulu te faire du mal !
T : Je sais…Et moi, j’aimerais que tu me pardonnes, parce que…parce que je ne supporterai pas que tu t’éloignes de moi à jamais, que tu me haïsses, que tu ne me souries plus, parce que…
Elle gardait toujours la tête baissée.
T : Je vais te dire la vérité…la vérité, c’est que je ne suis qu’un lâche, un lâche qui ne te voit pas sombrer, submergé par ses doutes et sa propre peur, incapable de te dire que…qu’il t’aime, et qu’il t’aimera toujours, quoi qu’il arrive.
Elle redressa lentement la tête. Il se sentit faiblir.
T : Tu peux me gifler encore, tu peux me dire que tu ne m’aimes pas, cela ne changera rien, je n’y peux rien…je t’aime.
Elle le regardait à présent avec un regard si intense qu’il faillit détourner les yeux. Alors, lentement, elle se leva, et doucement il l’aida en l’attirant à lui. Un instant après, il chancelait sous l’étreinte soudaine de la jeune femme. Ils se serrèrent longuement, puis Indali prit la tête du jeune homme entre ses mains. La douleur cuisante qu’il avait ressentie sur sa joue laissa place à une douce chaleur. Elle lui sourit, puis l’embrassa passionnément. Il n’oublierait jamais ce premier baiser. Esteban et Zia avaient déjà disparu dans la salle de bal, les laissant à leur nouveau bonheur.


Quelques heures plus tard, après que les invités se soient retirés, Charles Quint rejoignit ses quatre hôtes, suivi de près par sa fille.
Ces derniers ne manquèrent pas de les remercier pour la soirée qu'ils venaient de passer.

CQ : C’est à moi de vous remercier. Je n’avais jamais vu deux couples si bien assortis danser si élégamment.
E : Marie est un bon professeur. Sans elle, et son cavalier attitré, nous aurions fait piètre figure.
Ma : En tout cas, ce fut un plaisir pour moi, et cela m’a évité de passer ma soirée à changer de cavalier, j’ai pu prétexter que M. de La Breuille était le meilleur professeur pour éloigner les autres. Oh, je suis désolée, père…
CQ : Ce n’est rien, il y aura d’autres bals.
Ma : Mais sans eux…j’ai cru un moment que vous ne viendriez jamais danser.
CQ : Tu les reverras peut-être plus tôt que tu ne penses. Je crois avoir trouvé un arrangement qui nous satisfera tous.
A cette déclaration, le visage de Marie s’éclaira.
Z : Un arrangement ? Quel genre d'arrangement ?
CQ : Plus tôt dans la soirée, Marie m'a fait part de votre projet futur de voyage au Japon. Et je me demandais si vous accepteriez de m'accorder une faveur.
E : Si comme je le pense il s’agit d’envoyer un émissaire au Japon j’ai bien peur que…
T : Nous ne pouvons pas accepter n’importe qui à bord !
CQ : Je m'en doute bien. Moi-même je suis bien embarrassé ces temps-ci pour choisir une personne de confiance. Avec les récents comportements de mon fils, je ne sais trop à qui me fier. Aussi j’ai pensé que si vous pouviez emmener Marie avec vous pour qu'elle puisse constater selon mes critères si ce pays est disposé à commercer avec nous, cela pourrait fortement aider une future délégation que j'enverrais là-bas... Et si une éventuelle entrevue diplomatique est possible...
Z : Je vois, en ces termes nous n’avons guère de raison de refuser de vous aider. D’autant plus que vous venez de trouver une solution pour que nous vous aidions avec le condor de manière utile et non guerrière.
T : Attends, si ces futures relations commerciales consistent à vendre des armes, cela change tout !
CQ : Esteban m’a dit que les seigneurs japonais étaient en guerre perpétuelle en effet, mais cela ne veut pas dire que j’envisage un tel commerce. Et puis, rien n’est fait, mon cher Tao, il ne s’agit que d’un premier contact. La suite peut prendre des années, et la situation peut changer, aussi bien de ce côté-ci que de l’autre. Pour moi, je ne vois qu’une solution qui satisfait ma fille, Zia, et moi. J’ai évoqué mon fils Philippe tout à l’heure. Plus le temps passe, plus je me dis qu’il faut que je forme Marie et que je l’aide à développer des talents qui sont étouffés ici. Je suis sûr qu’elle pourrait être une fine diplomate. On ne gagne rien à enfermer les filles entre quatre murs. Je veux qu’elle soit mieux armée pour le futur, quel qu’il soit.
E : Ce n’est pas moi qui vous contredirai. Cependant je me dois de vous avertir de ne pas trop compter sur l’entrevue diplomatique. Comme je vous l'ai dit nous n'avons pas une grande amitié avec les seigneurs Japonais.
CQ : On ne sait jamais... Et puis il sera sans doute plus facile d’établir des contacts en Inde. Découvrir ces deux pays à la suite peut s’avérer très instructif. J'imagine qu'il est inutile de vous demander d'accueillir une escorte pour ma fille ?
E : En effet. Mais vous n’avez rien à craindre, nous cacherons le condor bien plus soigneusement qu’ici, et nous ne laisserons pas votre fille sortir si la situation ne nous parait pas sûre. Et personne d’autre que Zia ou moi ne peut ouvrir le condor de l’extérieur.
Z : Je vous remercie infiniment de la confiance que vous nous accordez.
T : Et moi j’espère que nous pouvons vraiment vous faire confiance ! Ne soyez pas étonné si dans quelques mois vous obtenez des nouvelles du nouveau monde, sur un monstre d'or hostile...
Zia le stoppa net.
Z : Tao !
CQ : Non, non, continuez je vous prie.
T : Disons que le gouverneur de Lima se permet d'attaquer pour réduire en esclavage nos amis du fleuve amazone, et que nous avons été obligé de mettre un de ses navires hors d'état de nuire... De plus une attaque similaire a été subie par ces mêmes amis il y a deux ans.
Esteban et Zia regardaient Tao avec consternation ; ils savaient parfaitement que ce dernier ne pouvait pas se retenir de parler, mais en ces circonstances, alors que l’accord était sur le point d’être conclu, il aurait pu éviter ce sujet. Marie regardait son père sans dissimuler son inquiétude.
Mais Charles Quint garda son calme, bien qu'il fût à l’évidence contrarié.
CQ : Je n'ai jamais eu de retour sur cette fameuse attaque d'il y a deux ans, je suppose que Pizarro s'en est servi pour accroître ses profits personnels, et d'après vos dires il semble que son frère qui n'est pas encore officiellement en fonction se permet les mêmes pratiques. Je vais lui transmettre un avertissement avec sa nomination...Eh bien, maintenant que tout est dit, je pense que nous pouvons considérer que l’arrangement est accepté par tous.
Et avant que quiconque ait pu répondre quoi que ce soit, il se retira.
E : Tao, tu n'aurais pas pu te taire sur ce coup-là !?
T : J'ai trouvé cette solution pour tenter d'éviter à Morca et son peuple d'autres attaques, et il semblerait que ça ne se soit pas si mal passé.
E : Mouais admettons...
Ma : Je n’arrive pas à y croire ! Je vais pouvoir partir avec vous, découvrir le Japon, l’Inde !
Z : Et nous ferons une escale dans le désert. Je ne l’ai pas dit à ton père, et il ne vaut mieux pas lui en parler, il a déjà beaucoup pris sur lui pour accepter de te laisser partir je pense. J’ai cru que l’intervention de Tao allait vraiment le faire changer d’avis.
Ma : Il m'a eu l'air furieux contre son nouveau gouverneur. C’est sans doute une bonne chose, et je ne blâme pas Tao. Comparé à vous, mon père n'a pas les moyens de diriger les colonies en temps réel ni de vérifier les rapports, les distances sont si considérables ! Être forcé d'accorder sa confiance aux gouverneurs est irritant pour lui. Il n’a pas le choix. Mais s’il peut être au courant de choses qu’on essaie de lui cacher, bien que cela le contrarie fortement, je suis sûre qu’il vous en est reconnaissant, même s’il ne le montre pas. Evitez tout de même de revenir sur ce sujet avant notre départ.
E : Je suis bien d'accord, n’est-ce pas Tao ? Marie, je constate que ton père a raison de louer tes talents de diplomate. Tao devrait en prendre de la graine.
Ma : Au fait, que me conseillez vous d’emporter pour le voyage ? Quelles tenues dois-je prévoir ?
Z : Fais au plus simple, l’essentiel est de rester sobre et discrète, sans compter qu’il vaut mieux avoir les tenues les plus pratiques possibles. A part pour une éventuelle entrevue diplomatique, et pour le mariage, bien entendu !
Ma : Hum…cela va être compliqué.
Z : Si tu veux, nous pouvons voir cela ensemble. Et il faut aussi que nous te rendions nos tenues.
La princesse accepta avec joie la proposition d’aide de Zia, mais insista pour que les quatre amis gardent leur tenue.
Le lendemain matin, Esteban monta la malle de voyage de Marie à bord, tandis que Zia accompagnait cette dernière jusqu'à l'échelle.
Cependant avant que Zia ne monte Charles Quint l'interpella.
Z : Qu’y a-t-il votre majesté ?
CQ : Zia, tu n'as revu que peu de fois Marie, donc tu n'as pas pu te rendre compte qu'elle est très déterminée à atteindre ses objectifs, et à cause de cela je voudrais te préciser un point...
Z : Je vous écoute.
CQ : Garde bien en tête que sa sécurité reste une priorité absolue, et cela même si cela doit l’empêcher d’accomplir la mission que je lui ai confiée. Sommes nous bien d'accord ?
Z : Je ne voyais pas les choses autrement.
CQ : Très bien, si la situation le permet faites tout de même en sorte qu'elle s'amuse, elle n'en a pas souvent l'occasion à la Cour. Je vous souhaite bon voyage.
Z : Merci ! Nous veillerons sur elle, et elle aura tant d’occasions de s’étonner et de s’émerveiller qu’elle vous distraira elle-même des soirées entières à son retour !
Bientôt, l'immense oiseau décolla.

50_Depar Bruxelle.png

En voyant les signes que lui faisait sa fille, Charles Quint ne put s'empêcher de se demander si la décision qu'il venait de prendre était la bonne. A ses côtés, Isabella, qui avait daigné venir leur dire au revoir, lâcha quelques mots à son intention.
I : Quitter la cour un temps lui fera du bien. C’est une chance inespérée pour elle, surtout en ce moment. J’ai cru comprendre que les fréquentations de votre fils vous inquiétaient. Avec raison.
CQ : Qu’en savez-vous ?
I : J’espère pouvoir vous servir pendant le peu de temps que je passerai auprès de vous.


A bientôt pour le chapitre 21!



Pour approfondir ;) :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_d%27Autriche
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_d% ... 1535-1573)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Quint
https://fr.wikipedia.org/wiki/Isabelle_ ... 1503-1539)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_ ... d'Espagne)
Dernière modification par Seb_RF le 12 nov. 2018, 14:37, modifié 2 fois.
présentation : viewtopic.php?p=72423#p72423
note serie:
MCO1: 18/20

Trahison/Insulte totale:
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Akaroizis
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par Akaroizis »

Je vais juste dire que j'adore tout.
De l'idylle naissante entre Tao et Indali (enfin! après faut voir une fois rentrés au pays...), au retour chez le poto Charles (n'est-ce pas Esteban? :x-):) et du voyage avec Marie au Japon (qui s'annonce sûrement beaucoup plus périlleux... comme d'habitude j'ai envie de dire! :tongue:)... en bref, un chapitre clos en beauté ! :D
Le présent, le plus important des temps. Profitons-en !

Saison 1 : 18.5/20
Saison 2 : 09/20
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par Aurélien »

Akaroizis a écrit : 28 oct. 2018, 12:21 Je vais juste dire que j'adore tout.
De l'idylle naissante entre Tao et Indali (enfin! après faut voir une fois rentré au pays...), au retour chez le poto Charles (n'est-ce pas Esteban? :x-):) et du voyage avec Marie au Japon (qui s'annonce sûrement beaucoup plus périlleux... comme d'habitude j'ai envie de dire! :tongue:)... en bref, un chapitre clos en beauté ! :D
On en reparlera quand Seb aura mis en œuvre ses chef d'œuvre en nous proposant a tous et a toutes un certain "Indali & Zia foroever" ! :lol:
On sais jamais une petite fusion ca fais de mal a personne n'es pas ! :tongue:
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par yupanqui »

Magnifique passage.
Vous m’avez régalé !
Il manque juste les chefs-d’œuvre de Seb pour illustrer le tout.
Je rêve vraiment de voir notre Zia et notre Indali en robe de soirée!
Il n’y avait pas encore de paparazzi à l’époque... ni Paris Match ni Closer...
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par Le Flamand »

J'ai enfin pu rattraper mon retard sur cette fanfiction et je dois dire que je suis toujours ébloui par la qualité de la narration et des dialogues entre les personnages qui ne sont jamais "de trop", ainsi que les recherches que vous effectuez pour apporter une qualité supplémentaire.
Comme l'a affirmé yupanqui, il ne manque que les chefs-d'oeuvre de notre cher Seb pour l'illustration.
Bref. Comme à l'accoutumée, j'adore ce que vous faites. ;)
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par Ziaesteban »

C'est prévu pour quand la suite ??
J'aime : :Esteban: :Zia: :Laguerra: :Mendoza: :Pedro: :Sancho: :Athanaos: j'aime pas :Tao: :Gaspard: :Ambrosius:
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

Ziaesteban a écrit : 13 déc. 2018, 20:18 C'est prévu pour quand la suite ??
Peut-être bientôt...incessamment sous peu...le début du chapitre 21 est plutôt prêt, la suite est en cours d'écriture, patience... ;)
Merci en tout cas à tous de votre fidélité!
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par Akaroizis »

Tant que ça avance, prenez votre temps, on est pas (trop) pressés. L'extracteur de jus horizontal n'a pas encore été testé, donc nous sommes encore entiers.

Bref. Tout ça pour ne rien dire, en bref. :arrow:
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par nonoko »

Voili voilà, votre patience va enfin être récompensée...
Cette fois, c'est une collaboration à six mains: il y a très très longtemps Isaguerra s'était proposée avec enthousiasme pour participer à l'aventure et tenait à écrire le chapitre consacré au Japon. Et puis le temps a passé, les chapitres précédents ont enflé, la vie nous a occupés...Isaguerra a imaginé une trame, a commencé à écrire le chapitre, puis a passé la main. J'ai développé la trame en m'efforçant d'être fidèle aux idées d'Isaguerra, donc si cela vous paraît noir, il ne faut pas m'en tenir pour seule responsable! Enfin, le début, ça va...Seb a supervisé le travail et empêché que j'écrive trop de bêtises. Mais comme le chapitre n'est pas fini, vous n'êtes à l'abri de rien! Et je préviens qu'il n'y a pas à chercher de précision historique. ;)
Bonne lecture.

Chapitre 21: Le Soleil se lève à l'Est.

Partie 1

Le vol avait été long et ennuyeux, Esteban le ressentait franchement, son corps était tout engourdi. De temps en temps il lâchait le manche à tête de serpent d'une main afin de détendre ses doigts, tout comme il étendait ses jambes à certains moments. La fatigue accumulée lors des derniers jours n'arrangeait guère les choses. Il regrettait presque ses exploits de danseur lors du bal, cette nuit-là avait été bien courte. Chez les Chaldis, on avait aussi fêté leur retour comme il se devait, et on ne pouvait se dérober à l’hospitalité du peuple du désert. Zia avait veillé à l’installation de Nacir chez ses nouveaux hôtes, qui se firent un point d’honneur à le mettre à l’aise. Le jeune homme, qui était d’humeur maussade depuis qu’il avait dû quitter Bruxelles sans revoir Isabella, avait retrouvé un peu de gaieté grâce à cet accueil. Au moins ne serait-il plus confiné dans le condor, dans une pièce où personne ne passait, tandis qu’il se trouvait maintenant sous une tente pleine de vie, où chacun vaquait à ses occupations, où des visiteurs se présentaient régulièrement. Il n’allait pas s’ennuyer, et en une journée il avait déjà lié connaissance avec la plupart des membres de la tribu. Zia lui avait assuré qu’il pourrait bientôt remarcher, et il avait déjà hâte de s’initier au pilotage des zephtis et d’explorer les alentours. Quant à la princesse, elle avait d’autant plus apprécié cette halte qu’elle souffrait depuis leur départ d’un mal de l’air inattendu, qui lui avait gâché tout le plaisir du vol. Elle avait tenté en vain de cacher son malaise à ses amis, et quand il avait fallu se rendre à l’évidence, ils avaient failli faire demi-tour pour la ramener. Elle avait protesté et insisté pour qu’ils n’en fassent rien, autant par orgueil que par désir de partir à la découverte de nouveaux horizons coûte que coûte, déclarant qu’une escapade à l’autre bout du monde valait bien la peine de souffrir quelques désagréments passagers. Les explorateurs qui avaient franchi les mers avaient eux aussi dû surmonter bien des obstacles. Esteban et Zia avaient souri en se remémorant leur premier voyage à bord de l’Esperanza. Marie avait donc passé tout le trajet allongée en prenant son mal en patience, et avait accueilli l’escale dans le désert comme une délivrance. Son amabilité et sa soif de découverte avaient conquis ses hôtes, qui avaient répondu de bonne grâce à ses questions, sans se douter qu’ils avaient affaire à la fille d’un empereur. Marie en effet avait tenu à ce qu’on la présente comme une jeune fille de bonne famille, sans plus, afin d’être traitée comme tout le monde, et elle en était ravie. Elle était passée en un jour des fastes d’un bal royal à une soirée chaleureuse sous une simple tente, au milieu de nulle part, et cette liberté la grisait. Même les regards curieux ou interrogateurs qu’elle s’attirait par son apparence, ses questions, ses manières, ne la gênaient pas, car elle n’y sentait aucune arrière-pensée. Elle bénissait son père de l’avoir laissée partir, et songeait avec amusement combien ses serviteurs devaient se sentir désoeuvrés sans elle, tandis qu’elle se sentait si libre sans eux. La veille, Zia s’était d’ailleurs inquiétée : l’absence de son amie n’allait pas manquer d’être remarquée et de susciter bien des commentaires. Certains se douteraient sûrement qu’elle serait partie à bord du condor avec eux. Marie avait répondu que son père savait ce qu’il faisait, et que s’il l’autorisait à partir, il saurait bien trouver une explication qui ferait taire les rumeurs. Du reste, pendant le bal, nul n’avait osé se montrer indiscret, impoli ou méprisant envers eux. Elle ajouta que si son père avait pris une décision si soudaine, au lieu d’attendre qu’ils soient revenus chercher Isabella pour le mariage, et elle par la même occasion, ce n’était sûrement pas parce qu’il brûlait d’impatience d’établir des liens avec le Japon. Cela n’avait été qu’un prétexte, et une occasion pour qu’elle quitte le château au plus tôt. Il prenait des risques en l’autorisant à partir, d’autant plus qu’Esteban lui avait dit que le Japon n’était pas un pays si sûr, mais elle savait qu’il avait pertinemment pesé ces risques et avait préféré la savoir auprès d’eux qu’auprès de lui. L’empereur était toujours en guerre, et de nouveaux ennemis pouvaient s’ajouter à ceux qui étaient déjà trop nombreux. Craignait-il de devoir livrer des otages prochainement ? Se méfiait-il de Philippe, qui s’était montré arrogant envers son père et hostile envers Marie, lors de sa dernière visite ? Elle en était réduite aux hypothèses, mais faisait confiance à son père, autant qu’il leur faisait confiance, à eux, au point de leur confier sa propre fille. Zia n’avait pas osé lui dire qu’ils venaient de vivre des moments éprouvants et qu’ils avaient dû lutter contre un ennemi dont ils avaient longtemps ignoré l’existence, et dont ils n’étaient pas sûrs qu’il ne se manifeste pas à nouveau. Elle préféra continuer à croire qu’en quittant l’Espagne et l’Europe, ils mettaient une distance infranchissable entre cet ennemi et eux. Mais les paroles de Marie lui rappelaient qu’un danger invisible et imprévisible peut toujours survenir, à tout moment. « Enfin, la vie elle-même est un risque, n’est-ce pas ? » avait conclu Marie, « alors, il ne sert à rien de rester cloîtrée dans un château en attendant que la mort vienne vous surprendre ! » Zia avait souri, et oublié ses craintes. Si elle avait tenu à inviter Marie, c’était exactement parce qu’elle souhaitait que son amie connaisse autre chose que cette vie de cour morne et contraignante, et elle comptait bien lui faire profiter au maximum de son escapade.

Esteban finit par laisser échapper un bâillement mais même en portant sa main devant sa bouche il ne put en camoufler le bruit.
E : Désolé...
Zia, qui revenait dans le cockpit, s'approcha de lui et l'enlaça par derrière :
Z : Heureusement que nous arrivons dans peu de temps.
E : Je ne te le fais pas dire, je suis épuisé.
In : Ça se voit. Enfin ça s'entend surtout.
Indali avait prononcé ces mots en riant légèrement. Elle fut bientôt accompagnée dans sa gaieté par Zia, Tao, et le pilote.
Z : Esteban, aurais-tu une idée approximative du temps de vol qu'il nous reste avant d'atterrir ?
E : Je ne sais pas. Je dirais entre vingt et trente minutes. Pourquoi ?
Z : Pour savoir si j'allais chercher Marie maintenant ou si j'attendais un peu.
In : Elle ne va toujours pas mieux ?
Z : Non.
T : C'est vraiment pas de chance qu'elle souffre du mal de l'air. Elle a raté quelque chose.
In : Ça arrive, et puis il vaut mieux qu'elle se repose et qu'elle ne voie pas que l'on est encore en plein ciel, ça ne ferait qu'aggraver son mal.
Z : Oui, incontestablement. Je vais la laisser dormir jusqu'à ce qu'on arrive.
E : Ça me paraît être une bonne idée.

Vingt-trois minutes plus tard le Condor arrivait en vue de Kagoshima. Esteban se tint à bonne distance de la ville : il était inutile d’attirer l’attention. Lors de leur dernière venue, il y a trois ans, il leur avait été impossible de dire au revoir à leurs hôtes à cause des soldats du Daimyo Shimazu. Cela les avait beaucoup ennuyés de ne pas saluer une dernière fois Mariko, Ichiro et Yoshi mais leur sécurité passait avant la politesse. Enfin, c'est ce qu'Esteban avait prétexté pour se donner bonne conscience, même si c'était le plus affecté pour avoir eu à agir ainsi. Et en raison de cet incident, ils avaient convenu tous trois, lui, Zia et Tao, de couper les ponts avec leurs amis japonais pendant un certain temps en espérant que le Daimyo oublie l’affront qu’il avait subi à cause d’eux. S’ils étaient revenus les voir et que le seigneur avait eu connaissance de l’amitié qui les unissait à ses trois sujets, ces derniers l’auraient sans nul doute payé chèrement. Cela leur coûtait énormément à tous les trois de devoir sacrifier leur amitié mais ils ne pouvaient se permettre de mettre en danger leurs amis - une fois de plus -.
Pendant le trajet cela avait été la plus grande inquiétude d’Esteban et Tao. Il était peu probable que le Daimyo ait oublié son humiliation. Et si des soldats repéraient le Condor au loin et allaient prévenir leur souverain ? Seraient-ils capables de défendre et protéger les trois femmes qui les accompagnaient ? Il fallait être de la plus grande prudence : la sécurité de tant de personnes qui leur étaient chères en dépendait. Zia saurait se débrouiller, cela ne faisait aucun doute, même s’il espérait qu'elle n'ait pas à se servir de ses capacités, mais pour Indali et Marie c'était une autre histoire. Aucune d'elles ne connaissait le Japon, ses coutumes et le danger potentiel qu'il représentait pour eux tous.

Esteban, après avoir fait un grand détour derrière les collines qui entouraient la baie de Kagoshima, posa le Condor non loin des ruines qui, autrefois, leur avaient permis de récupérer le Tsuba du Seigneur Shimazu, au plus près de la forêt pour éviter que l’oiseau soit trop visible de la mer. Pendant que Zia allait chercher la jeune princesse qui dormait dans une des cabines, ses camarades descendirent. Indali posa avec émotion le pied sur cette terre nouvelle qui lui était apparue depuis le ciel comme flottant sur l’immensité de l’océan. Le volcan l’avait impressionnée : assurément, le monde était plein de merveilles aussi attirantes que redoutables. Dans la cabine, en voyant la pauvre Marie encore recroquevillée sur elle-même, Zia ne put s'empêcher de repenser à son fiancé lors de leur premier voyage en mer, lui-même recroquevillé sur le lit de la cabine de celui qu'elle considérait depuis dix ans comme un père. Elle sourit à ce souvenir mais se reprit en entendant la jeune fille gémir : rire du mal des autres n'est pas correct. La jeune femme s'installa alors à côté de son amie et commença à interpréter une chanson qu'une femme de son village lui chantait lorsqu'elle était enfant et qu'elle était souffrante. Cette chanson, Zia ne l'avait jamais oubliée, c'était en partie grâce à ses paroles qu'elle avait surmonté l'épreuve qu'avait été son enlèvement. En plus de détendre sa jeune amie, la mélodie faisait du bien à Zia : cela lui rappelait Raya, cette femme qui la lui avait enseignée. Peu après, Marie s’éveilla. Il ne lui fallut que quelques secondes pour réaliser qu’ils étaient posés. Elle se sentait soudain parfaitement bien, et sauta du lit, impatiente. Zia la retint en riant.
Z : Attends, tu es encore toute pâle !
Ma : Nous sommes bien arrivés au Japon, n’est-ce pas ?
Z : Oui, mais prends ton temps, nous n’allons pas repartir tout de suite !
Ma : J’ai besoin d’air frais !
Et elle courut vers le cockpit, impatiente de respirer l’air du bout du monde. Ses amis la virent apparaître en haut de l’échelle, puis descendre le plus vite qu’elle pouvait sans même avoir pris le temps de se chausser. Dès qu’elle eut posé un pied à terre, elle se campa sur ses deux jambes et prit une profonde inspiration, avant de respirer à plein poumons. Tout le monde rit.
E : Bienvenue au Japon, Marie, ça fait plaisir de te voir en forme !
Ma : Merci, cela devrait aller maintenant que nous sommes sur la terre ferme. Et merci Zia de t’être occupée de moi.
Z : Il n'y a pas de quoi
E : Elle sait s’y prendre, n’est-ce pas ?
A son tour, Esteban repensa à la façon dont sa future femme avait tenté de l'apaiser quand il était en proie à son mal de mer. Marie acquiesça, tout en regardant tout autour d’elle, attentive au moindre bruit, à la moindre odeur, s’imprégnant de ces sensations nouvelles et si différentes de celles éprouvées en plein désert. L’air était doux, et la forêt flamboyait des couleurs automnales.
E : Si nous allions sur la falaise ? La vue est époustouflante. Puis nous vous montrerons quelque chose qui en vaut la peine.
La côte déchiquetée qui s’enfonçait dans la mer étincelante offrait un spectacle impressionnant, devant lequel les deux jeunes femmes ne manquèrent pas de s’extasier. Mais soudain, Indali remarqua l’absence de Tao. Depuis Bruxelles, ils étaient toujours ensemble. Pourtant, toute à l’excitation de la découverte, elle n’avait pas remarqué qu’il leur avait faussé compagnie. Elle s’en inquiéta immédiatement.
In : Où est Tao ?
Esteban poussa un léger soupir.
E : Je sais où il est. Je vais le chercher.
Z : On vous rejoint. Je vais leur expliquer.
Alors Esteban partit vers les ruines pour rejoindre son meilleur ami pendant que Zia commençait à expliquer à ses deux amies ce qui leur était arrivé ici-même il y a dix ans.

Esteban retrouva son naacal assis sur les marches où avait eu lieu le drame dix ans auparavant... Le temps avait passé mais Tao semblait toujours autant affecté qu'au premier jour. Ce qui était tout à fait logique, car Tao considérait cet homme comme un professeur, un père et celui-ci lui avait menti dès leur première rencontre et ce sans vergogne.
Esteban s'approcha de Tao et s'assit à ses côtés.
E : Ça va mon vieux ?
T : Oui... Comme à chaque fois que l'on vient ici...
E : Je sais, c'était stupide de te demander ça.
T : J'en ai marre. Ça va faire dix ans et je n’arrive toujours pas à m'en remettre. Quand on n’est pas ici ça va j'arrive un peu à oublier mais dès que je vois cet endroit je...
E : Arrête, je sais très bien ce que tu ressens mon vieux. Tu n'y étais pour rien et tu n'y es toujours pour rien. Ambrosius nous avait tous bernés, tous les six. Sept avec Pichu.
T : Toujours le mot pour rire..T’es lourd parfois…Mais tu te rends compte que je n'arrêtais pas de prendre sa défense ?
E : Et alors ? On s'en fiche. Tu t'es planté sur son compte et nous aussi. On l'a démasqué, on l'a combattu et on l'a arrêté. Fin de l'histoire. Maintenant il n'est plus de ce monde. Oublie-le.
Tao regarda son meilleur ami et lui adressa un léger sourire.
T : Tu te rends compte qu'on a cette même discussion chaque fois que l'on vient ici ?
E : Je sais mais peu importe. On continuera de l'avoir tant que tu n'iras pas mieux à ce sujet.
T : Après ce qui s’est passé avec l’autre malfaisant et cette espèce de sorcière, je ne sais pas si je vais réussir à évacuer ça.
E : C’est vrai, sur ce coup là on s’est bien fait avoir aussi…Mais c’est une autre histoire. Qui sera plus facile à oublier, crois-moi.
T : Peut-être…ça dépend pour qui.
Z : Esteban a raison, Tao.
Les filles venaient de les rejoindre.
Z : Il faut que tu arrêtes d'y penser, ça ne sert à rien de ressasser le passé.
T : Je sais bien mais c'est plus fort que moi.
Z : Vis au présent. Maintenant tout a changé. Nous avons grandi, tu es devenu un grand inventeur : nos ancêtres seraient fiers de toi. Et puis tu as Indali aussi, je sais qu'elle est une excellente élève et que ça te procure un grand plaisir de pouvoir être son professeur…
T : Arrête de nous taquiner !
In : C'est vrai que sans un professeur comme toi je n'aurais pas progressé aussi vite, dans tous les domaines. Tu es un excellent professeur, Tao.
T : De rien. Mais dans certains domaines, tu es bien plus douée que moi…
Elle éclata de rire.
In : C’est sûr et certain !
Et elle déposa un baiser sur sa joue.
In : Mais tu apprends vite aussi…
Il surprit le regard malicieux de Marie et rougit.
Ma : Ne t’inquiète pas, Tao, je ne suis pas du tout choquée, j’observe et je m’instruis moi aussi !
T: Euh, oui,bien, bien, et si on allait voir l'Otsuro Bune ?
Ma : L'Otsu- quoi ?!
E: L'Otsuro Bune. La chose qui en vaut la peine dont je vous parlais justement tout à l’heure.
In : Qu'est ce que c'est ?
T : Vous verrez bien !
Il avait retrouvé toute sa bonne humeur et entraîna Indali vers la forêt. Une fois sur place, Indali et Marie stoppèrent net, tout comme l’avaient fait les trois enfants dix ans auparavant, en voyant la capsule dorée au milieu du cours d'eau qu'ils avaient longé. L'objet se tenait sous un Torii Shinto d’un rouge rutilant. Trois petites chutes d'eau faisaient entendre leur mélodie apaisante. La lumière qui perçait la végétation constellait la surface dorée de petits halos se mouvant au gré de la brise qui faisait frémir et bruire les feuilles. A ces taches de lumière répondaient les taches de couleur flamboyantes qui transformaient la forêt en un tableau aux tons chaleureux, déclinant toutes les gammes de rouges, de jaunes et de bruns imaginables.
Mar : C'est magnifique !
In : Je confirme. J'en ai vu de belles choses depuis que nous voyageons ensemble, vous me surprenez à chaque fois…cet endroit est vraiment superbe…il s’en dégage quelque chose de spécial, d’apaisant… merci, merci de nous avoir emmenées ici !
Ma : Aucun jardin d’Europe ne peut rivaliser avec cette splendeur. Quant à cette chose…
T : La sphère dorée ? C’est l’otsurobune.
Ma : Qu’est-ce que c’est exactement ? Et comment l'avez vous trouvée ?
E : Grâce au Condor. Pendant nos voyages précédents, il a eu la capacité de nous guider jusqu’à divers endroits.
Mar : Il vous a guidés ?
T : Absolument. Le Condor est capable de nous guider de lui-même vers plusieurs lieux, dès que l’on approche de ceux-ci.
Ma : C'est impressionnant.
Z : Et surtout ça surprend les premières fois.
Ma : J'imagine, oui. Donc, vous n’avez pas trouvé par hasard cet…ot..otsu…Oh, dites moi simplement ce que c’est, je vous prie !
E : L’ot-su-ro-bu-ne ? C’est quelque chose qui sert à sauver des vies…
Mar : Ah ? Comme une sorte d’amulette ? Il parait que dans le nouveau monde on se sert beaucoup d’objets comme protections magiques…Mais celui-ci est très gros !
E : Hum…ce n’est pas vraiment ça, non…
In : Nous ne sommes pas dans un endroit sacré ? On en a pourtant l’impression.
Z : Tu as raison, Indali. Ce portique marque l’entrée d’un sanctuaire, il sert à matérialiser la frontière entre le monde physique et le monde spirituel.
Mar : Un sanctuaire ? Je ne vois aucun édifice.
Z : Pour les Japonais, la Nature elle-même peut être sacrée, par exemple la forêt abrite des esprits.
Mar : Des esprits ? Tout cela n’est guère chrétien, mais cela ne retire rien à la beauté de l’endroit. J’espère juste que ces esprits sont bienfaisants.
Tao se mit à rire.
T : Non, ils vont se jeter sur toi si tu oses franchir la porte !
Z : Tao, arrête tes bêtises !
Mar : Tout d’abord, messire Tao, je ne me risquerais pas à mettre le pied dans cette eau, qui doit être glaciale, pour franchir ce portique, et je vous fais remarquer que vous ne m’avez toujours pas expliqué comment cet objet peut sauver des vies. C’est vous le savant du groupe, si je ne me trompe ?
Zia et Esteban échangèrent un coup d’œil complice. Indali tenta d’étouffer un rire. Tao, pris au dépourvu, réfléchit quelques instants.
T : Je peux évidemment tout vous expliquer, majesté. Imaginez que vous soyez en danger sous la mer… L’otsuro-bune est une sorte de nacelle de sauvetage, à l’intérieur de laquelle plusieurs personnes peuvent pendre place, et qui vous ramènera à la surface, où elle peut flotter, comme un bateau.
Ma : Comment ? Vous me comptez des sornettes ! En danger sous la mer ? Comment pourrait-on se trouver dans une pareille situation ? Et cet objet est bien trop lourd pour flotter ! Il est en or, n’est-ce pas ? Oh !
Elle s’interrompit soudain et réfléchit quelques secondes.
Ma : Votre oiseau brille du même éclat…et pourtant il vole dans les airs…Et cet objet serait creux lui aussi ?
T : Tout juste ! Vous ne voulez pas vous approcher, mais vous voyez bien d’ici ces sortes de fenêtres rondes. Croyez-moi, chère princesse, il est bien des choses que vous ignorez, qui paraissent impossibles, et pourtant le sont. C’est cela le miracle de la science et de la technologie !
In : Mais cela ôte un peu de son charme à la poésie du lieu…
Ma : Ce n’est pas grave, j’accepte vos explications, messire Tao, et je vous en remercie. Tout de même, c’est difficilement croyable.
T : Mais c’est vérifiable !
Ma : Je ne suis pas sûre d’avoir envie de vérifier une telle chose. Je préfère rester sur la terre ferme, pour le moment du moins.
Esteban et Zia sourirent. Marie se révélait très perspicace mais savait rester prudente. Veiller sur elle ne serait pas trop difficile, en revanche ils sentaient qu’ils devaient mieux se préparer à répondre à ses questions.
E : Sage décision ! Et après avoir découvert cet endroit à l’ atmosphère magique et mystérieuse, que diriez-vous de faire la connaissance de nos amis Japonais ? C’est ici que nous avons rencontré Yoshi. C'était... Peu commun comme rencontre.
Ma : Il est sorti de cette nacelle de sauvetage ?
Tous se mirent à rire de bon cœur avec Marie.
E : Non, non, bien sûr !
In : Cela me fait penser à notre rencontre. Elle n'était pas mal non plus.
E : C'est vrai. Un point pour toi.
Zia raconta à Marie ce qu'il s'était passé lors de leur rencontre avec l'Indienne.
E : La différence est que, Indali, Gunjan et les autres enfants vous pensiez que nous étions des magiciens alors qu'ici nous avions juste pénétré sur un territoire sacré et Yoshi avait cherché à nous effrayer. Assez maladroitement je dois dire. Vous vous souvenez de son masque ?
Il résuma la scène à l’intention de Marie, en imitant la manœuvre d’intimidation du vieillard.
T : Très réussi, Esteban. Tu fais le malin maintenant, mais heureusement pour nous qu'il a vu vos médaillons ou tu aurais fini par croire à l’existence des esprits frappeurs, quand tu aurais reçu deux ou trois bons coups de bâton !
Z : C'est vrai que les médaillons nous ont bien aidés à gagner sa sympathie. D'ailleurs on ferait mieux de nous rendre chez lui sans plus tarder, ce n'est pas correct d'arriver trop tard et nombreux chez des amis.

En chemin, Marie émit quelques scrupules. Elle appréhendait de se rendre chez des inconnus, dans un pays totalement inconnu. Quand ils s’étaient arrêtés chez les Chaldis, elle était tellement soulagée de ne plus être en vol qu’elle n’avait pas songé à s’inquiéter des convenances et de l’accueil qu’on lui réserverait. Mais à présent, il en était autrement. Elle avait eu le temps de se rendre compte que ce pays était bien plus déstabilisant qu’elle ne l’imaginait, et elle redoutait sa première rencontre avec des Japonais, surtout après ce qu’Esteban avait dit de sa rencontre avec Yoshi.
Ma : Vous êtes sûrs que nous ne devrions pas nous annoncer avant de nous rendre chez ces gens ? Peut-être qu’ Esteban pourrait d’abord leur rendre visite. Nous pouvons attendre au condor, et venir plus tard.
Z : C’est tout à ton honneur de t’inquiéter ainsi. Il est vrai que notre visite à l’improviste n’est guère convenable, surtout après les avoir laissés sans nouvelles pendant trois ans.
E : Hum…Nous verrons bien, vous pourrez m’attendre à quelque distance si cela vous met plus à l’aise, et nous pourrons toujours retourner au condor ensemble avant la nuit le cas échéant. Dans la mesure du possible, pendant notre séjour je préfère éviter que notre groupe ne se sépare inutilement. Mais je suis assez confiant sur l’accueil qu’ils nous réserveront.
Il disait cela autant pour se rassurer que pour rassurer les autres. Les paroles de Zia avaient réveillé sa mauvaise conscience.
Ma : Ça ne les dérangera pas que nous soyons là, Indali et moi ?
Z : Les Japonais sont très hospitaliers.
T : Ne vous en faites pas.
In : Vous avez sans doute raison.
T : J'ai toujours raison.
E : Même quand tu as tort.
Esteban avait dit ça en donnant un coup dans l'épaule de son meilleur ami tout en le dépassant, histoire de se défouler. L'intervention de l'élu et la réaction du naacal arrachèrent un sourire aux trois jeunes femmes. Tao bougonna en faisant rouler son épaule droite qui, grâce à Môssieur Esteban, lui faisait mal.
T : Décidément, tu es toujours une brute.
E : Oh, t'exagères, ou tu es en sucre.
T : Je dois être en sucre alors. La prochaine, fois, évite de me déboiter l’épaule pour rien !
E : Désolé…je crois que je suis un peu nerveux.
Tao n’ajouta rien. Il comprenait ce qui tourmentait son ami. Pendant trois ans, il avait répété à Esteban que ça avait été mieux ainsi, qu'ils étaient tenus de les protéger tous les trois – Mariko, Ichiro et Yoshi – et que continuer à venir les voir pouvait les mettre en danger. D'autant plus qu'Ichiro ne devait pas être vu comme un traître aux yeux du Daimyo sachant qu'il était un de ses soldats.
Après un quart d’heure de marche, ils arrivèrent enfin en vue de leur lieu d'hébergement d'autrefois et qui allait de nouveau l'être... Enfin, qui aurait dû l'être...
Tout n'était plus que ruines. Le jardin zen que Yoshi affectionnait tant et que Tao avait si souvent saccagé par mégarde était maintenant encombré d’une végétation rampante qui s’étalait tout à son aise jusqu’à la maison en un épais tapis Il en émergeait ici ou là quelques pierres permettant de circuler, autrefois, à travers le sable, et maintenant recouvertes d'une mousse d'un vert chatoyant. La maison, quant à elle, n'était guère dans un meilleur état : certaines planches avaient moisi et s'étaient brisées avec le manque d'entretien, l'un des murs était désormais orné d'un magnifique trou béant, une partie du toit s'était effondrée dans la maison, les escaliers permettant d'y entrer n'étaient même plus praticables.
Devant une telle désolation, la stupeur avait saisi les jeunes gens. Que s'était-il passé ? Où étaient leurs amis ? Avaient-ils été dénoncés pour avoir caché leur présence au Seigneur ? Que leur était-il arrivé ?
Esteban fut le premier à réagir. D’un pas décidé, il pénétra dans la bâtisse espérant comprendre ce qui avait bien pu se passer pendant leurs trois années d'absence. Mais l'état des lieux ne fit que confirmer ce qu'il avait compris dehors : plus personne ne vivait ici et ce depuis longtemps. Néanmoins il fouilla la pièce dans l'espoir de trouver ne serait-ce qu'un minuscule indice donnant une idée d'où pouvaient être ses amis mais la seule chose qu'il trouva fut de la poussière.
Il ressortit, dépité.
E : Il n'y a plus rien....
T : Vous croyez que...
Z : Tao ! Ne pense pas des choses pareilles !
T : Excuse-moi mais autant penser au pire tout de suite !
Z : Je sais...
E : On n’a qu'à faire une descente au port, on y interrogera les gens : ils pourront peut être nous en dire plus.
T : Excellente idée pour se faire remarquer !
E : Tu veux faire comment ? On ne va pas repartir sans savoir !
T : Non bien sûr mais…
Z : Il faut penser à la sécurité de tous.
E : C’est vrai. Je suis désolé, Marie, Indali, mais nous allons devoir vous ramener au Condor.
Ma : Je comprends parfaitement. Ne vous en faites pas pour nous. Vous ne vous attendiez pas à cela. C’est à moi d’être désolée pour vous, et pour vos amis. Mais n’est-ce pas trop dangereux pour vous de vous montrer ? J’ai cru comprendre que vous préfériez rester discrets.
T : Les villageois nous connaissent et certains nous ont déjà aidés, ne vous en faites pas, mais c'est trop dangereux pour vous qui n'avez aucune connaissance des us et coutumes du pays.
In : Moi aussi je comprends, j’ai simplement peur pour vous. Soyez prudents, je vous en prie !
Z : Rien ne nous assure qu’il y ait danger. Je doute que des hommes aient pu détruire cette maison de cette façon, mais tant que nous n’en aurons pas eu l’assurance, il faut rester sur nos gardes, et vous mettre à l’abri. Rentrons au condor.

Tout le monde acquiesça et reprit en silence le chemin emprunté pour venir.
Elles avaient beau affirmer le contraire mais Indali et Marie étaient très déçues de devoir rester enfermées dans le Condor. Elles auraient tant voulu continuer leur découverte de ce pays, de ses coutumes et de ses habitants. En restant enfermées, elles savaient que cela serait impossible. Il y aurait tant de choses qu'elles ne pourraient pas voir. Elles se consolaient en pensant que leur enfermement ne serait que temporaire, mais elles redoutaient que ce ne soit pas le cas et qu’il leur faille de toute façon quitter le Japon sans en découvrir davantage. Les merveilles entrevues étaient si alléchantes ! Marie se mit à prier qu’il ne soit rien arrivé à ces personnes qu’elle avait craint de déranger en leur rendant visite. Puis elle pria pour le salut de ses amis.
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Ziaesteban
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Tome 2

Message par Ziaesteban »

J'adore vous faite toujours du bon travail continuer comme 😀et vivement la suite
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