FANFICTION COLLECTIVE : Tome 1

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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Akaroizis
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Ecrivains-Dessinateurs-Photomont

Message par Akaroizis »

Quelques petites fautes dans le message un peu codé xd mais oui c'est bien que vous ayez commencé la suite, on veut continuellement des nouveaux chapitres nous, on en redemande xd !
Le présent, le plus important des temps. Profitons-en !

Saison 1 : 18.5/20
Saison 2 : 09/20
Saison 3 : 13.5/20


Ma présentation : viewtopic.php?f=7&t=80&p=75462#p75462
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Seb_RF
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Ecrivains-Dessinateurs-Photomont

Message par Seb_RF »

Messages 1/8

TOME 1: Retour à Barcelone.
_______________________________________________


15 Juillet 1542.Barcelone.
01_Image debut.JPG
Ce jour-là, dans la magnifique ville espagnole que l'on nomme Barcelone, il y fait bon vivre.
Malgré des nuages gris, les enfants sont heureux de jouer avec leurs amis dans les rues et les ruelles de leur ville, les femmes se retrouvent, parlent et rient tout en surveillant leurs petits rejetons.

Si nous nous enfonçons plus profondément dans la ville, nous arrivons au point de rendez-vous des hommes célibataires ou mariés, n'ayant qu'une chose en tête, boire.
Le propriétaire commençait à se faire vieux, cela se voyait, mais on ressentait chez lui une énergie débordante, Rico est heureux de servir ces hommes assoiffés de bière, riant fort sous l'effet de l'alcool, faisant des blagues ''d'hommes'' parfois douteuses.

Quand un homme capuchonné entra dans la Taverne.
-Eh, Rico, comment vas-tu ? Toujours pas fatigué ?
Ri: Compte sur moi pour te répondre non ! répondit-il en riant, et toussant un peu.
-Tu me sers une choppe ?
Ri : Tout de suite !
Une fois le verre plein, l'homme se posta au comptoir, s'assit sur une chaise et continua de discuter avec le tavernier .

-Tu as entendu la nouvelle ?
Ri : Laquelle ?
-Ah...attends, je vais le dire aux autres en même temps.
L'homme se retourna, et cria aux autres la nouvelle qu'il était sur le point d'annoncer à Rico.
-ÉCOUTEZ-MOI, J'AI UNE GRANDE NOUVELLE À VOUS ANNONCER !
-Tu ne vas pas nous refaire le coup d'il y a 10 ans de ...ils s’appellent comment déjà?
-Sancho et Pedro.
-Voilà, tu ne vas pas nous raconter encore ces balivernes, non, tu vas nous parler des cités faites en or ?
-Il y a un rapport .
Les buveurs chuchotèrent, visiblement étonnés.
-Tu ne vas pas nous dire d'aller chercher les cités d'or, on sait qu'elles n'existent pas !
-ELLES EXISTENT !
-Comment compte-tour le prouver ?
-Demande à Esteban.
Le nom d'Esteban jeta un froid dans toute la taverne, le souvenir de l'enfant du soleil disparu il y a maintenant 10 ans, après que le Père Rodriguez ait rejoint les cieux, effraya les hommes qui passaient jusque-là du bon temps.

- Pourquoi évoques-tu son nom, Mendoza ?
Mendoza retira sa capuche, faisant apparaitre ses cheveux devenus en partie gris foncé/clair.
M : Il est de retour. Il va arriver en cours de journée, au milieu de l'après-midi, au port de Barcelone.
D'un coup, tout le monde hurla de joie, tout le monde sortit de la taverne pour répandre la nouvelle.
Bientôt, tout Barcelone fut au courant de son retour, du retour de cet enfant qui était devenu une légende parmi les histoires, les discussions de femmes et d'enfants, tout le monde connaissait Le Fils Du Soleil.

Chez Rico, ce dernier encore abasourdi, Mendoza était le dernier à être resté.
M : Tu me sers un verre de vin, Rico ?
Ri : Je...euh..ou...oui.
M : On dirait Sancho.
Tout en lui servant son verre de Rouge, Rico demanda à Mendoza:
R : Comment tu sais qu'il sera de retour?
M : On s'est fait une promesse, il y a 9 ans, qu'on se retrouverait ici le jour des 10 ans de notre départ sur l'Esperanza.
Ri : Tu es sûr qu'il arrivera aujourd'hui? Et puis, vous êtes déjà revenus une fois ici, non ?
M : Ce fût il y a 8 ans, Rico, et il est venu me sauver, je lui doit encore la vie à ce jeune homme.
Ri : A moi aussi, eh !
M : Ne t'en fait pas, il m'a raconté pour ce que tu as fait pour l'aider.
Ri : Eh bien alors, trinquons !
Rico se servit un verre puis Mendoza et lui entrechoquèrent leurs verres pour le retour d'Esteban.

14H30, au bord de La Méditerranée. 5,39957 Miles Marin de Barcelone.

Tandis que tout Barcelone attend l'arrivée de leur légende, un voilier s'approche du rivage..
Le bateau faisait penser à L'Esperanza, en meilleur état et en plus somptueux, le nom du bateau est d'ailleurs ''L'Esperanza III''.
Il y avait, étrangement, que 3 personnes à bord du bateau, ce qui parait ridicule voire suicidaire, vu la grande taille du voilier.

L'un d'entre eux était perché en haut du mat, en train de regarder au loin, attendant que la destination soit en vue, et justement...
-EH OH ! LE PORT DE BARCELONE EST EN VUE, ON Y SERA DANS QUELQUES MINUTES !
-D'ACCORD, MERCI MON VIEUX !
La personne qui avait répondu s'avança vers la proue du navire, remplit ses poumons d'air salé, et regarda l'horizon.
Barcelone semblait être une longue bande depuis L'Esperanza III.
Barcelone...les souvenirs lui revint en tête, toute son épopée, ses amis, ses découvertes.
Il réfléchissait à cela toute la demi-heure restante, quand une main douce lui prit la main.
Il se retourna vers son amie.
-On va arriver, tu es prêt ?
-Je voulais te demander si tu étais prête.
-Bien Sûr...
Ils rentrèrent dans la cabine commune, regardant toujours la mer...

Le Navire s'arrima au port, les trois amis allaient descendre, quand une foule immense s'entassa devant le voilier.
La foule : Oh...Oh...
La foule grossissait à vue d’œil, on aurait dit que la ville, non, la région, non LE PAYS ENTIER était venu pour les accueillir.
La population criait :
-LE.FILS.DU SOLEIL LE FILS DU SOLEIL...
-ESTEBAN !
Les Hommes, les Femmes, les Enfants hurlaient.
Dans la cabine, Esteban, Zia et Tao parlaient entre eux.

T : Esteban, tout le monde veut te voir mon pote !
E : Oui, et ça m’inquiète
Z : Tu n'as pas à t'inquiéter, Esteban, cela fait plusieurs mois que l'on ne court aucun danger !
E : Tu as peut-être raison, Zia...
T : Tu dois sortir en premier, mec, je pense que le public est là pour ça.
E : OH, je ne suis pas une attraction ! Et je voudrais que...
Z : ...je sois avec toi ?
Esteban rougit, il est vrai qu'à l'époque, au XVIéme siècle, il fallait cacher au maximum ses relation quand on était jeune.
E : Euh...Ahem, oui, je voudrais bien.

Tao fit semblant de bouder envers son ami, mais au final il était habitué, il comprenait qu'entre Esteban et Zia, il y avait autre chose que de l'amitié simple, il savait qu'Esteban aimait Zia et qu'un jour, les deux s’uniraient pour la fin des temps.
Esteban attrapa la main de Zia, sortirent de la cabine, et s’avancèrent vers le ponton de débarquement.

Tout le monde resta silencieux, ils étaient fascinés, à vrai dire, tout le monde (en tout cas les plus âgés) avaient vu Le Fils Du Soleil enfant.
Aujourd'hui, il est devenu un beau jeune homme, grand, on pouvait deviner ses muscles au travers de son vêtement blanc.
Il avait gardé son visage d'enfant, avec une pilosité faciale plus développée que quand on avait 15 ans.

Zia...tout le monde avait ''flashé'' sur elle, personne ne s'attendait à voir une si jolie fille descendre, main dans la main avec Esteban.
Certains hommes auraient dit que ce fût une déesse descendant sur Terre.
Elle aussi avait gardé son visage d'enfant, mais elle avait grandi un peu, et son corps a évolué en même temps (ne comptez pas sur moi pour une description précise), elle avait gardé son caractère doux, aimable, mais était quand même devenu plus forte, même si on avait l'impression que sa force était absente.

Notre cher Tao avait gardé le même visage également, il avait grandi, il était presque comme Esteban mis à part le fait qu'il soir un peu moins fort (mais nettement plus intelligent)
Depuis qu'il avait découvert sa descendance commune avec Zia, il la prenait comme sa petite sœur, si leurs parents auraient été les mêmes, il n'aurait pas été choqué.
Par Okami
Par Okami
La population regardait le trio descendre, puis un silence pesant et gênant prit possession du Port de Barcelone.
Esteban et Zia se tenaient toujours la main, il pensait que tout le monde ne parlait pas à cause de cela.
Soudain, une petite fille de 6 ans s'avançait vers le couple.
-Bon...bonjour.
Z : Bonjour, petite, comment tu t'appelles ?
-Je m'appelle Zia.
La Zia que nous connaissons tous rigola légèrement.
Z : Moi aussi, je m'appelle Zia.
-Ah bon ?
Z: Oui, on a le même prénom.
-C'est drôle. fit la petite Zia en rigolant elle aussi.
Esteban sourit légèrement.
E : Tu voulais me poser une question, Zia ?
-Oui, c'est vrai que le soleil t’obéit ?
E : Oui, tu veux une preuve ?
-REGARDEZ, LE SOLEIL !
Le Soleil apparu soudain, chassant la grisaille pesant sur Barcelone, éclairant Esteban et les deux Zia de mille feux.
Le caractère divin que l'on pouvait attribuer à Esteban venait d'être justifié encore une fois aux yeux des Barcelonais.
Tout le monde se rua soudainement vers Le trio, les soulevèrent, et les montrèrent aux yeux de tous dans les rues de la ville.
T : Ranh, mais LÂCHEZ-MOI !
E : Tao, calme toi, j'ai déjà connu cette situation, ils ne vont pas nous lâcher.
-EMMENONS-LES CHEZ RICO, J'AI VU MENDOZA LÀ BAS !
Z : Je crois même qu'ils nous épargnent de la marche…

Devant chez Rico, Mendoza attendait Esteban impatiemment.
M : Mais, que fait-il ?
Soudain, il vit arriver une foule immense de villageois débarqué vers lui à toute vitesse.
Il vit aussi 3 formes connues, non, cela ne peut pas être...
-ESTEBAN ! ZIA ! TAO !
Les trois concernés descendirent, et prirent chacun Mendoza dans leur bras.
M : Vous m'avez drôlement manqués, vous trois.
Les 4 amis avaient les larmes aux yeux, désormais, leurs aventures étaient finies, tous se rappelaient le bon vieux temps.
M : Je pense que vous êtes affamés, venez manger quelque chose.
E : Mendoza, tu pourras m'attendre, je dois aller quelque part.
M : Je vois, vas-y, je t'attendrais avec Tao et ...
E : ..Zia, tu peux venir avec moi ?
Z : Euh...oui.
Esteban et Zia filaient désormais en direction de...euh...Zia ne le sait pas.


Une fois arrivé devant le lieu où Esteban emmenait Zia, elle reconnut immédiatement la...
Z : ...Cathédrale ? Esteban, pourquoi es-tu venu ici ?
E : Je voulais parler de quelque chose avec toi.
Esteban et Zia allèrent dans un coin où personne n'était présent.
Pour Esteban, tout était prêt depuis des jours, le lieu, le temps, ce qu'il fallait.
Il inspira un peu pour faire passer son expiration incognito, il fallait y aller.

E : Tu te rappelles de notre rencontre ?
Z : Je crois que c'est un peu inoubliable, n'est-ce pas ?
En effet, il était étrange de rencontrer quelqu'un dans la cale d'un navire, bâillonnée et enfermée dans une grosse caisse.
E : Oui, je pense aussi, Zia...
Z : Oui ?
E : Depuis qu'on s'est rencontré, on a passé beaucoup de moments ensemble, des épreuves, des adversaires, on a dû affronter beaucoup d'obstacles...
Z : ...on s'est aimés...
E : ...et on s'aime encore.
Ils s’embrassèrent, ils ne s'embrassent pas tant que cela en fait, puisque Tao pouvait apparaitre à tout moment et avec la mentalité de l'époque...

E : Bref, un jour, celui où nous nous sommes rencontrés, je t'ai promis de te protéger et de rester avec toi pour la vie, que puisque j'étais avec toi, tu ne pouvais plus t'en faire, et je veux honorer cette promesse.
Z : Mais, tu le fait déjà.
E : Ce n'est pas ça, je veux rester tout le temps avec toi, je veux être ton protecteur, ton confident, tout ce que tu veux.
Z : -Esteban...
E : Attends, et si tu veux bien, je voudrais être...
Esteban s'agenouilla devant sa petite-amie, sortit un tissu blanc orné de bordures dorées, le déplia, et fit apparaitre deux bagues en or pur, gravés manuellement des symboles de leurs médaillons, et orné de quelques pierres précieuses récoltés au fils de leurs exploits.

E : ...Zia, je voudrais être ton mari, veux-tu devenir...ma femme ?
Zia en avait les larmes aux yeux, elle savait quelle portée, quelle importance avait cette question.
Elle releva Esteban, et lui répondit d'une voix douce mêlant joie et surprise:
Z : Oui, je veux bien.
Ils s’enlacèrent et s'embrassèrent fougueusement.
Désormais plus rien ne pouvait les déranger, ils étaient eux deux dans leur monde, leur vie, leur fantaisie.
Ce rêve qui était inaccessible, devint réalité.
Cette évidence prenait forme.
Esteban et Zia s'aiment. Et rien ni personne ne pourra le contredire.
Par TEEGER59
Par TEEGER59
Dans la taverne de Rico, Tao commençait à s'impatienter.
T : Pff...j'ai faim moi. Dis Rico, t'as pas des petites choses à grignoter en attendant?
M : et si on trinquait d'abord à votre retour?
T : trinquer sans eux? tu n'y penses pas Mendoza!
M : allons, détends toi, Tao, je plaisantais...mais tu permets que je finisse mon verre?
T : Pff...j'espère qu'ils ne se sont pas perdus en chemin.
M : ne t'inquiète pas, Esteban connait Barcelone comme sa poche. Je suis sûr qu'il se fera un plaisir de te faire visiter ses merveilles, à présent que vous n'êtes plus pressés, enfin, je suppose...vous resterez quelques jours cette fois, bien sûr?
T : ah, oh...je suppose, oui...

A cet instant un marin héla Mendoza, une chope à la main.
-Eh, Mendoza, t'as raté quelque chose tout à l'heure, sur le port! Un navire sans pilote! Et pis une donzelle... Eh Eh Eh, on dirait que ton fils du soleil a trouvé autre chose qu'une cité d'or! Dis donc, gamin, t'étais avec eux, non? Alors, t'en as plein les poches de ta robe, de l'or? Montre-nous un peu ça! Dix ans que Mendoza et ses deux guignols nous ont promis de l'or si on les suivait, dix ans! Et il paraîtrait que vous en ramenez plein les cales, hein, c'est ça Mendoza?
M : Va donc cuver ton vin ailleurs, Rodrigues, mes amis n'ont pas de révélations à faire à des ivrognes tels que toi!
-Non mais dis donc, qui c'est qui a annoncé à tout le monde ici, à la ville entière, que le fils du soleil se repointait et qu'il avait trouvé une cité d'or? On veut tout savoir, nous, maintenant, t'en as trop dit! Pas vrai les gars!
L'atmosphère de la taverne devenait électrique, un brouhaha approbateur grondait en s'amplifiant, entraînant la nervosité du patron, qui glissait des regards inquiets vers Mendoza et Tao. Ce dernier avait le poing serré , et semblait prêt à répliquer. Le marin à la cape bleue se leva alors lentement, et après avoir levé sa chope, il annonça à la cantonade une tournée générale en l'honneur du retour d'Esteban, avant de se tourner vers Tao et de lui signifier d'un signe de tête de quitter la salle. Déjà les cris d'allégresse s'élevaient, tandis que Mendoza allait glisser un mot à l'oreille de l'aubergiste. Puis il se dirigea à son tour vers la porte.
Tao, le nez fièrement levé, n'en menait pourtant pas large au milieu de tous ces rudes gaillards qui saluaient son départ d'un rire gras:
-Eh, l'indien, merci pour la tournée, hein, et reviens vite nous dire où t'as caché ton or!
-tiens, t'as rien mangé, v'là un bout de pain!
-la prochaine fois, on veut un tas d'or chacun, sinon, couic!

C'est avec un soulagement immense qu'il se retrouva dehors. Mendoza l'entraîna aussitôt quelques mètres plus loin.
M : Bravo Tao, un instant j'ai cru que tu allais leur infliger une tirade sur tes glorieux ancêtres, mais tu as su garder ton sang-froid. Crois-moi, il n'y a qu'une bonne rasade de vin pour faire taire un marin, ou pour le faire parler, ça dépend de ce que tu veux obtenir.
T : tu aurais dû me laisser abreuver ces ignares puants de la sagesse de mes ancêtres de Mu, au moins ils auraient appris les bonnes manières!

Mendoza le considéra un instant en silence avant d'esquisser un sourire:
M : tu n'as pas changé toi, ça fait plaisir..
T : peuh! je n'ai pas changé, non, je me suis même amélioré, tu n'as encore rien vu!
M : ah oui? je suis curieux de découvrir tout ça....et d'ailleurs, le marin a parlé d'un navire sans pilote, qu'est-ce que c'est que cette histoire?
T : ben quoi, tu ne voulais tout de même pas qu'on ramène notre or avec un équipage qui nous aurait jeté par-dessus bord à la première occasion pour nous dépouiller?
M : allez, sérieusement, tu n'aurais pas bricolé un navire de ton invention? Histoire de ne pas faire un atterrissage spectaculaire en condor sur le port de Barcelone? Vous n'avez pas pu vous empêcher de vous faire remarquer, hein, vous n'avez retenu aucune leçon!
T : Roohhh, si on peut même plus s'amuser....
M : bon, de toute façon toute la ville est au courant de votre arrivée à présent, et pas seulement les marins de la taverne.
T : et toi, qu'est ce qui t'as pris de faire le malin en annonçant notre retour? Où est-ce qu'on va manger maintenant? Je n’ai aucune envie de retourner chez Rico!
M : un peu de patience...attendons tranquillement le retour d'Esteban et Zia, je suppose qu'ils ne devraient plus tarder à présent. Et ensuite...
T : Ensuite quoi?
M : Ah ah! Tu verras bien!

A cet instant, deux silhouettes élancées parurent au bout de la rue. Le soleil derrière eux faisait rayonner leurs cheveux flottant au vent, les illuminant d'un halo de lumière...Esteban et Zia marchaient main dans la main en souriant. En les apercevant, Tao esquissa un geste pour attirer leur attention, et Mendoza se détacha lentement du mur contre lequel il était appuyé pour mieux les contempler. Quelle allure ils avaient, ces gamins! Enfin, ce n'étaient plus des gamins, il fallait qu'il s'y habitue...quel chemin ils avaient parcouru depuis leur première rencontre, depuis ce jour où le destin les avait réunis, à Barcelone...Mendoza s'était toujours interdit de penser à ce qu'aurait pu être sa vie, s'il n'avait pas entrepris sa folle quête des cités...et ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait commencer...en cet instant, il lui semblait que sa vie prenait définitivement sens, que tout ce qu'il avait accompli, souffert, trouvait sa justification dans la contemplation de ce jeune couple auréolé de la légende des cités d'or, légende qui n'en était plus une, et qui était bien plus que toutes les légendes que les marins avinés se racontent le soir au fond des tavernes pour noyer leurs désillusions: une légende devenue réalité.
T : Oh eh, Esteban, Zia, on est là! On vous...
Tao n'eut pas le temps d'achever, car au même moment un cavalier surgit en trombe derrière les deux jeunes gens, fonçant droit sur eux dans la ruelle étroite. Le temps se figea...Mendoza et Tao hurlèrent pour alerter leurs amis, qui se retournèrent brusquement. Esteban entraîna immédiatement Zia sur le côté afin de la soustraire au danger, mais il sentit sa main glisser et libérer malgré lui les doigts qu'il tenait tendrement serrés quelques secondes avant, tandis qu'à ses oreilles résonnait le cri de sa bien-aimée, soulevée de terre...
Mendoza et Tao se jetèrent en arrière afin de ne pas être écrasés sous les puissants sabots de la monture, et le cavalier disparut dans un fracas en emportant la jeune fille sous le regard impuissant et effaré des trois hommes.
E : Noooooooooon! Ziaaaaaaaaa!
Par Seb_RF
Par Seb_RF
Mendoza aurait donné sa vie pour n'avoir pas à entendre ce hurlement déchirant, le cri de celui à qui on a arraché ce qu'il a de plus précieux au monde. Esteban déjà s'élançait à la poursuite de Zia, mais Mendoza l'arrêta d'un bras ferme.
M : Inutile de courir, ils sont déjà loin.
E : Mais...Zia! il faut la secourir! Il faut...
M : Ne t'inquiète pas, j'ai eu le temps de remarquer que les fers de ce cheval venaient du meilleur maréchal-ferrant de la ville, et je pense qu'il se souviendra avoir ferré un pur-sang arabe tel que celui-ci. As-tu remarqué la couleur particulière de sa robe?
T : Et il avait un drôle de truc dans la crinière!
M : Bravo, Tao, bien observé...je n'ai pas vu ce que c'était exactement, mais cela constitue un indice précieux pour retrouver son propriétaire, si toutefois Zia nous laisse le temps de mener notre enquête.
E : Hein? Que veux-tu dire?
M : Que je ne me fais pas trop de souci pour elle, enfin, vous la connaissez mieux que moi...je suppose que notre cavalier a du souci à se faire s'il veut la garder prisonnière, à moins que ce ne soit pas son intention.
E : mais....il l'a enlevée!
M : oui, Esteban, c'est indéniable, mais certaines personnes aiment à jouer avec les nerfs des autres...avez-vous remarqué l'accoutrement du cavalier?
T : Oh! bon sang! il portait un fouet!
E : Ben, et alors?
T : Esteban, un fouet, tu te rends compte!
E : Personnellement, moi je ne connais que deux personnes qui se trimballaient en permanence avec un fouet, et elles sont mortes, hein, Mendoza? Mendoza?
M : Oui, Esteban, ces deux personnes sont mortes...Allons, il est temps de nous restaurer un peu, Tao, je suis sûr que je viens d'entendre à l'instant ton estomac crier famine, que dirais-tu d'un bon poulet rôti? Tiens, mais au fait, Pichu n'est pas avec vous?
T : Un poulet rôti? Pichu? Oh, Mendoza, s'il te plaît, n'en parlons pas maintenant...
M : Je vois....Esteban, tu nous accompagnes, bien sûr.
E : Hein? oh, oui, oui...
M : Allons, il n'y a pas lieu de s'inquiéter outre mesure, mon garçon, Zia s'est déjà sortie de situations bien plus périlleuses, n'est-ce pas?
E : Mais j'étais à ses côtés...Et je ne suis plus un garçon, Mendoza, arrête de me traiter comme un gamin! Tu sais très bien ce qu'elle risque aux mains d'inconnus! Des individus sans foi ni loi, comme toi, prêts à toutes les bassesses pour un peu d'or!
Esteban toisait Mendoza en frémissant de rage. Le marin, impassible, tourna les talons pour rentrer dans la taverne.
T : Esteban, tu es injuste...
E : J'ai pas besoin de tes conseils Tao! Lâche-moi!
M : Eh bien, tout est arrangé, le temps que nous arrivions et le poulet sera prêt! En route!
Les deux jeunes gens, interdits, le suivirent un instant des yeux tandis qu'il s'éloignait tranquillement dans la ruelle, sa cape ondulant doucement au rythme de ses pas. Puis ils se regardèrent, et Tao, après avoir haussé les épaules, lui emboîta le pas. Esteban hésita un instant puis se décida à son tour. Tous les trois marchèrent en file indienne, en silence, perdus dans leurs pensées, jusqu'à une impasse au fond de laquelle Mendoza se dirigea, pour entrer dans un petit immeuble de deux étages, d'allure simple. Le long de la façade peinte en ocre grimpait un rosier aux fleurs d'un rouge sang velouté. Mendoza poussa la porte en bois et se retourna:
M : Ce n'est pas un guet-apens, Esteban, je peux te l'assurer. J'habite au premier, l'escalier est un peu étroit, mais ça évite qu'une armée puisse pénétrer ici en masse.
Il disparut dans la pénombre laissant ses amis indécis. Esteban se retourna en grommelant, prêt à partir.
E : En plus il se fiche de moi!
T : Allons, Esteban, fais pas ta tête de mule ! Pense un peu aux autres, j'ai faim, moi! Toutes ces émotions, ça creuse!
Tao ne récolta qu'un regard noir.
T : Bah, comme tu veux, en tout cas tout ce que je sais c'est qu'il faut prendre des forces si on veut retrouver Zia, on va peut-être devoir passer la ville au peigne fin, et qui sait combien de jours peuvent s'écouler avant qu'on la retrouve?
E : Oh, ça va, j'ai compris, mais s'il arrive malheur à Zia, vous me le paierez!
T : Hum, mais on réfléchit mieux l'estomac plein, et il nous faut un plan!
L'escalier, en colimaçon et fort étroit en vérité, menait à un palier sur lequel Mendoza les attendait. Sans mot dire, il poussa la porte, qui ne comportait pas de serrure, entra dans une pièce unique au confort sommaire en détachant sa cape, qu'il jeta négligemment sur un fauteuil tapissé de velours vert, seul luxe apparent. Au milieu de la pièce se trouvait une table encombrée d'objets et de papiers divers, sur lesquels était posée une carafe de vin à moitié vide. Un lit complétait l'ameublement.
M : Il est assez grand pour deux, précisa Mendoza, qui n'avait rien perdu du tour d'horizon que les garçons avaient effectué depuis le seuil, ni de leur regard incrédule. Et la porte ne peut être fermée que de l'intérieur, grâce au loquet, cela évite bien de la peine aux gens mal intentionnés qui s'aviseraient d'entrer en mon absence....j'en ai eu assez de changer la serrure ou carrément la porte. Remarquez aussi qu'on peut facilement s'échapper par la fenêtre qui donne sur une arrière-cour, laquelle est reliée aux rues adjacentes par deux passages, venez, approchez, vous les voyez?
T : Euh, Mendoza, pourquoi toutes ces précautions? Tu as des ennuis?
M : Moi? non, pas pour le moment, rassurez-vous, mais on n'est jamais trop prudent! Et puis, comme vous êtes là, je préfère anticiper en vous informant, on ne sait jamais...Allons, le poulet ne devrait plus tarder, mettez-vous à l'aise, j'ai fait l'acquisition d'une troisième chaise en votre honneur hier, moi je prendrai le fauteuil!
Ma Señor Mendoza?
M : Ah, voilà notre livraison! Entre, Maria!
L'ordre fut aussitôt exécuté, et une vieille femme à la peau tannée par le soleil fit son apparition dans la pièce, portant un plateau sur lequel trônait un appétissant poulet rôti.
M : Pose le ici, tiens, dit Mendoza en balayant de la main un coin de la table.
Ma : Alors, les voilà enfin les trois gamins dont tu me parlais tant? Mais, j'y vois plus trop clair, lequel d'entre vous est la jeune fille, Zia, c'est bien ça?
M : Hem, elle doit nous rejoindre plus tard, j'ai donné des instructions à la taverne pour qu'on la conduise ici. Si tu la croises en route, accompagne-la, veux-tu? Et maintenant file, vieille crapule!
Ma : Ah ah ah, j'ai compris, vous avez besoin d'être seuls pour vous raconter tous vos petits secrets entre garçons, t'inquiète pas, Mendoza, je suis une tombe, tu sais..
M : et une grande curieuse, allez, file, je sais que tu connais les secrets de la ville entière. Nous aurons peut-être besoin de toi, mais en attendant, laisse nous tranquilles.
Ma : vos désirs sont des ordres, señor, je m'incline. Et Maria sortit après avoir gratifié ses hôtes d'une profonde révérence.
Mendoza s'assura qu'elle était bien partie, puis se tourna vers les garçons.
M : Faisons un sort à ce poulet! Maria est ma logeuse, mais elle arrondit ses fins de mois en travaillant à la taverne. C'est une mine de renseignements! Mais elle nous aurait coupé l'appétit en continuant à parler de Zia, n'est-ce pas? Allons, Esteban, nourris-toi un peu...
E : ça va, je ne vais pas m'laisser mourir de faim non plus, hein, si c'est ça que tu crains...inutile d'en faire des tonnes....je t'ai connu plus subtil...
M : le temps nous change parfois imperceptiblement, sans que nous nous en rendions compte....excuse-moi.
T : Bon, eh ben moi, ce n’est pas la disparition de Pichu qui va m'empêcher d'apprécier un bon poulet rôti!
M : Ah? Pichu est...
A cet instant, trois coups impérieux retentirent à la porte, et le temps se figea.

Maria se matérialisa dans l'embrasure avant d'annoncer à la cantonade:
Ma : J'ai oublié de préciser que le poulet était aromatisé à la sauge....Personne n'y est allergique?

Avec nonchalance, Mendoza répondit à la logeuse, une cuisse de poulet à la main:
M : Non, rassure-toi, Maria, et maintenant va laisser traîner tes oreilles ailleurs, tu seras bien plus utile à la taverne.
Ma : Dans ce cas, bon appétit messieurs!
Elle referma soigneusement la porte derrière elle, et Mendoza attendit que son pas s'éloigne dans l'escalier pour attaquer son repas. Esteban soupira, Tao lui jeta un œil distrait avant de prélever l'autre cuisse et de l'enfourner goulument.
T : Au fait, Mendoza, tu ne fermes pas le loquet pour être tranquille?
M : Hum? ah, non, j'attends quelqu'un...
T : Ah? qui donc?
M : Tu le sauras dans quelques instants, il ne nous a même pas laissé le temps de savourer cette délicieuse volaille!
Il posa son morceau, se versa une rasade de vin, puis fit signe à Tao et Esteban de se taire. Esteban, perdu dans ses pensées, n'avait de toute façon ni touché au repas, ni écouté la conversation. Quant à Tao, il se mit à mâcher très lentement en écarquillant les yeux et en levant les bras en signe d'incompréhension. Son regard était fixé sur Mendoza, qui était assis dos à la porte. Ce dernier se mit à lever lentement son index, tandis qu'il finissait son verre. Tao perçut alors un claquement sec et cadencé en provenance de l'escalier, il quitta Mendoza des yeux pour fixer son attention sur la porte, et bientôt le claquement cessa. Trois coups impérieux retentirent. Tao n'avait pas bougé, et Esteban leva enfin la tête en direction de la porte, réveillé soudain par un secret espoir: et si c'était elle? Mendoza, d'un signe de tête, lui ôta aussitôt toute illusion, puis il déclara d'une voix forte:
M : Entrez donc, señor Gomez, ma porte est toujours ouverte pour les amis!

Les deux garçons se redressèrent tout à coup et s'écrièrent:
E T : Gomez!
Par TEEGER59
Par TEEGER59
G : En chair et en os rétorqua ce dernier. En parlant de chair, je prendrai volontiers un petit morceau. Reste-t-il les sot-l'y-laisse par hasard? C'est mon pêché mignon. Il s'approcha de la table sous le regard médusé des deux jeunes gens. En retournant la carcasse, le médaillon de Zia, qui était caché à l'intérieur, tomba...

Le temps était suspendu...Mendoza avait reposé son verre et attendait, impassible. Tao avait baissé les bras mais son visage affichait désormais un rictus indéfinissable tandis qu'il se tenait prêt à bondir, les mains crispées sur la table. Esteban se leva, point serrés et regard noir. C'est alors que la porte s'ouvrit lentement. Dans l'encadrement se dressait la silhouette élancée d'un homme à la chevelure grise, qui à n'en pas douter était celle de Gomez. Ce dernier fit un pas vers la lumière de la pièce, faisant résonner le sol de sa jambe de bois. Une courte barbe soulignait toujours son air cruel, mais un bandeau masquait désormais son œil gauche.
M : je ne vous attendais pas si tôt, mais vous êtes le bienvenu dans ma modeste demeure, entrez, je vous prie, et prenez cette chaise, à moins que le fauteuil ne soit plus confortable pour un homme dans votre état...
Mendoza s'était levé, avait salué son visiteur d'une brève révérence puis s'était empressé d'approcher le fauteuil, qu'il débarrassa de la cape qui l'encombrait.
M : je vous sers un verre de vin? Oh, non, pas pendant le service, je suppose...
G : Va au diable, Mendoza, comment oses-tu...
M : vous traiter avec une telle déférence, après tout ce qui a pu nous séparer par le passé? N'y voyez là aucune malice...
G : impertinent!
M : vous préférez la chaise? Alors je prendrai le fauteuil, asseyons nous tous, mes amis, nous serons plus à l'aise pour causer du bon vieux temps. Car c'est bien l'objet de votre visite? Esteban, Tao et Zia sont à Barcelone, après toutes ces années, et vous n'auriez pas voulu manquer de leur rendre une visite de courtoisie, histoire de vous rappeler à leur bon souvenir. C'est vrai que vous avez dû leur manquer...
T : Le médaillon de Zia! Dans la carcasse du poulet!
Esteban s'empara aussitôt de l'objet, qu'il enfourna dans sa bouche pour le nettoyer, avant de le serrer précieusement contre son cœur. Mais loin de celle qui devait le porter, le médaillon déjà se ternissait...Gomez s'exclama d'un air dégouté:
G : Que signifie? Donne-moi ce médaillon!
M : Calme toi Gomez, le médaillon ne te sera plus d'aucune utilité à présent, la quête des cités est finie, désolé de te l'apprendre, tu es hors-jeu depuis trop longtemps, mon vieux...par contre, n'as-tu pas remarqué qu'il manquait quelqu'un autour de cette table? Tu pourrais peut-être te rendre utile pour la retrouver, toi, le chef de la police secrète de sa majesté...
G : Hein? Comment sais-tu cela, Mendoza? J'ai pourtant tout fait pour rester caché afin que tu ne découvres pas mon retour...
M : que veux-tu, c'est moi que le roi aurait dû choisir pour le job, ça fait des années que tu me fais surveiller dans l'espoir d'apprendre quelque chose sur les enfants, et tu crois que je ne l'ai jamais remarqué?
G : Je vois.....tu es décidément un adversaire à ma mesure...
M : nous avions commencé par être associés, avant que tu ne me trahisses...
G : bah, oublions cela, on dirait que vous avez besoin d'aide, si j'ai bien compris...Zia a disparu?
E : elle a été enlevée!!!!sous nos yeux!!!en pleine rue!!!!
G : je vois, et ce médaillon vous a été retourné dans cette poularde...astucieuse....
T : c'est un poulet rôti à la sauge, pas une poularde!
G : ah, mon cher Tao, je vois que tu as toujours le souci de la précision...bien, bien...c'est drôle, ils ont grandi, hein, Mendoza, mais ils n'ont pas changé!
M : bon, si tu nous disais pourquoi tu es venu, et si tu as l'intention de nous aider à retrouver Zia?
G : Vous voulez vraiment le savoir?
E : Nous t'écoutons s'impatienta le fils du soleil.
G : Eh bien en fait, être le chef de la police secrète de Sa Majesté n'est qu'une couverture. Mon vrai travail est celui d'orfèvre. Tourneur-repousseur pour être plus précis. C'est pour cette raison que l'or m'intéresse toujours. Je tiens une échoppe sur le vieux port: CHEZ GOMEZ . Voilà pourquoi je faisais cette tête quand ce médaillon a touché le sol.
T : Hum, cette fascination de l'or, qui pourtant a failli te coûter la vie, ne t'a donc pas quittée...mais chapeau pour ta reconversion, Gomez, plus besoin de te fatiguer à courir après l'or, c'est l'or qui vient à toi, malin, hein, Esteban? qui aurait cru ça de ce bon vieux Gomez?
G : Ah, cher Tao, merci pour tes compliments, cela me touche...mais laissez-moi finir: si j'ai fait cette tête tout à l'heure en voyant le médaillon, c'est parce que son apparition inattendue me semblait être un signe de la providence! Je vous explique: j'ai monté une affaire très lucrative au Portugal....des agents à moi font miroiter à de pauvres marins le trésor des cités d'or, accessible grâce à un médaillon comme le vôtre. On leur vend le médaillon avec une carte, et hop ces idiots se précipitent...en général on n'en entend plus parler, pas de risque qu'ils viennent dénoncer l'arnaque, et puis s'ils repointent leur nez un jour, de toute façon, ils n'ont aucune chance de remonter la filière jusqu'à moi...
E : pourquoi tu nous fais perdre notre temps avec cette histoire? T'es un escroc, et alors, rien de nouveau...
G : ah ah, mais c'est que j'ai besoin de nouveaux associés, il me faut plus d'or pour fabriquer les médaillons, et j'ai entendu dire que vous...
T : ce type se fiche de nous, hein, Esteban? Il veut nous faire croire que les médaillons qu'il vend sont en or! C'est quoi l'embrouille?
M : Tao à raison, Gomez, tu n'es pas crédible pour un sou....
Pour la première fois depuis le début de l'entretien, Mendoza montra un signe d'impatience en se levant de son fauteuil.
M : et si c'est tout ce que tu as à nous raconter, je ne te retiens pas, nous avons un poulet à finir...
E : et nous devons retrouver Zia! Que faisait son médaillon dans ce poulet?
A ce moment-là, Gomez partit d'un grand éclat de rire.
G : le médaillon de Zia, hi hi hi, elle est bien bonne!
E : comment oses-tu?
M : Esteban, non!
Mendoza eut tout juste le temps de s'interposer, Esteban avait brandi son poignard et le pointait vers Gomez.
G : Hi hi hiiiii.....excuse-moi, Esteban, mais....
M : accouche, Gomez, ou je laisse Esteban te crever l'autre œil.
G : oh, oh....vous manquez cruellement d'humour ce soir...
E : Zia a été enlevée!!!Si tu sais quelque chose, crache le morceau!!
G : Bon, bon, mais il faut me promettre de ne pas vous fâcher, j'ai l'impression qu'Esteban est particulièrement chatouilleux...
M : C'est promis, n'est-ce pas Esteban? Et baisse cette arme, veux-tu?
Devant le ton calme et déterminé de Mendoza, Esteban s'exécuta. Puis il poussa un profond soupir.
E : Vas-y, je suis prêt...
G : bien, bien, euh....je ne veux pas vous décevoir, cependant, le médaillon qui se trouvait dans la carcasse, et que tu tiens à présent, Esteban, eh bien, euh...j'en fabrique des comme ça à la pelle, pour ma petite affaire, vous voyez, dans mon atelier, et euh....Mendoza, tu es sûr que tu peux maîtriser Esteban, au cas où...
E : au cas où quoi??? tu vas parler, oui, sale type!
G : Par la malepeste! Esteban! Un peu de sang froid!
E : je préfère avoir le sang chaud plutôt que de l'avoir froid comme toi vil serpent!
G : bon, bon, tout ce que je voulais dire c'est que ce médaillon, c'est peut-être un de ceux que je fabrique, et ça ne m'étonnerait pas que ce poulet l'ait avalé par mégarde, enfin, c'est peut-être pas un message des ravisseurs de Zia, quoi...
E : Quoi!!!! Mais c'est toi-même qui as émis cette hypothèse tout à l'heure! Tao, retiens moi, ou ...
G : Boh, si on ne peut même plus plaisanter...et puis, je me trompe peut-être...je ne sais pas quand Zia a été enlevée, mais le temps que la volaille avale le truc, se fasse plumer et cuire avant de se retrouver sur votre table....
T : voyons, je dirais qu'il faut bien un jour, or Zia n'a été enlevée que depuis deux heures à peine!
M : Tao a raison, Esteban, j'ai bien peur qu'il ne s'agisse pas du médaillon de Zia...
E : mais, Mendoza...il est terni! loin d'elle!
M : la mince couche d'or dont cet escroc recouvre ses contrefaçons se sera enlevée quand tu as euh...nettoyé l'objet...je suis désolé, Esteban, il faut accepter l'évidence...sois courageux, mon garçon...
E : Non, ce n’est pas possible...il ment !
Esteban voulait se ruer vers Gomez, mais il était encore retenu par Mendoza et Tao.
T : Esteban, calmes-toi, mon vieux, calmes toi.
Esteban retourna sur sa chaise, il regarda le faux médaillon, et le jeta violemment à terre
Il mettait son visage dans ses mains, et pleura.
Il n'y avait donc aucune chance de retrouver Zia, sa Zia qu'il avait demandée en mariage quelques heures à peine plus tôt ?
E : Zia...revient...
Tao posa sa main sur l'épaule de son ami, et tenta de le réconforter.
T : On la retrouvera, c'est notre meilleure amie, on la connait bien.
E : C'est TA meilleure amie, Zia maintenant...c'est ma fiancée !

L'annonce d'Esteban jeta un froid dans la pièce, Tao fut abasourdi, Gomez se senti mal d'avoir fait une blague d'aussi mauvais goût, Mendoza ne réagit pas.

T : TU ES DEVENU FOU ESTEBAN !
Il attrapa son ami au niveau du cou et le plaqua contre le mur.
M : TAO, QU'EST CE QUE TU FAIS ?
T : TAIT TOI MENDOZA !
Esteban se débattit et se libéra facilement de la poigne de Tao, il reprenait son souffle.
T : Toi alors, tu n'arrives pas à tenir une promesse !
E : Si, j'y arrive.
T : Tu te rappelle de ce que tu avais dit, il y a 4 ans ?
E : Je m'en rappelle , Tao, je m'en rappelle...
M: Qu'est-ce que tu avais promis, Esteban ?
E : C'est secret.
La tension montait dans la pièce, Mendoza et Gomez ne comprenaient rien à ce qui venait de se dérouler entre Esteban et Tao.
T : On dirait que tu as oublié ce jour-là...
E : JE N'AI PAS OUBLIÉ, TU ME PRENDS POUR QUI? SURTOUT APRÈS CELA !
Il leva son chandail, offrant à Mendoza l'horrible spectacle d'une terrible cicatrice, traversant le torse d'Esteban de part-et-d ‘autre .
M : Mais...mais, Esteban, comment...c'est arrivé ?
J'étais enragé, je savais que Tao allait remettre cette histoire sur le devant, à un moment ou à un autre.
E : Désolé Mendoza, mais c'est personnel.
Tao me regarda avec un mélange de rage et d'approbation.
E: Tao, je sais que ce qui s'est passé il y a 4 ans nous a tous traumatisés, et je sais que je t'avais dit que je ne savais pas si je devais me lier à Zia, je le sais.
T: Alors pourquoi tu t'es fiancé avec elle ? Tu m’as dit toi-même...
E : ...que je ne voulais pas qu'elle soit en danger à cause de moi comme c'était arrivé.
T : Tu avais promis qu'il lui arriverait rien surtout
Mon cœur s'emballa en repensant à cet évènement, à cette promesse, des souvenirs immondes me revenaient en tête, et le malais que j'avais instauré dans cette pièce ne m’aidait pas.
Je réfléchis vite, et pris ma décision.
E : Si c'est moi qui ai mis Zia là-dedans, si je n'ai pas tenu ma promesse, je me dois de la sauver !
Je me ruai vers la fenêtre, sauta, et m'agrippa aux pierres pour descendre en sécurité.
T : ESTEBAN ! REVIENS !
E : JE T'AI DIS QUE JE DOIS Y ALLER !

Je courrai dans les rues de Barcelone au milieu de la nuit, je n'y voyais rien, tout ce que j'avais en tête...c'était le visage de Zia, le visage que je voyais quand j'ai pris la décision d'en faire ma femme, je ne voulais rien d'autre, juste la revoir.
Par TEEGER59
Par TEEGER59
06_Esteban dans les rues (TEEGER59).PNG (248.09 Kio) Consulté 3866 fois
Les larmes me montèrent aux yeux, je ne réalisais pas l'horrible trahison que je venais de faire à mon meilleur ami, je voulais aller quelque part, un endroit familier où je pourrais me reposer, et commencer à chercher ma Zia.
J'arrivai à la Taverne de Rico, exceptionnellement vide, rentra et demanda d'une faible voix:
E : Rico, je peux rester un peu ?
Il aperçut mon visage trempé de larmes et de sueur, et m'invita à sa table.
Ayant pourtant renoncé au poulet de Mendoza, l'estomac d'Estéban se rappela à son bon souvenir en commençant par gargouiller doucement, puis de plus en plus fort.
Ri : Tu as faim?, demanda Rico.
Tout en se frottant le ventre, le jeune homme opina du chef.
Ri : Je reviens tout de suite, annonça le tavernier.
Sur ces entrefaites, Maria en profita et accosta le jeune marié.
Ma : Tu as enfin compris le message, fit-elle...
E : Quoi?
Ma : Je voulais que tu viennes seul...Le médaillon, c'était moi....Je crois savoir qui a enlevé ton épouse...

Du côté de Zia...

Noooooooooon! Ziaaaaaaaaa!
Ce fût les derniers mots que j'entendis d'Esteban.
Tout s'est déroulé tellement vite...je n'eus à peine le temps de me rendre compte qu'on m'avait arraché de lui que mon kidnappeur m'assena un coup immense sur la tête, la dernière image que je voyais était Esteban courant après nous retenu par Mendoza.
Après, je tombai dans un profond sommeil.

À mon réveil, j'avais mal au crâne, je ne voyais presque rien à part du flou, j'étais à genoux.
Je ne distinguais à peine les formes, juste deux silhouettes de forme humaines, dont les visages étaient cachés.
La vue me revenant petit à petit, je remarquai que j'étais enfermée dans une pièce circulaire, dont la seule source de lumière se trouvait sûrement au plafond, les murs étaient en pierre.

Z : Mais...Mais...Où suis-je ? ESTEBAN !
Je bougeai mes bras, avant de me rendre compte que mes ravisseurs m'avaient enchainée les bras au plafond solidement, je commençai à imaginer le pire...
1 : Oh, elle s'est réveillée !
2 : Bien sûr, cousin, tu sais bien que je ne tue JAMAIS ma marchandise !
1 : C'est pour ça que je t'ai engagé !

Hein ? Quoi ? Marchandise...Oh non...pas ça...
Z : Vous comptez me vendre ? lui demandé-je sur un ton de défi, eh bien, vous allez regretter ce choix !
Il fallait que je gagne du temps pour permettre aux autres de me retrouver.
1 : Eh ben, tu avais raison, elle a un sacré caractère, elle sera parfaite.

Z : Vous me faites rire, je suis née libre, et je ne deviendrais pas votre esclave de sitôt !
Je savais ce qu'il allait me réserver pour mon insolence, mais peu m'importe.
1 : Quoi, toi, une esclave ? Mais...tu n'es pas une nègre !
Z : Une...quoi ?
2 : Un de ces africains qui ont la peau noire, brrr, heureusement qu'ils nous servent sinon je me ferais un plaisir de tous les exterminer !
Je pensai à Tao immédiatement, il aurait été outré d'entendre cela, je ressentais la haine qu'il aurait pu avoir.

Z : Mais, que me voulez-vous alors ?
1 : Mmm, venant d'une belle inca comme ton genre...
Z : Je viens du Peuple de Mû, ignare !
1 : INSOLENTE !
Par Seb_RF
Par Seb_RF
Je repris mon souffle un instant avant de leur demander :
Z : Que...voulez-vous...de moi ?
1 : Tu seras ma femme.
Hein...QUOI ? IL EST HORS DE QUESTION QUE JE ME MARIE AVEC CE...TYPE !
Z : Je...
1 : Tu quoi ?
Z : Je suis déjà mariée.
Il rentra dans une colère noire, il crachait et crachait sa haine sur les murs en pierre.
Cela me redonna de la force de le voir en rage, lui qui avait élaboré un plan parfait, qui ne pouvait pas rater, lui qui avait surement dépensé je-ne-sais-pas-combien pour me capturer, pour rien.
De savoir que j'avais un mari...Esteban...
Zia penser au fait que la cérémonie n’avait pas encore eu lieu et quelle avais menti, mais elle s’en moquait du moment que ce type le croyait…
2 : Bon, je vais te faire un marché.
Z : Je croyais que tu en faisais un avec l'autre colérique là...
Je le mettais sur un ton de défi, j'étais en forme désormais.
2 : Espèce de sale petite...
1 : ARRÊTE, ELLE A RAISON ! Tu as accompli ta part du marché, cousin, maintenant, file d'ici !
2 : Mais...bon, d'accord...
1 : Reprenons, alors je disais que si tu fais en sorte de plus croiser ton ''mari'', si tu l'oubli, tu auras une vie des plus douces et des plus calmes avec moi.
Z : Et si je refuse ?
1 : Tu subiras la pire des tortures qui puisse exister...
Je déglutis, cela veut dire que, dans tous les cas, je ne reverrais jamais Esteban...
Z : Tu vois l'anneau en or autour de mon majeur ?
1 : Oui.
Z : C'est mon mari, Esteban, qui me l'a offert, en symbolisant notre union...
1 : Esteban ? Le Fils Du Soleil ?
Z : Oui, et crois-moi, je ne l’enlèverais jamais car je refuse ton offre !
1 : INSOLENTE FEMME !
Il était en colère, désormais une partie de lui était révélée à présent.
1 : ''AU SECOURS, A L'AIDE !'' reviens sur Terre, femme, personne, et je dis bien, PERSONNE NE VIENDRA POUR TOI !
Z : Si...
Une force en moi me forçait à rassembler mes forces pour le remettre sur un ton de défi.
Z : Si, quelqu'un viendra...Esteban...
1 : Lui ? AHAHAH, tu me fais rire, femme !
Z : Ne me parle pas sur ce ton, PAUVRE M***E !
Je ne faisais plus de différence entre ce qu'il fallait faire ou non, je lui crachai au visage, je l’insultais de toutes mes forces.

1 : Je me permets tout ce que je veux, femme, car tu m'appartiens, comme tu aurais dû m'appartenir.
Z : Il viendra.
1 : Ah, cet Esteban, courageux, mais faible.
Z : IL N'EST PAS FAIBLE !
1 : Oh que si, surtout après, ceci ... me reconnais-tu maintenant ?
Il enleva son masque, révélant son visage balafré par une grande cicatrice, mais il était reconnaissable.
1 : Tu sais ce que cela représente, non? Pour ton Esteban.
Il dessina avec son doigt un grand trait sur le corps, comme pour représenter une blessure
Z : N...NON, ça ne peut pas être toi, tu étais mort !
1 : Ah, si tu savais ce qui s'est passé en 4 ans, maintenant, je te laisse une dernière chance.
Z : Qu..que veux-tu dire ?
Il s'approcha de moi, me prit le menton et me releva la tête.
Z : Après 4 ans, tu n'as pas tourné la page ?
1 : C'EST MOI QUI POSE LES QUESTIONS !
Z : Ok...
1 : Maintenant, qui aimes-tu, lui ou...moi ?
Et, comme un appel à l'aide ultime, je lui dis le nom du seul homme de ma vie avant de tomber dans les pommes.
Z : Esteban...
Ma vision devenait noire, je ne voyais plus rien, j'entendis juste :
1 : Emmenez-la.

Du cotée de Tao, Mendoza et Gomez

Le premier mouvement de Tao avait été de se précipiter à la poursuite de celui qu'il n'était plus sûr désormais de pouvoir appeler 'son ami', ce faux-jeton d'Esteban qui avait osé trahir sa promesse et qui avait le culot de se trouver des excuses; mais le bras ferme de Mendoza l'avait arrêté, et son regard noir avait achevé de dissuader Tao, qui d'ailleurs se sentait soudain submergé par une immense tristesse, plus forte que sa colère. Gomez avait observé la scène sans mot dire, sans comprendre, et avait fini par se laisser tomber dans le fauteuil. Un silence de mort régnait dans la pièce. Mendoza alla fermer la porte, puis mit le loquet, et se retourna vers Tao, mais celui-ci s'était posté face à la fenêtre du fond, bras croisés, et n'offrait que son dos au regard inquisiteur du marin.
M : Bon, je suppose que tu ne veux rien dire, c'est une affaire personnelle qui ne concerne que vous trois, si j'ai bien compris. Très bien. Vous revenez, dix ans après, avec vos petits secrets, et à peine avez-vous posé le pied à terre que tout le monde se retrouve dans les ennuis jusqu'au cou!
A ce moment-là, Mendoza se laissa aller à un mouvement d'humeur inhabituel et frappa la table devant lui de ses deux poings, puis il continua, ses poings toujours serrés en appui sur la table dont on entendit crisser les pieds.
M : vous n'en avez jamais fait qu'à votre tête...surtout Esteban...j'ai pourtant tout essayé pour le retenir avant qu'il n'aille se fourrer dans un guet-apens...tu ne dis rien, Tao? ça ne te fait rien de savoir que ton meilleur ami risque la mort?
T : tu me demandes ça, alors que tu n'as pas voulu que je le suive? laisse-moi rire!
Mendoza se redressa, se dirigea vers Tao et l'obligea brusquement à se retourner, avant de lui lancer froidement:
M : c'est peut-être la dernière fois que tu auras l'occasion de rire, alors profites-en!
Puis il lâcha Tao et alla se servir un verre de vin qu'il avala d'une traite.
M : Bon, señor Gomez, nous allons avoir besoin de vos services..
Gomez se redressa imperceptiblement et lança d'une voix mielleuse:
G : et qu'est-ce qui vous fait croire que je suis prêt à vous accorder mon aide?
M : si tu veux garder ton poste et éviter de finir en prison comme un vulgaire escroc...
G : du chantage, à présent? on dirait que tu oublies à qui tu parles...et puis, tu es pitoyable, Mendoza, si tu crois que je n'ai pas pris mes précautions pour assurer mes arrières...
M: oh, mais je n'en doute pas, mais j'ai moi-même une carte maîtresse: je parie que ton employeur serait bien embêté si tu ne lui ramenais pas ce qu'il veut, c'est à dire les trois gamins dont il attend une mine de renseignements utiles pour écraser définitivement ses ennemis? Car c'était là le vrai but de ta visite...
G : Huuum...effectivement, je venais prier ces chers enfants de bien vouloir accepter une invitation de la part de Sa majesté, en toute discrétion et intimité..histoire de pouvoir aborder des sujets délicats...j'avoue que cela arrangeait bien mes affaires aussi...mais à présent....Oh mon Dieu, Mendoza, qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire à Sa majesté?
T : Eh! Mendoza! A quoi joues-tu? Tu crois qu'on est revenus pour servir les intérêts de types de son espèce? Tu crois qu'on va aider Sa majesté Charles Machin Chose à détruire la terre entière? Tu..
M : du calme, Tao, je ne crois rien du tout! Vous êtes assez grands pour savoir ce que vous avez à faire! Mais pour l'heure, Zia a été enlevée par le pire individu que je connaisse, Esteban risque sa vie pour la sauver sans avoir la moindre idée d'un début de plan, comme d'habitude, et moi j'essaie de garder la tête froide et de réfléchir pour nous tous, parce que si tu crois que j'ai risqué ma vie des centaines de fois pour vous trois , pour que ça finisse comme ça, pour que je vous perde tous!...

Mendoza s'interrompit soudain. Il était blême. Tao s'approcha de la table, prit son verre et se planta devant lui:
T : tu peux me servir?
Mendoza s'exécuta et remplit le verre à ras bord, puis le tendit à Tao. Celui-ci laissa un instant sa main sur le verre, le temps de plonger ses yeux dans ceux de son ami, et de murmurer:
T : à la vie, à la mort, Mendoza..
Puis il vida son verre d'un trait.
G : J'en prendrais bien un moi aussi...Bon, en quoi puis-je vous être utiles, messieurs?
M : La carafe est presque vide, mais tu peux te servir, Gomez, fais comme chez toi...
G : Je suppose qu'il va falloir aller interroger tous les maréchaux ferrants de la ville...
M : ce ne sera pas nécessaire, vois-tu, Tao, je sais où se cache notre serpent...du moins, j'en suis presque sûr...ce qu'il s'est passé entre vous et lui, il y a quatre ans, en revanche, je l'ignore, et vous me le direz quand vous serez prêts à le faire...
T : mais alors, si tu savais? pourquoi?
G : disons que ce n'est pas mon habitude de me précipiter tête baissée dans un nid de scorpions, même si j'ai parfois dû le faire...et je ne pense que Zia risque réellement quelque chose, du moins, pour le moment...Esteban, en revanche...et ce que j'ai vu tout à l'heure confirme mes craintes...cette cicatrice...
M : et tu le laisses partir!
G : s'il ne sait pas où aller, pas de danger, n'est-ce pas? Nous allons essayer de le devancer, car dans l'état où il est, je ne donne pas cher de sa vie, s'il vient à croiser la route de ce cher Fernando...
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Message par Seb_RF »

Messages 2/8

Du côté d'Esteban...

(-Tu as enfin compris le message, fit-elle...)
E : Quoi?
Ma : Je voulais que tu viennes seul...Le médaillon, c'était moi....Je crois savoir qui a enlevé ton épouse...
E : QUOI ?
Ma : Chuuut, baisse le son, mon petit, je vais t'expliquer.
Il ne savait pas comment prendre la nouvelle, au fond de lui il était heureux d'avoir enfin une piste, mais d'un autre côté...une multitude de questions envahissaient son esprit.
E : Allez-y.
Ma : L'homme qui a capturée ton épouse est, de base, un tueur à gage.
E : QUOI !!!!
Ma : Chuuut, attends, quelqu'un arrive, Rico, éteins les bougies !
Ce dernier s’exécuta, Esteban tendis l'oreille pour écouter ce qui se passait dehors.
-C'EST LA CHANSON DU VIEUUUUUUUUUUUUUX MARIN SAOOOOUUUUUUUUUUUL !
-OUAI !
Ma : Ouf, ce sont des ivrognes, rallume, Rico.
Esteban aperçut une expression étrange sur le visage de la vieille dame.
E : Qu'est-ce qu'il y a ? JO
Ma : Ah, oh rien, écoute, celui qui a enlevé ton épouse ne veut pas la tuer, il a été engagé par...quelqu'un.
E : Qui ?
Elle lui chuchota un nom dans l'oreille du jeune homme, ce dernier pris un air effaré, ce nom le terrorisait, il le connaissait que trop bien ce nom...
E : Non, ce n'est pas possible, il devait être mort !
Esteban recula petit-à-petit de cette dame, il était accolé au mur.
E : Non, si c'est bien lui, je sais ce qu'il va faire de Zia...s'il vous plait, dites-moi que...
Ma : ...Il veut la forcer à l'épouser, mais elle aurait dit non, à ce que j'ai entendu de mon frère.
E : Votre...frère ?
Ma : Oui, c'est à cause de lui que je connais cette histoire, il croit que je suis de son côté, mais je veux t'aider.
Esteban douta des bonnes intentions de son Interlocutrice, doit-il la croire, ou s'en méfier ?
Il a ici le mince espoir de retrouver sa bien-aimée, mais cet espoir semblait trouble, flou.
E : Pourquoi voulez-vous m'aider ?
Ma : J'ai une dette envers Mendoza, je sais à quel point il tient à toi.
E : ...
Ma : Je vais te montrer où je pense que tu trouveras ta Zia.
Esteban hésita un moment, il connaissait son ennemi, il savait ce que pouvait faire le ravisseur de Zia, mais l'envie de la revoir était trop forte.
E : Écoutez, je connais ce type, c'est lui qui m'a fait cela sur le torse, je sais à quel point il est redoutable, il faut que je retrouve d'abord les autres.
Ma : Suis-moi...
Et ils s’engouffrèrent dans les rues de Barcelone plongé dans le noir à 1H du matin.
Une fois arrivés en bas de chez Mendoza, Esteban appela son ''ami''
E : TAO ! TAO! TAO!

Esteban s'était lancé dans l'escalier, avait ouvert la porte à la volée, le cœur battant, pressentant ce que le silence régnant dans la maison lui indiquait: la pièce était vide, ils étaient partis à sa recherche, à n'en pas douter...Désemparé, il se retourna vers Maria qui l'avait suivi d'un pas traînant. Elle inspecta la pièce avant de lancer:
Ma : hum, il fallait s'en douter, petit...mais regarde, ils ont laissé un message.
Elle s'approcha du fauteuil; le cadre en bois du dossier était orné de deux têtes de lion finement sculptées. L'une d'elle cependant semblait avoir été tournée de côté.
Ma : tu vois cette tête? Mendoza la fait pivoter à chaque fois qu'il veut me laisser des instructions spéciales, en mon absence. Il suffit de la déboîter....
Elle joignit le geste à la parole, et dégagea d'une main experte une mince feuille roulée.
Ma : Voyons, que dit-il? Ah! Mon petit, que dirais-tu de rester ici une heure ou deux avant qu'ils ne reviennent?
E : Où sont-ils allés?
Ma : Hum, il ne le dit pas clairement mais...
Tout en parlant, Maria s'était emparée de la carafe.
Ma : apparemment ils seraient partis à ta recherche...
Elle se dirigea vers Esteban, passa derrière lui tandis qu'il s'impatientait.
E : mais, ça, je le sais déjà! Bon sang, si seulement...
Il ne put finir car Maria lui avait fracassé la carafe sur le crâne.

Estéban s'étala de tout son long sur le plancher, inconscient. La vieille femme, soudain prise de remords, murmura:
Ma : Désolée mon petit mais c'est pour ton bien...Et je n'avais pas d'autre alternative pour te retenir ici...
Avec un peu de mal, elle le hissa sur l'unique fauteuil et l'allongea. Elle balaya la pièce des yeux. Les restes du poulet rôti étaient encore sur la table.
Ma : Les hommes!, s'exclama-t-elle. Incapable de débarrasser quoi que ce soit...
Son regard se posa de nouveau sur Estéban.
Depuis leur première rencontre, plus tôt dans la journée, elle avait remarqué le pendentif autour de son cou. Elle s'empara de l'objet, le tapota nerveusement et l'étudia en attendant le retour du marin...

Finalement, elle fourra le médaillon dans la poche gauche de sa longue robe noire. Si le gamin n'était pas décidé à rester tranquille, elle pourrait toujours s'en servir pour faire pression sur lui. Puis elle se rappela du deuxième médaillon, celui qu'il avait jeté rageusement à terre. Elle fouilla la pièce et le retrouva sous le lit, où il avait roulé. Il était désormais complètement gris, et recouvert de détritus divers qui s'étaient collés à lui. Elle sortit alors en maugréant un mouchoir de sa poche droite et entreprit de le nettoyer, mais elle ne put lui redonner son éclat. Elle ressortit alors le premier médaillon et constata qu'il était dans le même état. Ce mystère la laissa perplexe, elle haussa les épaules, enveloppa soigneusement les deux médaillons dans le mouchoir et remit le tout au fond de sa poche gauche, en dessous de ses clés. Elle sentait désormais le sommeil la gagner, mais elle prit d'abord la précaution de lier les mains d'Esteban aux bras du fauteuil, avant d' installer une chaise contre la porte fermée de l'intérieur grâce au loquet. Puis elle s'assit et entreprit de fumer un peu la pipe pour éviter de s'endormir. Elle gardait toujours le matériel nécessaire dans sa poche droite, afin de pouvoir s'adonner à son péché mignon en toute occasion. Mais très vite les volutes parfumées du tabac la précipitèrent irrésistiblement vers le sommeil.
F : Maria! Maria!
Des coups impérieux accompagnaient la voix de son frère, qui tambourinait furieusement à la porte.
F : Maria! ouvre, bon sang! je sais que tu es là!
Elle ouvrit à demi-les yeux. L'aube éclairait faiblement la pièce. Esteban la fixait. Rapidement, elle reprit ses esprits et se précipita pour défaire ses liens.
Ma : c'est mon frère, s'il te trouve ici, qui sait ce qu'il te fera? Tu vas filer par la fenêtre, la cour possède deux passages..
E : je sais, Mendoza nous l'a dit, mais je n'ai pas l'intention de m'enfuir comme un lâche, il sait où est Zia , non?
Ma : tsss, espèce de fou, tu veux tous nous faire tuer ou quoi? pourquoi est-il ici, je n'en sais rien, mais il n'a pas l'air de venir pour une visite de politesse!
R : Maria, avec qui parles-tu? Ouvre, vieille carne!
Ma : Voilà, voilà, je m'étais assoupie, un instant, veux-tu, qu'est-ce que tu fiches ici d'abord?
R : OUVRE!!!
Ma : Allons, file, par le passage de gauche!
E : où habite ton frère, dis le moi, je t'en supplie!
Maria poussa rudement Esteban vers la fenêtre.
E : je t'en supplie, c'est ma seule chance de retrouver Zia!
La porte était à présent secouée par de puissants coups de pieds. Maria ouvrit la fenêtre.
Ma : file avant qu'il ne soit trop tard!
Mais Esteban tirait déjà son poignard.
Ma : file ou Mendoza ne me le pardonnera jamais!
E : l'adresse?
La porte commençait à céder.
Ma : Roberto, mais qu'est-ce qui te prend de démolir comme ça la porte?
R : tu me le paieras, vieille bique putride!
Alors Maria se décida et souffla l'adresse à Esteban, qui eut tout juste le temps de sauter avant que Roberto ne pénètre dans la chambre, l'épée à la main.
R : Où est-il?
Ma : mais, de qui parles-tu?
R : la fenêtre, tu l'as aidé à s'enfuir!
Ma : mais de quoi parles tu , Robertino, je faisais juste un peu de ménage, j'aérais...
Roberto se précipita juste à temps pour voir Esteban disparaître dans le passage. Il se retourna vers sa sœur.
R : on m'avait bien dit que t'on avait vue en compagnie de cet étranger...que faisais-tu avec lui? que lui as-tu dit?
Ma : mais, de qui ...
Roberto la saisit violemment par le col de sa robe et plongea ses yeux noirs dans ceux de sa sœur, qui demeura impassible.
R : tu m'as trahie...toi, ma sœur!
Maria soutint son regard. Face à la mort, elle entendait rester digne et fière. Mais Roberto se contenta de la repousser avant de disparaître par la fenêtre. Maria resta pétrifiée un instant avant de reprendre ses esprits.
Ma : Hijo de la puta! (NOTE de l'auteur: nous nous excusons pour ce langage grossier qui déroge quelque peu aux règles de bienséance fixées par Routard, mais nous supputons que les enfants de 8 ans n'ont pas encore acquis les rudiments nécessaires pour comprendre ce que dit Maria) Tu vas voir ce dont la vieille carne est capable!
Et elle se précipita dans les escaliers avec une célérité dont personne ne l'aurait crue capable en raison de son âge avancé, se dirigea vers la petite écurie attenante où l'attendait son âne Zephiro, un superbe mâle andalou à la robe noire, comme sa maîtresse. C'était son fidèle compagnon de corvées de bois et d'eau, mais cette fois, sa mission allait prendre un tout autre tour!

Du cotée de Mendoza, Tao et Gomez

Les trois hommes progressaient à pas rapides dans les rues à présent quasiment désertes de Barcelone. Gomez, malgré sa jambe de bois, gardait bonne allure. Il avait décidé de suivre les ordres de Mendoza, tant que cela servirait ses intérêts, mais dès qu'il le pourrait, il avait bien l'intention de faire payer à ce marin insolent ses moqueries et sa morgue. Dire qu'il croyait avoir réussi à rester incognito! Personne, il y avait veillé, n'était au courant de son retour au pays, à part quelques hommes de confiance triés sur le volet, et pour tous ceux qui étaient sous les ordres du chef de la police secrète, il s'appelait désormais Ignacio Sanchez, le redouté, le redoutable, qui avait perdu une jambe et un œil en terrassant à mains nues une panthère, là-bas, aux Amériques, pour sauver une noble madrilène en détresse. Le roi avait toute confiance en lui...du moins, jusqu'à présent, car qu'adviendrait-il s'il ne parvenait pas à lui apporter les renseignements qu'il attendait depuis si longtemps? Voilà qu'il avait besoin de ce bâtard de Mendoza s'il ne voulait pas décevoir Sa Majesté! Mendoza, qui avait immédiatement su que c'était lui qui toquait à sa porte, comme s'il l'avait attendu! Mendoza, qu'il avait fait surveiller toutes ces années...et qui sans doute, s'en était aperçu, et était remonté jusqu'à la source, rusé comme un renard, sans que lui, Gomez, ne se doute de rien! Il s'était fait avoir comme un débutant! Il était entouré d'incapables! de traitres! Il se demandait combien Mendoza avait payé celui qui lui avait révélé sa véritable identité...puis il ne put réprimer un frisson: et si Mendoza avait réussi à lui tout seul à le démasquer, il en était bien capable, ce diable d'homme! Ne jamais sous-estimer ses adversaires, jamais...

Tandis que Gomez ruminait ses sombres pensées, Tao était déterminé à en savoir plus. Il n'avait aucune idée du chemin qu'ils empruntaient, toutes les rues lui semblaient être les mêmes. Mendoza filait en tête, tournant tantôt à droite, tantôt à gauche, sans décrocher un mot.
T : Eh! Mendoza! tu ne pourrais pas nous dire...
M : le fouet, Tao, le fouet!
T : alors tu penses que c'est vrai? Ce chien de Laguerra est vivant? et tu sais où il habite?
M : non!
T : hein? mais?
M : Maria, la logeuse, son frère, Roberto, c'est un tueur à gages..
T : quoi! la petite vieille! t'as de drôles de fréquentations dis donc!
M : attends!
Mendoza s'était immobilisé à un coin de rue. Il fit signe aux autres de retourner en arrière et de se plaquer contre le mur, dans un renfoncement obscur. Une petite troupe armée passa, puis un chien qui reniflait çà et là en quête d'os à ronger.
M : Bon, à partir de maintenant, nous allons devoir redoubler de prudence. Nous approchons du repère de Roberto.
T : et tu penses que c'est lui qui a enlevé Zia? mais pourquoi?
M : c'est une longue histoire, mais pour résumer, j'ai découvert l'existence de Roberto à la faveur d'un coup de chance: il avait un contrat sur moi mais ça n'a pas marché, il avait choisi le poison, en se servant de Maria, qui me fournit nourriture et boisson. Mais c'est une gourmande, et ce jour-là, comme tous les autres sans doute, elle s'est servi un petit verre de porto empoisonné et je suis rentré juste à temps pour la sauver d'une mort certaine. Je l'ai soignée trois jours durant et depuis elle n'est toute dévouée. Evidemment elle ignorait tout du projet de son frère, qui ne mélange normalement pas les affaires et la famille, mais elle s'est bien doutée de la provenance du poison. Je lui ai promis que je garderais le secret pour ne pas la mettre en danger, et j'ai mené ma petite enquête pour remonter au commanditaire du contrat, un capitaine jaloux qui trouvait surement que je lui faisais de la concurrence. Je m'en suis débarrassé en profitant du fait qu'il n'avait payé Roberto que pour une tentative et qu'il n'avait pas encore réuni les fonds nécessaires pour une seconde..Depuis, je demande régulièrement des nouvelles de Roberto à Maria, elle m'informe de tout changement...c'est elle qui m'a dit qu'il s'était mis au fouet, il y a quelques mois.
T : Et? Tu l'aurais reconnu tout à l'heure? Mais pourquoi...
M : Eh, on ne fonce pas tête baissée..
T : sans avoir un plan, je sais!
M : Donc à partir de maintenant, tu fais ce que je dis et tu ne poses plus de questions, d'accord?

Plus tard dans les parages de la demeure de Roberto...
G : excuse-moi, Mendoza, je ne voudrais surtout pas paraître impertinent, mais, tu vois un type sur un cheval trente secondes dans une rue, il a un fouet, et paf, tu reconnais le frère de ta logeuse parce qu'elle t'a dit qu'il s'était mis au fouet, euh, comment dire...
M : Gomez, n'oublie pas que tu parles à l'homme qui a réussi à percer à jour ton identité secrète..
G : pas complètement, pas complètement! tu ne savais pas que la boutique d'orfèvre c'était la mienne! Eh eh!
M : oui, bon, sache que j'ai fait mon enquête, et que j'ai découvert que Roberto avait commencé à apprendre le fouet après avoir reçu la visite d'un homme que plus personne n' a vu par la suite, et dont je n'ai pas réussi à connaître l'identité, mais à présent je pense savoir qu'il s'agissait...
T : du Docteur Laguerra!
M : oui, un détail m'est revenu pendant que nous mangions le poulet de Maria, le fouet avait une encoche sur le manche, pour mieux le tenir en main..une technique d'expert mise au point par Fernando Laguerra. J'ai ensuite fait le rapprochement avec ce que vous avez dit..et montré..sur ce qui s'était passé il y a quatre ans...
G : ok, d'accord, on sait qui a fait le coup, on suppose qui est le commanditaire, parce que personne ne peut attester de la présence effective de Fernando Laguerra dans cette ville, un homme mystérieux s'est pointé chez Roberto, et alors, personne ne sait qui c'est, personne ne l'a revu, je parie que ta source c'est cette Maria et si ça se trouve elle t'a raconté des salades, et puis si Fernando Laguerra était ici, tu penses bien que le chef de la police secrète le saurait, eh eh eh!
M : Allons, Tao, remettons nous en route, il est suffisamment tard à présent pour passer à l'action!
G : eh? mais, attendez-moi! Et qu'est-ce que je suis censé faire moi, d'abord?

Tout en marchant en direction du repère du tueur à gages, Mendoza exposa brièvement son plan:
M : Tao et moi, nous allons nous introduire dans la maison pendant que toi, Gomez, tu te présenteras à la porte en prétendant être un client, tu demanderas à être reçu par Roberto, tu diras que tu viens de la part de Vicente le cul-de-jatte, c'est un de ses intermédiaires, il est basé à la taverne de Rico. Je te laisse inventer une commande crédible pour tromper Roberto, ça devrait être dans tes cordes, ça, au moins.
Intérieurement, Gomez bouillait de rage..Une commande crédible, et comment! Débarrasse-moi de ce bâtard de Mendoza, et cette fois, ne le rate pas, incapable! Eeeeh, et si je proposais à Roberto de me livrer Zia pour la remettre à sa majesté...
M : et ne t'avise pas d'essayer de nous doubler, tout à l'heure j'ai glissé un message dans l'os pour le chien qui nous suivait, il va le porter à un de mes petits indicateurs, et si tu nous trahis, je te garantis que tu peux dire adieu à ton poste de chef de la police secrète!
T : Hein? je t'ai vu caresser le chien, mais tu lui as donné un message! trop fort!

Gomez s'arrêta soudain:
G : Non, mais, Tao, tu ne vas pas croire les élucubrations de ce bonimenteur! C'est décidé, je quitte le navire!
M : tu aurais tort, Gomez, car alors ton petit trafic de médaillons sera révélé..
G : par un chien? laisse-moi rire!
M : par un chien qui saura trouver la bonne personne à qui confier son message...tu ne t'es pas encore demandé comment j'avais découvert ton identité? Eh bien sache que je possède tout un réseau à travers la ville, apparemment plus efficace que les crétins qui travaillent sous tes ordres. Les gamins des rues sont souvent pleins de ressources...
G : des gamins! peuh! et tu crois me faire peur avec ça!
M : je ne crois rien, mais je sais que Roberto ne trahira de toute façon pas celui qui lui a demandé d'enlever Zia!
G : Ah! Et pourquoi ne le ferait-il pas?
M : parce qu'il sait qu'il signerait là son arrêt de mort!
G : Pff! tu surestimes bien ce Laguerra!
T : ça suffit, Gomez, on voit bien que tu ne connais pas vraiment Fernando Laguerra! Mendoza a raison sur toute la ligne, mais si tu veux faire le malin, vas-y! Et si tu nous trahis, je te jure que je te retrouverai en enfer pour te le faire payer!
M : Tao!
Le jeune homme avait saisi Gomez par le col et le menaçait à présent d'un couteau dont il appuyait la pointe sur la poitrine du borgne, qui le fixait de son œil unique où la stupeur se mêlait à la terreur. Sale gamin! Il n'avait pas le souvenir que Tao n’ait jamais été armé, mais il sentait parfaitement la pointe d'un objet tranchant prêt à transpercer son pourpoint.
M : Tao, ça suffit, je pense que notre ami Gomez a saisi le fond de ta pensée, et qu'il a parfaitement compris où se situait son véritable intérêt. Donc, Gomez, mon cher, nous comptons sur vous pour occuper Roberto le temps que nous puissions fouiller la maison à la recherche d'un indice...
Tao retira lentement son arme sans quitter Gomez des yeux.
M : disons qu'un petit quart d'heure devrait suffire, mais si vous voulez prolonger la conversation...
T : et que chercherons-nous?
M : il est évident qu'il ne détient pas Zia chez lui, il doit l'avoir livrée à Laguerra, mais où ce dernier se cache-t-il? Aucun de mes indicateurs n'a rien réussi à savoir sur ce mystérieux visiteur, et s'il s'agit bien du Docteur, nous devons absolument trouver une piste.

...Quelque instant plus tard...
Considérant que l'incident était clos, Mendoza se remit en marche, suivi de Tao. Gomez hésita un instant puis se décida. Peu après les trois hommes parvinrent devant une maison à deux étages accolés au mur d'enceinte de la ville. Elle ne payait pas de mine, mais la façade était malgré tout en pierres de taille, et son austérité suggérait que son propriétaire n'était pas homme à se laisser berner facilement. Les fenêtres étaient munies de barreaux. Sur le côté gauche se trouvait une solide porte cochère qui menait sans nul doute à une cour intérieure au fond de laquelle devaient se trouver les écuries. La porte d'entrée, située sur le côté droit, était munie d'une grille fermée par un volet, permettant d'inspecter les visiteurs depuis l'intérieur. Mendoza fit signe à Gomez de frapper à la porte au moyen de la massive patte de lion en cuivre située sous la grille, seul ornement visible, et entraîna Tao deux maisons plus loin. Il entreprit aussitôt de grimper le long du mur construit en colombage de l'une des maisons voisines, dans l'intention d'atteindre celle de Roberto par les toits, en redescendant dans la cour intérieure située à l'arrière de la maison du tueur à gages. Déjà le volet de la porte d'entrée s'ouvrait. Mendoza aida Tao à prendre pied sur le toit, et après un temps qui leur parut une éternité, ils virent Gomez pénétrer à l'intérieur.

Ils se hâtèrent vers l'extrémité du toit de la maison mitoyenne, d'où ils surplombaient la cour intérieure de Roberto. Le toit de l'écurie leur permettait de réduire de moitié la distance qu'ils devaient sauter pour atteindre le sol, car ils ne pouvaient compter descendre le long du mur recouvert d'un enduit à la chaux qui n'offrait aucune prise. Il fallait sauter. Mendoza s'assura que Tao était prêt à le suivre. Un signe de tête et un regard déterminé lui répondirent. Au moment où ils atterrissaient le plus discrètement possible sur le toit de l'écurie, un homme sortit de la maison en portant des seaux, afin de les remplir à l'eau du puits situé au milieu de la cour. Il se figea un instant, ayant entendu le bruit sourd produit par le choc de l'atterrissage des deux intrus. Mendoza et Tao se plaquèrent contre les tuiles. A l'intérieur de l'écurie, un cheval se mit à hennir, puis donna des coups contre la paroi de son box. Mendoza et Tao retinrent leur souffle, prêts à bondir sur l'homme. Mais ce dernier reprit sa marche vers le puits. Pendant qu'il procédait à la corvée d'eau, ils en profitèrent pour descendre du toit et se glisser à l'intérieur de la maison par la porte que l'homme avait laissée ouverte. Laissant les cuisines à leur droite, ils filèrent le long d'un couloir étroit jusqu'aux escaliers permettant d'accéder au hall d'entrée, et de là aux étages de la maison. De la lumière filtrait sous une porte entrouverte située à gauche du hall, et la voix de Gomez leur parvint faiblement. Il était certainement en train de s'entretenir avec le maître de maison comme prévu. Ils grimpèrent prestement les marches de l'escalier jusqu'au premier étage. Le silence régnait dans la maison. D'après les renseignements pris auprès de Maria, à l'époque où Mendoza avait hésité entre se débarrasser de celui qui avait commandité son empoisonnement, ou se débarrasser de celui qui avait organisé l'empoisonnement, ou se débarrasser des deux, le personnel employé par Roberto consistait en un cuisinier et homme à tout faire et un gardien qui lui servait de second dans ses basses œuvres, et qui se tenait toujours prêt à intervenir si un entretien avec un client venait à mal tourner. Logiquement, il devait se trouver en bas avec Gomez et Roberto, le cuisinier était occupé au puits, la voix était libre. La chambre de Roberto se situait au deuxième étage. Maria avait précisé que son frère conservait un compte de toutes ses opérations dans un secrétaire situé dans sa chambre.

...Un instant plus tard...
Ce fut un jeu d'enfant de trouver la chambre, la porte n'était pas fermée à clé, et la serrure du secrétaire céda après quelques essais sans trop de difficultés. Le livre de comptes était bien là, Mendoza s'en empara avidement, l'ouvrit mais poussa aussitôt une exclamation étouffée.
M : Par la malepeste! C'est codé! C'est proprement illisible, et ça risque de nous prendre des heures avant de..
T : fais voir?
Tao lui prit le livre des mains et se mit à examiner les pages en le tournant rapidement.
T : hum hum, ah! oui, oui, oh! pff...
M : alors?
T : peuh! tu te doutes bien que déchiffrer ce code est un jeu d'enfant pour un nacal!
M : très bien, mais as-tu trouvé quelque chose?
T : eh bien je pense que nous allons trouver nos informations...ici! voilààà...j'ai trouvé la date....oh la vache!
M : quoi? qu'est ce qu'il y a?
T : si je ne me trompe pas, il aurait reçu pour l'enlèvement de Zia l'équivalent or d'une cargaison d'épices! Mais...ah!
M : quoi? tu as le nom du commanditaire?
T : oui, enfin, je ne comprends pas...
M : par la malepeste, Tao, tu l'as oui ou non?
T : c'est...c'est écrit...Padre...
M : quoi? qu'est-ce que ça veut dire? Padre? c'est sûrement un code à l'intérieur du code! Padre, ça ne veut rien dire, enfin, Père, c'est absurde....
Il s'interrompit soudain. Son regard venait de tomber sur une lettre à moitié repliée, qui dépassait d'un tiroir mal fermé, et qui portait la signature de ...non! c'était impossible! Il pâlit, prit la lettre et la parcourut fébrilement avant de la laisser tomber sans dire un mot.
Par Dek
Par Dek
T : Mendoza, qu'est ce qui se passe?
Seul le silence lui répondit. Mendoza avait le regard fixe. Tao ramassa la lettre et la lut à son tour.
T : Oh! pas possible! c'est...c'est dingue! quel sale type!
La lettre apprenait à Roberto qu'il allait recevoir la visite d'un homme qui se ferait passer pour son cousin lointain parti faire fortune aux Indes, mais qui n'était en fait que son père, Fernando Laguerra, ce père qu'il n'avait jamais connu, qui avait vécu aux crochets d'une veuve à qui il avait fait un enfant, lui, Roberto, avant de l'abandonner, elle, sa fille née de son premier mariage et son fils nouveau-né, en emportant toutes ses économies pour financer une quête chimérique autour du monde...L'auteur de la lettre rajoutait que Laguerra avait trompé bien d'autres femmes, qu'il les méprisait autant qu'il ne pouvait s'en passer, et qu'elle était bien placée pour le savoir, car elle était-elle même...
T : la sœur de Roberto???
Le regard de Tao sauta immédiatement sur la signature: Isabella L.
T : mais...et Maria?
M : sa demi-sœur, probablement...née du premier mari de la malheureuse mère de Roberto....qui sait combien de femmes le Docteur Laguerra a ainsi séduites et abandonnées?? et combien de bâtards enragés ce chien a laissés sur son passage?

Qui savait en effet combien de femmes avaient été les victimes de ce monstre, aux mains desquelles Zia se trouvait probablement en ce moment même...Tao réprima un frisson et chassa de ses pensées les visions d'horreur que la cicatrice d'Esteban avait ravivées. Mais quand on évoquait les Laguerra, il était difficile de retrouver sa sérénité..Tao pouvait ressentir la tension extrême qui émanait de son compagnon; il se décida pourtant à formuler une dernière question.
T : tu ne nous avais pas écrit qu'elle était morte, il y a cinq ans, quand tu nous avais fait part de ta décision de revenir à Barcelone?
M : si...
Mendoza se détourna. L'effort qu'il faisait pour rester à peu près maître de lui-même commençait à l'épuiser. Il aurait voulu pouvoir se trancher la gorge pour mettre fin à la souffrance qui le dévorait, emplissant son esprit d'une colère amère contre lui-même. Il se haïssait d'avoir été aussi impuissant, et de l'être encore tout autant aujourd'hui. Mais Esteban avait besoin de lui, et Zia, et Tao comptait sur lui, il devait se ressaisir.
T : Mendoza! Mendoza!
La voix étouffée mais pressante de Tao lui parvint enfin, comme un écho lointain.
M : j'ai entendu des voix, en bas! l'entretien doit être terminé!
On entendit à ce moment-là la porte d'entrée se refermer lourdement.
T : Il est parti! Mendoza, on doit bouger, Roberto risque de venir ici! Ah, si seulement on avait trouvé un indice!
M : On n'a plus le temps, Tao, redescendons!
Ils quittèrent la pièce après avoir pris soin de tout remettre en place. Ils s'apprêtaient à prendre les escaliers quand Mendoza arrêta brusquement Tao.
M : des pas! quelqu'un monte! retournons dans la chambre!
T : hein? mais on ne devrait pas plutôt..
Mendoza entraînait déjà le jeune homme; il referma la porte et se dirigea sans hésiter vers la fenêtre.
M : on va passer par là, à cette hauteur, côté cour, elles n'ont pas de barreaux.
T : mais...comment on va descendre? il y a au moins dix mètres!
Mendoza se penchait déjà.
T : tu ne vas pas sauter!
M : le fouet! passe-moi le fouet!
T : hein?
M : vite, il arrive! là, au mur!
Tao remarqua enfin le fouet de Roberto accroché près de lui, s'en empara et le donna à Mendoza; ce dernier attacha l'extrémité à la poignée de la fenêtre, puis tendit le manche à Tao.
M : bon, avec un peu d'élan tu devrais atteindre l'extrémité du toit de la maison voisine, sur la gauche; tu me renvoies le fouet immédiatement, d'accord? espérons que ça tienne...c'est parti!
Et il souleva Tao de terre pour le lancer à travers les airs vers leur seule chance de salut, en se demandant toutefois si un duel avec Roberto n'aurait pas été moins risqué...Tout s'était passé si vite que Tao en avait encore le souffle coupé et qu'il n'émit pas un seul cri. Il atterrit de justesse sur le toit de la maison voisine et renvoya aussitôt le manche à Mendoza. Ce dernier s'élança à son tour, mais un craquement sec l'avertit que la poignée avait cédé sous son poids, il eut tout juste assez d'élan pour atteindre le toit. Déjà la tête de Roberto apparaissait dans l'encadrement de la fenêtre. Il mit quelques secondes à remarquer que les deux intrus n'étaient pas dans la cour, mais sur le toit voisin, et qu'ils filaient déjà, en emportant son fouet. Finalement, Mendoza n'était pas mécontent de l'avoir récupéré par accident, au moins leur ennemi ne pourrait pas les suivre par le même chemin, si toutefois il avait eu l'intention de faire une telle folie. A présent, il fallait réfléchir très vite: s'ils passaient par les toits des maisons voisines, pour revenir dans la rue, Roberto et ses hommes risquaient de les coincer facilement malgré leur avance. Un claquement sourd interrompit des réflexions de Mendoza, tandis que devant lui Tao s'effondrait; le marin eut tout juste le temps de le rattraper avant qu'il ne fasse une chute mortelle.
M : Tao! Tao! est-ce que ça va aller?
T : je..je crois que ce n'est rien, c'est mon bras...
Cette blessure leur coupait définitivement la retraite par les rues, elle les ralentirait d'autant plus. Mendoza se décida alors pour tenter une nouvelle folie:
M : on va sauter le rempart, Tao, ça ira? avec le fouet de Roberto, ce sera un jeu d'enfant, je te le garantis! Allons-y!
Ils reprirent leur course sur le toit, mais en se dirigeant cette fois vers les remparts de la ville, auxquelles les maisons du quartier étaient adossées. Avec un peu de chance, ils trouveraient bien une aspérité pour accrocher le fouet et réduire ainsi la distance jusqu'au sol. Mendoza croyait se souvenir qu'à cet endroit les friches étaient importantes et les buissons nombreux, ce qui amortirait leur chute. Mais il lui faudrait soutenir Tao, qu'il sentait faiblir à ses côtés. Il l'épaula pour éviter qu'il ne trébuche.
M : on y est presque, Tao! Roberto ne pourra nous rattraper en dehors la ville, en pleine nuit!
T : super, Mendoza! j'adore qu'un plan se déroule sans accroc!
Devant eux s'ouvrait un véritable précipice. Mendoza avisa une racine qui dépassait d'une crevasse du mur, fit claquer le fouet qui s'y accrocha sans difficultés, puis il s'assura de la sûreté de la prise, ceintura Tao de ses bras puissants et se lança dans le vide.

Comme il s'y attendait, la chute fut rude. Le fouet avait permis de gagner trois mètres au plus. Les buissons plutôt maigres et le poids de Tao n'avaient rien arrangé. En se redressant, Mendoza ressentit une douleur à la cheville, mais cela passerait, il avait l'habitude..
M : Tao? Tao? ça va mon garçon?
T : Pilotage automatique, atterrissage en douceur, ah ah, tout va bien Mendoza, tout va bien!
M : Bon, trouvons un endroit sûr pour finir la nuit.
T : Eh, cet endroit me rappelle quelque chose...on ne serait pas déjà passés par là, la dernière fois?
M : la dernière fois? Ah, tu as raison! la grotte devrait se trouver par ici!
Après une progression difficile dans les hautes herbes et les broussailles, ils finirent par retrouver la grotte où ils avaient dormi, autrefois, cette fameuse nuit où Esteban leur avait faussé compagnie pour rejoindre le monastère. L'entrée était à présent complètement cachée par la végétation, et ils eurent un peu de peine à se frayer un chemin avant de pouvoir enfin se reposer sur le sol dur et froid. La fatigue et la douleur commençaient à avoir raison de la bonne humeur de Tao, qui maugréait pendant que Mendoza s'efforçait de soigner avec les moyens du bord sa blessure.
T : Aïe! fais attention, j'ai un peu mal tout de même!
M : la balle a bien entamé la chair...mais tu n'es pas trop douillet, c'est étonnant...
T : comment ça c'est étonnant? tu t'attendais à quoi? à ce que je gémisse comme une fille? Ouch!
M : voilààà...ça devrait suffire pour l'instant, mais il faudra soigner ça correctement dès que possible.
T : si Zia était là, elle m'aurait soigné ça en un rien de temps avec trois herbes, elle!
M : oui, mais elle n'est pas là, et tu te contenteras de mes piètres compétences!
T : et Esteban, il est où ce lâcheur? lâcheur, et qui fait ses coups en douce en plus! C'est bien lui, tiens, tu te souviens, comme il nous avait plantés là, dans cette grotte? Mais qu'est ce qui lui a pris d'entraîner Zia je ne sais où pour...Oh, Mendoza, dis-moi que c'est un cauchemar, elle va revenir, hein, ils vont revenir, hein, et tout sera comme avant..
M : calme-toi, Tao, tu as besoin de repos. Ce qui est arrivé est arrivé....plus vite tu auras repris des forces, plus vite nous pourrons nous remettre à la recherche de Zia.
T : nous remettre à la recherche de Zia, la bonne blague! on n'a pas la moindre idée d'où elle se trouve! Tout ce qu'on sait c'est que le demi-frère de Maria l'a enlevée pour la livrer à son père, l'infâme Fernando Laguerra, dont il ignorait qu'il était son père jusqu'à ce que la fille de ce même Laguerra revienne d'entre les morts pour révéler la véritable identité de Laguerra, qui se faisait passer auprès de son fils pour son cousin! Et à présent Roberto Laguerra nous cherche sûrement pour nous faire la peau parce qu'on a pénétré dans sa maison sans autorisation! Et on est obligés de dormir dans une grotte alors que je devrais être au fond d'un bon lit bien douillet, soigné par une ravissante demoiselle, et toi tu boites, je t'ai vu tout à l'heure, pas la peine de jouer les marins stoïques, hein! J'ai bien résumé la situation, là?
M : tais-toi et dors!
Mendoza avait déjà tourné le dos à Tao, s'était enroulé dans sa cape et s'efforçait de faire le vide dans sa tête pour récupérer un peu, mais il savait qu'il lui serait impossible de fermer l'œil de la nuit, et qu'il lui faudrait se battre contre ses démons afin de ne pas perdre pied après ce qu'il venait d'apprendre: elle était vivante! Pourquoi? Comment? Quelles étaient ses intentions? Les questions sans réponse prenaient possession de son esprit comme une horde d'insectes rampants qui grouillaient et fouillaient dans son cerveau désemparé. Il sursauta et se redressa brusquement, la sueur perlant à ses tempes.

Une faible lueur pénétrait dans la grotte à travers l'épaisse végétation. C'était déjà l'aube, il avait dû s'endormir. A ses côtés Tao semblait reposer paisiblement. Mendoza vérifia son état, et, rassuré, se leva pour sortir. Il franchit la barrière végétale avec précaution, l'œil aux aguets. Une douleur lancinante lui rappela sa mauvaise réception de la veille. Une légère brume finissait de s'élever au-dessus du sol humide tandis que le soleil apparaissait. Mendoza contempla un instant le disque lumineux qui semblait flotter à la surface de la brume, puis s'efforça de faire le point: Roberto les avaient aperçus, et il existait un risque pour qu'il l'ait reconnu, juste avant qu'il ne saute par la fenêtre. Si tel était le cas, ils ne pouvaient retourner en ville, ni son appartement ni la taverne de Rico n'étaient des endroits sûrs désormais. Il s'inquiéta pour Maria, mais elle était pleine de ressources, elle saurait faire face. Solliciter Gomez? C'était sans doute la seule option possible, s'ils parvenaient toutefois sains et saufs jusqu'à sa demeure. Il y avait de fortes chances pour que Roberto ait fait suivre Gomez après leur entretien, et se rendre chez ce dernier c'était risquer de se jeter dans la gueule du loup. Mendoza soupira. Cela ne s'annonçait pas bien du tout....et le plus pressé était de soigner correctement Tao.
Soudain, un bruit alerta le marin. Il avait cru percevoir un bruissement dans les hautes herbes, sur sa droite. Il se retira prestement à couvert dans les buissons situés devant la grotte et scruta l'endroit d'où il lui semblait que le bruit était venu. Un animal, sans doute, mais la prudence s'imposait. Il entendit à nouveau le bruissement, plus distinctement cette fois. Quelqu'un approchait....

Du cotée d’Esteban :

Esteban courrait dans les rues de Barcelone, presque entièrement vides.
Il bousculait quelques passants et continua à courir tout en s'excusant.
Sa tête et son cœur étaient remplis et bousculés par une foule de sentiments.
Il revit encore Zia. Bientôt, elle sera avec lui et ne le quittera jamais.
Même quand elle n'était pas près de lui, elle lui donnait tout le courage nécessaire.

Mais le bruit d'un fouet claquant sur un mur près de lui le sortit de ses pensées.
Il était toujours poursuivit, il courrait étrangement aussi vite qu'un pur-sang arabe au galop.
E : Nom de Dieu !
Esteban accéléra la cadence afin d'éviter son poursuivant qui agitait son fouet en l'air tel Le Docteur Fernando Laguerra.
E : Attends...non cela ne peut pas être lui.

Il atteignit la Taverne de Rico, mais n'eut pas le temps de s'y arrêter, il dépassa ensuite la Cathédrale près du lieu où il avait demandé à Zia de l'épouser avant de sortir de la ville et d'échapper au frère de Maria
E : Ouf, je vais enfin pouvoir chercher Zia tranquillement, bon où se trouve-le...
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, qu'une main toucha son épaule.
M : Esteban, que fait-tu ici ?
Il se retourna, et vit...
E : MENDOZA ?!

Du côté de Zia.

La jeune femme se réveilla dans une pièce sombre, la lumière n'y pénétrait pas.
Elle était allongée dans une sorte de lit assez spacieux, probablement pour deux personnes.
Zia tenta de se lever, elle avait un mal de crâne dantesque, elle avait l'impression qu'un lama lui avait marché sur la tête.
Elle constata, à son plus grand bonheur, qu'elle n'était pas attachée au lit.
Z : Où suis-je ? Que s'est-il passé ?
Elle essaya de marcher en direction d'un mur ou d'une potentielle fenêtre ou porte.

La dite-porte s'ouvra brusquement, un jeune homme de la même taille de Zia environ se tenant dans l'ouverture.
A : Bonjour Madame, dit-il avec un accent prononcé.
Z : Euh...bonjour...qui êtes-vous ?
A : Arthur, madame, je suis français, ce qui explique mon accent un peu étrange pour vous sans aucun doute.
Z : Ah...euh, et où suis-je ?
A : Dans la maison de votre ''époux" madame.
Z : QUOI ?!
Zia n'en croyait pas ses oreilles, elle était donc chez ce monstre !
Et il ose lui envoyer quelqu'un qui semble se comporter en ami ?
Z : IL EST HORS DE QUESTION DE JE ME MARIE AVEC CE SAL...
A : Je comprends votre réaction, madame, mais essayez de vous calmer.
De se calmer ?! Mais il est bête ou quoi ? Zia voulut crier plus fort, mais se retins en sachant qu'elle n'aurait aucune réponse si elle ne se calmait pas.
Z : Bon, alors, que fait-je ici ? D'ailleurs, où nous nous trouvons ?
A : Eh bien...
F : ARTHUR, DESCENDS TOUT DE SUITE, J'AI UNE MISSION A TE CONFIER !
A : Ah, excusez-moi madame, j'ai eu l'ordre de fermer la porte à clef.
Il ferma la porte comme son patron lui avait ordonné et s'en alla.

Zia resta plantée au milieu de la pièce qui lui servait à la fois de chambre et de cellule.
Elle examina rapidement son cachot.
Il y avait un lit assez grand, presque pour accueillir 2 ou 3 personnes, une armoire d'époque, une table et deux chaises positionnées de part-et-d ‘autres du meuble.
La chambre avait des teins rouges-orangés, elle semblait accueillante...chaleureuse.
Une lampe avec 3 grandes bougies en cire pendait au plafond.
Cela étonna Zia, car elle savait que les bougies en cire étaient utilisés par les nobles à l’époque, la cire venait de Bougie en Algérie [NDLA : La ville aujourd'hui se nomme Bejaïa], elle devait donc se trouver chez une riche personne.
Étonnement, et au plus grand bonheur de Zia, il y avait une fenêtre, volets fermés.
Elle se précipita vers la fenêtre, poussa les volets en bois, et regarda le paysage.
Elle avait espéré un paysage magnifique, elle voyait déjà les couleurs des rayons solaires se mélanger, elle s'attendait à un ciel bleu, un Esteban heureux... Cela lui fit repenser à leur déclaration d’amour :

IL Y A 5 ANS

24 Décembre 1537
Le Trio à bord du Grand Condor, planant au-dessus du sol, libre comme l'air, ne se souciant pas de la vie.
Trois amis se connaissant dès l'enfance, traversant l’adolescence, sur le point de devenir adultes.
Ce récit commence à l'aube du soir, nos amis ont volés toute la journée, Esteban est épuisé.
Il se posa calmement au sol, dans une petite clairière, dans le Nouveau-Monde.
Il s'étira en bâillant un peu, peut-être allait-il pouvoir dormir une heure ou deux pour paraître en forme auprès de ses amis ?
Il tourna légèrement la tête, ses deux amis dormaient sur leurs sièges.
Le premier, Tao, avait la tête penchée légèrement sur la gauche, respirant fortement, mais sans bruit.
La seconde, Zia, était quant à elle quasiment allongée sur son siège, elle était exténuée, elle qui tenait tant à rester éveillée auprès d'Esteban...
Ils avaient assez peu dormi la veille, Tao et Zia ont donc rattrapé leur nuit durant la journée de vol.
Esteban entreprit de poser Zia un peu plus confortablement.
Il la leva calmement et la posa tendrement à l'arrière du cockpit.
Il resta quelques minutes à côté d'elle, assis en tailleur sur la sol, regardant Zia. SA Zia.
Comme elle est belle endormie, se disait Esteban.
Sa respiration était calme, lente, apaisée.
Sa poitrine se levait et descendait au gré de ses inspirations et de ses expiration.
Elle avait un visage rassurant.
Elle qui l'avait accompagnée durant tant d'épreuves, et qui l'a soutenue durant tout ce temps...
Elle a grandi...elle a mûri
-Je ne dors pas, tu sais ?
Elle ouvrit les yeux, un sourire au coin des lèvres, regardant Esteban d'un tendre regard.
E : Oh, euh, désolé si je t'ai réveillé, on vient de se poser dans une petite clairière, j'allais dormir.
Z : D'accord, au fait Esteban, quel jour est-il ?
Esteban regarda le calendrier que Tao avait fabriqué depuis leur dernière visite en Espagne, plusieurs années auparavant.
E : On est le 24…
Z : C'est Noël...
E : Bah, avec tout ce temps, je pense que c'est inutile de faire quoi que ce soit...
Z : C'est-à dire ? Tu ne veux pas prier ? Je croyais que c'était important Noël dans ta religion !
E : Oui...mais à part prier au bon Dieu, que veux-tu que nous fassions ? J'ai déjà tout ce qu'il me faut, je vous ai tout les deux et on fait le tour du monde !
Z : Il ne te manque rien, donc ? demanda-t-elle d'un ton à la fois glacial et déçu.
E : Non.
Z : Bon, c'est ce que je voulais savoir...bonne nuit, Esteban, je vais sortir dehors, pour me dégourdir les jambes.
Il vit alors Zia descendre du Condor avec un rictus indéfinissable sur la visage.
E : Je suis tellement bête !

Il essaya de s'endormir, sans succès, malgré la fatigue qui l'envahissait.
Pourquoi avait-il dit ça à Zia ?
Comment pouvait-il affirmer qu'il était un homme comblé alors qu'un large fossé creusait son être ?
Pourquoi Zia semblait être affectée par ce qu'il a dit?
Il jeta un regard en dehors, elle était au milieu de la clairière, recroquevillée sur elle-même, les bras sur les genoux, et la tête baissée.
Il ouvrit alors le bec de l'Oiseau d'Or, et descendit sur la terre ferme.
Il la voyait de dos, toujours dans la même position qu'elle devait tenir depuis une heure.
Il avança doucement, pour ne pas se faire remarquer, craignant chaque bruit.
A chaque pas, son cœur battait un peu plus, à chaque pas, il avait de plus en plus chaud malgré le froid de la nuit, à chaque pas, sa poitrine et son estomac s’alourdissaient.

Il est enfin arrivé, juste derrière elle, debout tel une statue.
Il s'assit à côté d'elle, elle ne bougeait pas.
E : Zia, regarde-moi.
Il prit doucement le menton de son amie et fit lever la tête de Zia, inondé de larmes.
Zia affichait une grimace de colère, de colère amoureuse qui agissait comme un poison s'infiltrant dans ses veines.
Esteban se pinçait les lèvres, il regardait le triste résultat de sa maladresse et de son idiotie.
E : Zia, excuse-moi, je...je ne voulais pas...
Zia resta muette, elle se leva et s'installa plus loin.
Esteban venait de comprendre, il avait perdu Zia.
Ce n'était plus SA Zia.
Il perdit l'équilibre, ne pouvant plus tenir sur ses jambes, il tomba à genoux, et se mit à prier.
Pourquoi ? Lui-même ne savait pas.
Il pria quelques minutes, et se retourna, voyant Zia dans la même position que tout à l'heure.
Z : Viens.
Esteban s'avança lentement (mais sûrement) vers Zia et s'allongea sur le sol à côté d'elle.
Le ciel était d'une clarté éblouissante, illuminée par la Pleine Lune et par les multitudes d'étoiles peignant la toile noire qu'est l'infini de l'espace.
Esteban et Zia, gênés, ne pouvaient s'adresser la parole, préférant regarder le ciel en attendant une action de l'autre.
E : Zia...excuse-moi...j'ai été vraiment bête, je...j’admets que...qu'il me manque quelque chose.
Z : Que te manque-t-il ?

Esteban ne pouvait formuler quoi que ce soit, il était gêné...avait-il une chance ?
Son cœur battait à une vitesse affolante, sa respiration tenait un rythme faussement harmonieux, il déglutit longuement.
E : Je...je...
Z : Tu ne peux pas dire, c'est ça ? Retournons au Condor.
E : Non, attends !
Zia ne s'arrêta pas, elle continuait sa marche vers le Condor.
Esteban la suivait, elle commença à courir.
E : ZIA ! JE SAIS CE QUI ME MANQUE !
Zia ralentit sa marche, prête à écouter ce qu'Esteban allait lui dire.
Esteban prit une grande inspiration et commença à parler.
E : Zia, tout à l'heure, j'ai été vraiment stupide quand je te disais que je suis parfaitement heureux aujourd'hui, je m'excuse et veux te dire...NON, non je n'ai pas tout ce que je veux dans ma vie, je n'ai pas encore réussi ou accompli la chose, l'action, à prononcer ces paroles que je garde dans mon cœur depuis 5 ans...Zia...
Il s'approcha lentement de Zia, ne voulant pas être brusque.
Esteban prit Zia dans ses bras, et lui chuchota tendrement à l'oreille :
Zia, je t'aime...plus que tout au monde.

Zia, submergée par la joie, commença à pleurer de belles larmes, les plus belles qu'elle n'a jamais sorties.
Ils se regardèrent dans les yeux, et s’embrassèrent tendrement.
La Lune, si haute dans le ciel, partagea sa lumière à ce nouveau couple s'embrasant pour la première fois, les berçant d'une clarté divine en cette nuit de Noël.
Cette fois, Esteban avait tout.
Zia ne le lâchait pas.
Elle ne le lâchera plus jamais

A l’Aube :
Les Enfants du Soleil étaient enfin réunis, sous le regard du Dieu Soleil, inondant la clairière de sa Lumière.
L'aube du 25 Décembre 1537 fût le plus beau lever de Soleil de leur vie.
E : Zia, nous reviendrons ici...tous les ans si tu le veux.
Z : Ne me promet rien, juste dit le moi encore.
E : Je t'aime plus que tout au monde Zia.
Zia était au comble du bonheur!
Leur Lumière ne s'éteindra plus jamais, tant que le Soleil les guidera.

----------

Zia était aux anges mais le retour à la réalité fut rude
En un quart de seconde, son fantasme disparut, la seule couleur qu'elle apercevait était le vert du feuillage de la forêt s'étendant à perte de vue devant elle.
Le Soleil était absent, le ciel était couvert d’épais nuages gris foncés, sur le point de libérer la pluie.
Z : Esteban...j’espère qu'il ne t'arrivera rien...
Zia respira lentement l'air frais qu'elle n'avait plus senti depuis...des lustres.
Elle se pencha en avant et essaya d'observer le bâtiment qui lui servait de pénitencier.
Elle fut surprise de voir qu'elle était dans une grande tour, mais pas comme un donjon.
C'était une tour carrée, les pierres étaient colorées dans des teintes marrons et noirs, les décorations étaient très précises, c'étaient des formes géométriques incroyablement complexes et symétriques.
Elle arriva à distinguer des sortes de dessins, ou de lettres dans un langage inconnu.

Z : Mais...qu'est-ce que c'est que cela ?
A : C'est un minaret.
Zia se retourna brusquement, Arthur était rentré dans la chambre sans que Zia ne s'en rende compte.
Z : PRÉVIENS AVANT D'ENTRER ! Et, c'est quoi un ''minaret''?
A : Désolé. Et un minaret est la tour principale dans une mosquée.
Z : Une mosquée ?
A : C'est comme une église mais pour l'islam, ici, la mosquée a été convertie en église après que les arabo-musulmans aient quitté le pays.

Z : C'est assez impressionnant ! Mais, du coup, je ne suis pas chez...lui?
A : Si, il a acheté cet endroit (il l'a plutôt volé, mais cela reste entre nous) et en a fait sa demeure secrète.
Z : ...
A : Asseyez-vous, je dois vous dire quelques mots.
Il s'inclina en désignant la table, un peu comme pour dire ''C'est à votre honneur'', Zia prit une chaise et s’assit dessus.
Arthur en fit de même de l'autre côté.
A : Bon, je dois vous informer de quelques petites choses...
Z : J'ai peur de ce que vous allez dire.
A : Primo : J'ai été choisi afin de vous servir jusqu'au jour du mariage.
Secundo : Je devrais être avec vous et à votre service 24 heures sur 24.
Tertio :...la date du mariage est prévue pour dans...7 ou 8 jours...
Z : QUOI ? QUE VIENS-TU DE DIRE ?
A : Il me semble que vous ayez compris, madame, je suis sincèrement désolé.
Arthur avait un ton calme et amical, presque comme si il voulait ÊTRE AMI avec elle.
Elle se calma, elle ne sût pas pourquoi ni comment, mais ce garçon avait quelque chose de spécial en lui qui le rendait attachant.
Il était même presque mignon...NON, calmes-toi Zia, calmes-toi...
Z : Bon, en 7 jours, Esteban devrait me retrouver, chuchota-t-elle.
A : Oh, Esteban ? L'Enfant du Soleil, vous le connaissez ?
Elle répondit étrangement :
Z : Tu peux me tutoyer, hein, en une semaine, faut bien que l'on s'entende.
A : Oh, euh, d'accord, ma...euh non Zia, désolé. ''Ma...euh non, Zia'' ''Ma...euh Zia''...
Esteban lui disait ''Ma Zia'' en boucle dans sa tête, elle entendait une voix calme et douce, elle oublia presque qu'elle était dans un mina...machin chose.
Elle le voyait, ce fût soudain, elle était près de lui...combien de temps avait-elle dormi?
Depuis combien de temps avait-elle disparu ?
Était-il encore en vie, ou quelqu'un l'a tué ?
Zia éclata en sanglots, elle ne tenta même pas de les cacher, elle essuyait ses larmes avec sa main.
Une main se posa sur son épaule, elle réentendit Esteban, elle tourna la tête.
-Ne pleure pas, je suis là pour toi.
C'était la voix d'Esteban.
-Je suis ici pour toi.
C'était une voix un peu plus étrange.
-S'il te plait, ne pleure pas, Esteban viendra.
C'était la voix d'Arthur.

Du cotée de Mendoza, Tao, Esteban
Par Seb_RF
Par Seb_RF
E : MENDOZA, mais qu'est-ce que tu fais là? et Tao?
M : plus tard, toi qu'est -ce que tu fais là? As-tu revu Maria?
E : Maria, tu parles, elle m'a assommée après Roberto est arrivé chez toi puis elle m'a aidé à m'enfuir et pour finir l'autre ordure me poursuit depuis une demie heure avec son fouet...
T M : Roberto? tu l’as semé au moins!
E : oui oui, je pense, je ne me serais pas arrêté autrement!
M : PARFAIT...mais viens à l'intérieur, on n'est jamais trop prudent... Bon maintenant Roberto nous a tous dans le collimateur, c'est trop risqué de retourner en ville, il faut trouver un moyen d'enquêter en sécurité.
E : mais on n’a pas le temps, qui sait ce que ce monstre fait subir à Zia en attendant! Quand Roberto me poursuivait avec son fouet, j'ai cru halluciner, je croyais voir le Docteur Laguerra, Mendoza, c'est horrible!
T : eh bien en parlant de Zia on a une idée de ce qui risque de lui arriver, et ça ne te plaira sûrement pas ...
E : Tao! mais..tu es blessé!
T : laisse, c'est rien...content de te revoir sain et sauf, hein, vieux frère!
E : Comment c'est arrivé? Et c'est quoi votre idée? Vas-y on est plus des gosses je peux l'encaisser!

Tao lui raconta toute l'infiltration, la lettre, et les innombrables mariages de Laguerra...

E : Maria me l'a dit, et c'est pour ça qu'il faut agir on n’a pas le temps ....Zia...mariée à ...non, pas ça!
T : Maintenant reste avec nous, dis au lieu de te tirer pour faire cavalier seul, tu crois que tu peux sauver Zia sans nous, hein, tout ce que t'as réussi à faire c'est de te faire assommer par une vieille et poursuivre par un tueur à gages, bravo, tandis que nous...
E : vous n'avez trouvé aucun indice! vous avez risqué votre vie pour rien! bravo!
M : ça suffit! vos querelles n'avancent à rien!
T : mais qui dit que je n'ai pas une idée, moi? Hein, la nuit porte conseil...
E : et tu penses à quoi, hein, Tao?
T : au condor!
E : le condor! oui, si on parvient à l'atteindre, on sera en sécurité..
T : et on pourra faire des recherches tranquilles, depuis le ciel, on pourrait peut-être, je ne sais pas..
E : apercevoir Zia? Mouais...
T : t'as une meilleure idée? eh ben vas-y!
M : il n’est pas trop loin j'espère...
E : sur une ile à deux jours d'ici, avec le navire de Tao.
M : d'accord, mais vous ne pouviez pas atterrir plus près? Vous vous étiez bien posés par ici avant la Chine, l'endroit est parfait!
E : Tao tenait absolument à frimer avec ses inventions, il voulait montrer son dernier gadget, le fameux bateau sans équipage!
T : Oh, ça va, ce n’est pas ma faute si tes ancêtres ne t'ont légué aucun savoir!
E : rrrrr...... Bon, par contre j'ai bien l'impression que Maria m'a pris mon médaillon pendant mon inconscience, il va falloir le récupérer avant d'y aller...
T : c'est pas vrai! t'as plus ton médaillon? mais quel..
E : eh, j'y peux rien, comment je pouvais prévoir!
M : du calme, si c'est elle qui l'a pris, il suffit de la retrouver...j'espère simplement que Roberto ne lui a rien fait..

À ce moment-là une voix se fit entendre derrière eux.
R : on parle de moi?
Ils se retournèrent tous et découvrirent avec horreur le tueur à gages qui les menaçait de son épée. Comment avait-il fait pour approcher sans se faire remarquer?
R : enfin je vous retrouve, bande de fouineurs, et je vais vous faire passer l'envie de vous mêler de mes affaires! je t'ai raté une fois, Mendoza, je ne te raterai pas deux fois!
M : bats-toi à la loyale, alors, empoisonneur!
R : le pire c'est que je n'avais rien contre toi personnellement, avant cette nuit...les clients me payent, j'exécute...ma sœur semblait bien t'aimer, mais que veux-tu les affaires sont les affaires...
M : ta sœur! elle a failli mourir par ta faute!
R : ah, je vois, elle a bu le poison à ta place, la vieille gourmande, tss tss tss...
M : oui, et je l'ai sauvée!
R : comme c'est noble de ta part...mais tu aurais mieux fait de la laisser crever, car à côté des tortures que je lui réserve pour sa trahison, l'empoisonnement aurait été une mort bien douce pour cette vieille carne!
Ma : tu sais ce qu'elle te dit, la vieille carne?
Roberto n'eut pas le temps de se retourner, il s'effondra, assommé par la poigne de fer de Maria, qui lui avait asséné un bon coup de jambon de Bayonne sur le crâne.

M : Maria! tu tombes à pic!
Ma : tu peux remercier mon âne Zephiro, Mendoza, il a couru plus vite que l'éclair, mais j'ai tout de même eut un peu de mal à le faire avancer quand on est sortis de la ville, avec toute cette herbe il s'arrêtait tout le temps pour brouter.
M : mais comment as-tu fait pour nous retrouver?
Ma : j'ai suivi Roberto qui suivait Esteban...
E : mon médaillon, c'est toi qui l'a, n'est-ce pas?
Ma : le médaillon? ah, oui, oui, il est bien au chaud au fond de ma poche, avec l'autre...attends voir un peu....ah? je le trouve plus....Aaah!! Me secouez pas, si si , je les ai ici, tenez, voilà! je pensais que ça serait le seul moyen de te retenir pour te faire rester chez Mendoza mais tu connais la suite...
Esteban prit les médaillons mais Tao s'exclama:
T : Eh, une minute le deuxième médaillon c'était un faux! regarde! le tien reprend son éclat!
M : on ne sait jamais , prends les deux, Esteban ça peut toujours servir. Et maintenant, le temps presse, les garçons, il faut embarquer , mais avant il faut empêcher Roberto de nuire, et passer soigner Tao..
T : t'inquiète pas pour moi, Mendoza, j'ai une trousse de secours à bord du navire. Alors, prêt à piloter un navire sans équipage de mon invention?
M : cela va me rappeler le bon vieux temps!
E : et Roberto, on en fait quoi?
Toujours assommé, le tueur à gages gisait à l'entrée de la grotte.
M : je pense qu'on va le laisser croupir ici un bon bout de temps, si ça ne te dérange pas, Maria, bien sûr.
Ma : aucun problème! dire que j'avais promis à notre mère de m'en occuper comme un frère..
Elle cracha sur Roberto, qui se mit à geindre faiblement.
M : attachons-le solidement avant qu'il ne reprenne tout à fait conscience! Une chance qu'il ait récupéré son fouet sur les remparts!
T : tu devrais te mettre au fouet aussi, Mendoza, ça a plein d'utilités, ce truc!
M : serre bien! Esteban, fouille-le pour lui enlever toutes ses armes cachées!
Ma : n'oublie pas les bottes, il y fourre toujours deux ou trois dagues!
E : je crois que j'ai tout retiré.
M : attends, tiens, t'avais oublié celle-là. Bon, je crois qu'on peut y aller. Maria, ça ira?
Ma : t'inquiète, je vais aller faire un tour à la campagne..et puis, ce salaud n'aura pas ma peau facilement, crois-moi!
M : merci, Maria..
Ma : je n'ai fait que payer ma dette, Mendoza..
E : attention! il bouge!
T : eh! mais attendez! il est là, à notre merci, on va pas s'en aller sans l'interroger quand même!
Ma : si tu crois qu'il te dira quelque chose...je le connais, il préférerait se faire couper une main que de trahir ses secrets. C’est pour ça qu'il est si réputé dans le métier, et qu'il n'a jamais été inquiété par la police...
T : mais maintenant, on peut le faire chanter! Gomez sait qui il est, où il habite, ah ah!
Un faible gargouillis qui se voulait un rire lui fit écho. C'était Roberto.
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R : huhuhu...t'as pas entendu la vieille bique, gamin? tu ne tireras rien de moi, même sous la torture!
E : et si on te livre au chef de la police secrète, tu feras moins le malin! Dis-nous ce que tu sais sur Zia!
R : le chef de la police secrète, dis-tu? Ce ringard qui a cru me tromper cette nuit? Je l'ai fait filer, et dans quelques heures je connaitrai tous ses secrets, c'est lui qui me demandera pitié!
Mendoza tira son épée, visiblement énervé, et la lui mit sous la gorge:
M : un serpent comme toi ne mérite pas qu'on l'épargne! N'abuse pas de ma patience!
R : ouououhhh, je tremble....tu peux me tuer, Mendoza, la mort ne me fait pas peur...tu me rendrais même service...mais tu ne saurais rien de ce que je sais... à propos de la fille...ce serait dommage...
E : tu sais quelque chose! dis-le nous, je t'en prie!
R : uh uh uh, il est drôle ton ami, Mendoza...allons, appuie encore un peu plus ton épée contre ma gorge, là, vas-y, n'hésite pas...
Ma : Mendoza, arrête! tu peux le tuer, mais...propose lui un contrat, il n'y a que cela qu'il respecte.
R : ma sœur a raison, je suis un homme d'honneur en affaires...
M : qu'est-ce que tu veux?
R : ah? on dirait que vous voulez passer un accord? mais je n'ai pas mon livre de comptes sur moi, quel dommage!
M : arrête de jouer avec mes nerfs! tu sais quelque chose oui ou non?
R : ça se pourrait...si vous y mettez le prix...
E : tout ce que tu voudras!
T : attends, Esteban, on va pas faire confiance à ce type!
E : c'est pas toi qui voulais l'interroger?
T : oui, mais, là il se fout de nous! et comment être sûr qu'il nous dise la vérité?
E : je prends le risque, on ne va pas laisser tomber Zia! Si on sait où chercher, on a une chance de la sauver! Maria a dit qu'il respectait un contrat!
R : oui, oui, je confirme...on peut le signer sur un bout de ma chemise, si vous voulez, avec notre sang...je le garderai précieusement dans mon secrétaire.
M : eh bien, c'est dit! Tu nous révèles ce que tu sais, tu t'engages à garder le secret et en échange..
T : mais c'est son père, vous croyez qu'il va trahir son père!
Ma : pour de l'argent, Roberto trahirait son père, sa mère, sa sœur...les affaires avant tout, hein, Roberto? De toute façon, son père était un salaud de la pire espèce qu'il n'a jamais connu!
Tao allait répliquer, mais Mendoza le fit taire d'un regard. Mieux valait laisser Maria dans l'ignorance de leurs découvertes de la nuit.
M : alors, c'est entendu, en échange..
R : je veux l'équivalent en or de la cargaison de votre navire. A prendre ou à laisser.
E : quoi? mais on n'a pas tout cet or!
R : ne me prends pas pour un idiot, je sais bien qui tu es, on raconte partout que tu as découvert des tonnes d'or!
E : mais, mais c'est absurde!
M : tu auras ton or, je m'y engage, mais il faudra nous laisser un peu de temps. En attendant, nous te verserons un acompte. Maria, approche, j'ai une mission pour toi.
Mendoza se retira un peu à l'écart avec Maria, lui glissa ses instructions à l'oreille, puis revint vers Roberto.
M : regarde, Roberto, en gage de ma bonne foi!
Il s'ouvrit les veines de la main gauche à l'aide son épée, puis fit de même sur la main de Roberto, avant de déchirer la chemise de ce dernier, et de ramasser une fine brindille sur le sol. Puis il déchira à nouveau le morceau de tissu en deux et écrivit rapidement de son sang un message qu'il remit à Maria, avant de rédiger sur le deuxième morceau les termes du contrat.
M : je te lis le contrat, tu apposeras ta signature s'il te convient. "Nous nous engageons à verser à Roberto Del Fero l'équivalent or de la cargaison de notre navire en échange de ses renseignements, après versement d'un acompte de mille pièces d'or payable à Maria Del Fero"
R : ça me va...mais ils doivent signer aussi..
M : bien sûr...
E : mais Mendoza, tout cet argent?
M : ne t'inquiète pas, j'ai donné mes instructions à Maria. allons, signons.
T : pas avant qu'il ne nous dise ce qu'il sait! question de principe! et je vais pas me saigner pour un menteur!
R : pff...on n'a pas confiance? alors que je suis attaché et que je risque de mourir au fond de cette grotte, abandonné de tous?
Ma : j'ai donné ma parole à Mendoza que tu aurais ce que tu demandes, par contre tu resteras là le temps nécessaire; quelqu'un viendra te délivrer et l'or t'attendra chez toi. C'est à prendre ou à laisser.
R : bien bien bien...je sais que tu ne peux rien refuser à ce chien de Mendoza, alors...voilà mon petit renseignement....votre amie a été emmenée dans une propriété située je ne sais où...
E : je vais le tuer!
R : maaaais....je sais que l'endroit est reconnaissable grâce à un minaret!
T : et c'est tout?
R : c'est tout! le Docteur Laguerra semble être un homme excessivement prudent...mais j'ai surpris une conversation qui ne laisse pas de doute! Parole de Roberto Del Fero! et maintenant, signez!
E : allez, Tao, c'est notre seule chance! pour Zia!

Quelques instants plus tard, les trois amis quittaient la grotte, puis Maria se remit en selle sur Zephiro, tandis que Roberto prenait son mal en patience au fond de son cachot provisoire.

Le navire était toujours amarré au port, où l'activité matinale battait son plein, si bien que personne ne fit attention cette fois au Fils du Soleil. Tao avait craint que son bateau n'ait suscité une curiosité malveillante, mais il avait pris la précaution de créer un système de pilotage rétractable, afin qu'un intrus ne remarque rien de différent à bord par rapport à un navire ordinaire, et ne puisse pas trouver le poste de pilotage, caché dans une trappe. On pouvait même naviguer à l'ancienne s'il le fallait, à condition d'avoir un équipage suffisant, bien sûr. Ils larguèrent les amarres, Esteban trouva étrange que personne ne les ait remarqués, mais il était trop inquiet pour Zia pour s'en préoccuper. Ils sortirent du port et furent bientôt en pleine mer.
10_le navire de Tao quitte le port..JPG
10_le navire de Tao quitte le port..JPG (20.2 Kio) Consulté 3866 fois
M : Tao, ton navire est une pure merveille! Si nous n'étions pas dans une situation pareille, j'adorerais que tu m'expliques comment tu l'as construit! Mais vous avez plus important à m'apprendre: après ce que nous venons de vivre, je pense qu'il est nécessaire que vous me racontiez ce qui s'est passé il y a quatre ans avec Fernando Laguerra...
Esteban et Tao se consultèrent du regard, et après avoir longuement hésité, Esteban se décida:
E : Bon d'accord, mais toi, tu nous diras ce que sont devenus Pedro et Sancho. On s'attendait à les voir avec toi, et puis, avec tout ce qui s'est passé...
M : oh, ils vont bien rassure-toi, mais ils ne sont plus à Barcelone. Ils se sont installés à Allela, à quinze kilomètres au nord, c'est une terre de vignobles, ils en ont racheté une bonne partie et vivent la belle vie de propriétaires terriens! Leurs vignobles fournissent la plupart des tavernes de la région!
T : ils auraient tout de même pu venir nous accueillir, ce n’est pas le bout du monde!
M : ils ne font pas que regarder le raisin pousser, tu sais. Un vignoble demande beaucoup de soins, sans compter la vinification, la gestion du commerce de leurs récoltes, ils ont monté toute une affaire! Et ils tiennent à avoir l'œil à tout! Ils devaient venir à Barcelone dans quelques jours pour voir des clients, vous les auriez vus à cette occasion.
E : ils sont riches alors?
M : oui, c'est d'ailleurs vers eux que j'ai envoyé Maria. Ils ne refuseront pas de vous aider.
T : ouais, c'est vite dit, mille pièces d'or, c'est une somme, tu les as déjà vus lâcher leur or, toi?
M : ne les sous-estime pas, Tao...tu es injuste.
E : c'est vrai Tao, t'as déjà oublié le passé?
T : boh, si on peut plus plaisanter!
E : et toi, Mendoza, tu les vois souvent?
M : moi? Oh, de temps à autre...ils sont très occupés, vraiment, et puis, de mon côté...
T : quoi? Mais vous étiez inséparables! Comment tu fais pour vivre sans eux!
E : Tao! T’es lourd, là!
M : de toute façon c'est mieux ainsi, je préfère ne pas trop remuer le passé...mais depuis votre retour et l'enlèvement de Zia, je n'ai plus le choix on dirait! Allez, c'est à votre tour à présent!

4 ANS AUPARAVANT

Ce jour-là, en Amérique du Sud, le dieu Soleil illuminait le paysage environnant.
Un Grand Oiseau Doré volait dans les cieux de ce ''Nouveau Monde" qui ne paraissait plus si nouveau que cela.
Trois jeunes adultes volaient dans ce Condor Géant depuis plusieurs heures.
Ces trois jeunes adultes, habitués depuis l'âge de douze ans, avaient une joie de vivre immense.
En somme, cela aurait pu et dû être une merveilleuse journée...

Esteban, alors âgé de Dix-Huit ans, décida de poser le Condor dans une immense plaine, bien exposé au Soleil qui n'allait pas tarder à se coucher.
La plaine inspirait la joie de vivre, les plantes et les fleurs colorées
E : Cela fait quatre heures qu'on vole, descendez, on va se dégourdir les jambes !
Il descendit du Condor en premier, suivi de Zia, et de Tao enfin.
T : Eh, Esteban ! Tu pense repartir quand ?
E : Je ne sais pas, je pense dans une ou deux heures, histoire de manger et de dormir un peu.
Z : Bonne idée, Esteban ! Tao, tu pense faire quoi ?
T : Oh, eh bien je ne sais pas...AVANCER LA LECTURE DES PLANS peut-être...
E : On les a trouvé depuis longtemps quand même, tu en est où ?
T : Vers la fin je crois.
Il s'organisèrent pour former le camp provisoire.
Esteban s'occupait de ramener de la viande (oui, au repas, on mange de la viande, et le véganisme, on sait pas ce que c'est)
Tao allumait un feu avec le bois qu'il avait stocké depuis quelques jours (technique qu'il tient de son Grand Livre de Mû)
Zia ramenait des fruits et des plantes (Esteban avait choisi un lieu où les plantes médicinales poussaient à foison)
Autour du Feu,après le repas, au milieu de la nuit...
Alors que nos héros dormaient, des chuchotements brisaient le silence de la nuit.
-On les prends maintenant, chef ?
-Non, pas tous, juste la fille.
-Pourquoi elle et pas l'autre là?
-Parce que c'est dans nos codes de capturer les filles.
-C'est c*n ce que tu dis.
-Ferme-Là.
Ils s’approchèrent doucement du campement, et au moment où Zia allait se faire emporter par les deux balourds, notre Pichu que l'on aime tant et qui commençai t à se faire vieux, cria :
-ALERTE ALERTE ALERTE, ZIA ZIA ZIA !
E : Hein, quoi ?
Esteban se leva d'un bond, et en une fraction de seconde, son sang se glaça.
Zia. Deux gars qu'ils ne connaissait pas. Une lame sous un cou. Une menace.
E : Mais...mais, qui êtes-vous ?
-Ils viennent de ma part...
Esteban se retourna et dégaina son poignard sous les yeux de Tao qui venait de comprendre la situation vers cette silhouette qu'il connaissait, qu'il n'avait pas vue depuis 5 ans.
Cela devait être un homme mort, un cupide qui est mort par son idiotie avec ses idiots de compagnons aussi cupides que lui...
E : ...Docteur Fernando Laguerra.
F : Ahhh...Esteban...le Fils du Soleil...après tant d'années.
E : Que venez-vous faire là?
Laguerra entourait Esteban en marchant autour de lui, puis se dirigea vers Zia.
F : Cela fait plusieurs mois que je t'espionne, que je te traque, afin de me venger.
E : Comment vous en êtes vous sorti ?Du Bouclier Fumant ?
F : Peu.Importe, sache que je suis le seul survivant.
E : Oh...eh bien désolé.
F : Désolé...?
Il se retourna brusquement vers Esteban et lui donna un coup d'épée sur le bras.
Esteban cria de douleur, bloqua la plaie qui saignait abondement.
F : TU CROIS QUE J'AI ATTENDU TOUTES CES ANNÉES POUR TE TROUVER, TE CAPTURER, CONCEVOIR UN PLAN POUR ME VENGER AFIN D'ENTENDRE DE PITOYABLES EXCUSES ?
Tel un monstre, tu as ruiné ma vie.
Le Docteur se tourna vers Zia, plein de haine et de colère dans le cœur.
Depuis 5 ans il a perdu l'unique femme qui valait plus que de l'or pour lui, il avait amassé dans son cœur tant de rancœur envers des gamins, envers ceux qui avaient, selon lui, gâché sa vie, le réduisant à un tas de poussière, à une vie de malheur intemporel.
F : Vois-tu, je n'ai plus de compagnon, et je me disais qu'une femme m'irait bien.
Zia commença à se débattre, le gars qui la retenait appuya plus fort sur sa gorge.
Du sang commençait à peler le long du couteau, une goutte laissant derrière elle une trainée rouge.
E : Lâchez-là.
F : Oh, tu pense que je vais te...
E :Non, je le sait bien, laissez partir Zia, c'est un ordre.
Laguerra vit dans le regard d'Esteban une profonde colère, un regard partagé par le Docteur.
F : Si tu veux que ton amie s'en sorte, il faudra que tu me batte en duel. À l'épée.
E : J’accepte.
T : Esteban, mon vieux, ne fait pas ça !
Z : ESTEBAN ! NON !
E : Tao, je sais ce que je fais. Zia, ne t'en fait pas.
Esteban eût une épée, Laguerra sortit la sienne de son fourreau.
Le duel s'engagea, Esteban se défendait miraculeusement bien, alors que Tao savait que l'Escrime n'était pas son fort.
Les épées s’entrechoquèrent, une véritable valse commençait, la musique des bruits métalliques retentissaient dans toute la clairière.
Par Dek
Par Dek
Deux...Trois...Quatre...dix minutes après, Laguerra était à bout de souffle.
Esteban s’apprêta à terminer le combat, il avait cette force en lui qui permettait de tout faire.
Mais Laguerra est un homme vicieux, son plan se déroulait à merveille.
F : PLANTEZ !
Et un des hommes planta son couteau dans le corps de Zia.
Le tonnerre gronda, la pluie tomba, Esteban tourna la tête
Un instant, une seconde, une peur, un amour qui suffisait à Laguerra.
Il se releva, donna un coup profond sur le torse d'Esteban, il tomba à Terre.
Il pleurait de douleur, une douleur qui le poignardait dans son corps, il rampa vers le corps de Zia, de SA Zia, qui gisait sur le sol, inerte, sa robe présentait une tâche rouge épaisse qui s'étendait encore dans le vêtement de la jeune Mu.
E : JE...VAIS TE TUER, SA***D , JE VAIS TE TUER, Je VAIS TE TUER !
F : Pauvre petit homme, pauvre petite chose, pauvre faible.
Esteban pleurait, sa vue était floue, il avait chaud.
Son chandail blanc devenait rouge sur toute la surface de son torse.
Il attrapa Laguerra au talon, le faisant valser, Esteban, toujours sous l'emprise de sa rage, monta sur le torse du Docteur, et sorti son poignard.
-TU VAS LE REGRETTER, ENFLURE !
Un coup, Deux coups, Trois coups.
Esteban se déchainait sur ce monstre, ce rat qui venait de ruiner sa vie, il venait de tout brûler.
-ESPECE...DE...MONSTRE !
Le sang de cet assassin recouvrait les mains de l'enfant du Soleil
Un dernier coup sur le visage de ce rat, un coup sur la tête, il tomba de fatigue à coté de sa bien-aimée.
Sa vision devenait cette fois ci noire, il allait tomber dans les pommes.
Il n'eut le temps de voir qu'un homme, probablement un de Laguerra s'approcher de lui.
Il était encapuchonné, il ne distinguait pas son visage.
Il s'approcha de Zia
Il lui chuchota à l'oreille :
-Elle va bien, aucun organe vital n'a été touché. Tu va t'en sortir toi aussi.
Il lui faisait les premiers soins rapidement, et s'en alla.
-Prends soin d'elle. Tu as choisi une bonne femme.

Esteban se réveilla plusieurs heures après dans le Condor.
Tao était à côté de lui.
Il parlèrent un peu.
T :Esteban, tu as prit un risque fou en défiant Laguerra !
E : Je sais.
T : Tu as failli faire tuer Zia !
E : Tao, tu sais que j'aime Zia, tu sais que cela fait...
T : Trois mois que vous vous êtes avoué vos sentiments...
E : Je veux qu'elle aille bien, je ne veux pas qu'elle souffre...je ne veux pas qu'elle meure
T : Alors, s'il te plait, promet moi...de ne pas épouser Zia, elle encours trop de risque avec toi.
Esteban hésita un instant, cette fois ci, son choix serait qu'une preuve d'amour, mais aussi une preuve de destruction.
Enfin...
E : Je serais prêt à ne pas me marier avec elle pour la protéger.
T : Promis...?
E : Juré.
Ils se prirent la main, et jurèrent.
Zia venait de se réveiller, elle ne disait rien.
Zia n'y avait rien à voir, mais elle devait s'en résoudre : malgré l'amour qu'elle porte pour Esteban, jamais elle ne pourra vivre son amour librement.
Malgré son évolution, elle ne pouvait rien faire.
En l’absence de solution, Zia se mit à sangloter, puis pleurer, toujours en silence.

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Voilà tu sais tout Mendoza…
Deux jours plus tard ils arrivèrent à l'ile de Menorca, située non loin de Palma de Majorque, à 217km de Barcelone.

E : J'aperçois le condor! personne ne l'a trouvé, ça nous change, j'ai hâte de tester ta découverte Tao!
M : Tao, rends le navire inutilisable je te prie; de quelle découverte parles tu, Esteban?
T : ah, eh bien disons que le condor est armé...
M : et c'est seulement maintenant que tu l'as découvert!!
E : n'en rajoute pas, Mendoza , il a assez honte comme ça de pas avoir compris plus vite les plans du condor que les médaillons ont récupérés dans la deuxième cité....c'est comme pour l'aménagement intérieur, hein Tao?....
T : raaahh, lâche moi moi avec ça, tu vas me le ressortir combien de fois encore!!!
E : je sais pas...mais en tout cas découvrir tout ça avant nous aurait évité bien des problèmes par le passé...
T : ça va, lâche moi je te dis!!! Mendoza, fais le taire, bon sang!
M : en tout cas, j'avais hâte de retrouver les sensations d'un vol au-dessus de l'océan!
12_arrivée sur île.JPG
Ils embarquèrent à bord du condor sans attendre. Cela faisait déjà trois jours que Zia avait été enlevée.
E : bon, à présent, où va-t-on? quelqu'un a une idée d'où on pourrait trouver un minaret?
M : il y a plein de possibilités...mais je suppose que Laguerra n'a pas du emmener Zia bien loin de Barcelone...
E : alors commençons par-là! si on ne trouve rien, on avisera!
T : si c'est près de Barcelone, on aurait peut-être pu trouver le minaret sans le condor...
E : ou pas! et si t'es si malin, t'avais qu'à aller demander à tout le monde, "dites-vous sauriez pas où je pourrais trouver un minaret"...
T : et toi, Mendoza, t'as pas une idée plus précise, c'est ton pays après tout!
M : les minarets ne sont pas si rares..et avec le condor, on aura au moins un avantage sur Laguerra, surtout s'il est armé!
E : parfaitement!
T : oh, c'est bon...
Tao se plongea dans un silence boudeur. Esteban se concentra sur le pilotage. Mendoza contemplait la surface miroitante au-dessus de laquelle le condor glissait à toute allure. Il aperçut un point minuscule, un navire qui fendait les flots vers l'Espagne. A son bord, une femme qui s'exerçait à l'escrime fut saisie d'une intuition soudaine. Elle leva les yeux vers le ciel. Elle fut la seule à remarquer et reconnaître le grand condor. Son cœur se serra.
Par TEEGER59
Par TEEGER59
13_Isabella voie condor 1 (TEEGER59).PNG (238.66 Kio) Consulté 3866 fois
Elle se retourna brusquement en lâchant sont épée et fixa l'oiseaux.
14_Isabella voie condor 2.JPG
Le condor dépassa le navire et disparut sans que Mendoza se doute qu'il était si proche de celle qu'il croyait avoir perdue à jamais. Esteban rompit le silence pesant qui s'était installé.
E : au fait , Tao, je m'excuse de ne pas t'avoir parlé du mariage plus tôt....
T : c'est bon, je me suis emporté , je le savais depuis longtemps que vous vous aimez tous les deux.... Mais s'il arrive quelque chose à ma sœur je te le ferai regretter!!!

Du cotée d'Isabella

Le condor avait disparu depuis longtemps à l'horizon, mais Isabella ne réussissait pas à quitter des yeux le ciel. Etait-il à bord? La perspective d'une éventuelle rencontre, même si elle ne devait que l'apercevoir de loin, la paniquait tout autant qu'elle faisait battre son coeur d'un espoir où la douleur se mêlait au désir, et la honte au ravissement. Elle savait pourtant ce qu'ils risquaient tous les deux, si jamais il découvrait la vérité...mais elle était lasse de porter le poids de ce mensonge, qu'elle avait lâchement décidé d'assumer, pour le sauver... du moins, c'est cette pensée qui l'avait soutenue à l'époque, mais elle se rendait compte à présent qu'elle s'était mentie à elle-même, qu'elle l'avait trahi et était la seule responsable de leur malheur à tous les deux, uniquement parce qu'elle avait eu la faiblesse de considérer qu'elle ne pouvait pas tuer l'homme qui lui avait tout appris, qu'elle avait admiré depuis son enfance, son dieu, son idole, son père...aussi monstrueux, cruel et haïssable qu'il se soit révélé être par la suite.
Elle se revit face à lui, cinq ans auparavant. Le choc qu'elle avait éprouvé de le revoir vivant était indissociablement lié à celui qu'elle avait ressenti quand il lui avait fait part de ses exigences. C'est à ce moment là qu'elle avait compris qu'il avait vraiment changé, et que ses illusions de petite fille s'étaient évanouies, mais malgré cela, elle ne put se résoudre à faire le deuil du père qu'elle avait idéalisé. Une partie d'elle même était soulevée d'horreur et de dégout, et réalisait enfin quelle était la vraie nature de cet homme, tandis que l'autre partie ne parvenait pas à oublier le passé, et la fierté d'être la fille d'un homme si brillant, si puissant, si admirable. Elle aurait du le tuer sans hésiter. Elle en fut incapable, et ne réussit qu'à détruire son bonheur.
Fernando Laguerra était en effet réapparu dans la vie de sa fille avec un seul et unique but: la vengeance. Et elle devait être l'instrument de cette vengeance. Il avait tout perdu, mais plus que tout, il avait perdu le seul et unique être qui fût à sa mesure: Marinché. Les autres femmes n'avaient été pour lui que des moyens de progresser dans sa quête, ou des passe-temps. Humilié d'avoir été doublé par des enfants, il avait puisé dans son amour-propre blessé les ressources pour survivre après l'effondrement de la base olmèque, qui aurait du lui coûter la vie. Il devait faire payer les responsables de la mort de Marinché, car avec elle étaient morts aussi ses rêves de gloire et de fortune: sans elle, sa quête n'avait plus de sens. C'est ce qu'il avait expliqué à Isabella, tranquillement assis en face d'elle dans la pièce unique d'une sordide taverne de campagne où il lui avait donné rendez-vous. Elle avait immédiatement compris qu'il se raccrochait à la vie par la seule force de la haine, et que Marinché n'était plus que le nom qu'il donnait à son échec. Ce n'était pas la mort de Marinché qu'il voulait venger, c'était sa vie ratée, ses espoirs réduits à néant. Elle ne put s'empêcher d'éprouver de la pitié devant cet homme brisé. Petite, elle aurait tout donné pour le satisfaire, pour lui plaire, pour être à la hauteur. C'est grâce à lui qu'elle était devenue la femme forte et libre qu'elle était. Elle lui devait tout. Elle ne parvenait pas à le mépriser, même s'il l'avait blessée en plaçant Marinché au dessus de toutes les autres femmes. Mais sa pitié se transforma bientôt en terreur, quand elle comprit ce qu'il exigeait d'elle. Malgré cela, ou à cause de cela, elle exécuta le plan qu'il avait conçu.
Le dilemme était simple: soit elle tuait son propre père, soit elle signait l'arrêt de mort de son amant. Magnanime, le Docteur Laguerra lui offrait une solution qui les satisferait tous les deux: en acceptant sa proposition, Isabella sauvait la tête de Mendoza, et assouvissait la soif de vengeance de son père. Il lui suffisait pour cela de mettre en scène sa propre mort, et d'anéantir ainsi le bonheur de l'homme qui avait contribué à la mort de Marinché. Du point de vue de Fernando, ce n'était que justice, et ce n'était qu'un début...le tour des enfants viendrait! Isabella était piégée: elle se sentait coupable vis à vis de son père, coupable vis à vis de Mendoza, coupable vis à vis des enfants.. ne pas obéir, c'était reconnaitre qu'elle avait trahi son père...et le seul moyen d'empêcher un tel homme d'accomplir sa volonté aurait été de l'envoyer en enfer...mais elle ne put s'y résoudre.
Il lui avait fallu cinq ans pour reprendre le dessus, se débarrasser de ses craintes, se détacher définitivement de ce père et de tout sentiment de loyauté à son égard. Cinq longues années de souffrance pendant lesquelles elle avait cru devenir folle. Elle avait bien failli mourir lors de l'accident arrangé selon les instructions de son père, et elle avait longtemps pensé qu'il aurait été préférable de périr ce jour-là, jusqu'au moment où elle avait résolu de reprendre son destin en main et de déjouer les plans de vengeance de Fernando Laguerra. La chute de cheval suite au glissement de terrain préparé par le Docteur, et qui l'avait précipitée dans un ravin, alors que Mendoza la précédait sur le chemin escarpé qu'ils avaient l'habitude d'emprunter pour se rendre au port depuis leur hacienda, avait été une réussite totale: juste avant, elle avait avalé la potion préparée par son père afin de la plonger dans un état cataleptique qui simulait à merveille la mort, mais elle avait bien failli mourir écrasée sous le poids de son cheval. Elle ne s'était réveillée que plusieurs jours plus tard, les funérailles passées, dans une demeure inconnue où les jours, les mois et les années s'étaient succédés sans qu'elle parvienne à reprendre complètement ses esprits. Elle faisait des cauchemars en s'imaginant être encore enfermée sous terre, dans cette tombe où Mendoza l'avait abandonnée. Son père lui avait en effet appris qu'il était reparti pour Barcelone peu après l'enterrement, ignorant qu'il laissait derrière lui une sépulture vide, le corps inanimé d'Isabella en ayant été retiré par le Docteur pendant que la terre était encore fraîche. Chaque nuit elle se réveillait en sueur, hurlant le nom de Mendoza, croyant sentir dans sa bouche le goût de la terre, et sur son corps les mains glacées et flétries de son père qui l'emportait loin de son amant.
Et à présent, elle voguait vers Barcelone, plus déterminée que jamais à en finir avec cet être odieux qu'elle avait enfin cessé de considérer comme son père...D'après les renseignements qu'Arthur lui avait fait parvenir, il était sur le point d'assouvir sa vengeance, sans se douter qu'elle allait réapparaître pour l'en empêcher, coûte que coûte, quel qu'en soit le prix, sa vie, ou celle de Mendoza: n'étaient-ils pas déjà morts tous les deux, car vivre sans amour, était-ce vraiment vivre?
Elle avait véritablement retrouvé ses esprits le jour où son père l'avait vendue en échange d'une propriété qu'il convoitait absolument pour les besoins de son plan. Tomber aux mains d'un homme qui ne la considérait que comme un objet propre à assouvir ses désirs avait suffi à réveiller sa combativité: elle n'avait pas tardé à s'échapper et à disparaître en emportant de quoi vivre et surtout financer ses projets pour anéantir son père. Elle avait pris soin brouiller les pistes en changeant d'identité et de pays à plusieurs reprises, surveillant de loin les agissements de Laguerra grâce à divers agents, mais c'est en France qu'elle avait trouvé la perle rare...avec Arthur, elle possédait un atout de maître dans son jeu.
Finalement, elle n'était pas si mécontente que sa tentative de manipuler son demi-frère Roberto ait échoué, du moins jusque là...elle avait espéré que la révélation de l'identité de son père lui donne des envies de meurtre contre un homme qui l'avait abandonné et se moquait de lui en se faisant passer pour son cousin, mais Roberto semblait être aussi insensible que son géniteur. Cela lui laisserait donc le plaisir d'en finir elle-même avec lui...le seul regret qu'elle éprouvait était de ne pas avoir pu agir plus tôt pour éviter à Esteban et Zia de souffrir ce qu'elle avait souffert...
Encore un jour et elle serait enfin à Barcelone, encore un jour et elle pourrait enfin réparer l'erreur fatale qu'elle avait commise cinq ans auparavant.

Du côté de Zia et Arthur

A : Donc Mada… heuu excuse moi Zia que voulez… heuu veux tu faire pour passer le temp ?
Z : Et bien déjà commence par me dire ce que j'ai le droit de faire....
A : Et bien.... Tout ce que tu veut, du moment que tu reste dans cette pièce.
Zia eût un drôle d'Air
Z : je vois, donc pour faire court, te parler, dormir et regarder le même paysage en permanence...
A : je suis vraiment désolé
Z : tu n'y est pour rien,... En marmonant elle dit j'espère juste que les autre donnerons à Laguerra ce qu'il mérite...
A : je l'espère aussi...
Z : ... Bon et si tu me parlais de toi, tu m'a dit qu'il avait volé cette endroit que veux tu dire par là? Et comment le sait tu?
A : disons que les anciens propriétaires ont été assassinés et qu'il a racheté les lieux le lendemain, quand à moi il m'a obtenu avec les meubles.
Z : c'est horrible mais je ne peux pas dire que je soit étonnée...
Arthur fut surpris, puis se metta en colère...

A : Tu n'est pas étonnée ! Moi je n'ai jamais connu de monstre pareil! Les anciens propriétaires étaient si bons avec moi, lui il me tuerai sans la moindre hésitation!
Z : si seulement tu savais tout ce que j'ai pu voir ces 10 dernières années. Tu sais j'ai vu cette homme la première fois il y a 9ans et il y a 4 ans il a gravement blessé Esteban donc...
A : je m'excuses je ne savait pas.
Z : ne t'inquiète pas ce n'est rien.
Arthure et Zia parlèrent de Laguerra et des aventures de Zia pendant près de deux jours Arthur fût surpris de tout ce qui c'était produit avec Laguerra, il adorait les multitudes d'histoire que Zia lui contait. Des histoires du moins, c'est ce qu'il pensait jusqu'à ce jour, ils entendirent un bruit dans le ciel accompagné de cris d'oiseaux. C'est à ce moment-là que le condor survolait la zone et s'éloigna, le visage de Zia s'illumina de joie et de réconfort.
Z : ils sont allés le chercher pour me retrouver, c'est bientôt fini!
15_zia et arthur voie condor.JPG
Le Grand Condor fila dans le ciel limpide et disparu. Arthur, émerveillé par l’apparition de l’oiseau d’or, resta un moment silencieux. Il contemplait le visage de Zia, baigné de lumière, et percevait l’espoir qui renaissait en elle. Ils étaient là, assis sur le sol, l’un en face de l’autre, juste sous le petit volet qu’il venait d’ouvrir sur le ciel. Soulagée, Zia savourait la chaleur du soleil sur sa peau. Un bref moment de sérénité…
Pour la première fois, Arthur paraissait apaisé. Il lui semblait alors être juste à côté d’une jeune femme exceptionnelle, étonnamment courageuse, prête à se battre pour sa liberté et celle des siens. Il regrettait de ne pas avoir cru les histoires qu’elle lui avait racontées. Ces histoires si extraordinaires… comment pouvaient-elles être vraies ? Mais ce grand oiseau d’or, cette machine incroyable, était bien la preuve de sa sincérité…
Il se disait qu’il n’avait pas vraiment pris la mesure de ce qui lui arrivait, ici et maintenant, avec cette prisonnière. Qu’il n’avait pas suffisamment estimé la portée des missions qu’on lui avait confiées. Où allait le mener ce double-jeu qu’il s’imposait d’abord à lui-même ? Pourquoi mentir encore à cette fille en qui il pouvait avoir confiance ? Une jeune femme mystérieuse dont il se sentait incapable d’imaginer tout ce qu’elle avait pu vivre, affronter, ressentir. Zia… serait-elle la clef de sa propre liberté ?
Zia avait remarqué le silence du jeune homme. Elle observait Arthur, très calme, plongé dans sa réflexion. La lumière éclairait ses cheveux blonds, bouclés, et jouait avec les particules de poussière qui semblaient danser au rythme de ses pensées. Zia sentait que quelque chose changeait en lui. Il leva doucement son visage et son regard bleu, si clair, plongea dans les yeux de Zia. Troublée, la jeune femme ne put s’empêcher de rougir.
A : Je crois bien qu’il est temps d’arrêter de jouer, Zia…
Arthur se releva d’un seul coup, comme animé d’un courage retrouvé :
A : Zia, il va falloir que tu me fasses confiance, dit-il en refermant le volet après avoir jeté un dernier coup d’œil sur le ciel. Je dois te laisser quelques temps… Reste ici, tranquillement. Ne te fais pas de soucis.
Z : Mais Arthur, explique-moi ! Ne pars pas comme ça…
Le jeune homme avait déjà quitté la pièce. Zia entendit à peine le bruit de la clef dans la serrure de la porte, condamnant en elle tout espoir d’évasion. Assise sur le sol, contre le mur, Zia se retrouvait seule, dans le noir, à nouveau. Elle ne savait plus quoi penser d’Arthur. Les minutes s’étiraient lentement. Le temps semblait se figer dans l’obscurité de sa cellule. Les battements de son cœur s’accéléraient, et ses pensées se bousculaient…
Quelles étaient les véritables intentions du jeune homme ? Etait-il vraiment digne de confiance ? Arthur allait-il l’utiliser dans son propre intérêt ? Cherchait-il à se libérer de l’emprise du Docteur Laguerra ? N’allait-il pas se mettre en danger en tentant quelque chose d’absurde, de trop risqué ? Zia ressentait une sorte d’appel, de sentiment d’urgence : leurs destins à tous les deux semblaient liés. En elle se déployait un sombre pressentiment. Tous ses doutes s’effaçaient brusquement devant une unique évidence : un grand danger allait menacer Arthur, et il fallait le secourir.
Elle n’eut même pas le temps de remarquer la douce chaleur, pourtant si familière maintenant, qui naissait dans sa tête. Une puissante énergie mentale se formait en elle : sous l’effet de l’effort inconscient de Zia, le mécanisme de la serrure de la porte commençait à bouger. Ses peurs parfois, comme ses pensées, levaient en elle cette force invisible capable d’animer les objets. Le cliquetis du mécanisme se précisait, Zia allait pouvoir ouvrir la porte… quand des pas lourds se firent entendre dans le couloir. Par le trou de la serrure, un œil menaçant la regardait…

Du côté de Tao Esteban et Mendoza

E : Tao encore un minaret je crois que c’est le dernier…
T : OK c’est bon je le notte sur la carte, mais Mendoza pourquoi doit-on tous les recenser ? Mendoza ? Mendoza ?!
Mendoza était extrêmement pensif depuis qu’il avais vu ce navire à destination de Barcelone
M : hein… ha oui pour montrer tout ça a Rico, sa connaissance du patrimoine de la ville est exceptionnelle il saura nous dire qui sont les propriétaires de ces minarets, et le ou les quel(s) sont inconnus cela réduira le champ de recherche vu que je doute que Fernando aie noté son nom sur l’acte de propriété.
E : je vois on va se poser de tout façon le soleil se couche va y seul tu sera plus discret…
T : surtout que les marins la bas veulent de l’or, on garde le condor, si on ne te vois pas revenir à l’aube on débarque avec les gros moyens...

Pendant ce temps chez Rico:

La soirée s'annonçait morne, la salle était à moitié vide, seuls quelques marins assoiffés vidaient chopine sur chopine dans un coin. Rico soupira, se disant qu'au moins il allait pouvoir fermer plus tôt que d'ordinaire. On avait pourtant annoncé dans l'après-midi l'arrivée de l'Estrella, mais l'équipage avait dû se rendre chez son concurrent, ce prétentieux de Miguelito, qui venait de refaire sa taverne à neuf. Si ça continuait, il faudrait aussi qu'il investisse dans des travaux...mais où trouver les fonds nécessaires? Alors que Rico était plongé dans ces considérations financières, la porte de la taverne s'ouvrit. Une femme vêtue d'un manteau à capuchon noir se tenait sur le seuil.
Par TEEGER59
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Une voilette de dentelle noire empêchait de distinguer son visage, mais son élégance ne laissait pas de doute: une riche cliente, quelle aubaine! Sûrement une passagère de l'Estrella! Qu'elle ait choisi de mettre les pieds dans son modeste établissement n'étonna pas Rico, elle avait sans doute entendu parler de son bonne réputation...une chance que les marins soient relativement calmes ce soir! Mais elle n'était pas accompagnée, ce qui n'était pas très prudent pour une dame. Rico s'empressa vers elle tandis qu'elle s'avançait vers le comptoir.
Ri : Bonsoir, que me vaut le plaisir de votre visite madame? Soyez la bienvenue chez Rico!
- vous seriez bien aimable de donner cette lettre à Mendoza et ses protégés la prochaine fois que vous les verrez je vous prie, ils ne devraient pas tarder…
Rico fut déconcerté, il s'attendait à une commande royale, mais pas à ça! Qu'est-ce que Mendoza et ses amis avaient à voir avec cette inconnue? La prudence s'imposait, il fallait jouer au plus fin...
Ri : Ah, très bien, vous connaissez Mendoza? puis-je savoir qui vous êtes ?
- une vieille amie perdue de vue il y a 5 ans....

La femme se retourna et quitta la taverne sans un mot de plus…Rico examina la lettre cachetée de cire. Le sceau ne lui dit rien. Un sablier...il haussa les épaules et la posa sur le comptoir, déçu.
Quelques minutes plus tard Mendoza arriva.

M : Rico j’ai besoin de toi !
Ri : bonsoir Mendoza, à ton service, mais avant, tiens, j’ai ceci pour toi, apparemment ça vient d’une de tes vieilles amies…
M : une vieille amie, dis-tu? on verra ça plus tard, je n'ai pas de temps à perdre avec toutes les Magdalena, Carlotta, Pepita qui veulent me revoir!
Ri : attends, la femme qui a apporté ça, elle n'était pas ordinaire, c'était pas le genre de la maison, si tu vois ce que je veux dire...bien habillée, élégante et tout, mais elle cachait son visage sous une voilette...tu devrais lire!
Mendoza prit la lettre que lui tendait Rico sans dire un mot, sourcils froncés. En apercevant le sablier sur le sceau, il plissa les yeux...puis il décacheta la lettre d'un geste brusque et lut. Rico put observer les traits du visage de son ami se décomposer en un éclair. L'instant d'après, Mendoza avait glissé le papier dans sa tunique et partait en courant.
Ri : Mendoza, que se passe-t-il ?! Et qu'est-ce que tu voulais me dire?
Mais Rico n'obtint pas de réponse, Mendoza était déjà loin...

Du cotée de Mendoza

Pendant sa course Mendoza repensait à la lettre...elle n'était pas signée, mais l'écriture, qui manifestement avait été déguisée, et le sceau, lui laissaient un fol espoir. Qu'avait dit Rico? Une femme élégante, voilée? Il se répétait les quelques lignes qu'il avait lues:
"Si vous voulez avoir des informations concernant l'enlèvement de Zia, rendez-vous sur la colline de Montjuic, devant la croix, ayez confiance". Confiance...le mot résonnait dans sa tête tandis qu'il gravissait les flancs de la colline dominant le port. Il aperçut au loin la croix. Le soleil commençait à disparaître derrière la colline, l'endroit était désert. Pourtant il crut distinguer une silhouette derrière la croix. Son coeur se mit à battre violemment. Il ralentit le pas, il devait reprendre ses esprits. Se maîtriser. Si c'était elle...
Il avait atteint la croix à présent. La silhouette lui tournait le dos, se découpant sur l'horizon plongé dans la demi-pénombre du crépuscule. Il s'arrêta, restant à un pas de distance. Elle se retourna, lui tendant une nouvelle lettre. Il s'approcha pour s'en saisir. Le bras qui tenait la lettre lui parut agité d'un léger tremblement. Il n'avait pas détaché son regard du visage que le voile sombre lui masquait. Isabella se sentit faiblir. Elle ne put s'empêcher de sursauter quand elle entendit la voix de Mendoza.
Par TEEGER59
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M : ainsi donc, segnorita, vous avez des renseignements sur l'enlèvement..mais nous savons déjà qui l'a enlevée, un certain Roberto...qui agissait sur les ordres de son père, Fernando Laguerra! Alors, qu'avez-vous à nous apprendre de plus?
En entendant le nom de Laguerra, Isabella tressaillit. Il savait! Mais comment? Comment aurait-il pu être au courant de la parenté entre Roberto et Fernando, à moins d'avoir lu...la lettre qu'elle avait envoyée à Roberto?
M : Isabella...
Sa voix...elle pensait ne jamais l'entendre à nouveau...Elle leva les yeux vers celui qui venait de prononcer son prénom.. la panique l'envahit soudain, et elle se retourna brusquement, prête à s'enfuir. Elle n'en eut pas le temps. Une main ferme retenait son bras, et l'attirait doucement en arrière.
M : Isabella!
Elle tenta vainement d'opposer une résistance. Déjà elle se trouvait face à lui, déjà il découvrait sa tête du capuchon noir qui la protégeait, déjà il détachait le voile qui le séparait encore d'elle, de son visage inoubliable, qu'il avait cru contempler pour la dernière fois cinq ans auparavant, au moment où le couvercle du cercueil se refermait…
Par Dek
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18_Mendoza démasque Isabella (Dek).jpg (804.2 Kio) Consulté 3866 fois
Isabella était pétrifiée. Pendant toutes ces années de souffrance, elle s'était interdite d'imaginer leurs retrouvailles, de croire même à leur possibilité. Elle avait pris un risque en venant à Barcelone, en organisant ce rendez-vous, mais elle n'avait plus le choix, le temps pressait. Elle s'était si longtemps crue invisible, cachée par ses atours noirs, qu'elle avait pensé qu'elle pourrait le revoir à son insu, qu'il ne se douterait de rien...mais elle n'avait pas en main toutes les cartes, cette fois, il avait appris qu'elle était vivante! Et maintenant? La perspective d'avoir à s'expliquer la paniqua, elle chercha à se dégager, mais il accentua la pression sur son bras, serrant jusqu'à lui faire mal.
M : comment?...pourquoi?....parle!
Ces paroles, dites dans un souffle, ne firent qu'augmenter son trouble, elle devait fuir! Fuir plutôt que d'affronter la honte, d'avouer sa faiblesse, sa trahison...seule la mort de son père pouvait lui donner le courage de s'expliquer devant Mendoza, elle avait été stupide en venant ici avant de lui avoir réglé son compte! Elle sentit la colère monter en elle.
M : parle!
Le ton devenait menaçant, insensiblement, il perdait son sang-froid, pourquoi se taisait-elle, pourquoi cherchait-elle à fuir? Elle se débattit de plus belle. Alors, devant ce silence persistant, incompréhensible, son stoïcisme habituel l'abandonna tout à fait, il se mit à lui cracher au visage toutes les hypothèses pernicieuses qui avaient empoisonné peu à peu son esprit et contre lesquelles il s'était efforcé de lutter de toute son âme, en vain, depuis qu'il avait lu la lettre de Roberto.
M : tu ne veux pas parler, hein, alors c'est moi qui vais te dire pourquoi tu t'es fait passer pour morte pendant cinq ans, pourquoi tu m'as trompé si odieusement....ta mort...quelle réussite, vraiment! Et tu réapparais, en même temps que ton père... tu reviens manoeuvrer dans l'ombre pour lui, tu reviens parce qu'il te l'a demandé, comme il t'a demandé il y a cinq ans de disparaître!
I : Non!
Isabella s'était redressée et frémissait de rage. Comment osait-il...
M : Non? Ce n'est pas lui qui t'a demandé de me jouer ce vilain tour? Tu en es donc la seule responsable? A la bonne heure...
Il la lâcha brusquement, tout en la rejetant en arrière. Isabella aurait voulu parler, mais elle ne parvenait pas à réagir à cette situation qui prenait un tour fatal, sans qu'elle l'ait voulu. Mendoza la toisa, un sourire amer aux lèvres:
M : tu ne dis rien....tu es donc en panne de mensonges?
Il prit la lettre qu'elle lui avait remise, la déchira, puis il se détourna et partit en lâchant une dernière pique:
M : la prochaine fois que tu croises ton père, donne lui rendez-vous ici même, pour un duel, s'il veut se venger, qu'il ait le courage d'affronter ses adversaires en face!
Isabella le regardait s'éloigner, impuissante...elle était en train de le perdre une deuxième fois, par sa seule faute...elle ne pouvait pas le laisser croire...mais il avait pourtant raison, elle l'avait trahi! Alors la colère contre elle-même, contre sa lâcheté, sa stupidité, la submergea, elle s'écria sans plus réfléchir:
I : affronte-moi donc plutôt!
Se débarrassant de son manteau, elle se précipita sur Mendoza, l'épée à la main. Il eut tout juste le temps de s'écarter qu'elle était déjà repartie à l'attaque, mais cette fois il para le coup.
M : c'est ridicule! je ne me bats pas contre les serpents, je les écrase!
I : je vais te faire ravaler tes insultes!
Isabella était déchaînée, elle se sentait humiliée, bafouée, mais n'avait que trop conscience de sa responsabilité dans ce qui était en train de se passer. Autant en finir, maintenant, tout de suite, dans une danse macabre qui les emporterait tous les deux en enfer, définitivement. Quant à sa mission, quant à sa vengeance, elles n'avaient plus aucune importance, seules comptaient ces retrouvailles funestes avec son amant.
19_Isabella vs Mendoza.JPG
Les deux combattants jetaient toutes leurs forces dans cette confrontation où s'exprimaient cinq années de souffrance et de frustration. Ils s'épuisaient dans un corps à corps douloureux autour de la croix de Montjuic, sans qu'aucun ne prenne l'avantage sur l'autre, jusqu'au moment où Isabella se retrouva acculée contre le monument de pierre, à bout de souffle, la pointe de l'épée de Mendoza à deux centimètres de son coeur. Elle résistait pour la repousser, puis sa résistance faiblit, elle cessa de vouloir résister et chercha les yeux de Mendoza pour y plonger une dernier fois son regard. Elle sentit alors qu'il relâchait la pression sur sa lame. Leurs regards se croisèrent. Il baissa son arme, renonçant à se protéger de la riposte d'Isabella. Elle laissa tomber la sienne...il contemplait son amour perdu avec une tristesse infinie, et ce qu'elle lut dans ses yeux la bouleversa. Plus rien ne comptait désormais que cette douloureuse tristesse qu'il lui fallait apaiser à tout prix. Elle prit lentement le visage de Mendoza entre ses mains tremblantes, le rapprocha du sien sans détacher ses yeux de ceux de son amant, et leur lèvres se joignirent en un baiser qui avait le goût salé des larmes coulant sur leurs joues, et où se mêlait l'amertume de la séparation qu'ils avaient endurée et la douceur enivrante qui les submergeait désormais. La nuit les enveloppait, plus rien ne comptait: ils s'étaient retrouvés.
Dernière modification par Seb_RF le 14 janv. 2017, 19:48, modifié 4 fois.
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Message par Seb_RF »

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20_Isabella Mendosa Bisous.JPG
Une cape bleue et un manteau noir gisaient sur le sol. L'aube surprit les amants encore enlacés au pied de la croix. Mendoza contemplait le ciel qui palissait peu à peu au dessus de sa tête. Il sentait sur sa joue le souffle léger d'Isabella qui reposait à ses côtés. De la terre s'exhalait un discret parfum d'herbe fraîche. Il ne rêvait pas. Elle était bien là, le cauchemar était terminé. Pour la première fois depuis cinq ans, il se sentait apaisé, réconcilié avec lui-même. Mais il ne devait pas songer qu'à lui. Esteban et Zia avaient besoin de lui, plus que jamais. Si vraiment Isabella savait quelque chose, elle devait le lui dire. Et s'expliquer, enfin. Il était prêt à entendre la vérité. Il se tourna vers elle. Elle avait ouvert les yeux. Le moment était venu. Elle lui raconta tout.
Par TEEGER59
Par TEEGER59
Le soleil s'était déjà élevé au dessus de Barcelone lorsqu'ils se mirent en route. Il fallait retrouver Esteban et Tao au plus vite. Mais cette fois, Mendoza était animé d'une ardeur nouvelle. Fernando Laguerra aurait bientôt fini de répandre sa haine comme un poison mortel, et de détruire tous les êtres qu'il approchait. Isabellla, sa propre fille, et lui, Mendoza, avaient survécu à la torture que l'ignoble Docteur leur avait infligée, et comme tous les survivants, ils n'en étaient que plus forts.

Du cotée d'Esteban et Tao

T : Il fait presque jour mais qu'esquil fabrique... il fait presque jour…
E : Bon ba on fait ce qu'on a dit...
T : Tu es sur plus j'y pense et plus je me dis que ça risque de trop alerter Le Docteur...
E : Rah mais on fait quoi alors, là on est coincé!
Des bruits survenaient depuis le buisson...
Les silhouettes de deux personnes apparurent…
Par TEEGER59
Par TEEGER59
22_Arrivée Mendoza et Isabella point RDV (TEEGER59).PNG (317.6 Kio) Consulté 3866 fois
E : Mendoza!!!!
T : Laguerra!!!

Du cotée de Zia

Zia, retenait son souffle. Le bruit d’une clef dans la serrure, le grincement de la porte qui s’ouvrait lentement. Une silhouette sombre, assez frêle, se glissait dans la cellule. Dans la pénombre éclata un rire sinistre.
F : Alors, ma jolie, comment passe le temps ici ?.. On se fait un sang d’encre ?
Z : Laguerra !
F : Eh oui, ma belle, c’est bien moi ! Je suppose que tu tournes en rond dans cette cellule, impatiente que tu es de nous voir nous unir devant Dieu ! Mais cela ne saurait tarder, maintenant, je t’en fais la promesse…
Z : Que voulez-vous dire ?
F : C’est que, vois-tu, j’ai bien vu tes amis jouer aux héros, là-haut, dans votre bel oiseau d’or ! Décidément, ils n’abandonnent jamais. Cette persévérance les honore, mais elle est inutile…
Z : Ne les sous-estimez pas ! Vous n’en seriez pas là si vous aviez su mesurer à qui vous avez à faire !
F : Très chère Zia, sachez que votre colère ne fait que vous rendre plus attirante…
Z : Vous êtes ignoble ! Vous me dégoûtez !
F : Inutile de résister, ma chère Zia… J’étais tout simplement venu informer ma future épouse qu’au vu de l’arrivée imminente de perturbateurs embarqués dans un oiseau d’or, j’ai dû prendre l’initiative d’avancer la date de la cérémonie.
Z : Sinistre sournois ! Jamais je ne vous épouserai ! Vous pouvez faire une croix là-dessus !
F : Ma chère, je comprends votre impatience… elle me comble de bonheur. Mais rassurez-vous, notre union sera très bientôt officielle… Quant à votre petite bande d’amis ridiculement intrépides… j’ai malheureusement été suffisamment prévoyant cette fois-ci. Je leur réserve un très bel accueil, un accueil vraiment tout particulier… Et quelque chose me dit qu’ils n’en reviendront pas…
Z : Laguerra, vous êtes un monstre !
F : Tu meures d’envie de connaître mes plans n’est-ce pas… Je le vois dans ton regard. Tu vois que je te connais bien plus que tu ne le crois !

Partagée entre la colère et la peur, Zia reculait lentement vers le mur. Mais, pas après pas, Laguerra continuait à se rapprocher d’elle. Une folie, fougueuse et cruelle, brillait comme un feu dans les yeux du terrible Docteur.
F : Ah, Zia… Cela fait tant d’années que je rumine cette vengeance. J’ai eu tout mon temps pour mettre au point un plan machiavélique, aussi méticuleux qu’imaginatif, un plan divinement sournois, un plan plein de panache, un plan digne… de notre cher Ambroise de Sarles !..
Z : Et vous connaîtrez le même sort qu’Ambrosius !
F : Ne m’interromps pas, petite sotte ! En particulier quand je te fais une faveur, dit-il en la giflant.
S’en était trop pour elle. Zia tomba sur les genoux. Elle sentait monter en elle une colère qu’elle n’avait jamais encore éprouvée. Une colère si grande… Elle releva la tête vers Laguerra, lui demandant sur le ton de la provocation:
Z : Allez-y, dites-moi donc ce que vous comptez faire! Expliquez-moi en quoi vous êtes si malin, et tellement stratège!
F : Saches donc qu’en premier lieu, après quelques coups de canons judicieux, je n’aurais aucun mal à prendre possession de votre « Grand Condor » d’or. D’ailleurs, vous n’avez jamais remarqué à quel point il est ridicule de l’appeler ainsi, tant cette machine volante ne ressemble pas à un condor… Et « condor d’or », ça sonne vraiment très mal… Vous auriez pu trouver un nom plus pratique, mais bon…
Zia serrait les dents, prête à bondir.
F : Bref, une fois votre magnifique oiseau d’or cloué au sol, tes amis s’échapperont… animés comme toujours par le projet tellement héroïque de sauver l’un des leurs… Ah…, j’en ai presque envie de pleurer…
Z : Continuez !
F : Et là, j’en profiterai tout simplement pour récupérer l’épave de cette satanée machine volante. Puis je la ferai fondre… Puis je deviendrai immensément… riche !!!
Z : C’est là toute l’étendue de votre intelligence ?! Pauvre fou, s’écria Zia en éclatant d’un rire nerveux. Le Grand Condor n’est pas en or, il est impossible de le fondre ! Il est fait d’un métal indestructible ! Un métal dont vous ignorez même l’existence ! Alors, je vous en prie, arrêtez là ! Vous êtes en plein délire ! Vous êtes… stupide !
F : Maintenant ça suffit, insolente !

Mais Zia fini par perdre le peu de sang froid qui lui restait…

Z : Je m’étais promis de ne jamais faire ça à un être vivant mais là, ces coups et cette menace sont vraiment de trop ! Vous avez plus que dépassé les limites, Laguerra ! Et vous allez voir que je ne suis plus la gamine faible d’il y a 9 ans ! Jamais vous n’arriverai à vos fins !, hurla-t-elle en envoyant Fernando valser dans le fond de la cellule sans même le toucher…
Par TEEGER59
Par TEEGER59
Mais la mobilisation rageuse de ses pouvoirs, si rapide et si forte, avait épuisé Zia qui s’écroula à genoux… Incapable de comprendre ce qui venait de se passer, Laguerra se releva d’un seul coup : sa fureur redoubla !

F : Imprudente, tu crois que c’est comme ça que tu peux m’arrêter ?! Attends un peu, tu vas me payer ça !, s’écria-t-il en courant vers Zia. Tu ne me laisses pas le choix, pauvre idiote !

Le Docteur attrapa Zia par le cou. La jeune femme se débattait désespérément, mais l’homme faisait preuve d’une force surprenante. Les coups de poings de Zia et ses tentatives de morsure n’y faisaient rien : le Docteur ne relâchait pas son emprise.
Mais brusquement, une ombre arrachée à la pénombre bondit sur le dos de Laguerra, un bras s’enroula autour de son cou, puis une main appuya fortement un linge humide sur la bouche et le nez du Docteur. Rapidement, l’homme furieux s’immobilisa, ses mains relâchèrent la pression sur le cou de Zia. Le Docteur s’effondra sur le sol, inconscient.
L’ombre qui venait d’intervenir s’approcha de Zia, qui, à genoux sur le sol, reprenait difficilement son souffle. Une main caressait doucement sa joue. La jeune femme leva les yeux vers l’inconnu.
Z : Arthur !
A : Zia, excuse-moi, j’aurai dû être là…
Z : Ne t’inquiète pas, ça va aller…
A : Cet homme n’est qu’un horrible monstre. Il aura ce qu’il mérite, mais il est encore trop tôt…
Z : Qu’est-ce que tu lui as fait ?
A : Rien de bien méchant, malheureusement. Avec ce qu’il vient de respirer, il va dormir quelques heures.
Z : Arthur, j’ai du mal à te suivre et je voudrais être sûre : tu me surveilles et tu me retiens ici ou bien…
A : … Je t’aide à t’échapper ! Oui, j’ai décidé d’oublier un peu les ordres et les obligations. J’ai décidé d’assumer et de faire ce que je pense être juste. Tu vois, tu m’inspires, Zia. Tu m’as réveillé !
Zia se releva et prit la main d’Arthur. Ensemble, ils sortirent de la cellule et s’engagèrent en courant dans un premier couloir.
A : Allez, viens ! Nous devons faire vite parce qu’avant de s’enfuir d’ici, il y a quelque chose que tu dois absolument voir… Quelque chose d'incroyable !

Du cotée de Esteban Tao Mendoza et Isabella

Tao et Esteban étaient stupéfaits de voir Isabella. Certes ils avaient intégré dans leur esprit la possibilité qu'elle soit vivante, mais ils n'avaient pas osé aborder le sujet devant Mendoza. Et voilà qu'Isabella et Mendoza surgissaient soudain devant eux comme sortis de nulle part, un sourire aux lèvres.
E : Isabella, ravi de vous voir vivante ! Mais…
T : que faites-vous ici? Et, euh...vous étiez censée être morte… Enfin, c'est ce qu'on avait cru comprendre...
E : oui, on est....surpris...Mendoza? Tu nous expliques?
Mendoza et Isabella échangèrent un regard complice, puis Isabella leur raconta tout, comme elle l'avait raconté à Mendoza: comment son père avait réussi à la persuader d'agir contre son coeur en se faisant passer pour morte, comment elle avait été anéantie par sa complicité dans cette supercherie, comment elle avait été vendue comme une vulgaire marchandise par son père pour les besoins de son plan de vengeance, comment elle s'était échappée et avait enfin décidé d'éliminer de la surface de la terre ce monstre de Laguerra.
E : il ne lâche jamais rien...il a déjà failli nous tuer, Zia et moi...
I : je sais..quand j'ai su cela...malheureusement, j'étais impuissante à l'époque, à présent, tout est différent, mais il faut faire vite!
Elle s'approcha d'Esteban et le prit par les épaules.
I : je suis sincèrement désolée de ce qui est arrivé...tout est de ma faute...si je n'avais pas été si lâche..
E : tu n'as rien à te reprocher! Ce salaud va enfin payer pour ses crimes, c'est tout ce qui compte!
T : Esteban a raison! Mais au fait, et la lettre à Roberto?
Isabella soupira.
I : disons que j'ai commis une erreur d'appréciation...mais ça n'arrivera plus!
M : allons! Zia nous attend!
E : tu sais où elle se trouve?!
M : grâce à Isabella, oui.
T : Ah? alors on a survolé tous ces minarets pour rien? tu aurais pas pu réapparaître avant pour nous éviter cette perte de temps?
I : que veux-tu mon cher Tao, j'ai fait de mon mieux avec mes maigres moyens, moi...
E : oh, Tao, c'est bon, elle sait où est Zia, c'est tout ce qui compte! Mais...comment le sais-tu?
I : j'ai quelqu'un dans la place, un homme sûr, en qui j'ai toute confiance...c'est mon informateur.
E : quoi??? Un homme sûr? De confiance? Avec le Docteur Laguerra? C'est une plaisanterie! Et pourquoi n'a t-il pas aidé Zia à s'échapper?
M : allons, Esteban, du calme..
T : du calme? on devrait rester calme alors qu'elle nous mène en bateau? et toi, tu la crois, bien sûr!
M : ça suffit! Isabella nous dit la vérité!
I : ce n'est pas grave...je comprends leur réaction...toi même, cette nuit....
T : d'accord, d'accord, mais si tu te moques de nous, je ne te le pardonnerai jamais!
M : Esteban?
E : c'est bon, de toute façon, on n'a pas le choix, c'est ça?
I : si cela peut te rassurer, sache que Zia peut compter sur Arthur pour la protéger du mieux qu'il le pourra..
E : parce qu'il s'appelle Arthur?
T : drôle de nom...
I : son dernier message indiquait que le mariage aura lieu dans 4 jours...
E : je le savais déjà.
Tout le monde : QUOI !!!?
Soudain des bruits parvinrent des buissons. Mendoza et Isabella dégainaient déjà leur épée quand un homme en robe apparut essoufflé…
E : non ne faite rien c’est un ami à moi…
Le moine de la cathédrale arriva essoufflé
-Esteban ce que tu craignais est arrivé !
E : Il est venu c’est sa …
-oui, il nous a fait peur, il a dit que c’était une urgence, et il nous a fait avancer la cérémonie a demain…
T : Esteban aurai tu l’amabilité de nous expliquer ce qui se passe… ?
E : je suis allé à la cathédrale l’lorsque tu dormais toute à l’heure pour demander si un mariage étais prévu et il y en avait en effet un prévu au nom de Laguerra, puis au vu de nos passage au-dessus de la ville hier, j’ai demandez à mon ami le Bra droit du père Rodriguez de venir ici nous avertir s’il y avait le moindre changement juste au cas où…
T : A c’est pour ça que je te trouver pas… MAIS tu es MALADE et si quelqu’un étais venu l’or de ton absence…
E : Dsl sa m’a pris sur un coup de tête je n’ai pas pu m’en empêcher…
M : Esteban voilà qui étais très imprudent, mais au moins nous avons un coup d’avance Fernando ignore que nous savons…
Isabella sembla acquiescer…

Du cotée d’Arthure et Zia.

Arthur et Zia s’éloignaient du minaret où la jeune femme avait été retenue prisonnière. Ils courraient à perdre haleine dans le couloir aux fermées de moucharabiés. « Ces motifs en bois sculpté sont une vraie merveille… », pensa Zia. Ils s’engagèrent dans un grand escalier et débouchèrent rapidement sur un toit en terrasse de la mosquée. Tant de lumière après tant de temps passé dans son cachot obscur, Zia en était éblouie. Elle respirait l’air pur, une légère brise caressait sa longue chevelure. Les rayons du soleil mordaient doucement sa peau. Le soleil… Elle eut une pensée fugace pour son compagnon de toujours, Esteban… Ses yeux s’accommodèrent à l’intensité de la lumière : le paysage se dessinait peu à peu.
A : Je t’ai d’abord amené ici pour que tu repères bien où l’on se trouve, et comment nous allons pouvoir nous échapper…
Zia, émerveillée, observait le paysage depuis le toit en terrasse de la mosquée. Elle ne répondait pas. Arthur se rapprocha d’elle et reprit :
A : Zia, il fallait absolument que je te sauve, je n’avais pas le choix.
Zia restait silencieuse. Les montagnes qui se dressaient à l’arrière de la mosquée lui rappelaient les Montagnes-Esprits de son pays natal…
A : Il faut que je t’avoue quelque chose : je travaille en fait pour quelqu’un qui s’est décidé à mettre un terme aux terribles agissements du Docteur Laguerra. Cet odieux personnage s’est rendu coupable de tant de crimes…
Z : Et qui est cette personne pour qui tu travailles ?..
A : Désolé, Zia, mais je ne peux pas encore te le dire…
Z : Si tu ne veux pas me le dire, c’est qu’il s’agit forcément de quelqu’un que je connais…

Zia se retourna et observa ce qu’on l’on pouvait voir depuis l’avant de la mosquée où ils se trouvaient, presque au-dessus du porche vouté de la grande porte. Derrière l’édifice se tenaient donc les montagnes escarpées, et à sa gauche s’étendait la petite forêt qu’elle avait pu voir brièvement, depuis sa cellule située dans le minaret. Au dessus de la forêt volaient des oiseaux noirs, très nombreux. La jeune femme crût reconnaître des corneilles…
Devant la mosquée, le terrain se prolongeait en pente douce jusqu’aux ruines d’un ancien village, un petit village abandonné. Personne aux alentours… Le repaire de Laguerra se trouvait donc dans un endroit très isolé : configuration idéale pour mener ici des manœuvres secrètes…
A : Zia… J’ai décidé de te sauver, même si cela bouscule les plans établis avec mon commanditaire. Mais te tirer des griffes du Docteur était plus important que tout…
Arthur s’approcha doucement de Zia et posa sa main sur son épaule.
A : Zia, retournes-toi : tu comprendras de quoi Laguerra est capable, et pourquoi j’ai peur pour tes amis…
La jeune femme se retourna en plongeant son regard dans le regard bleu d’Arthur. Elle mesurait les risques qu’il prenait pour elle, et comprenait à quel point elle pouvait avoir confiance en lui, ce jeune homme courageux, lui-même ennemi du terrible Docteur…

Ils se rapprochèrent prudemment du bord du toit en terrasse. De là-haut, on pouvait embrasser du regard l’ensemble du bâtiment, que Zia n’imaginait pas si grand. La mosquée était majestueuse. A l’intérieur du rectangle formé par ses haut murs d’enceinte se tenait une très large cour intérieure somptueusement dallée, ornée de chaque côté par deux petites fontaines. Dans la partie intérieure des murs d’enceinte circulaient de larges coursives ponctuées de piliers finement sculptés. Le regard de Zia s’arrêta sur la partie arrière de la mosquée, qui présentait un édifice aux proportions plus importantes. Là, sous un grand auvent de bois retenu par des poutres, une dizaine d’hommes s’activaient autour d’une étrange machine…
A : Au fond, dans ce bâtiment, il y avait la grande salle de prière. Mais le Docteur en a détourné l’usage pour ses projets des plus guerriers… Regarde, Zia : sous cet auvent que Laguerra a fait installer, ces hommes, qu’il appelle « ses ingénieurs », ces hommes apportent la touche finale à… cette terrible machine de mort !
« Carapace » fût le premier mot qui vint à l’esprit de Zia. Monté sur roues et constitué de métal, l’engin meurtrier était en forme de cône, de cône facetté… Sa forme évoquait immanquablement un diamant taillé, mais renversé : sa face et sa couronne vers le sol, et sa culasse pointant vers le ciel. La partie supérieure de la machine, petit toit également en forme de cône, était détachée de l’ensemble de manière à ce que ses occupants puissent voir à l’extérieur. Trois personnes devaient pouvoir se tenir à l’intérieur, et seize petits canons ceinturaient la machine au travers de petites ouvertures, leur permettant ainsi de tirer de n’importe quel côté, dans toutes les directions. Aucun doute : il s’agissait d’un char !
Z : Je n’ai jamais vu un engin pareil…
A : Sa conception est d’origine italienne. Le Docteur en a acheté les plans à un savant de la ville de Florence. Ensuite, les ingénieurs de Laguerra y ont ajouté des éléments inspirés du savoir d’une très ancienne civilisation. Et c’est justement ces parties rajoutées qui sont les plus destructrices !
Z : Je comprends, le Docteur lui aussi a eu accès aux connaissances de l’Empire de Mu…
A : C’est ça Zia. Il paraît d’ailleurs que tu es une descendante de ce peuple, n’est-ce pas ?
Z : Oui, Arthur. Mais je pense que ce n’est pas vraiment le moment de te donner plus de détails…
A : Oui, tu as raison, Zia. D’ailleurs ce char étant presque prêt maintenant, Laguerra va pouvoir très bientôt mettre ses plans à exécution !
Zia voyait Arthur se crisper, poings fermés, mâchoires serrées.
A : Cet imbécile n’est qu’un destructeur mégalomane, continua Arthur. Figure-toi qu’il a en tête de se servir de ce char contre le Roi d’Espagne, histoire de lui faire une belle démonstration de force ! Dans ses plans tortueux, le Roi est censé céder à Laguerra un territoire du Nouveau Monde, en échange d’un apaisement et du char lui-même… C’est dire à quel point il délire, ce pauvre fou ! Et tu sais ce qu’il a fait inscrire, Laguerra, en lettres d’or, sur son précieux char ? Rien de moins que l’expression : « A feu et à sang » !
Z : Mais comment les ingénieurs de Laguerra peuvent être en mesure de maîtriser une partie de la science de Mu ?
A : Ça aussi, ce serait trop long à expliquer. Mais disons que juste avant de fonder leur fameuse confrérie, « l’Ordre du Sablier », le Docteur et son ami Ambrosius travaillaient d’arrache-pied à la fabrication de machines conçues à partir de livres mystérieux qu’ils avaient retrouvés lors de leur expédition à la recherche de l’Atlantide… Et par la suite, Ambrosius a passé beaucoup de temps à former des « ingénieurs », comme ceux-là, qui sont juste sous notre nez, en bas…
Z : Ambrosius… Même maintenant, même hors d’état de nuire, il continue à semer des dangers sur notre route !
A : Tu sais Zia, si je sais tout ça, c’est parce qu’Ambrosius, Ambroise de Sarles, est en fait… mon oncle.
Zia ne broncha pas, même si la surprise fût de taille…
A : La « passion » d’Ambroise, qui est devenue une vraie folie, a conduit petit à petit toute notre famille à la ruine. Sans compter que ses agissements, de plus en plus suspects et moralement douteux, ont entaché la réputation des « De Sarles »… Aucun de nous ne s’en est remis…
Z : Je comprends, Arthur… En aidant ton commanditaire, dont tu ne veux pas me dire le nom, à arrêter ou… tuer le Docteur Laguerra, tu venges aussi ta famille dont l’honneur a été bafoué…
Arthur resta muré quelques instants dans un silence pesant. Puis, il reprit, pointant du doigt différents endroits des toits en terrasse :
A : Laguerra s’est également préparé à une éventuelle attaque par les airs…
Z : Je n’avais jamais vu de canons comme ça !
A : Tu vois, il y en a huit, répartis sur les toits plats des murs d’enceinte. Regarde bien, dit-il en marchant vers le canon le plus proche, tous ces grands disques de bois et ces engrenages permettent aux canons de pivoter dans n’importe quel sens, et très rapidement : nord, sud, est, ouest, haut, bas… Aucune cible ne peut leur échapper ! Ces machines de mort ont une très longue portée, et un système ingénieux leur permet de tirer des salves de trois boulets, avant même de les recharger.
Z : Déployer tant de trésors d’ingéniosité pour les mettre au service d’instincts meurtriers, je trouve ça juste horrible ! Et le Docteur a bel et bien détourné la fonction de cet édifice : cette mosquée, qu’il a pris soin de renforcer et armer, est devenue une véritable forteresse ! C’est bien de tout ça dont il était question quand le Docteur se vantait d’avoir mis au point un plan diabolique pour arrêter mes amis ! Qu’il aille se servir de ces canons contre le Grand Condor, je ne pense pas que cela lui soit très utile ! Mais… Mais… s’il les retourne contre mes amis ! Mon dieu, il faut les prévenir, vite !
A : Attends, ce n’est pas tout !

Arthur prit brusquement la main de Zia et l’entraîna avec lui. A quelques pas se trouvaient une grande plateforme en bois reposant sur le porche de l’entrée de la mosquée, et sur de nombreux piliers de bois. Sur cette plateforme se tenaient deux machines volantes, faites de bois, de métal et d’étoffes.
A : Zia, c’est avec ça que nous allons pouvoir nous enfuir d’ici !
Z : Avant ce que tu viens de me raconter, j’aurais pu trouver ça étrange. Mais voir ici des machines volantes qui ressemblent tellement aux Zephtys de la tribu des Chaldis, ça ne m’étonne même pas…
A : Les Chaldis ? Bon, peu importe… Ces ailes volantes, c’est Ambrosius lui-même qui les a construites. Là aussi, quelques machineries inventées par ceux de Mu y ont été intégrées : ce qui permet à ces ailes d’avoir suffisamment de propulsion pour s’envoler et naviguer dans les airs, avec deux personnes à bord.
Z : Et ces sphères accrochées et reliées à ces cordes, qu’est-ce que c’est ?
A : Ce sont des bombes, Zia. Mais ne me demande pas ce qu’elles contiennent, parce que je n’en sais rien. Mais pas la peine de se creuser beaucoup la tête pour imaginer que ces bombes, larguées depuis les airs, vont nuire à ceux qui se trouvent sur leur chemin…

Zia comprenait maintenant toute l’ampleur du plan de Laguerra. Elle tournait lentement sur elle-même, regardant les montagnes hautes, la forêt sous une nuée d’oiseaux noirs, la mosquée fortifiée, les terribles armes qu’elle cachait… Arthur se pencha au bord de la plateforme et observa un grand cadran solaire sculpté sur la façade intérieure du porche.
A : Bon, dans une demi-heure environ, les autres gardes vont arriver, comme Laguerra l’a demandé. Une bonne douzaine, je crois. Mais pour le moment, il n’y a que deux gardes à l’entrée, côté extérieur, et quatre gardes dans la cour intérieure… Ça devrait passer… Et il nous reste suffisamment de temps pour aller tout là-haut, puis pour revenir ici et nous échapper à bord d’une de ces machines volantes…
Z : Aller tout là-haut ? Mais qu’est-ce que tu veux dire ?! On ne s’enfuit pas maintenant ?!
A : Désolé, Zia, mais j’insiste. Je t’ai promis de te montrer quelque chose d’incroyable. On doit retourner dans le minaret !
Z : Mais pourquoi ?! On vient juste d’en sortir ! On aurait pu y aller avant, tout en haut du minaret ! Le moins qu’on puisse dire, c’est que question organisation, tu as sérieusement des choses à revoir !
A : Désolé, je n’ai pas trop l’habitude d’improviser. Ça m’a semblé important que tu prennes d’abord conscience des plans de Laguerra en voyant tout ça, et avant même que l’on s’échappe d’ici !
Z : Et qu’est-ce qui vaut suffisamment la peine pour qu’on y perde du temps alors qu’on devrait s’enfuir sur le champ ?!
A : C’est un objet incroyable, caché là-haut dans le minaret, dans le laboratoire du Docteur ! Un objet de ton peuple !

Pendant ce temps : du cotée D’Esteban, Mendoza, Tao et Isabella

Isabella sembla aquiescer…mais il était évident à sa moue qu’elle doutait de la réalité de l’avantage qu’ils pouvaient avoir sur son père. Le moine, les voyant tous préoccupés, comprit qu’il ne leur serait plus d’aucune utilité et prit congé après avoir serré les mains d’Esteban dans les siennes, et murmuré un dernier encouragement :
- Dieu sait reconnaître les âmes pures, Esteban, il sera ton guide et ton soutien. Puis il se tourna vers les autres et lança : « Soyez prudents ! Que Dieu vous garde ! »
Tous restèrent silencieux en le regardant s’éloigner à grands pas, perdus dans leurs pensées. Mais le temps pressait, il fallait échafauder un plan ! Mendoza rompit le silence et se tourna vers Esteban :
M : Passons aux choses sérieuses, Esteban, comment envisages-tu de procéder ?
E : on n’a plus le temps de discuter, il faut qu’on y aille, le temps presse ! On avisera en route ! Avec le condor, de toute façon, on a un avantage certain !
I : Attends Esteban, mon père est un homme dangereux, tu le sais parfaitement, et cela ne m’étonnerait pas qu’il ait avancé le mariage non par caprice, mais pour des raisons bien précises. Il a sûrement anticipé le fait que tu risquais de venir gâcher la fête avec le condor, et il doit se douter qu’il n’a pas de grandes chances face à une telle machine, il a donc forcément un plan pour déjouer une attaque menée avec le condor .
T : Un plan, oui, sans doute, mais même s’il s’est armé, ça se limite probablement à quelques canons, et puis, il doit encore croire que le condor est en or, qu’il n’est pas si dangereux : comment pourrait-il savoir qu’il est en orichalque, et armé qui plus est !…
I : Armé ?le condor ?
T : oui, j’ai découvert ça, euh….il y a quelque temps déjà, tu vas voir, à côté, le Docteur Laguerra ne fera pas le poids, parole de naacal !
I : hum….espérons que tu dises vrai, car d’après les informations d’Arthur, il n’y aurait pas que des canons là-bas…il n’a pas pu en savoir davantage, mais mon père semble avoir en réserve des armes un peu spéciales, et même des machines volantes !
T : peuh ! même s’il avait construit une nef comme celle d’Ambrosius, ce dont je doute, il n’arriverait toujours pas à la cheville du condor !
I : avec lui, il faut s’attendre à tout, ne le sous-estimes pas, Tao ! Ce serait une grave erreur, crois-moi.. en avançant le mariage, il veut sûrement nous forcer à agir avec précipitation…
E : oui, eh ben, là c’est pas le cas, on parle, on parle, et qu’est-ce qu’on fait pour sauver Zia ?
M : Esteban ! Il est important que nous ayons le maximum de cartes en main ! Les informations d’Isabella peuvent s’avérer essentielles ! Au fait, Isabella, tu devais bien avoir un plan, toi , vu que tu comptais en finir toi-même avec le Docteur…
I : hem…eh bien, je n’avais pas prévu l’enlèvement de Zia, bien sûr…mais quand Arthur m’a mise au courant, j’ai pensé que je pourrais, disons…profiter de la diversion que créerait votre tentative de sauvetage pour m’infiltrer dans la propriété et..
E : Quoi ! tu nous expliques depuis tout à l’heure combien c’est risqué d’attaquer sans savoir exactement à quoi s’attendre, et tu es en train de nous dire qu’en fait tu avais l’intention de nous envoyer au casse-pipe pour pouvoir agir tranquillement de ton côté ! En nous manipulant !
T : j’en ai assez entendu…Esteban, on y va !
M : et où comptez-vous aller ? Isabella ne nous a toujours pas dit où se trouvait Zia..
E : ah oui, elle ne te l’a pas dit, à toi ? je croyais pourtant que vous partagiez tout ! de toute façon, on se débrouillera très bien sans elle !
M : Esteban ! ça ne te ressemble pas…la colère est mauvaise conseillère…
Mendoza avait parlé avec calme, en essayant de ne pas montrer à quel point les paroles de son ami l’avaient blessé. Esteban et Tao, prêts à tourner les talons, lui faisaient face, bouillants d’une rage à peine contenue.
I : c’est ridicule, je..je m’excuse, j’ai agi égoïstement, je le reconnais, mais, à présent, tout est différent…écoutez-moi, je vous en conjure, il faut unir nos forces…pour Zia…
E : alors, tu nous dis où elle est ?
I : mais vous me promettez que vous n’agirez pas sans moi…
T : ça dépend… toi d’abord, dis- nous où elle est, on avisera ensuite !
I : mon père possède une propriété près de Badalona, à environs dix kilomètres de Barcelone. C’est une ancienne mosquée de l’époque omeyyade, située dans un hameau en ruines…
T : oui ! elle est adossée aux contreforts d’une montagne ! elle avait l’air abandonnée, mais maintenant que tu le dis, il m’a semblé voir des trucs bizarres..
E : oui, je me souviens aussi, il y avait une sorte de plateforme en bois qui avait l’air plutôt récente !
I : le site a été abandonné pendant des siècles après le retrait des Arabes, puis un riche marchand de Barcelone a voulu en faire sa propriété de campagne il y a une centaine d’années, mais ses descendants ont délaissé l’endroit, ce n’était plus guère qu’une ruine quand mon père a acquis la propriété il y a un an et demi, en m’utilisant pour la payer…
T : comment ça ?
I : il m’a tout simplement échangée contre cette ruine, en me livrant à son précédent propriétaire, moi , sa propre fille ! je ne lui pardonnerai jamais !
E : alors, allons régler son compte à ce monstre une bonne fois pour toutes !
I : Arthur m’a même envoyé un plan du site…
M : tu l’as avec toi ?
I : bien sûr !
M : alors, on l’examinera en route !
E : tous au condor !

Plan repère Fernando:
Par haokah
Par haokah
Du cotée d’Arthure de Zia

Devant l’insistance d’Arthur, la jeune femme se laissa convaincre. Ne s’était-elle pas dit qu’elle pouvait entièrement lui faire confiance ? Mais elle avait le cœur serré lorsqu’ils partirent en courant, en direction du minaret...
Au bout du couloir, Arthur et Zia ralentirent leur course, alors qu’ils pénétraient à nouveau dans le minaret. Au moment d’emprunter l’escalier pour monter en haut de la tour, comme le pensait Zia, Arthur s’arrêta net :
A : Il y a encore une chose, Zia : nous devons récupérer ton médaillon !
Z : Mon médaillon ?, s’exclama-t-elle, la main sur sa poitrine, s’apercevant juste à ce moment de sa disparition.
A : Tel que je le connais, Laguerra a dû le garder sur lui…

La fille du Nouveau Monde n’en revenait pas de ne pas s’être aperçue du vol de son médaillon, et comptait bien en reprendre possession. Elle se sentait coupable. Affaiblie, certes, elle avait tout de même failli, et n’avait pas été à la hauteur de sa responsabilité. Ce médaillon est sacré. Ce médaillon est un sceau : le don du passé au présent, le lien indestructible entre les ancêtres de Mu et les hommes d’un monde nouveau…

Lentement, ils entrèrent à pas de loup dans la pièce sombre où Zia avait été retenue contre son gré. Le Docteur était toujours là, endormi, allongé sur le sol de la cellule. Les souvenirs et la colère de la prisonnière refirent surface dans l’esprit de la jeune femme :
Z : Ah, si je ne m’appelais pas Zia, je ne me retiendrais pas de lui régler son sort sur le champ, à ce monstre ! Parce qu’il le mérite ! Mais je sais que céder à ce genre de pulsions ferait de moi un monstre comme lui. Tu vois, Arthur, le problème avec ce genre d’individus odieux, c’est qu’ils parviennent à rendre contagieux le mal auquel ils ont cédé eux-mêmes !
A : Doucement Zia, chuchota Arthur en pointant son index devant sa bouche, il ne faudrait pas le réveiller…
Z : Mais tu n’as pas dit qu’il dormirait plusieurs heures ?, demanda Zia, chuchotant à son tour.
A : En fait, je n’en suis pas si sûr. La durée d’endormissement dépend de la dose qu’il a respirée. Et je ne suis pas du tout un expert dans ce domaine. Mon… commanditaire… est un bon professeur, mais il n’a pas encore été au bout de son instruction… Bon, allez : courage ! Il va falloir le fouiller, ce terrible docteur-au-bois-dormant…
Z : C’est sûrement le moment d’être drôle ! dit Zia, souriant.
A : Je disais juste ça pour détendre un peu l’atmosphère, parce qu’on va en avoir besoin…

Arthur et Zia se mirent doucement à genoux et commencèrent à inspecter méticuleusement les poches du Docteur. La peur avait envahie la jeune femme, effrayée à l’idée que le dormeur puisse se réveiller brusquement à cet instant. Son cœur battait si fort que Zia eut l’impression qu’il allait s’arracher de sa poitrine. A chaque geste de l’homme, la même question : allait-il se réveiller ? Laguerra respirait fortement. Laguerra ronflait lourdement. Pitoyablement ridicule, c’est ainsi qu’on aurait pu le voir en cet instant, mais la peur écrasait toute possibilité d’humour… D’autant que la tâche se compliquait : Laguerra venait justement de se recroqueviller sur lui-même et certaines de ses poches étaient devenues presque inaccessibles. Il fallait insister, écarter une étoffe, bouger un peu son bras, déplacer une de ses mains… Il ne fallait surtout pas qu’il se réveille… Arthur et Zia se devaient d’avoir des gestes de plus en plus précis. Leur appréhension devenait palpable, la sueur perlait sur leurs fronts…

Finalement, Zia arrêta de fouiller Laguerra et décida de se concentrer. Elle posa lentement les mains sur ses genoux. Mentalement, elle se représentait l’image de son médaillon. Elle respirait de plus en plus profondément, appelant à elle ce médaillon si précieux, ce lien entre ses ancêtres et les hommes d’un monde nouveau… Arthur remarqua le changement d’attitude de la jeune femme, qu’il trouvait de plus en plus surprenante. Impressionné, il la regardait se concentrer, et presque disparaître à l’intérieur d’elle-même. C’était comme si la jeune femme n’avait jamais été à la fois aussi absente et aussi présente dans cette pièce. Et il fût stupéfait de voir le médaillon se glisser doucement de la poche de la chemise de Laguerra, cette poche justement placé sur son cœur, justement placé sous sa main droite… Le médaillon glissait comme par enchantement. Libéré de la poche, il se mit à flotter dans les airs. Zia s’en saisit et l’accrocha rapidement à son cou. Elle fixa quelques instants les yeux d’Arthur avant de murmurer, presque malicieuse:
Z : Il n’y aurait pas des cordes ici, pour ligoter ce monstre ? Ce serait quand même plus prudent, non ?!.
Arthur restait sans voix, troublé par ce qu’il venait de voir. Troublé aussi par la réaction de Zia, qui avait su contrôler sa propre peur…
Z : Ce n’est pas tous les jours qu’on croise une descendante du peuple de Mu, n’est-ce pas ?!, ironisa-t-elle doucement en remarquant le temps d’arrêt d’Arthur.
A : Euh… Des cordes, si… C’est une très bonne idée, bredouilla le jeune homme. Des cordes, il y en a justement là-haut, dans son laboratoire…
Z : Eh bien, qu’est-ce qu’on attend ? Allons-y !, dit-elle d’une voix à la fois douce et enthousiaste.

Du cotée D’Esteban, Mendoza, Tao, et Isabella

Ils se dirigèrent tous vers l’oiseau d’or, réconciliés, unis et prêts à agir ensemble pour sauver Zia. Pendant qu’ils s’installaient à bord, Mendoza lança d’un ton détaché :
M : Esteban, tu permets que j’examine le plan transmis par Arthur, histoire qu’on attaque le plus efficacement possible, plutôt que d’aller droit au suicide…
E : comme tu veux, mais je décolle !
T : S’il y a vraiment des armes lourdes, ce dont je doute, le condor peut parfaitement s’en charger, je ne crois pas qu’on prenne des risques inconsidérés.
I : il y a une entrée secrète là, derrière la propriété, il est convenu avec Arthur qu’il vienne ouvrir la grille du soupirail quand il verra que l’attaque a commencé, s’il le peut. Sinon je me débrouillerai pour l’ouvrir toute seule, un peu de poudre devrait faire l’affaire.
M : tu n’as tout de même pas l’intention de pénétrer toute seule dans la propriété ?
I : et pourquoi pas ? c’est ce que j’avais prévu à la base ! je m’infiltre, je trouve mon père, je le tue, et tout est fini ! vous n’avez qu’à vous occuper du reste, et de Zia.
E : c’est bien joli tout ça mais on ignore comment Fernando réagira envers Zia quand nous arriverons, je nous pose dans la cour et on y va tous ensemble !
M : pas question Esteban, en l’absence de Zia tu es le seul à pouvoir piloter, tu dois rester à bord et nous couvrir, on ignore totalement ce qui nous attend à l’intérieur, le condor est un avantage certain, on ne va pas s’en passer, surtout si Fernando a des armes secrètes ! Et toi, Isabella, pas question que je te laisse agir seule, on entrera par ce soupirail tous les deux, et on trouvera Zia le plus rapidement possible !
I : je suppose que je n’ai pas le choix..
T : j’approuve totalement ce plan ! Tu vas voir, Esteban, on va tester l’armement du condor, ça va être super ! Et quand je t’aurai bien montré comment ça marche, j’irai prêter main forte à Mendoza et Isabella, au besoin, mais je suis sûr que l’immonde Fernando aura déjà été neutralisé depuis longtemps, ah ah ah !
E : Raaaah, c’est bon, on fait comme vous dites, mais si je vois que Zia est en danger, je me réserve le droit de poser le condor et de foncer dans le minaret ! C’est là qu’elle est censée être retenue, non ?
I : oui, mais ça doit être l’endroit le mieux gardé…
M : hum, je pense qu’on aurait aussi intérêt à avoir un peu de renfort au cas où Laguerra aurait une troupe d’hommes plus importante que prévu. Arthur t’as dit quelque chose à ce sujet ?
I : Mon père a pour habitude de séparer ses hommes en petits groupes autonomes qui n’ont pas de contacts entre eux, histoire de mieux les contrôler, mais Arthur estime qu’ils sont sûrement plus de vingt.
M : alors allons d’abord réquisitionner l’aide de Gomez, sa boutique n’est pas loin, ça sera rapide.
E : quoi ? Gomez, mais…
T : il raison, Esteban, on ne sait jamais…
E : c’est pas vrai…c’est bien parce que je vous fais confiance , hein, j’espère que vous savez ce que vous faites…
Quelques minutes après le condor se posait sur les quais du port de Barcelone, près duquel se trouvait la boutique de Gomez, suscitant un attroupement de badauds et effrayant quelques chevaux qui attendaient leur embarquement pour les Amériques. Mendoza sauta à terre et courut à la boutique. Resté à bord avec les autres, Esteban bouillait d’impatience ; être obligé de supporter le regard de tous ces curieux qui s’interpellaient en les montrant du doigt, alors que sa bien-aimée Zia était aux mains de son pire ennemi, le rendait fou.
Quand Gomez vit entrer Mendoza, il l’accueillit avec une cordialité trop marquée pour être sincère.
G : Mendoza, quelle bonne surprise ! je commençais à m’inquiéter de ne pas avoir de tes nouvelles depuis que tu m’as laissé face à ce Roberto…mais d’abord, je dois te remercier, toi et tes amis, maintenant mes clients croiront dur comme fer aux cités d’or, avec le condor qu’on aperçoit partout dans le ciel des Barcelone et des environs ! Pas très discret….mais je suppose que tu n’es pas venu ici pour aider mes affaires…au fait, si je me souviens bien, vous aviez perdu Zia…et vous deviez me la ramener pour que je la présente au roi ! il s’impatiente, et moi aussi !
M : justement Gomez, on a besoin de tes renforts pour attaquer le repère de Laguerra qui retient Zia prisonnière ! C’est l’ancienne mosquée de Badalona !
G : tu veux rire, débrouillez vous !
M : d’accord, j’ai hâte de voir la tête du roi quand il apprendra que…
G : Stop, c’est bon, j’ai compris, mais j’en ai pour une bonne heure pour arriver là-bas avec mes hommes, plus le temps de les rassembler….et tu me demandes de fermer boutique alors que c’est le meilleur moment de la journée pour les affaires !
M : dépêche-toi ! pense à la récompense !
G : la récompense ? Quelle récompense ?!
Mais Mendoza était déjà loin….

Du cotée de Zia et Arthure

Ils quittèrent la cellule, laissant Laguerra plongé dans son sommeil provoqué, et s’engagèrent dans les escaliers. Marche après marche, Arthur et Zia se rapprochaient du laboratoire du Docteur. Ils franchirent deux étages puis se retrouvèrent, sur les dernières marches conduisant à la plus haute pièce du minaret, devant une lourde porte renforcée de plaques de métal.
Z : Décidément, Laguerra est un homme prévoyant et prudent. Je crois qu’au fond je me suis en partie trompée sur son compte…
A : La folie peut prendre bien des visages, Zia. Mais ne t’inquiète pas, j’ai les clefs !, dit-il en souriant, enjoué à son tour.
Z : Tu les lui as volées ?
A : Disons que jusqu’à cette dernière heure, le Docteur n’avait que de bonnes raisons de me faire entièrement confiance ! Ce sont des doubles de ses propres clefs, qu’il m’a confiés, dit-il en ouvrant la porte.

La pièce, qui ne semblait pas très grande, était plongée dans la pénombre. Arthur ouvrit un à un les quatre volets fermant les quatre fenêtres de la pièce.
A : Ah, toujours cette obsession des volets, le Docteur en a fait installer partout !, s’esclaffa le jeune homme. La discrétion toujours, l’indiscrétion jamais… Laguerra est le genre d’homme qui tient coûte que coûte à tisser ses petites manigances dans le plus grand secret ! Ni vu ni connu…
Les quatre ouvertures révélèrent leurs contours, formés d’élégants arcs persans. L’air et la lumière s’engouffrèrent dans l’atelier du Docteur, s’invitant à l’endroit où s’installait autrefois le muezzin chantant les appels à la prière. La pièce était encombrée de meubles et d’objets accrochés çà et là, ou suspendus à un système de cordes et de poulies ancrées dans le plafond. Dans ce laboratoire digne d’un savant fou, il y avait là des objets très divers : des sortes d’ailes volantes en modèles réduits, des maquettes d’engins et de machines sophistiqués, des cartes de régions du monde, des sphères représentant le monde… et des tas d’instruments de mesure, des tas d’instruments médicaux pour le moins effrayants, une multitude de fioles et de flacons, de récipients de verre aux formes étranges, et une quantité impressionnante de livres…
Au centre de la pièce, derrière un fauteuil robuste, sur une grande table recouverte de documents, de papiers griffonnés et de livres, une chose curieuse attira l’attention de Zia. Un tissu sombre recouvrait un objet dont la forme semblait étrange…
A : Oui, Zia. Là-dessous, il y a bien l’objet dont je te parle depuis tout à l’heure : un objet du peuple de Mu…
Zia était autant curieuse qu’inquiète. Qu’y avait-il sous le tissu ? Une pyramide de Mu comme celle qu’avait dérobée Ambrosius ? Un objet doté de pouvoirs étranges, comme le vase de Tao ou comme le dragon doré ? Arthur s’empressa de dévoiler l’objet en retirant brusquement le tissu qui le recouvrait.
Z : Magnifique !, s’exclama doucement Zia.
Par Seb_RF
Par Seb_RF
25_ Zia devant le fameux artefact dans le labo de Fernando (Seb_RF).PNG (596.18 Kio) Consulté 3866 fois
L’objet, qui devait mesurer à peine plus d’un pied de hauteur, était une statuette dorée finement sculptée, probablement faite d’orichalque. Une partie de l’objet émettait, par intermittence, une douce lumière bleue. Cette statuette représentait un grand serpent aux ailes repliées. Ce serpent, couvert de plumes, semblait d’abord être enroulé sur lui-même. Mais à bien y regarder, il était enroulé autour d’une sorte d’œuf. La tête du serpent, fièrement dressée, donnait à l’ensemble une forme vaguement conique, qui, masquée par le tissu, avait rappelée à Zia la forme de la pyramide de Mu…
Z : C’est le Serpent Ailé !, s’écria Zia. C’est le symbole qui nous a guidés dans notre première quête, quand Esteban et moi recherchions encore nos pères, et la première Cité d’or…
A : Fernando Laguerra m’a dit l’avoir découverte dans les ruines d’un temple, au fin fond de la jungle, dans une région qui s’appelle le « Mexique », je crois…
Z : Rien d’étonnant à cela, crois-moi, ajouta Zia. Et sais-tu que le Serpent Ailé est le symbole de l’Empereur de Mu lui-même ?..
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Seb_RF
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Message par Seb_RF »

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Zia posa ses doigts sur la statuette. Dans la gueule du serpent, grande ouverte, se tenait le visage d’un homme aux yeux fermés, un homme qui semblait apaisé. C’était comme si la gueule du serpent accouchait de cette tête humaine… Ou comme si l’homme et la bête ne faisait qu’un. Et c’est de la tête de cet homme paisible, né du serpent, qu’émanait la douce lumière bleue…
A : Cette lumière, on dirait presque qu’elle apparaît au rythme d’une respiration apaisée, tu ne trouves pas, Zia ?
Z : Si, et c’est très troublant, murmura Zia, qui écoutait attentivement le rythme de sa propre respiration.
A : Il faut que tu saches, Zia, que cette statuette n’a commencé à émettre cette lumière que depuis ton arrivée ici. C’est incroyable, non ?! Il a fallu que tu sois retenue prisonnière ici pour que cette lumière se révèle !
Mais Zia s’arrêta net, songeuse. Un vieux souvenir, une confidence d’Esteban se rappelait à sa mémoire…
Z : C’est vraiment curieux de se retrouver face à cette statuette, ici et maintenant…
A : Que veux-tu dire, Zia ? Cette statuette te fait penser à quelque chose en particulier ?
Z : Il y bien longtemps de cela maintenant… C’était en 1532… Esteban, qui était encore enfant, fit un rêve étrange lors de la nuit qui précéda ce jour où il fut retrouvé par Mendoza, et où le marin réussit à le convaincre de partir pour les Amériques, à la recherche de son père… Cette nuit donc, Esteban fit ce rêve qui allait bouleverser sa vie :

« Il se sentait seul et nu, plongé dans l’obscurité silencieuse, au milieu d’un néant où un objet de forme presque ronde se mit à briller, pareil à un soleil. Mais la lumière s’adoucit alors, peu à peu, et se mit à briller par intermittence, un peu comme si elle se synchronisait au rythme de la respiration d’Esteban. Alors, du fond du rêve, un grand serpent se glissa doucement sous l’objet lumineux, ondulant sur le sol. Le serpent parlait mentalement à Esteban, mais il ne comprenait pas son langage. Esteban sentait une tension monter en lui, et le rêve se changea lentement en cauchemar. Le serpent commença à s’enrouler sur lui-même, puis les cercles de son corps commencèrent à enserrer la chose lumineuse de forme presque ronde. La lumière se mit à battre plus vite, un peu comme si elle résistait à l’assaut langoureux du serpent. Et quand le corps du serpent étouffa entièrement la lumière, l’obscurité se déploya à nouveau. Et le serpent ouvrit brusquement ses ailes. Alors Esteban, terrifié, rêva de lui-même dans le rêve : il vit son propre visage sortir de la gueule ouverte du grand serpent, et le néant fut à nouveau baigné de la lumière du soleil. »

Voilà, continua Zia. A ce moment-là, Esteban se réveilla d’un seul coup, en sueur, dans sa chambre de la cathédrale, à Barcelone... Il eut alors bien du mal à reprendre son souffle, bouleversé par le rêve et troublé par une étrange sensation d’étranglement, qui le poursuivait au-delà de son sommeil… Je t’ai décrit son rêve quasiment avec ses propres mots, et je ne pense avoir oublié aucun détail… Esteban m’a confié ce souvenir alors que nous étions depuis peu au pays maya, juste après que nous ayons découvert les premières statues représentant le Serpent Ailé…
A : Je ne sais pas quoi te dire, Zia… Moi qui croyais te montrer quelque chose d’incroyable… Et là, c’est toi qui me surprends, une fois encore…
Z : Tu sais, Esteban m’a dit que ce rêve l’avait aidé à prendre sa décision, sûrement la décision la plus importante de sa vie… Mais ce n’est pas seulement ce rêve, ou la mort de son père adoptif, ou sa rencontre avec Mendoza, qui l’a poussé à faire ce choix décisif. Si j’en crois ce qu’il m’a dit, c’est la coïncidence entre ces trois événements qui lui a « montré le chemin » et l’a guidé vers le Nouveau Monde…
A : Cette… « coïncidence » entre le rêve d’Esteban et cette statuette est… extraordinaire...
Z : D’autant qu’Esteban a fait ce rêve à Barcelone, et que cette statuette se trouve maintenant ici, justement dans la région de Barcelone… C’est comme si une boucle commençait à se refermer…
Zia prit la statuette entre ses mains pour l’observer de plus près.
Z : Regarde, Arthur. Sur la base de la statuette sont représentés les médaillons du soleil, enfin… les croissants de lune de nos médaillons, parce que ceux-ci se séparent en deux morceaux : la lune et le soleil.
A : « Les » médaillons, « nos » médaillons ?..
Z : Oui, Esteban et moi avons le même… Regarde encore, sur la statuette les deux croissants de lune sculptés sont face à face. Et les deux parties vides, au milieu, qui se touchent presque… je pense qu’elles sont conçues pour recevoir la partie centrale de nos médaillons, celle qui représente le soleil… Et alors les pouvoirs de cette statuette seront activés…
A : Quels pouvoirs ?
Z : Ça, Arthur, je n’en sais rien. Et de toute façon, je n’ai qu’un médaillon. Il faut aussi celui d’Esteban, qu’il porte au cou en ce moment-même, dieu sait où…

Alors qu’elle pensait essayer d’encastrer la partie centrale de son médaillon dans un des croissants de lune de la statuette pour vérifier son hypothèse, Zia remarqua qu’au centre de ces croissants sculptés se trouvaient deux plaques de pierres polies, des pierres transparentes. En s’approchant encore, elle y découvrit de tous petits symboles qui apparaissaient en transparence.
Z : Regarde, c’est l’écriture de Mu ! La statuette veut nous dire quelque chose !
A : Tu sais lire ces signes, Zia ? Tu peux déchiffrer ces minuscules inscriptions ?
Z : Oui, j’ai appris à le faire. Ça m’a pris pas mal de temps, parce que c’est très complexe. C’est Tao qui m’a appris à déchiffrer l’écriture de Mu, enfin un type d’écriture de Mu, parce qu’il y en a plusieurs... Il faudra que je te présente Tao, c’est mon meilleur ami…
A : Bon, alors elles veulent dire quoi, ces inscriptions ?, demanda Arthur, agacé.
Z : Attends… De ce côté-ci… Et là… Et ce signe-là signifie…
Arthur voyait le temps filer et s’impatientait. N’y avait-il que lui pour se souvenir de l’urgence de la situation ? Du plan d’évasion et des menaces qui planaient sur eux ? Mais Zia le troublait au point qu’il se sentait incapable de savoir ce qui était vraiment important en cet instant. Il ne pouvait l’interrompre…
Z : Ça y est, j’ai compris ! Dans le cercle de gauche, il est écrit : « Le Serpent Ailé… reconnaît… les cœurs… qui croient en l’Homme », et dans celui de droite : « Quetzalcóatl préside… à leur… union »…
A : « Quet-zal-coa-l-te » ?
Z : Oui, c’est un des noms du Serpent Ailé. Mais bon, même déchiffré, ce message reste bien mystérieux…
A : C’est tout, le message ne dit rien de plus ?, demanda Arthur qui réfléchissait pour pouvoir lui aussi apporter un éclairage sur cette inscription énigmatique. Mmm… Tu vois, Zia, les deux croissants de lune, face à face… Tu sais à quoi ça me fait penser ? Eh bien, je trouve que ça ressemble au signe de l’infini, tu sais, un « 8 » couché… Et dans le message, il est question de « cœurs » et d’« union », n’est-ce pas ? Eh bien, pour moi, c’est simple : ça m’évoque tout simplement « lui et toi »… « Esteban et Zia »… unis par un amour « infini »…
Z : Arthur, arrête ! Tu me fais rougir ! Tu n’es pas drôle !
A : Non Zia, je ne plaisante pas. Il est peut-être question de votre amour… à tous les deux… Ne t’inquiètes pas, je sais bien que tu as compris la nature des sentiments j’éprouve pour toi… Mais ton cœur n’est plus à prendre, je le sais. Et mes sentiments sont juste comme un bébé qui vient de naître. Ils ne valent pas grand-chose comparé à ce qui vous lie tous les deux, depuis tant d’années…
Z : Arthur, ne dis pas ça... Je sais que ça ne doit pas être facile pour toi…
A : Je te le répète : ne t’inquiète pas... Et je te promets de faire tout mon possible pour vous sortir de ce mauvais pas, Esteban et toi.
Z : Merci Arthur, vraiment… Tu es un homme remarquable.

Il y eu un moment de silence, puis soudain, une idée simple mais fulgurante traversa l’esprit de la jeune femme :
Z : Oh ! Je crois que je viens de comprendre ! Arthur, tu as peut-être raison : je pense que les pouvoirs de cette statuette sont liés à notre union ! En tout cas, s’il s’agit bien de ça, cela veut dire que Fernando Laguerra voulait aussi m’épouser pour s’emparer des pouvoirs de cette statuette ! D’abord mon enlèvement, et ensuite il lui suffisait de s’en prendre à Esteban pour le forcer à utiliser son médaillon afin d'activer la statuette et de s’en approprier les pouvoirs !
A : Laguerra ! Il était temps qu’il refasse surface dans nos esprits, celui-là ! J’ai été ailleurs, là, avec toi. Et on n’a pas vu les minutes filer ! Bon, assez perdu de temps. Mets la statuette dans ce sac, laisse-moi juste le temps de trouver une corde… On redescend, on ligote le Docteur et on s’en va !

Zia s’exécuta pendant qu’Arthur fouillait la pièce à la recherche d’une corde. Un oiseau, puis un deuxième, puis un autre, se posèrent sur les rebords des fenêtres. Des oiseaux noirs. Zia jeta un regard vers eux, il s’agissait bien de corneilles. Zia prit le sac contenant la statuette et observa une dernière fois les documents éparpillés sur la table. Un livre parmi d’autres attira son attention, un livre contenant… des pages couvertes de symboles, de croquis et de schémas : un livre de Mu ! Zia s’empara aussitôt du livre et le mit dans son sac. Les corneilles étaient de plus en plus nombreuses à se poser aux rebords des fenêtres. Arthur se releva d’un coup, fier de brandir la corde qu’il venait de trouver… quand un ricanement sinistre se fit entendre :
- Alors, petite voleuse, on veut se faire la malle avec un de mes petits trésors !!!, hurla le Docteur Laguerra qui visait Arthur avec son pistolet. C’est que, voyez-vous : le dormeur s’est réveillé ! On rit moins maintenant, hein !

Les corneilles s’agitaient. Arthur restait immobile, dans la ligne de mire d’un Docteur des plus menaçants. Zia ferma les yeux, respira profondément et ouvrit ses bras, lançant un nouvel appel silencieux…

Armé de son pistolet chargé, le Docteur visait Arthur à bout de bras. Sa main libre caressait nerveusement la boucle de son fouet attaché à sa ceinture.
F : Bon allez, on arrête la plaisanterie et on se reprend ! Alors, ma mignonne : on me rend ma statuette ou bien j’arrache sa vie à ton petit camarade ! s’écria le Docteur, qui tourna la tête et scruta le jeune Arthur d’un air méprisant : je ne m’attendais vraiment pas à ça de toi ! Sous l’élève docile se cachait donc un traitre de premier ordre ! Tu vas voir ce qu’il en coûte, pauvre crétin !
A : Laguerra, vous n’avez pas bien fait le compte de vos ennemis, je crois ! Et vous n’allez pas tarder à devoir répondre de vos crimes !
Menacé par l’arme de Laguerra pointée vers lui, le jeune homme luttait intérieurement pour ne pas céder à la panique. A ce moment précis, Arthur regretta de ne pas avoir communiqué assez d’informations à son commanditaire, Isabella Laguerra, la fille du Docteur elle-même, dont il est le complice. Tout ce temps à se faire passer pour un disciple auprès de Fernando Laguerra… Isabella aurait pu bénéficier de renseignements plus précis, plus précieux, qui lui auraient certainement permis de mieux anticiper les plans du Docteur, et d’en mesurer véritablement les risques. Mais ce n’était pas le moment de se faire des reproches : Arthur se concentrait, cherchait un moyen d’agir, là, maintenant, pour que Zia et lui puissent s’échapper des griffes de Laguerra. Zia, qui avait lâché le sac contenant la statuette et le livre de Mu, se tenait toujours les yeux fermés au centre de la pièce, immobile, les bras ouverts relevés à hauteur de sa poitrine. Sur les rebords des fenêtres, les corneilles s’agitaient de plus bel, émettant des croassements de plus en plus intenses.
F : Inutile, Zia, de me mijoter un des tours dont tu as le secret ! Tu es perdue, tu vois, grommela Laguerra qui cherchait à cacher derrière ses mots la crainte grandissante qu’il éprouvait, impressionné par le silence et le calme de la jeune femme. Comme prévu, Zia, en voulant te sauver tes amis vont devoir improviser… Alors que de mon côté, tout est prêt pour les accueillir ! Ces idiots vont se jeter dans la gueule de loup !
Tandis que le Docteur invectivait la jeune femme, cherchant à la déstabiliser du poison de ses mots, Arthur observait discrètement le système de cordes et de poulies accroché au plafond, et les objets qui y étaient suspendus. Zia ne bronchait pas. Elle se tenait là, stoïque, les yeux fermés, étonnamment paisible. Son appel secret acheva de se former à l’intérieur d’elle-même. Alors, cinq corneilles s’envolèrent brusquement dans la pièce et fondirent sur le Docteur, s’attaquant à lui à coups de becs et de pattes, volant frénétiquement autour de son visage qu’il tentait de protéger de ses mains. Irrésistiblement, Laguerra, qui avait l’impression d’être plongé en plein cauchemar, reculait pas après pas sous les assauts violents des oiseaux noirs.
F : Maudits volatiles !, hurla-t-il.
Arthur profita aussitôt de l’occasion. D’un geste vif, il se saisit d’une épée posée sur une des étagères et trancha une des cordes suspendues. Un grand globe terrestre qui y était retenu tomba alors lourdement sur la tête du Docteur, qui s’écroula aussitôt sur le sol. Sonné, Laguerra ne bougeait plus.
Zia sortit de sa torpeur et ouvrit les yeux. Arthur courut vers elle, attrapa le précieux sac et s’écria en prenant la jeune femme par la main :
A : Profitons vite de ce répit, partons !

Alors qu’Arthur et Zia quittaient hâtivement le laboratoire de Laguerra, les cinq corneilles se mirent à voler autour d’eux tandis que les autres oiseaux s’envolèrent dans la pièce, s’activant à leur tour à l’attaque du Docteur. Suivis des cinq corneilles, les deux amis dévalèrent les escaliers du minaret. Arthur manqua de trébucher. Après tant d’émotions, ils étaient tous les deux à bout de souffle. Et alors qu’ils arrivèrent au niveau de la cellule, Zia s’effondra :
Z : Arthur, je suis… à bout de force. Mes pouvoirs m’ont épuisée... C’est la première fois que je formule un appel pour… des actions aussi… longues… Je pense que je ne pourrai plus les… Je me sens vide, vide…
Agenouillé, Arthur prit Zia dans ses bras. Elle venait de s’évanouir. Le jeune homme observait les corneilles qui venaient de se poser sur le sol, tout autour d’eux. Arthur se sentait perdu. Ce n’était pas le moment de renoncer. Il ne fallait pas renoncer. Ce moment représentait pour eux leur seule chance de s’enfuir du repaire du Docteur…

Là-haut, dans son laboratoire, Laguerra rampait sur le sol alors que les oiseaux s’acharnaient sans relâche à lui picorer violemment le crâne. Au prix d’un effort intense, il réussit à s’emparer de son masque de cuir qu’il gardait dans une des poches de son manteau, et, péniblement, il parvint à le glisser sur sa tête pour se protéger de l’attaque des corneilles.
Blessé, meurtri, il tentait à grand-peine de se relever. Sa colère, au comble de la fureur et de la cruauté, lui offrit le regain d’énergie dont il avait besoin pour rejoindre l’étagère qu’il cherchait à atteindre. Il y prit une sorte de paire de lunettes renforcées de métal et de cuir qu’il enfila par-dessus son masque pour ne plus avoir à craindre des oiseaux noirs. Il se saisit d’une fiole dont il avala le contenu aussitôt. Puis d’une autre fiole, remplie de liquide vert, qu’il s’empressa de briser sur le sol tout en retenant sa respiration. Il enfourna dans la poche de son manteau trois autres fioles du même type. Rapidement, les corneilles tombèrent une à une sur le sol, alors que Laguerra traversait péniblement la pièce. Là, il actionna une manivelle fixée au mur, et un son vrombissant se fit entendre à l’extérieur, un son métallique, puissant, qui semblait recouvrir l’ensemble de la mosquée.

Plus bas dans le minaret, alors que Zia reprenait ses esprits, Arthur comprit que Laguerra avait déclenché l’alarme, et que les nombreux hommes qu’il avait recrutés allaient très rapidement se mobiliser. Il fallait filer au plus vite.
A : Ne t’inquiètes pas, murmura-t-il en prenant Zia sur son dos, cette fois c’est la bonne, nous allons nous enfuir !

Laguerra atteignit la porte de son laboratoire. Ce qu’il venait de boire allait rapidement le ragaillardir. Se retenant à l’embrasure, il hurla en direction des escaliers, cherchant à atteindre Arthur et Zia :
F : Une seule décision vous séparait de la mort ! Une seule ! Et cette décision, malheureux, vous venez de la prendre ! Les portes de l’Enfer vont s’ouvrir sous vos pieds !

Mais Arthur et Zia étaient maintenant trop loin pour l’entendre. Ils arrivaient enfin au bout du couloir. Zia descendit du dos d’Arthur et, précédés des cinq corneilles, ils s’engouffrèrent en courant dans l’escalier qui conduisait au toit en terrasse. Deux gardes, qui surveillaient le haut des marches, furent surpris par les corneilles qui les forcèrent à reculer, ce qui permit à Zia et Arthur de regagner le toit du mur d’enceinte.
A : Zia, aux machines volantes, vite !, cria Arthur.
Ils coururent en direction de la plateforme installée sur le sommet du porche de la mosquée, mais là, trois autres gardes leur barraient le chemin. Sans réfléchir, Zia tenta de faire diversion en courant dans la direction opposée, laissant Arthur seul alors que celui-ci tenait fermement dans ses bras le sac contenant la statuette et le livre du Mu. Les trois gardes se contentèrent de bousculer violemment Arthur, qui tomba sur le sol de la terrasse, et se mirent à poursuivre Zia. Sous le choc, le sac échappa des mains d’Arthur et manqua de tomber du toit. Mais Arthur le rattrapa juste à temps, alors que les gardes poursuivaient Zia qui courait vers l’ouverture menant à l’escalier qu’ils venaient d’emprunter. Mais les deux gardes qui s’y tenaient se rapprochaient également d’elle. Zia marqua un bref temps d’arrêt et cria à Arthur :
Z : Confie le sac à Esteban et Tao, quoi qu’il arrive !
A : Zia, non !!! Attends, Zia !!!, hurla Arthur en courant dans la direction de la jeune femme.
Des croassements de plus nombreux se firent entendre dans le ciel et couvrirent le son persistant de l’alarme. Une nuée d’oiseaux noirs se tenait au-dessus de la mosquée, tournoyant en cercle, fonçant au-dessus des murs d’enceinte, puis s’élevant à nouveau, puis fondant encore, comme des vagues menaçantes se renouvelant sans cesse. Et alors que Zia s’apprêtait à courir en direction d’Arthur en évitant les gardes, un long sifflement se fit entendre derrière elle : un fouet dansait en cercle au-dessus de la tête du Docteur qui, contre toute attente, avait réussi à les suivre rapidement. Etrange parallèle entre le cercle tournoyant des corneilles et le cercle formé par le fouet agité. Laguerra laissa éclater un rire sinistre arraché à son masque de cuir qui lui donnait une allure terrifiante. Zia se retourna brusquement et tenta de prendre son élan pour rejoindre Arthur, mais la langue du fouet de Laguerra s’enroula sournoisement autour de sa cheville. Retenue par le fouet tendu qui la reliait irrésistiblement à son ennemi, Zia trébucha et s’écroula sur le sol. Alors une multitude de corneilles fondirent sur les gardes qui aussitôt furent pris de panique. Paralysés, les gardes agitaient leurs bras pour éviter que les oiseaux ne blessent leurs visages.
F : Emparez-vous du garçon, c’est un ordre !, hurla Laguerra.
Mais les gardes, trop occupés à se protéger de l’attaque des corneilles, ne prêtaient pas attention aux ordres de Laguerra. En reculant, l’un d’entre eux posa un pied dans le vide, perdit l’équilibre et tomba brutalement du mur d’enceinte.
F : Allez, résistez, bande d’incapables ! Vous n’allez pas reculer devant quelques oiseaux ! Je triplerai votre solde !
D’autres corneilles s’approchèrent du Docteur et tentèrent de s’en prendre à son visage. Mais, protégé par ses lunettes et son masque de cuir, le Docteur ne bronchait pas. C’est à peine si ces oiseaux le ralentissaient alors qu’il se rapprochait lentement de Zia, tout en enroulant son fouet.
Z : Pars Arthur ! Laisse-moi !
A : Non, Zia !, cria Arthur dont les larmes brouillaient le regard.
Un garde redoublait d’effort en luttant contre les corneilles, agitant désespérément la main, tout en retenant Arthur du bout de sa lance acérée. Mais immanquablement distrait, il ne pouvait empêcher Arthur d’avancer pas à pas.
Z : Vas t-en ! Et fais ce que je t’ai dit !
Tout en retenant Zia à l’aide de son fouet, le Docteur leva son bras et pointa son pistolet en direction du jeune homme qui tentait de se rapprocher d’eux. De nombreuses corneilles se mirent alors à voler juste au-dessus de Zia, et tout autour d’elle, formant un étonnant bouclier tournoyant, un bouclier vivant. Zia elle-même n’en revenait pas d’être entourée d’un vol d’oiseaux la protégeant de son ennemi. La mort dans l’âme, Arthur dû se résoudre à exécuter la demande de Zia. Il luttait contre lui-même, cherchant en lui la force de renoncer et le courage de faire demi-tour pour s’emparer seul d’une des machines volantes. Il n’avait pas le choix. Il devait partir, s’enfuir et laisser Zia seule. Peut-être serait-elle encore protégée quelques temps par la nuée d’oiseaux qui volait à son secours…

Mais à cet instant, une détonation déchira les airs, comme en écho à son propre déchirement intérieur. Laguerra venait de tirer et n’avait pas raté sa cible. Arthur senti son corps frémir, secoué par un feu mordant : cruelle, la balle avait entamé sa chair en pénétrant son bras, qui saignait abondamment. Fébrile, en larmes, Arthur regagna péniblement la plateforme où se tenaient les deux ailes volantes, que Zia avait appelées « Zephtys » en se remémorant une de ses aventures. Lorsqu’il atteignit la première des machines, il se saisit d’une barre de fer qui trainait là et s’acharna, usant de toutes les forces qui lui restaient, à en détruire les commandes de pilotage. Affaibli mais plein de rage, il lui semblait qu’il portait ses coups sur Laguerra lui-même. Puis il monta à bord de la seconde machine volante dont il actionna le mécanisme d’allumage. Arthur ressentait une immense détresse. Il regrettait d’avoir laissé ses sentiments pour Zia troubler son esprit, alors qu’il n’aurait dû penser qu’à une seule chose : la protéger et la sauver. Protéger celle qu’il aimait… Il regrettait la suite de mauvaises décisions qu’il avait prises, et qui les avaient conduits à cette impasse fatale. Il regrettait de ne pas s’être enfui avec Zia plus tôt, quand ils en avaient eu l’occasion. Il s’en voulait d’avoir lamentablement échoué si près du but…
Serrant contre lui le sac que lui avait confié Zia, il n’avait plus alors qu’une seule idée en tête : rejoindre Isabella, la fille du Docteur dont il est le complice, et retrouver les amis de Zia. Ensuite, ensemble, ils trouveraient sûrement un moyen de sauver la jeune femme, et d’arrêter définitivement le Docteur Fernando Laguerra. « L’union fait la force, paraît-il… Et ce monstre diabolique se rapproche irrémédiablement de sa chute… », se disait-il pour se rassurer. Le cœur brisé, Arthur actionna les commandes de la machine volante qui prit aussitôt son envol.

Fernando Laguerra le regarda s’enfuir par les airs, grommelant que le jeune homme « lui paierait ça ». Il était furieux de savoir que la statuette et le livre de Mu lui avait échappés, même s’il ne mesurait pas encore toute la portée de cette perte. Le Docteur sortit alors les trois fioles qu’il avait gardées dans les poches de son manteau et les brisa sur le sol, près de Zia qui, presque instantanément, tomba dans un profond sommeil.
F : Voici comme qui dirait un « retour à l’envoyeur », n’est-ce pas ?! Fais de beaux rêves, Zia ! Ils t’apprendront peut-être qu’on n’échappe pas à son destin comme ça !
Alors, comme par enchantement, tous les oiseaux regagnèrent peu à peu le ciel, et s’envolèrent progressivement vers la forêt. Le Docteur pu enfin retirer ses lunettes et son masque, découvrant la cicatrice qui coupait son visage et les nombreuses plaies sanglantes infligées par les corneilles, complices provisoires de l’Inca. Le Docteur se pencha vers la jeune femme en ricanant. Il lui arracha son médaillon, qu’il glissa aussitôt dans la poche de sa chemise.

Du côté de Esteban, Tao, Isabella et Mendoza

Esteban fut plus que soulagé de voir enfin apparaître Mendoza. Les badauds s’étaient enhardis au point d’essayer de grimper sur le condor ou de gratter un peu d’or, croyaient-ils, à l’aide d’instruments divers. Quand le bec s’ouvrit pour laisser monter Mendoza, il y eut un moment de flottement dans la foule, mais certains s’approchèrent et auraient commencé à gravir les échelons si le marin ne les avait pas bousculés rudement, et n’avait pas repoussé d’un coup de botte les quelques mains qui cherchaient déjà à s’accrocher aux barreaux. Esteban décolla sans plus attendre, tandis que la cape de Mendoza claquait au vent ; puis le bec se referma, et la foule désappointée vit disparaître l’oiseau d’or qui emportait avec lui leurs rêves de richesse.
E : Enfin, Mendoza, t’en as mis du temps, une minute de plus et je les écrasais tous sous les pattes du condor !
T : non, Esteban, il a été extrèmement rapide, c’est juste une question de perception relative du temps, comme diraient mes ancêtres…
E : Ah non, pas maintenant, Tao, ça va, j’ai compris, j’ai le droit d’être anxieux, non ? Au fait, qu’est-ce qu’il a dit ? Il va nous aider ?
M : je pense avoir été suffisamment persuasif, mais avec Gomez, on ne sait jamais..en tout cas nous devrons nous débrouiller seuls dans un premier temps, il va falloir assurer…
E : et que proposes-tu ?
I : dépose-nous à bonne distance de la propriété, Mendoza et moi allons-nous introduire furtivement, vous deux vous ferez diversion le temps qu’on puisse entrer et finir le boulot, tu pourras ensuite te poser dans la cour en renfort une fois qu’on sera entré…
E : finir le boulot….tu crois toujours que je vais te laisser à toi toute seule le plaisir d’éliminer ce monstre !
M : Esteban, ça suffit ! on en a déjà parlé, tâche de te contrôler et fais ce qu’Isabella te demande, de toute façon, on ne sait pas comment nous allons être reçus. Attends que nous t’ayons fait signe avant de te poser, mais surtout ne compromets pas notre éventuelle retraite en laissant le condor tomber aux mains de Laguerra.
T : peuh, il y a pas grand risque que ça arrive tout de même…
E : et si on doit mourir pour Zia, on mourra !
Tous se turent. Esteban avait raison, cette attaque allait déterminer leur sort à tous. Si forte que soit leur envie de vivre et d’être heureux, il leur fallait d’abord affronter cet ennemi implacable qui ne les laisserait jamais jouir de leur bonheur tant qu’un souffle de haine animerait sa carcasse efflanquée. Et l’issue de l’affrontement était terriblement incertaine. Mais leur détermination était totale ; quant à leur propre haine du Docteur, elle pouvait s’avérer être leur meilleure alliée, comme leur pire ennemie. Mendoza rompit le silence.
M : nous approchons, je reconnais cette vallée. Dépose-nous dans ce pré, au bord du ruisseau. Nous allons remonter son cours, si je me souviens bien il se retrouve un peu avant la propriété à couvert d’un bois, celui précisément qui nous permettra de gagner l’arrière du bâtiment, d’après la carte. Laissez-nous une bonne demi-heure, afin que les éventuels gardes soient occupés par votre attaque au moment où il nous faudra franchir cet espace à découvert, là, entre le bois et le mur d’enceinte.
I : c’est parfait. Esteban, Tao, bonne chance. Vous pouvez compter sur nous. Je ne le raterai pas.
E : compris. Bonne chance à vous.
Esteban posa le condor. Au moment où Mendoza et Isabella en descendaient, Esteban interpella son ami :
E : Mendoza !
Il hésita, puis, d’une voix ferme ajouta :
E : prends bien soin de Zia, si tu la trouves avant moi…
M : je te le promets, Esteban. A très bientôt…soyez prudents.
Esteban et Tao regardèrent Mendoza et Isabella filer le long du ruisseau.
T : bon, faudrait que j’étudie de plus près le système d’armement du condor, puisqu’on a un peu de temps devant nous…
E : t’as intérêt, oui, parce que j’ai des envies de destruction…
T : oui, enfin, c’est surtout pour protéger les autres qu’on en a besoin, au cas où Laguerra possèderait des armes un peu plus sophistiquées que des canons, ce dont je doute toujours, personnellement.
E : comme tu veux…mais j’aimerais bien savoir si c’est opérationnel ou pas !
T : à vos ordres, chef ! Alors, si je me souviens bien, il fallait appuyer là, puis là…
E : et aussi là…mais la dernière fois on n’a pas réussi à obtenir une puissance satisfaisante.
T : oui, je sais bien, il y a toujours un truc qui m’échappe…raaah, mais où ça peut bien être, et puis, je suis sûr que le rayon est directionnel, mais…
E : bon, tu verras ça en route, il va falloir y aller, de toute façon je supporte pas d’être coincé là, il faut que je bouge !
Esteban décolla sans plus tarder, malgré les protestations de Tao, et se mit à faire des cercles dans le ciel. Soudain Tao remarqua un point blanc qui volait vers eux…..

Tao et Esteban remarquère l'engin volant entrain de se poser non loin…
T : Esteban regarde va rejoindre cette chose.
E : tu plaisante on à pas le temps !
T : réfléchi tu en connais beaucoup des engin volent ! Sa vient forcement de cher Fernando ! Peut-être que le pilote nous a vu déposer les autre il faut en avoir le cœur net !
E : Bon d’accord, mais fait vite !

Le condor se pose a cotée de l’engin, Tao rejoins le mystérieux pilote, d’après la description d’Isabella il reconnait Arthur…
T : Arthure mais tu devrais être entrain d’aider Isabella et Mendoza a entré dans le domaine, qu’es que tu fais là ?!
E : Arthur mais qu’est-ce qu’il fait la !
A : Vous devez être les amis de Zia…
Esteban réfléchit rapidement, il se disait que la probabilité que ce ne soit pas LE Arthur dont parlait Isabella était assez forte.
Néanmoins, comprenant qu'il n'était pas le temps de débattre sur Arthur, il répondit immédiatement.
E : Oui, c'est nous, lui c'est Tao, et moi, tu auras deviné qui je suis.
A : Oui, Zia m'a parlé de vous, je dois...aïe...vous informer rapidement de la situation...
T : Que se passe-t-il ? demanda Tao avant qu'Esteban puisse répondre.
E : Zia...est encore retenue par ce chien de Laguerra, c'est ça ?
Esteban avait la voix grave et pleine de rage, il avait deviné qu'Arthur n'était pas à la hauteur pour protéger Zia, il savait qu'Isabella avait fait le mauvais choix.
Il l'avait pressenti, même en pensant ne pas connaitre cette personne.
A: Esteban, je devine que tu es enragé contre moi car je n'ai pas sauvé Zia, j'étais obligé de sortir car je dois vous remettre...ceci...ce doit être pour toi Tao.
T : Non, ce n'est pas cela, non...
Il prit l'artefact des mains et s'éloigna de nos deux héros.
Esteban et Arthur étaient face-à-face, un silence pesant envahissait le lieu.
Esteban était en colère, il voulait rejeter sa haine sur Arthur, sur cet inconnu, mais il réussissait miraculeusement à se retenir.
A : Bon, que l'on soit clair, je ne viens pas pour que tout le monde soit enragé envers moi, tiens, écoute...
Il lui raconta tout, absolument tout, les ordres et les plans de Laguerra, ses projets, sa folie, sa haine...
A : ...et donc en voulant s'enfuir Laguerra a attrapé Zia avec son fouet, elle m'a suppliée de partir avec l'aile volante que tu as vue, et je me suis pris cette fichue balle dans l'épaule.
E : ...et donc, cet artefact, tu dis qu'il est actionnable avec nos médaillons...
A : Oui, je pense qu'il veut épouser Zia afin d'avoir son médaillon, et aussi pour t'attirer et te tuer afin qu'il aie les deux médaillons.
Arthur parlait avec une voix mêlée de haine, de rage, et honte.
E : ‘’Si seulement il savait…’’
Esteban comprit à cet instant précis qu'Arthur est de son côté.
Il lui tendit la main.
E: Écoute, je veux bien m'allier à toi, mais je te jure que si Laguerra fait, ne serait-ce qu'une égratignure à Zia, je te promet que tu mourras dans d'atroces souffrances.
A : Compris, Esteban.
T : LES GARS, JE SAIS CE QUE C'EST !
A : Zia m'en a parlé avant toi, je sais ce que c'est, mais je n'ai pas eu vraiment le temps d'expliquer
T (rouge comme une tomate) : Ah.. euh.. pardon, mais c'est juste incroyable que cet artefact sacre aie été volé par Laguerra, je ne croyais même pas à son existence !
E : Pourquoi tu dis ça ?
T : Cette statuette n’est pas seulement une représentation de Quetzalcóatl, que certains comparent avec une certaine Venus dans une mythologie qui m’est inconnue…
A : La mythologie Romaine ? Mais c’est très connu ici dans le Vieux continent…
T : Peut-être…mais je viens de comprendre ce rapprochement, Venus est censée être la déesse de l’Amour, et sur le totem, on peut lire une inscription.
A« Le Serpent Ailé… reconnaît… les cœurs… qui croient en l’Homme » et « Quetzalcóatl préside… à leur… union »…, c’est Zia qui a lu ça, elle m’a épatée.
Esteban ne dit rien, ce n’était pas le moment de divaguer…pas maintenant.
T : Bien, je pense qu’en fait, les deux médaillons ne sont pas utilisés que pour une certaine symbolique…si vous voyez ce que je veux dire, mais qu’ils représentent une puissance jamais encore attente, une puissance qui aurait permis l’union de l’Atlantide et de Mu, mais jamais il ne fût possible de réussir cet exploit
E : Pourquoi ?
T : Euh...L'Atlantide et l'Empire de Mû...alliés...non je ne pense pas que cela aurait été possible, sachant ce qu’ils s’envoyaient sur la gueule…
Esteban se sentit vexé par la remarque de son ami.
Tao entreposa les 2 précieux Object dans le condor pour les mettre a l’abri.
A : Bon, trêve de discussion, il faut sauver Zia, je sais ce que Laguerra peut faire, et je pense pas que cela soit catholique...
T : Avec l'armement du Condor, on va le vaincre ce Docteur à la noix, mais il faut que...ESTEBAN ?!
Esteban s'était rué vers le Condor à toute vitesse, si Laguerra pouvait aller jusque-là...que pouvait-il faire d'autre ?
E : ''Zia, ne t'en fait pas, tu va t'en sortir'', pensa-t-il... et il décolla...
T : Non mais quelle tête de mule celui-là, il vas faire comment pour utiliser les arme… (son amour finira par le perdre un jour, heureusement que je suis la pensa-t-il)
A : Bon on doit y aller sans tardé…
Ils prirent l’aile et partir en suivant le condor.

Pendant ce temps du cotée de Mendoza et Izabella :

Mendoza et Isabella progressaient rapidement le long du cours d’eau, à travers une prairie à l’herbe déjà desséchée par le soleil de juin ; ils apercevaient les contreforts escarpés de la montagne au pied de laquelle se trouvait le repaire de Fernando Laguerra. L’endroit était désertique, mais on distinguait bien un chemin sur l’autre rive , qui suivait plus ou moins le tracé du ruisseau et qui conduisait à n’en pas douter à cette mosquée autrefois abandonnée qu’avait choisie le Docteur pour préparer en secret sa vengeance. Elle leur apparut soudain, après qu’ils eurent gravi un terrain en pente où les rochers remplaçaient peu à peu la végétation, rendant leur progression plus difficile. Le minaret se dressait à l’angle d’un mur d’enceinte qui semblait avoir été réparé et renforcé récemment, contrairement à ceux des quelques vestiges du village qui parsemaient le plateau où ils étaient parvenus. Ce plateau s’élevait progressivement en pente douce vers le promontoire sur lequel la mosquée avait été construite. Du haut du minaret on pouvait à l’évidence surveiller les alentours, car il dominait aussi bien le plateau devant la propriété, que le sommet du premier contrefort de la montagne. Même s’ils étaient arrivés par le flanc droit, sans emprunter le chemin d’accès au site, et ne faisaient pas face à la mosquée, encore distante d’une bonne demi- lieue, le risque était grand qu’ils se fassent repérer. Ils se hâtèrent donc de gagner le couvert du bois qui s’étirait jusqu’au ravin situé derrière le promontoire. Le condor ne tarderait bientôt plus à apparaître, et il leur faudrait être à ce moment là prêts à entrer dans la place. Le bois était dense, et il leur fallait sans cesse éviter des racines ou des branches mortes, écarter des rameaux souples comme des fouets qui venaient cingler leur visage ; Isabella les repoussait avec toute la rage que lui insufflait sa soif de vengeance. Il lui semblait que ces arbres , qui lui offraient pourtant la protection de leurs feuillages épais, cherchaient à entraver sa course et à la retenir de commettre l’irréparable. Son souffle se fit plus court, haletant, sa poitrine se serra sous l’effet d’une angoisse qu’elle sentait monter en elle sans pouvoir la maîtriser. Sa bouche s’emplit de ce goût de terre qui hantait ses nuits, lors de ces cauchemars où elle croyait étouffer, enfermée dans un cercueil par les soins de son père. Elle accéléra sa course. Il lui fallait atteindre au plus vite la limite du bois, se débarrasser de ces entraves végétales, respirer un air débarrassé de l’humidité de cette terre lourde, de ces feuillages pourrissants qui la ramenaient dans les profondeurs de sa tombe, il lui fallait revoir la lumière du soleil, vite. Soudain, son bras gauche fut pris dans un étau, elle se sentit tirée en arrière. Elle poussa un cri, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Affolée, elle n’entendait que les battements sourds de son cœur qui résonnaient à ses oreilles ; la lumière du soleil avait disparu, la pénombre des sous-bois l’enveloppait. Elle lutta pour s’arracher à cette obscurité mortifère, en vain. Au moment où ses forces l‘abandonnaient, elle perçut à travers le bruit assourdissant de son cœur une voix familière, une voix lointaine, une voix qu’elle avait cru oubliée.
M : Isabella ! Isabella !
Mendoza la tenait fermement, et peu à peu elle prit conscience de la chaleur de ses doigts plaqués sur sa bouche, elle vit son visage se détacher de la pénombre environnante, elle sentit la présence de son corps ; pourquoi la regardait-il ainsi ? que faisait-il ici, auprès d’elle ?
M : Isabella…calme-toi…je vais enlever ma main, mais pas un bruit, d’accord ?
Elle acquiesça. La course dans les bois, la mosquée, la mission, tout lui revenait. Ils étaient parvenus à la limite de l’espace boisé, et elle avait failli se jeter à découvert sans avoir vérifié que la voie était libre jusqu’au ravin qui devait les mener à l’entrée secrète. Le visage de Mendoza trahissait son inquiétude, mais il s’efforça de maîtriser le ton de sa voix.
M : je crois que tu t’es laissée emporter par ton élan…est-ce que ça va ?
Elle baissa les yeux, ne sachant encore si elle devait répondre par l’affirmative. Elle commençait à réaliser ce qui lui était arrivé, et elle devait se reprendre sans tarder, avant que…
M : tu devrais peut-être rester ici…je vais y aller seul, ça vaudra mieux.
I : pas question ! Et lâche-moi, tu me fais mal !
Elle tenta de se dégager, furieuse.
I : je vais parfaitement bien ! Et nous sommes en train de perdre du temps, Esteban est sûrement déjà arrivé !
M : bon, je vois que tu as retrouvé tes esprits, mais si tu es incapable de te maîtriser tu risques de nous mettre tous en danger.
I : lâche-moi, je te dis !
M : pour que tu te précipites à nouveau au-devant du danger, sans réfléchir ?
I : je ne sais pas ce qui m’a pris, ça n’arrivera plus !
M : Isabella…tu n’es pas obligée de faire ça…laisse-moi y aller seul.
I : lâche-moi…
Elle avait répété son ordre d’un ton calme mais déterminé. Elle sentit la pression se relâcher sur son bras gauche.
M : excuse-moi…mais on dirait que depuis que je t’ai retrouvée, je dois sans cesse te retenir…Isabella…te perdre une nouvelle fois…
I : tu ne me perdras pas. Le tuer, c’est le seul moyen pour que je sois entièrement à toi.
M : soit, mais tu ne m’empêcheras pas de te protéger contre toi-même : si tu perds encore le contrôle, j’interviendrai, que ça te plaise ou non !
Par TEEGER59
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26_mendoza essaye disuader Isabella attaquer(TEEGER59).PNG (296.84 Kio) Consulté 3866 fois
Isabella soupira. Elle redoutait désormais de se laisser à nouveau submerger par le passé. Que se passerait-il quand elle serait face à son père ? Comment réagirait-elle ? N’allait-elle pas perdre tous ses moyens ? Elle n’avait pas le droit à l’erreur, trop de vies dépendaient de sa réussite. Mais elle savait que sa volonté ne suffirait pas et qu’elle risquait de se retrouver plongée en plein cauchemar, happée par le trou noir du traumatisme que la seule présence de son père risquait de raviver en elle. Elle s’était crue redevenue forte grâce à la haine qui l’animait, elle découvrait à présent qu’elle était plus vulnérable que jamais à l’approche du moment crucial, incapable de maîtriser ses émotions et ses angoisses. Consciente de sa faiblesse, et du risque qu’elle faisait ainsi courir aux êtres chers dont le sort dépendait de la mort du Docteur, elle ne pouvait cependant plus reculer. Le destin devait s’accomplir, et elle devait en être l’instrument ; cette fois, elle ne subirait pas, elle agirait, quelles qu’en soient les conséquences. Elle s’efforça alors de répondre avec aplomb.
I : très bien, allons-y à présent. Je suis prête.
Mendoza ne fut pas dupe de ce mensonge, mais il n’avait que trop conscience de son impuissance à sauver Isabella de ses démons, et de la nécessité pour la jeune femme de s’y confronter. Ils allaient les affronter ensemble. Ensemble, ils seraient plus forts. Ensemble, ils allaient vaincre, ou périr.
Il s’approcha de l’orée du bois, suivi d’Isabella. Ils pouvaient apercevoir sur leur gauche le mur qui dominait le ravin séparant la mosquée de la montagne. Un homme armé y faisait sa ronde. Ils reculèrent aussitôt à l’abri des feuillages. Isabella attira l’attention de son compagnon.
I : tu vois ce surplomb rocheux, à l’entrée du ravin ? si nous l’atteignons, personne ne pourra détecter notre présence; d’après le plan, il faut suivre le ravin sur quelques mètres pour trouver le soupirail.
M : pour l’instant, pas question de bouger d’ici, la distance est trop grande jusqu’au ravin, le garde nous repèrerait facilement.
I : ne t’inquiète pas, je ne vais pas te fausser compagnie….mais s’ils tardent trop…
Mendoza ne répondit pas. Il jeta un coup d’œil vers sa compagne. La nervosité d’Isabella était perceptible dans tout son être, de sa moue boudeuse qui la rendait si craquante en d’autres circonstances, à son poing crispé sur la garde de son épée. Elle ne tiendrait pas longtemps. Il esquissa un geste vers son visage, espérant l’apaiser ; elle tourna la tête vers lui ; à ce moment là leur parvint le bruit d’une explosion, des cris retentirent. Isabella reporta immédiatement son regard vers l’enceinte de la propriété, pleine d’espoir.
I : l’attaque a commencé !
Elle se précipita en avant pour mieux voir, mais Mendoza, prudent, la devança et se planta à la limite du bois, son bras gauche écarté pour déployer sa cape en écran afin de stopper la jeune femme.
Par TEEGER59
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27_Mendoza Bloque Isabella (TEEGER59).PNG (260.59 Kio) Consulté 3866 fois
Il scruta le mur où se tenait auparavant le garde. Une épaisse fumée s’élevait en colonne au dessus de la mosquée. Le garde avait disparu.
M : comment diable ont-ils pu…
I : là ! regarde ! c’est Tao !
Isabella pointait le ciel : un engin aux ailes blanches tournoyait au-dessus de la mosquée, suivit du condor, une deuxième bombe fut larguée, provoquant le même résultat que la première.
28_arrivée condor avec Zephti cher  Fenando.JPG
M : un zephti ?! mais comment est-ce possible ?
I : les questions, ce sera pour plus tard, la voie est libre, profitons-en ! Oh !
Isabella s’interrompit brusquement ; elle venait d’apercevoir un deuxième homme accroché au zephti. Elle le reconnut immédiatement.
I : Arthur ! mais que fait-il avec Tao ?
M : Quoi ? tu n’avais pas dit qu’il devait venir nous ouvrir l’entrée secrète ? il t’a trahi, Tao est en danger !
I : non, regarde, il l’aide ! il détache les bombes !
M : on dirait que ce garçon a un sacré esprit d’initiative… vous devez bien vous entendre….mais pour l’instant il n’est pas là où il devrait être…
I : on se passera de lui !
La jeune femme bouscula Mendoza et fonça vers l’entrée du ravin, le marin sur ses talons. Une fois à l’abri du surplomb rocheux, ils reprirent leur souffle.
M : ne fais plus jamais ça !
Pour toute réponse, Isabella reprit sa course le long de la paroi rocheuse, jusqu’à l’entrée du soupirail, aussitôt rejointe par Mendoza.
I : tiens, aide-moi !
Elle avait déjà sorti sa poudre et entreprenait d’en verser dans la serrure massive d’une grille aux barreaux d’un diamètre impressionnant.
M : on dirait que tu te débrouilles très bien sans moi…
I : recule !
Elle s’était saisie de son pistolet après avoir fourré d’un geste brusque la bourse désormais vidée de sa poudre dans la main de son compagnon.
M : laisse-moi au moins le temps d’allumer la mèche…et recule donc, toi.
Isabella lui jeta un regard noir mais s’exécuta, allant se plaquer contre la paroi à quelques mètres de la grille. Le souffle de l’explosion surprit Mendoza alors qu’il la rejoignait, le laissant un court instant étourdi. Il n’en fallut pas plus à Isabella pour lui fausser compagnie et se précipiter dans les entrailles du promontoire rocheux sur lequel se dressait le repaire de Laguerra.

Du cotée de Tao Esteban et Arthure :

Dans les airs, Tao rivalisait de dextérité avec Esteban pour éviter les boulets de canon tirés par les hommes de Laguerra qui, surpris d’abord par l’apparition du condor et les bombardements depuis le zephti, organisaient à présent une riposte intense, malgré les rase-mottes du condor pour les faire fuir et les empêcher d’utiliser leurs canons et leurs armes à feu. Esteban parvenait bien à créer des appels d’air pour les déstabiliser, mais ils semblaient déterminés, chargeant et rechargeant sans cesse. La cour avait disparu sous un épais nuage de fumée, dissipé par les passages du condor et reformé aussitôt suite aux explosions qui se succédaient sans relâche. Tao prit de la hauteur, il ne distinguait plus rien, le danger était extrême, et à tout moment une collision avec l’oiseau d’or pouvait être fatale aux deux passagers du zephti.
T : pas de doute, Laguerra est bien préparé…il reste encore des bombes ?
A : non, j’ai tout largué !
T : j’espère au moins que Mendoza et Isabella ont pu profiter de notre diversion !
Soudain, le condor surgit à leurs côtés, Esteban ouvrit le cockpit et les interpella.
E : eh, ça va ?
T : ça baigne !
E : j’ai aperçu Mendoza tout à l’heure, ils doivent être entrés comme prévu !
T : et nous, qu’est-ce qu’on fait ?
A : Attention !
Tao eut tout juste le temps de virer à droite, il évita le bec du condor de justesse en passant en dessous : une deuxième aile volante avait surgi sur sa gauche, avec deux hommes, dont l’un était armé. Une balle troua la toile juste au-dessus de la tête d’Arthur. Esteban manoeuvra aussitôt pour tenter de faire chuter ce second zephti, mais le pilote était adroit et prit brusquement de l’altitude, échappant au danger, tout en larguant une de ses bombes. Esteban eut tout juste le temps de refermer l’habitacle. La bombe explosa en touchant le côté droit de la tête du condor, sans causer le moindre dégât.
E : s’ils croient qu’ils sont de taille…
29_ Le condor cher Fernando.JPG
Au même instant, un choc déstabilisa l’engin. Les coups de canon reprenaient de plus belle ; le nuage de fumée s’était presque entièrement dissipé, et Esteban aperçut sur la plateforme dressée au-dessus de l’entrée de la cour la silhouette ridiculement petite de son pire ennemi, qui gesticulait pour donner des ordres vains à ses hommes.
E : te voilà ….on dirait que tu t’es rendu compte que tes boulets ne sont pas plus efficaces que des brindilles...attends un peu que je t’envoie valser !
Il fit plonger le condor droit sur la plateforme. Le feu s’intensifia, des boulets ricochèrent contre les parois d’orichalque et retombèrent sur la mosquée, provoquant la panique des mercenaires à la solde de Laguerra. Esteban les vit s’enfuir de tous côtés en abandonnant leur chef, qui s’était immobilisé et dardait son regard haineux sur le majestueux engin qui le mettait en échec, ruinait ses plans de vengeance et risquait de le percuter à la fin de son vol en piqué suicidaire. Quelques secondes encore et il saurait si la haine qu’ Esteban lui vouait égalait en intensité la sienne, au point de lui faire sacrifier sa propre vie, et de risquer celle de sa chère Zia en percutant la tour carrée du minaret avec l’aile de cet oiseau apparemment indestructible, qui ne manquerait pas d’éventrer la tour et de provoquer ainsi la perte de la jeune fille. « Quelle mort stupide et inutile ce serait.. » pensa le Docteur, et il bondit aussitôt de côté pour courir vers le minaret. Cette fuite soudaine tira Esteban de l’état quasi hypnotique où l’avait plongé la contemplation de ce point minuscule qui ne cessait de grandir à mesure que le condor se rapprochait de sa cible ; il vira brusquement de l’autre côté afin d’éviter le minaret. L’aile gauche rasa le sommet de la tour de si près qu’elle l’amputa de quelques pierres, tandis que l’aile droite heurtait violemment la plateforme, déstabilisant le condor. Esteban le redressa de justesse et repartit en flèche vers le ciel. Quand il eut enfin stabilisé l’engin et put regarder en bas, il constata que Laguerra avait disparu. Il réalisa alors qu’il avait laissé Tao sans protection pendant sa folle plongée, et chercha à repérer le zephti de son ami. Il le vit bientôt volant au-dessus des ruines du village, l’autre engin à ses trousses. Tao s’efforçait d’éviter les tirs du mercenaire en zigzaguant à toute allure, prenant des risques insensés. Arthur se cramponnait du mieux qu’il pouvait, mais Esteban le vit soudain lâcher prise d’une main ; il se rattrapa aussitôt, non sans avoir heurté violemment l’ossature du zephti.
E : ils vont finir par s’écraser!
Le jeune Atlante fonça à leur rescousse, provoquant la fuite de l’ ennemi, qui se replia vers la mosquée.
E : attends un peu, je vais te clouer au sol définitivement !
Il prit de l’altitude afin de se trouver au-dessus de ses adversaires, qui, constatant la manœuvre du condor, continuèrent droit sur la montagne pour l’obliger à virer, espérant ainsi lui échapper tandis que l’aile volante plongerait, elle, vers le ravin trop étroit pour l’envergure de l’oiseau. Cette tactique fonctionna parfaitement. Esteban fut contraint une fois de plus à abandonner sa proie. Son exaspération augmentait de minute en minute. Non seulement il ignorait le sort de Zia, mais il en était réduit à effectuer un ballet aérien inutile au-dessus de cette mosquée dont la configuration et l’emplacement gênaient ses actions. Il devait mettre fin à cette impuissance, mais encore fallait-il que l’occasion se présente…ou qu’il provoque lui-même cette occasion. En disparaissant derrière la montagne, il ferait croire à ses ennemis que le champ était libre…Le zephti ne tarda pas à sortir du ravin et le pilote, constatant la disparition du condor, et voyant que l’autre aile volante était en train de survoler le minaret, effectuant ce qui semblait être un vol d’approche, se dirigea vers la tour pour une nouvelle attaque. C’est le moment que choisit Esteban pour fondre sur lui.
E : cette fois, je vais t’exploser !
Et il appuya successivement sur les touches du tableau de bord comme Tao l’avait fait. Les voyants lumineux s’activèrent les uns après les autres. Esteban était à présent à la verticale exacte du zephti.
E : bien…et maintenant, la touche finale !
Il appuya triomphalement, mais le voyant ne s’alluma pas.
E : bon sang, mais pourquoi ça ne marche pas ! Pourtant Tao a bien dit…
Il s’interrompit, réalisant soudain qu’il n’avait pas vraiment écouté ce qu’avait dit Tao et qu’il était incapable de se souvenir de ses paroles exactes. Il tapa rageusement du poing sur le tableau de bord.
E : Esteban, quel crétin tu es !
Au même moment, Arthur interpella Tao. Ce dernier s’efforçait d’effectuer une manœuvre qui permettrait au jeune Français de prendre pied au sommet du minaret ; en effet, il avait remarqué qu’Arthur était à bout de forces et ne parviendrait plus longtemps à se maintenir accroché à l’aile volante ; ils n’avaient non plus aucune certitude de la présence de Mendoza et Isabella dans la place, et Zia était plus que jamais en danger. Mais leur ennemi se rapprochait dangereusement ; une balle siffla aux oreilles de Tao.
A : Tao ! c’est trop dangereux, on ferait mieux de se replier, tant qu’Esteban ne les aura pas éliminés, on ne pourra rien tenter !
T : ouais, je me demande ce qu’il attend ! Accroche-toi, je vire à tribord !
A : eh ! regarde, le bout des ailes du condor !
T : ah ah ! il s’est enfin décidé, c’est pas trop tôt ! mais il risque de mettre le feu à tout le bâtiment !
A : Quoi ?! et Zia ?!
T : attends, c’est pas encore fait…regarde…il ne se passe rien…évidemment, il ne m’a pas écouté jusqu’au bout…comme toujours…et ça va nous retomber dessus !
Une nouvelle balle vint trouer la toile des voiles latéraux.
A : si ça continue on va être forcés d’atterrir !
T : si on n’a pas la peau trouée avant !
A : moi, c’est déjà fait ! écoute, dépose-moi n’importe où, je vais chercher Zia !
T : n’importe où, t’en as de bonnes…on nous canarde de partout !
A : si Esteban nous couvre, tu peux essayer de me déposer dans la cour, le condor fera écran entre les tirs des canons depuis les plateformes et nous.
T : ça devrait être possible, si l’autre enragé nous lâche..
A : plonge ! maintenant !
Pendant leur échange, Arthur avait gardé l’œil rivé sur le condor, tandis que Tao se concentrait pour semer le zephti ennemi. Il avait attendu qu’Esteban chasse l’aile volante d’une poussée latérale pour lancer son ordre à Tao, juste au moment où ils survolaient la cour et qu’une certaine accalmie dans les tirs était survenue, après une dizaine de salves successives. Esteban, en les voyant plonger, comprit immédiatement leur plan et se positionna au-dessus d’eux de manière à faire écran. Il descendit progressivement jusqu’à être en position de vol stationnaire au ras du sol, leur laissant juste la place de manœuvrer. Arthur sauta dans la cour dès que Tao fut assez près du sol.
A : rejoins Esteban dans le condor, activez son armement ! dès que vous nous verrez sortir dans la cour, détruisez tout !
Un impact violent projeta une gerbe de terre tout près de lui et l’empêcha de continuer. Les tirs avaient repris, ricochant sur le condor.
T : compris ! cours te mettre à l’abri ! on compte sur toi !
Sur ces dernières paroles, Tao reprit de l’altitude afin d’échapper au danger et de tenter de rejoindre Esteban, loin des tirs meurtriers. Arthur disparut dans le bâtiment principal. Le condor s’éleva majestueusement au-dessus de la cour, parfaitement insensible aux chocs qui ne parvenaient pas à entamer sa surface resplendissante.
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Du cotée de Mendoza Isabella et Arthure

Isabella n’avait qu’une courte avance sur Mendoza, qui s’était lancé à sa suite dans le couloir sombre creusé à même la roche et qui suintait l’humidité. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, le sol s’inclinait en légère montée ; assourdis, les bruits des explosions incessantes leur parvenaient à travers l’épaisseur de la pierre. Isabella parvint la première au bas d’un escalier de pierre qu’elle gravit sans attendre, dans un tel élan qu’elle semblait voler ; elle négocia facilement un tournant sur un palier, tandis que Mendoza se cogna violemment contre le mur de pierres brutes dont certaines n’étaient pas alignées avec les autres, créant ainsi des aspérités propres à endolorir quiconque aurait la malchance ou la maladresse de s’y frotter. Le marin jura et maudit intérieurement Isabella ; son comportement l’irritait et l’inquiétait tout à la fois ; il s’efforça de chasser ses craintes de son esprit, mais il se sentait oppressé, et pas uniquement à cause de sa course intense ; il aurait volontiers bu un petit verre de ce vin si revigorant que Sancho et Pedro lui faisaient livrer régulièrement, et qu’il partageait parfois avec Maria, les soirs où il se sentait du vague à l’âme en repensant à ….non, il n’allait pas penser à ça, pas maintenant ! C’était à croire que cet endroit les ensorcelait tous les deux, leur faisant perdre leur sang-froid…ridicule, c’était simplement la présence toute proche de leur ennemi qui jouait sur leurs nerfs…et ce couloir si sombre creusé dans les entrailles de la terre, cet escalier aux traitres angles qui n’en finissait pas…tout irait mieux quand ils seraient face à des ennemis de chair et d’os, et l’urgence du combat reléguerait dans l’ombre les spectres du passé ! Il se prit à regretter l’absence de Sancho et Pedro, ses fidèles compagnons dans les heures difficiles, toujours prêts à payer de leur personne malgré le danger ; les savoir à ses côtés lui permettait de se concentrer sur l’essentiel, et ils étaient précieux pour régler les menus détails, un garde en embuscade par exemple, mais surtout ils lui donnaient confiance, tant ils étaient prêts à obéir à ses moindres ordres sans discuter, ou presque. Aller au combat avec eux décuplait son énergie, le galvanisait comme un général à la tête de ses troupes. Et s’ils s’avisaient de protester, de contester ou d’exprimer leur inquiétude, il pouvait se décharger sur eux de sa propre angoisse en les apostrophant rudement, ou en se moquant d’eux dans un pur élan de vantardise qui exaltait sa témérité. Mais avec Isabella, c’était impossible, elle lui ressemblait trop. Si sa froideur feinte venait à laisser transparaître ses sentiments, c’était qu’elle avait atteint la limite de ce qu’elle était capable de supporter, et ça n’était pas bon signe, pas bon signe du tout…
Il déboucha enfin dans une petite cave voutée, tout aussi sombre que l’escalier. Il distingua sa compagne qui s’apprêtait déjà à pulvériser avec son pistolet la serrure d’une porte de bois. La détonation résonna fortement dans cet espace réduit, mais les explosions qui continuaient au dehors avaient dû la couvrir, c’est du moins ce qu’espéra Mendoza. Il avait à peine rejoint Isabella qu’elle enfonçait la porte et se précipitait dans un nouvel escalier, moins sombre et beaucoup plus court, en terre battue : ils approchaient du but. L’escalier menait à une sorte de remise où étaient entreposés des sacs et du bois, et qui possédait des ouvertures : une épaisse fumée commençait à s’infiltrer. L’endroit était désert. De toute évidence, une porte donnait sur la cour, mais la pièce possédait une seconde porte. Isabella y courut : elle était fermée à clés. Elle frappa rageusement du poing dessus, puis se tourna vers la première porte, prête à sortir au vu de tous dans la cour, espérant que la fumée la ferait passer inaperçue. La seconde porte menait dans l’ancienne salle de prière, et de l’autre côté se trouvait un accès dans les étages qui menait au minaret, au sommet duquel elle savait trouver le laboratoire de son père, grâce aux informations fournies par Arthur. Mais le temps pressait, autant rejoindre le minaret en passant par l’extérieur, quels que soient les risques. Elle s’élança, mais Mendoza l’arrêta.
M : tu permets ?
Il prit son élan et d’un coup d’épaule enfonça la porte menant à la salle de prière. Il ne leur restait plus qu’à la traverser, en se débarrassant de quelques hommes qui s’affairaient autour de tables couvertes de cornues et d’instruments divers, tandis que d’autres chargeaient ce qui semblait être des bombes dans des paniers qu’ils transportaient au dehors. Mendoza profita de son élan pour mettre à terre un des hommes affairés à la table la plus proche de la porte, tandis que Laguerra réglait son compte à un autre . L’instant de surprise passé, ils cessèrent tous leur activité pour faire face aux deux intrus, sauf l’un d’eux, vêtu de noir, qui leur tournait le dos et s’enfuyait déjà de l’autre côté de la salle, vers la porte menant aux étages et au minaret. Isabella se redressa juste à temps pour l’apercevoir avant qu’il ne quitte la pièce. Elle poussa alors un cri . Elle aurait reconnu cette silhouette efflanquée entre mille.
I : le Docteur !
Mendoza tourna aussitôt la tête, mais n’eut que le temps de constater que la jeune femme s’était lancée à la poursuite de son père, avant d’éviter la pointe acérée de la lame que venait de tirer son prochain adversaire, un maure qui semblait capable de manier aussi bien les cornues que les poignards. Il lui fallut quelques minutes d’une lutte acharnée pour en venir à bout. Quand il put à nouveau regarder en direction de la porte où avait disparu le Docteur, il vit Isabella aux prises avec un garde imposant, qu’elle envoya cependant valser contre un pilier ; elle reprit son souffle un instant, puis releva la tête ; son regard croisa celui de Mendoza une fraction de seconde, puis elle tourna les talons pour courir vers son destin : la voie était libre, son seul adversaire désormais était son père. Elle entendit Mendoza crier mais ne se retourna pas.
M : Isabella, non !
Au moment où elle franchissait à son tour la porte, une explosion retentit derrière elle : l’un des hommes de Laguerra venait de lancer une bombe pour la stopper, mais Mendoza était parvenu à lui faire dévier son tir, qui sema la mort parmi ses acolytes. Il se débarrassa ensuite des derniers gêneurs de quelques coups d’épée bien placés, malgré la fumée qui obscurcissait l’atmosphère et l’empêchait de distinguer nettement ses ennemis, et gagna à son tour la porte, qu’il barricada par précaution à l’aide de sacs entreposés dans un couloir qui s’étendait à présent devant lui, afin de retarder ses éventuels poursuivants. Il allait s’élancer pour rejoindre Isabella quand il vit surgir devant lui un jeune homme qui semblait avoir de la peine à se tenir debout. Derrière lui, Mendoza remarqua une porte entrouverte qui donnait sur la cour. C’est par là qu’il avait du pénétrer dans le couloir, pendant que Mendoza bloquait l’autre porte : combien d’hommes Laguerra avait-il donc engagés, combien encore allaient surgir par des ouvertures imprévues ? Il s’apprêtait à l’embrocher quand l’autre leva les mains , non sans difficultés. De toute évidence, il était blessé. Mendoza , nerveux, suspendit son geste dans l’attente d’une explication. Ce garçon ne ressemblait pas aux hommes qu’il venait d’affronter, mais bien plutôt à l’espion d’Isabella qu’il avait entraperçu suspendu au zephti piloté par Tao.
A : je ne suis pas armé…vous êtes un ami d’Esteban et Zia, n’est-ce pas ?
M : c’est donc toi, le fameux Arthur ? que s’est-il passé ? que fais-tu là ? pourquoi es-tu blessé ?
A : j’ai voulu faire le malin…ainsi vous êtes parvenus à entrer..où est Isabella ?
M : pas grâce à toi en tout cas ! Quant à Isabella… laisse moi passer, parce qu’à moins d’avoir une information importante à me donner pour m’aider à délivrer Zia, tu ne fais que me retarder !
A : je suis désolé...j’ai voulu aider Zia, et j’ai tout raté…
M : très bien, elle est toujours dans le minaret alors ?
A : le Docteur l’a reprise..
Ce furent les dernières paroles que le jeune homme parvint à articuler avant de s’effondrer. Il reprit cependant conscience rapidement : Mendoza l’avait installé contre le mur, à l’abri derrière des sacs, et finissait d’arranger un pansement de fortune pour sa blessure.
M : écoute, reste ici le temps de récupérer, tout sera bientôt fini, de toute façon, dans ton état tu ne peux pas nous être utile à grand’chose.
A : j’étais avec Tao...
M : oui, je sais..
A : il m’a déposé..Esteban et lui vont essayer d’utiliser l’armement du condor..je dois faire sortir Zia avant…
M : je reviendrai te chercher, avec Zia…et Isabella, elle sera ravie de te revoir !
A : j’en doute…dites-lui bien..que je suis désolé…mais je voulais délivrer Zia…
M : tu lui diras tout cela toi-même, si elle n’est pas morte avant toi !
Le marin se redressa, prêt à partir ; il avait perdu trop de temps, et Isabella était peut-être en danger..sûrement en danger, et tout ça à cause de ce blondinet qui avait voulu jouer les héros !
A : attendez ! dès que je peux, je viens en renfort !
Mendoza lui jeta un dernier regard, où la colère le disputait à la pitié et à l’admiration. Ce jeune homme ne manquait pas de courage, il l’avait vu accroché au zephti, et il était venu chercher Zia au péril de sa vie, malgré sa blessure qui l’handicapait indéniablement, et qui risquait même de lui coûter la vie, si leur mission de sauvetage n’était pas couronnée de succès très rapidement. Il crut deviner ce qui lui donnait tant de courage, le courage des inconscients, des fous et des amoureux. Sa colère disparut.
M : A très bientôt alors, valeureux Arthur ; Isabella et moi, nous comptons sur toi.
Arthur acquiesça en souriant faiblement. Mendoza était déjà loin.
Isabella gravissait quatre à quatre les marches de l’escalier menant au premier étage, s’efforçant de rattraper son retard sur son père. Il n’était pas question qu’il lui échappe ! Mais il avait filé si vite, et ce Maure l’avait retardée: s’il venait à s’enfermer dans son laboratoire, ou à rejoindre le toit en terrasse, cela lui compliquerait la tâche. Elle n’avait aucune envie de perdre du temps à forcer une porte ou à éliminer d’autres gardes armés jusqu’aux dents. Elle voulait se retrouver seule face à son adversaire, elle voulait en finir, vite. Mais elle savait qu’il était capable de la faire exécuter par une salve tirée par ses hommes dès qu’elle mettrait le pied sur la terrasse, elle devait le coincer avant. L’escalier débouchait sur un nouveau couloir dont les murs étaient percés de moucharabiehs ; il était désert. A l’autre bout, une porte était entrouverte. Le fuyard devait déjà être en train de grimper dans le minaret vers son laboratoire, elle avait échoué ! Dépitée, elle força l’allure même si la moindre gorgée d’air lui brûlait la poitrine. Elle avait parcouru la moitié de la distance qui la séparait de la porte menant à la tour du minaret, quand elle s’arrêta soudain, comme frappée d’un coup invisible. Elle se retourna brusquement : une silhouette noire fondait sur elle aussi silencieusement qu’un vautour sur sa proie. Le charognard l’avait attendue, caché dans l’angle sombre à côté de l’escalier, pour l’achever ! Elle était habituée à sa lâcheté, mais elle en eut le souffle coupé : c’est donc ainsi qu’il voulait terminer sa besogne et l’envoyer rejoindre la tombe d’où il l’avait tirée il y a cinq ans pour la vendre telle une vulgaire marchandise, elle, sa propre fille ! L’indignation décupla ses forces, elle s’apprêta à parer le coup, mais quelques secondes avant que le fer de Laguerra ne s’abatte sur son épée, elle vit surgir de l’ombre le visage de son assaillant, éclairé par la lumière diffuse du moucharabieh. La stupéfaction manqua de la faire chanceler : ce n’était pas le Docteur !
Elle plia les genoux sous la force du coup mais se redressa aussitôt et repoussa violemment l’homme qu’elle avait pris pour son père, et qui lui ressemblait tant, du moins à la faveur de l’ombre, car elle se rendait compte à présent que seule l’urgence et la confusion de la situation, ainsi que son propre désir de trouver son père au plus vite, lui avaient fait croire que cette silhouette noire qu’elle poursuivait pouvait être Fernando Laguerra. L’homme repartit à la charge, tout en brisant le silence d’une voix moqueuse.
R : Père m’avait prévenu que tu étais une redoutable bretteuse, mais comme toutes les femmes tu agis sans réfléchir!
Isabella encaissa le coup et la pique verbale tout en mesurant la signification de ces paroles : cet inconnu ressemblait bien au Docteur, elle ne se serait pas laissée abuser s’il n’en avait pas été ainsi, cela signifiait donc..elle se rua en avant, frémissante de colère.
R : je vois que tu as compris, chère sœur, mais tu t’obstines à te conduire de façon irrationnelle !
Par Seb_RF
Par Seb_RF
30_Isabella discutant avec son Demi frère Roberto arme a la main (Seb_RF).png (238.24 Kio) Consulté 3866 fois
I : que fais-tu là, Roberto, mon cher demi-frère ? Car c’est bien toi, n’est-ce pas, à moins que notre père n’ait laissé en Espagne d’autres bâtards sans scrupules tels que toi !
R : allons, allons, n’as-tu pas songé à te servir de mon absence de scrupules contre notre bien-aimé géniteur ? Tsss tss tsss….car tu n’as pas agi par bonté d’âme en m’envoyant cette lettre où tu m’éclairais sur mes origines….avoue que tu espérais que je ferais le sale boulot à ta place !
La puissance du coup déstabilisa Isabella. Elle devait garder l’esprit en alerte et se concentrer sur le combat. Ce Roberto semblait être aussi doué à l’escrime que son père…mais elle avait un avantage sur lui, Fernando ne pouvait pas lui avoir enseigné sa botte secrête…il lui fallait juste trouver le bon moment…Roberto n’en reviendrait pas, tout tueur à gages qu’il était !
I : je m’étais renseignée sur ta réputation, et ta personnalité, c’est vrai…j’ai cru que le parricide serait le couronnement de ta carrière, et que tu te ferais un plaisir d’accomplir le seul crime qui manquait encore à la liste de tes innombrables forfaits !
R : quelle naïveté, ma chère sœur ! Je suis un professionnel, et un professionnel ne se laisse pas influencer par ses sentiments, on t’aura mal renseignée, hélas…non pas que tu aies complètement tort sur ma haine vis-à-vis de notre père, mais je ne tue que de sang-froid, et par pur intérêt.
I : alors il t’a payé pour m’éliminer ?
R : ah ah ah ! Je n’ai encore rien gagné à lui avoir livré certaines informations, je l’avoue, mais j’espère qu’il sera satisfait de mes services aujourd’hui, il ne sait plus où donner de la tête…alors je l’aide un peu…
A cet instant, Roberto esquiva un coup d’Isabella en se baissant brusquement, puis, jetant son bras droit en arrière il plia son bras gauche devant lui et percuta de toutes ses forces la jeune femme, qui reçut la pointe de son coude en plein ventre et tomba rudement sur le sol, en laissant échapper un cri de douleur. Roberto revint aussitôt à la charge en la soulevant cette fois de terre pour la projeter contre la cloison de bois d’un moucharabieh, qui craqua sous la violence du choc. Malgré elle, Isabella avait laissé tomber son épée. Elle allait s’effondrer quand elle sentit sa poitrine enserrée par la lanière brûlante du fouet de Roberto. Ses bras étaient plaqués le long de son corps, elle était impuissante. Il l’attira à lui, la maintenant debout d’une poigne de fer et lui enlevant toute possibilité de coup bas en passant sa jambe droite entre celles d’Isabella .
R : alors, soeurette, qu’en penses-tu ? Crois-tu que Père sera satisfait de mes services ? Pas mal le maniement du fouet, non ? Il m’a suffi de quelques leçons…il paraît que tu as mis des années à maîtriser la technique…
I : si tu crois que Père, comme tu oses l’appeler, te sera reconnaissant de quoi que ce soit…il se débarrassera de toi dès que tu ne lui seras plus utile !
R : à moins que je ne me débarrasse de lui avant…quand il ne me sera plus utile ! Désolé de te voler ta vengeance, soeurette, mais tu n’avais de toute façon aucune chance…
Isabella le fixait d’un regard haineux. Pas de doute, Roberto était bien le fils de Fernando Laguerra. Mais contrairement à lui, il se vantait un peu trop. Elle allait lui faire payer sa morgue, et lui prouver qu’il avait tort, comme son père, de la sous-estimer.
I : on voit bien que tu n’as pas eu la chance de fréquenter la cour d’Espagne, tu y aurais appris qu’on ne nargue jamais un adversaire qui semble en position d’infériorité !
A ces mots, elle mobilisa tout son énergie pour lui porter un coup fatal grâce à un petit poignard qu’elle dissimulait sur sa hanche droite. Il était si fin qu’il épousait les formes de son corps et qu’il passait parfaitement inaperçu , caché dans la double épaisseur du tissu. Si ses bras étaient immobilisés par le fouet, sa main avait pu tirer l’arme de sa cachette. Elle porta son corps en avant de toutes ses forces dans l’espoir de transpercer la chair de ce frère qui ne lui inspirait qu’une violente envie de meurtre : le tuer lui servirait de répétition avant qu’elle n’efface de la surface de la terre leur géniteur maudit. Mais il avait senti le danger et il la repoussa brutalement vers le moucharabieh, lâchant son fouet et envoyant le poignard valser d’un coup de pied sur la main de la jeune femme. La cloison délicate craqua à nouveau. Roberto se jeta alors en avant en hurlant :
R : sale catin ! je vais te précipiter dans la seule cour où tu as ta place, celle de l’Enfer !

Isabella sentait une légère brise caresser son dos meurtri. Si elle ne réagissait pas immédiatement, elle irait s’écraser dans la cour ; elle devait rassembler son énergie pour se jeter sur le côté. Elle n’en eut pas le temps : Roberto fut projeté à terre. Mendoza venait de surgir de l’escalier et s’était précipité pour l’arrêter dans son élan. Les deux hommes chutèrent lourdement à quelques mètres d’Isabella. Un corps à corps s’engagea.
M : Isabella, cours délivrer Zia !
Reprenant ses esprits, la jeune femme ramassa ses armes éparpillées à terre avant de filer vers la porte menant au minaret.
R : c’est ça, va brûler en Enfer, ah ah ah !
M : je vais te faire rentrer ton rire dans la gorge !
Le tueur à gages évita de justesse un coup de poing puissant de son adversaire, parvint à se dégager de son emprise et le repoussa d’un violent coup de pied. L’instant d’après, il était debout tandis que Mendoza se redressait, l’épée à la main. Roberto chercha son arme, qu’il avait fichée dans le plancher au moment où il avait sorti son fouet. Il bondit pour s’en emparer. Il était désormais derrière Mendoza, prêt à lui porter un coup fatal. Mais le marin se retourna pour lui faire face. Soudain, le plafond vola en éclats. Presque simultanément, le moucharabieh contre lequel Roberto avait projeté Isabella fut pulvérisé, ainsi qu’une grande partie du mur donnant sur la cour, à deux ou trois mètres à peine devant Mendoza. Une nouvelle explosion entama sérieusement le plancher, qui s’effondra presque instantanément en une large crevasse barrant le couloir. Mendoza gisait à présent à terre à un mètre de l’ouverture béante ouverte dans le sol, plaqué sur le dos par le souffle des explosions successives. « Ces canons à trois coups sont diablement efficaces », songea-t-il dans la brume d’une semi-conscience. Il tenta de se redresser mais une douleur intense à l’épaule gauche lui arracha un cri. Il persista néanmoins. Il fallait fuir au plus vite, avant que de nouveaux tirs ne l’achèvent. Il fallait rejoindre Isabella, elle avait besoin de lui, Zia avait besoin de lui, et Arthur…s’il arrivait maintenant, le marin ne donnait pas cher de sa peau. Il se remit debout péniblement. La fumée produite par les explosions se dissipait. Des gravats tombaient encore du plafond, par lequel on pouvait désormais voir le ciel. Mendoza ramassa son épée en grimaçant de douleur. Il s’apprêtait à quitter l’étage à moitié détruit quand la voix de Roberto lui parvint.
R : Eh, Mendoza, tu ne veux pas savoir ce qui me faisait tant rire !
Mendoza se figea : il ne pouvait distinguer la silhouette du tueur à gages nulle part. La voix semblait venir d’en bas. Roberto devait être tombé à l’étage inférieur. « Qu’il crève ! » pensa Mendoza. Mais la voix reprit, sur un ton enjoué :
R : je vais te le dire quand même ! je songeais à la tête que ferait ma sœur en ouvrant la porte de la pièce où est retenue l’Inca !
Un frisson parcourut le corps du marin. Que voulait dire Roberto ? Il distinguait à présent la jambe de ce dernier ; elle était coincée sous une poutre tombée du plafond, qui dépassait d’un tas de gravats à la limite de la crevasse , sur le bord opposé à celui sur lequel se tenait Mendoza. Il s’approcha prudemment et vit le corps de Roberto suspendu dans le vide, retenu par cette seule poutre.
R : te voilà enfin ! tu te souviens du dernier contrat que nous avons passé ensemble ? Passe-moi mon fouet et je te dirai un secret qui pourrait sauver la vie de ma charmante sœur, à moins qu’il ne soit déjà trop tard…Tu sais que j’honore toujours ma parole…
Le fouet était aux pieds de Mendoza, et pendait à moitié dans la crevasse, comme son propriétaire. Il suffisait à Mendoza de le pousser du pied plus ou moins fort pour qu’il tombe à l’étage inférieur, ou atterrisse dans les mains de Roberto. Les autres n’allaient probablement pas tarder à tirer à nouveau, dès que la fumée se serait dissipée totalement. Et alors c’en serait fini de Roberto..mais s’il détenait vraiment une information cruciale ? Si la pièce était simplement vide, si Zia n’était plus détenue dans le minaret, que risquait Isabella ? Roberto obligeait Mendoza à jouer avec la vie de la jeune femme ; il était peut-être déjà trop tard, avait-il dit…Il poussa brusquement le fouet du pied.
M : tiens, attrape, sale vermine ! je t’écoute !
Roberto réceptionna son fouet de justesse.
R : ah ah, je savais bien qu’on pouvait s’entendre entre hommes d’honneur ! La porte de la pièce est piégée, une simple poussée et boum ! Adieu Isabella, ah ah ah ah !!!
Le rire sadique de Roberto poursuivit Mendoza tandis que le marin courait vers la porte de la tour ; déjà le tueur à gages entreprenait de se hisser grâce au fouet jusqu’au bord de la crevasse, dans l’espoir de dégager sa jambe prise sous la poutre et de quitter ce couloir ravagé par les boulets de canon. Une ombre passa au-dessus des deux hommes, le condor survolait à cet instant cette partie du bâtiment . Mais Mendoza n’y prêta pas attention, dans sa hâte d’empêcher l’irréparable. S’il arrivait trop tard, il ne se le pardonnerait jamais, pourquoi avait-il écouté ce chien puant au lieu de foncer rejoindre Isabella comme il en avait d’abord eu l’intention ? D’après les indications d’Arthur, la pièce était au deuxième étage du minaret. Un silence inquiétant régnait dans la tour, à peine brisé par les éclats du combat à l’extérieur. Mendoza se concentrait sur ce silence, plus rien ne comptait. Il parvint sur le palier du deuxième étage, le cœur prêt à exploser, l’épaule en feu. La porte était grande ouverte, intacte. Le bâtard avait réussi à le tromper et à se servir de lui, il s’était fait avoir comme un gamin ! Mais s’il riait…Il lui avait sans doute menti sur la vraie nature du danger que courait Isabella ! Mendoza se précipita vers le sommet du minaret, vers le laboratoire du Docteur, jetant un bref coup d’œil au passage à l’intérieur de la pièce, vide comme il en avait eu l’intuition. Le rire de Roberto résonnait dans sa tête. Il hurla le nom d’Isabella.
Isabella tenait encore entre ses mains la lettre de son père quand Mendoza apparut, bouleversé, sur le seuil du laboratoire. Il se précipita vers elle pour l’enlacer, éperdu, mais elle l’arrêta d’un geste impérieux tout en s’écriant d’une voix suraigüe :
I : Non !! N’approche pas !!
Elle jeta la lettre loin d’elle et se dirigea lentement vers Mendoza. Ses pupilles étaient étrangement dilatées, sa démarche semblait mal assurée. Elle gardait son bras tendu devant elle, comme pour maintenir le marin à bonne distance. Dans un souffle, il prit la parole, pressentant le pire, mais incapable de déterminer de quelle façon le malheur allait s’abattre sur eux. Roberto n’avait certainement pas ri pour rien…
M : Isabella…est-ce que tout va bien…
Elle était maintenant tout près. Il aurait tant voulu la serrer dans ses bras. Elle paraissait si fragile à cet instant, le regard comme égaré. Elle chuchota :
I : partons d’ici…il n’était pas ici...pas ici…
Elle continua à avancer, bras tendu, le forçant à lui laisser le passage. Elle franchit le seuil du laboratoire, lentement, trop lentement. Mendoza était au supplice, elle partait sans se retourner, il devait comprendre ce qui s’était passé dans cette pièce ; il l’interpella d’une voix faussement ferme :
M : Isabella ! Attends !
Elle se retourna, lentement. Il tendit son bras droit dans sa direction ; ses doigts touchaient presque ceux d’Isabella. Il reprit, d’une voix plus douce où perçait l’inquiétude :
M : Attends.....ton frère…ton frère a évoqué un danger mortel pour toi….
Elle haussa les épaules.
I : mon très cher frère….un tueur, un menteur, un manipulateur, une belle ordure….comme son père !
Mendoza se rapprocha imperceptiblement, ses doigts effleurèrent ceux de la jeune femme. Elle sursauta et recula vivement.
I : ne me touche pas ! tu es…tu es comme tous les autres !
Mendoza fronça les sourcils ; qu’est-ce qui pouvait bien provoquer chez Isabella cette réaction étrange, cette défiance incompréhensible ? Et quelle attitude devait-il adopter, si toutes ses tentatives pour communiquer avec elle étaient vouées à l’échec ? Il baissa la main, lentement, sans quitter Isabella des yeux, et esquissa un geste d’apaisement.
M : d’accord…quittons cet endroit… Zia n’est plus dans la tour, ni le Docteur…il est inutile de s’attarder ici, nous ferions mieux d’aller aider les autres….J’ai laissé ton ami Arthur assez mal en point au rez-de chaussée, après la salle de prière. Il voulait nous rejoindre…Il risque de tomber sur Roberto…tu m’expliqueras plus tard ce qui s’est passé dans cette pièce…
I : Roberto est encore en vie ? Comment as-tu pu le laisser en vie ?! Tu n’es qu’un lâche, un incapable !
La colère déformait son visage. Elle avait craché ces mots d’une voix soudain redevenue forte, trop forte. Ce changement déstabilisa Mendoza encore plus que ses reproches. Isabella lui jeta un regard noir, le poussa violemment contre le mur avant qu’il ne puisse réagir, puis dévala les escaliers. Il ressentit une douleur atroce dans son épaule blessée mais accusa le coup ; il ne devait pas la lâcher, pas maintenant. Qu’elle le veuille ou non, elle avait besoin de lui. Et il avait terriblement besoin d’elle.
La jeune femme s’était précipitée dans le couloir dévasté par les coups de canon, pour constater que ce qu’elle redoutait était bien vrai : aucune trace de Roberto, ni à cet étage, ni à l’étage inférieur qu’elle scruta par le plancher éventré. Elle leva les yeux vers le plafond crevé : non, il n’avait pas pu fuir par là..Elle courut regarder vers la cour en contrebas. C’est là que Mendoza la surprit, au bord du vide qui s’ouvrait à ses pieds, là où le mur avait volé en éclats. Elle se tenait parfaitement immobile, le regard fixé vers le sol, une main en appui sur le mur en ruine. Une balle siffla et frôla le visage de la jeune femme sans qu’elle réagisse, une autre manqua de peu sa cuisse et termina sa trajectoire dans le mur opposé. Elle lâcha son appui. Elle allait sauter, il en eut soudain la certitude.
Isabella se sentit brutalement basculer, elle chuta lourdement sur le sol. Elle entendait tout près de son visage une respiration haletante, difficile, la respiration de quelqu’un qui tentait de taire sa souffrance. Elle sentait sous sa tête un cœur battre à toute allure, une poitrine se soulever au rythme de cette respiration désordonnée. Elle éprouva soudain le désir de voir la bouche d’où s’échappait ce souffle saccadé, ce souffle familier qui éveillait ses sens ; elle bougea ; un gémissement de douleur frappa ses oreilles, comme amplifié par la caisse de résonance de la poitrine sur laquelle sa tête reposait. Elle eut l’impression de l’entendre en écho alors même qu’elle s’était redressée et contemplait à présent sans comprendre l’homme qui gisait à terre à ses côtés. Puis elle regarda autour d’elle, vit la crevasse, le mur béant, le plafond crevé. La tête lui tournait, sa gorge et ses yeux brûlaient, ses doigts s’engourdissaient peu à peu. Dans son cerveau dansaient les phrases de son père, ces phrases qu’elle voyait s’écrire à l’encre rouge au fond de ses pupilles dilatées. Le sceau…le sceau de cire noire, bombée et luisante comme la carapace d’un scarabée… sous ses mains fébriles, la cire s’était effritée en une poudre noire tandis qu’un nuage de fumée grisâtre s’échappait du sceau et montait à ses narines, comme lorsqu’on écrase une vesse de loup sèche. Mais elle n’avait pas lâché la lettre. Elle en avait lu chaque mot, indifférente au poison qui s’instillait en elle de la plus odieuse façon. Elle avait cru vouloir vivre, pour se venger. Elle avait cru vouloir vivre, pour aimer. Mais elle était déjà morte, et ces mots tracés par son père achevaient de l’anéantir plus sûrement que la plus toxique des drogues. Ma très chère fille, je te félicite d’être parvenue jusqu’à ce laboratoire, et je te remercie d’avoir fait venir à moi le fils que je désirais tant, moi qui n’osais me déclarer son père. Roberto est l’héritier parfait, c’est un Laguerra jusque dans les replis les plus noirs de son âme. Il s’est fait tout seul, quand toi tu peinais à satisfaire mes exigences. Que d’années perdues à t’éduquer, quel mal me suis-je donné pour un si piètre résultat ! Combien tu m’as déçue…mais sans doute n’ai-je reçu que ce que je méritais : quelle folie de croire que je pouvais faire d’une fille, qui en naissant n’avait rien trouvé de mieux que de tuer sa mère, un héritier à ma mesure ? Il semblerait bien que tu ne sois née que pour le malheur de tes parents, toi la porteuse de trépas. Mais n’espère pas tuer aussi ton père, il est évident que tu n’en es pas capable. Sache que je regrette profondément d’avoir laissé vivre un être aussi faible et peu doué que toi. Cependant, cette erreur sera bientôt réparée, et j’en suis fort aise. Adieu, ma fille. Adieu, Isabella, adieu ! Isabella, regarde cet homme, regarde-le pour la dernière fois ! Aies pitié de lui, achève-le ! Achève-le tant que tu en as encore la force ! Toi, la porteuse de trépas, offre lui le repos, il le mérite, tu le sais, il le mérite tant, il a tant souffert, par ta faute…il souffrira encore, tu es la porteuse de trépas, ne l’oublie pas, tu peux le délivrer, à jamais, père l’a dit, c’est ton seul don, tuer ceux que tu aimes, ceux que tu as aimés, ceux qui t’ont donné la vie, qui t’ont aimée à la seconde où ils ont senti battre ton cœur tout près du leur, qui t’ont aimée jusqu’à ne plus faire qu’un avec toi, à ceux-là tu peux offrir la délivrance, loin de cet être monstrueux que tu nommes père…achève-le !Non..Non père, tu ne gagneras pas…tu n’as pas encore gagné..je me battrai..jusqu’au bout…et je t’apporterai la damnation éternelle, je t’apporterai le trépas…Une main se posa sur ses cheveux, une main fit tourner doucement sa tête. Un frisson la parcourut, elle secoua la torpeur qui l’envahissait. Non, il n’avait pas encore gagné. Elle sentit un souffle se mêler au sien, ses lèvres s’ouvrirent comme pour aspirer avidement les dernières gouttes de vie qu’il lui offrait. Il était encore temps, à condition de ne pas être faible ! Oh non, père, je ne serai pas faible, et tu seras fière de moi ! Dans un regain soudain d’énergie et de lucidité, elle se dégagea et se releva tout à fait, échappant à l’étreinte de son amant. Elle devait mobiliser toutes ses forces pour faire taire les voix, et la seule parole qu’elle adressa à Mendoza, qui se relevait à son tour péniblement, lui déchira la gorge.
I : aide-moi…il va payer !
Ils se faisaient à présent face ; derrière Isabella Mendoza pouvait apercevoir les remparts, la plateforme où s’agitaient les hommes de Laguerra ; ils semblaient quitter leur poste, pris par la panique ; un vent puissant fit voler les mèches de la jeune femme ; le condor apparut dans le champ de vision de Mendoza puis disparut tout aussitôt ; il avait dû prendre de la hauteur ; immédiatement après il le vit passer au -dessus de la plateforme comme pour quitter la mosquée, sans distinguer le pilote. Il reporta ses yeux sur Isabella, qui luttait manifestement pour respirer, les pupilles dilatées. Pourquoi n’avait-il pas compris tout de suite, dans le laboratoire ? Il avait pourtant observé des symptômes similaires sur Maria, après qu’elle ait bu le vin empoisonné qui lui était destiné, et il avait réussi à la sauver. Il n’était peut-être pas trop tard. Il sortit de sa bourse en cuir un objet noir.
M : je vais t’aider, prends ça, aies confiance.
Il lui tendait un morceau de charbon végétal. Depuis la tentative d’empoisonnement de Roberto, il en gardait toujours sur lui, par prudence. Avec un peu de chance, cela suffirait à absorber une partie des toxines, et à atténuer les symptômes, mais il savait qu’il ne devait pas laisser Isabella seule désormais, les hallucinations pouvaient reprendre à tout moment et la conduire à se mettre en danger à nouveau. Elle fixait le morceau sans réagir.
M : je t’en prie…attends, ce sera plus facile ainsi.
Il cassa le morceau en deux et entreprit d’en broyer une partie au creux de sa main, puis il s’approcha dans l’intention de lui faire avaler la poudre noire.
M : tiens, ouvre la bouche..
Mais Isabella fit voler la poudre d’un coup violent sur la main de Mendoza ; à son air paniqué, à sa respiration sifflante, il comprit ce qui se passait : la crise reprenait, elle devait s’imaginer qu’il s’agissait d’une nouvelle drogue, mais il devait lui faire absorber le charbon, coûte que coûte ; avant qu’elle tente quoi que ce soit d’autre, il écrasa l’autre morceau dans sa main gauche, et la plaqua sur la bouche d’Isabella tandis qu’il maintenait fermement de sa main droite le bras d’Isabella. Elle se débattit, ravivant la douleur de sa blessure à chaque mouvement qu’elle faisait pour se dégager, mais il tint bon. Elle risquait de s’étouffer, mais il préférait encore qu’elle meure ainsi, de sa main à lui, plutôt que d’assister, impuissant, à son agonie. Elle lutta encore quelques secondes, puis se calma. Il avait réussi. Il retira sa main, essuya la bouche noircie de sa compagne, puis lui fit prendre un peu d’eau. Elle tremblait.
M : ça va aller ?
Elle acquiesça. A cet instant un éclair éblouissant illumina le ciel, au-delà du mur d’enceinte de la mosquée. Pourtant l’horizon avait toujours sa couleur azurée et n’avait pas viré au gris acier qui précède les orages. Sur la plateforme, les derniers hommes de Laguerra s’enfuirent.
M : le condor ! Allons-y !
Il prit Isabella par la main et l’entraîna, déterminé à ne pas la lâcher désormais.

Du côté de Tao, Arthure, Esteban, Zia et Fernando, une vingtaine de minutes auparavant.

Tao déposa Arthur au pied de la tour, ce dernier titubant toujours.
T : Tu es sûr que ça va aller Arthur ?
A : Pour être honnête…non
Arthur s’éloigna en courant du mieux qu’il pouvait, la blessure causée par sa balle encore bien ouverte, le sang coulant toujours.
-IL EST LÀ ! MAINTENANT !
Tao eut à peine le temps de comprendre ce qu’il se passait qu’il se fit bombarder par derrière.
L’aile était très abimée, la toile en tissu était complétement délabrée du côté droit, mais la partie gauche état encore en bon état, déséquilibrant par conséquent Tao.
T : Oh…PU****
Il continuait à remonter légèrement, réussissant miraculeusement à monter jusqu’à la hauteur d’une fenêtre.
En quelques millisecondes, il avait deviné qu’il allait s’écraser au sol et que la chute serait fatale s’il ne se dépêchait pas.
Et puis, tant pis, il sauta en direction de la fenêtre protégée d’un moucharabieh, s’agrippa à la cloison mais se cogna la face contre celle-ci, s’ouvrant la lèvre. Un des volets était ouvert, il en profita pour se glisser à l’intérieur, et disparut, la bouche sanguinolente, dans le bâtiment.
Durant ce temps-là, Esteban, toujours visé par les bombardiers, vit la seconde aile pilotée par un des sbires de Laguerra.
Ce dernier se posa pour recharger le stock de bombes, mais fut pris par un doute : tous leurs ennemis se trouvaient désormais dans l’enceinte du bâtiment, et le Condor n’avait aucune égratignure, il semblait indestructible. Il tenta de faire part de ses remarques à son supérieur, le Docteur Laguerra, qui était revenu sur la plateforme pour diriger les opérations, mais celui-ci ne voulut rien entendre et le renvoya au combat.
Esteban commença à faire descendre le Condor, il l’avait vu.
-Parfait.
Le Docteur disparut à nouveau dans la tour puis réapparut quelques secondes après dans la cour, au pied du minaret , un sourire au coin des lèvres.
Esteban devina qu’il voulait lui parler, il posa le Condor à terre, et leva légèrement la vitre afin d’entendre ce que ce chien voulait dire.
F : ESTEBAN ! Je t’attendais !
E : En quel honneur ?!
F : Oh, allez, ne te moque pas de moi, tu sais que je veux mon artefact !
E : Quel artefact ? Demanda-t-il sur un ton de défi.
F : Ma patience et ma tolérance ont des limites, gamin, j’ai vu que tu l’avais lors de tes petites manœuvres !
E : Ah bon, mais de toute façon, pourquoi vous le donnerais-je ? Vous ne pouvez rien me faire avec vos petits jouets !
F : Certes, je ne peux malheureusement pas te toucher de là où tu te trouves, mais…
Il pointa le haut du minaret, Esteban tourna la tête.
Sur le toit plat de la tour se trouvaient deux personnes, dont une avec les yeux bandés, les mains liées dans le dos.
F : …pour ta chère Zia, c’est différent.
Par Seb_RF
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Esteban fut frappé d’horreur en voyant sa Zia en haut du toit, ne se débattant pas, il ne vit même pas une grimace de terreur sur le visage de sa bien-aimée.
Il tourna furieusement la tête vers Laguerra, riant grassement en voyant la tête de son ennemi.
F : Vois-tu, en voyant que mon plan tournait au vinaigre, je me suis dit que la manière forte serait la meilleure.
E : QUE LUI AS-TU FAIT, SALAUD !
F : Oh, rien de plus qu’un petit peu de drogues et de somnifères, rien de mortel, juste de quoi l’étourdir pour éviter tout risque…
Esteban sentait son sang bouillir, il était prêt à l’achever une fois pour toutes, mais se calma et réfléchit rapidement.
Il avait déduit qu’il ne pourrait pas faire redécoller le Condor et manœuvrer assez vite pour la sauver, sachant qu’elle tenait difficilement sur ses jambes.
E : Que veux-tu que je fasse ?
F : Ah, tu deviens raisonnable, je n’en attendais pas moins de ta part, si tu veux que Zia soit en un seul morceau, tu devras me donner ton médaillon et l’artefact, bien évidemment, sinon Zia fera une chute fatale !
Esteban soupira, il ne pouvait rien faire à présent, il était coincé…à moins que…
E : ‘’Le faux médaillon ! Je l’ai encore’’
Il fouilla sa poche et sortit le médaillon de Gomez, parfait.
E : D’accord, je vais coopérer, mais promets-moi que Zia s’en sortira !
F : Je suis un homme d’honneur, dit-il avec un sourire narquois au coin de la bouche.
Esteban ouvrit complétement le cockpit, et jeta le faux en direction de Laguerra qui s’empressa de le ramasser.
F : Et mon artefact ?!
E : tiens, le voilà !
Laguerra n’eut pas le temps de se réjouir qu’un cri de surprise attira son attention du côté du minaret.
Esteban aperçut alors le gardien de Zia en train de se débattre avec Tao, le tenant fermement avec les bras au niveau de son cou.
Tao réussit toutefois à s’extirper de l’emprise de son adversaire, , et profita du fait que l’homme reprenait son souffle pour lui donner un coup de pied sur le torse, le faisant alors chuter fatalement au sol.
Esteban sentit alors un retour d’énergie dans son corps s’apprêtant à déborder, il savait que tout n’était pas perdu.
Il referma la vitre du Condor, s’éleva dans les airs et fit une manœuvre assez délicate pour le Condor.
Il pivota l’engin à 180°, présentant le bec de l’oiseau à ses amis.
Par Seb_RF
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E : MONTEZ VITE, IL NE VA PAS TARDER A DONNER L’ORDRE DE TIRER !
T : ET JE FAIS QUOI POUR ZIA ? ELLE PEUT A PEINE MARCHER !
E : AIDE LA, DEPECHE TOI !
Tao mit un bras de Zia autour de son cou et monta à l’échelle en coordination avec elle.
Avant de refermer le Condor et de se poser dans la cour, ils entendirent Fernando Laguerra hurler de colère. Les salves de canon ne tardèrent pas à pleuvoir à nouveau, toujours aussi inefficaces, ne parvenant qu’à éventrer les murs de la mosquée.
Une fois dans le poste de pilotage, Tao déposa Zia à l’arrière.
Après s'être posé, Esteban lui enleva son bandeau, Zia ouvrit ses yeux, mais fut aussitôt aveuglée par la lumière. La drogue du Docteur embrumait encore son esprit.
Z : Qui…qui êtes-vous ? demanda-t-elle.
E : Zia, c’est moi, n’aies pas peur, c’est fini.
Zia enlaça Esteban dans ses bras, en pleurant.
Les deux jeunes gens étaient enfin réunis, submergés par un torrent de joie et de bonheur.
Ils étaient sur le point de s’embrasser, mais Tao les ramena à la réalité…
T : Euh, les amis, sans vouloir être gênant, je voudrais moi aussi prendre Zia dans mes bras ! Vous n’êtes pas tout seuls, là !
Z : Oh, euh…pardon…viens, grand frère !
Ils se serrèrent également dans les bras, dans une étreinte plus fraternelle, moins intime.
Z : Je suis heureuse de vous revoir ! Cette fois j’ai réellement cru que ça allait mal se finir !

Esteban souriait, maintenant que Zia était ici, il n’y avait qu’une seule chose à faire : achever Laguerra.
T : Bon, maintenant, il faut se reconcentrer sur l’attaque, Esteban ! Mais au fait…POURQUOI TU LUI AS DONNE TON MEDAILLON ?
E : Eh, tu me crois assez bête pour lui donner mon médaillon ? Il est là.
Il sortit son véritable médaillon de sa poche, avec un clin d’œil à ses deux amis.
T : Génial ! Mais il a…
E : …l’artefact…
Z : …et mon médaillon !
Zia venait tout juste de se rappeler de la disparition de son médaillon.
E : Sérieusement ?! Bon, il ne sait pas qu’il est inutile si tu ne l’as pas, donc on a de l’avance sur lui.
T : En effet, mais il faut savoir où il veut aller et que…
Z : NE VOUS POSEZ PAS CES QUESTIONS, IL S’ENFUIT !
Laguerra courait à toute vitesse, avec l’artefact et les médaillons en sa possession. Il se dirigea vers une sorte de hangar que la fumée avait dissimulé à leurs yeux jusque là et disparut sous le auvent .
E : que prépare-t-il encore ?
T : de toute façon, que veux-tu qu’il fasse ? il ne peut rien contre nous maintenant !
Z : attends, Tao, Arthur m’a montré cette arme…une sorte de carapace hérissée de canons..c’est là qu’il la garde !
T : Arthur ! bon sang, il est toujours quelque part à l’intérieur !
E : ainsi que Mendoza et Isabella…si nous n’avons plus rien à craindre de ce salopard, il est bien capable de s’en prendre à eux !
Z : regardez ! il sort !
La carapace noire était sortie de l’ombre du auvent et son revêtement luisait à présent au soleil.
T : ouaaah…pas mal, la forme conique, je suppose que c’est pour offrir moins de prise aux tirs ennemis.
Z : Arthur a appelé ça un char..
E : Tao, c’est pas le moment de t’extasier ! Bon…Zia, Tao, vous allez vous occuper d’arrêter le char avec le Condor à tout prix, Zia aux commandes, et Tao tu la guideras pour l’armement.
Z : Et toi ?
Esteban marqua un silence de trente secondes avant de répondre d’un ton glacial :
E : Il va payer pour ce qu’il nous a fait. Et je ramène les autres !
Esteban ouvrit la vitre du cockpit, sauta vers l’extérieur et courut à toute vitesse en direction du char.
Zia cria :
Z : ESTEBAN ! ATTENDS, ON N’A PAS DE…
T : …de plan, comme toujours, il est déjà trop loin, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Z : C’est évident, non ? On ne va pas laisser Laguerra s’en sortir comme ça, il est hors de question qu’il ait encore UNE occasion de tuer Esteban !
Zia fit décoller le Condor immédiatement, Tao lui expliquant comment fonctionne l’armement de la machine.
Elle repensait sans cesse à ce jour-là, il y quatre ans, à ce jour maudit, ce jour où…
Elle ne voulait pas que tout recommence, il était hors de question que quelqu’un meure aujourd’hui, mis à part ce monstre au nom horrible. Elle en avait assez, elle était lasse de tout cette violence, de toute cette haine, mais quand tout serait terminé, il serait enfin à elle, elle ne le perdrait plus jamais, ils resteraient ensemble , juste eux deux, jusqu’à la fin des temps.

Tao analysa la situation et le terrain : Laguerra est à bord de son char, il fonce à toute allure, droit devant lui… le Docteur doit maitriser tous les éléments de son char, il pourrait à tout moment leur échapper si le Condor le vise dans une direction précise...cette machine se meut bien plus agilement qu’il ne l’aurait cru…elle fonce vers l’entrée de la propriété..
T : JE SAIS ! On va creuser un énorme fossé circulaire autour de la mosquée, Fernando ne pourra pas s’échapper !
Z : C’est une bonne idée Tao, mais tu veux qu’on fasse comment ?
T : Ah, ça, je suis sûr que le Condor peut nous aider…
Z : Je le sais bien on ne va pas le creuser à la main quand même !
Tao actionna une sorte de petit bouton à côté du levier de commandes, un CLIC se fit entendre.
Au niveau des ailes du Condor, sur la partie inférieure au niveau de l’articulation des ‘’plumes’’ de chaque aile, leur centre prirent un effet liquide comme des Soleils Noirs.
33_enclenchement armement condor.JPG
T : Prête ?
Z : A bloc !
Tao actionna une deuxième fois le même bouton, faisant alors chauffer les machines.
T : Bon, Zia, tu attends que le condensateur soit complétement chargé avant de tirer, sinon, tu risques d’abimer l’armement.
Z : D’accord, ça va prendre combien de temps ?
T : Quinze secondes.
Quinze, Quatorze, Treize…
Laguerra était toujours à bord de son char, surexcité, il avait déjà franchi l’entrée et descendait la pente légère qui s’étendait devant la mosquée. Plus rien ne pouvait l’arrêter désormais…il avait l’artefact, il avait les médaillons, sa victoire était totale !
Six, Cinq, Quatre…
T : Et maintenant, mesdames et messieurs, admirez le génie de nos ancêtres !
Trois, Deux…UN !
Par Seb_RF
Par Seb_RF
Une fois au-dessus du char de Fernando, Zia fit un mouvement brusque sur le levier du Condor, et il pivota à 360° sur lui-même.
Tao fut collé à son siége, heureusement qu’Esteban ne conduisait pas, cette fois, ça aurait été mille fois pire !
Il se souvenait toujours des pirouettes face au Seigneur Shimazu, plusieurs années auparavant.
Deux lasers semblables à ceux des Soleils Noirs mais nettement plus puissant sortirent des deux ailes, le Condor fut transporté violament en hauteur, déviant le mouvement, mais Zia avait réussi à tracer une profonde crevasse en demi-cercle au sol. Cependant, n’étant pas préparée aux turbulences causées par la vitesse, la jeune fille fut légèrement sonnée. Le condor retombait à présent.
T : Zia, Zia, redresse, vite !
La voix de Tao lui fit reprendre ses esprits. Elle stabilisa le condor.
Z : WOW, que s’est-il passé ?!
T : Regarde ! On a réussi à tracer une tranchée, mais elle n’est pas complète, il vire déjà pour s’enfuir de ce côté ! Recommençons la manœuvre ! Euh…plus doucement si possible !
Zia s’exécuta aussitôt, produisant le même résultat. Mais cette fois, le char se trouva sur la trajectoire du tir. Un des rayons le toucha sur le côté, découpant sa carapace aussi facilement qu’une feuille de papier. Presque aussitôt, l’engin prit feu. Une porte s’ouvrit, et le Docteur s’extirpa avec difficulté de la carcasse de bois et de métal en flammes. Il grimaçait de douleur, déjà sérieusement brûlé .
F : ARGH, MON VISAGE !
Le visage de Laguerra présentait des plaques rouges et roses, les cheveux et la moustache étaient pour la plupart brûlés, quelques mèches brûlaient toujours.
Il se releva, la main sur le visage comme pour calmer ou cacher les blessures, il ne voyait quasiment rien, à part ce tas de métal tordu misérable qu’était devenu son précieux char.
Il essaya d’avancer, mais manqua de tomber dans un grand fossé.
L’œuvre du Condor était un large ovale 5 mètres de profondeur, entourant grossièrement le ‘’char’’ pris au piège dans une aire de 5024 m2 , le char se trouvant sur le bord droit du fossé.
Laguerra, désemparé et terrorisé, distingua soudain à quelques pas une de ses ailes volantes, et courut vers elle. Le pilote, heurté par le condor lors des manœuvres, s’était posé en catastrophe et s’était enfui aussitôt pour sauver sa peau.
-J’espère que vous ne comptez pas fuir comme tous ces lâches, père ?
-Fernando, j’aurais dû te tuer quand j’en ai eu l’occasion, aux Amériques !
-Bonjour…Docteur.
Laguerra était entouré par…non…
F : Esteban, Mendoza…Isabella…
Par Seb_RF
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35_ Esteban, Mendoza et Isabelle armés encerclent Fernando tenent l'artefact (Seb_RF).PNG (458.34 Kio) Consulté 3866 fois
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E : Cette fois, tu n’en réchapperas pas ! Je ne suis plus l’enfant naïf d’autrefois, et tu ne mérites plus aucune pitié !
Fernando n’écoutait même pas Esteban, ne le voyait même pas, il avait les yeux rivés sur sa fille.
Elle en qui il plaçait tant d’espérances…et qui l’avait si stupidement déçu…une faible femme, comme toutes les autres, une catin, rien d’autre ! il cherchait dans son regard, dans son comportement, les traces de l’empoisonnement, et fut satisfait. S’il devait mourir aujourd’hui, elle le suivrait de peu, et pour de bon cette fois ! Cette pensée le revigora, il se redressa, fanfaron, à présent indifférent à la douleur.
F : Je vois que tu t’es bien entourée, Isabella.
I : Mieux que depuis plusieurs années, faux père.
F : Oh, tu me flattes !
Isabella dégaina son épée et son pistolet, pointant ce dernier en direction de son père. Il remarqua que ses mains tremblaient légèrement, et esquissa un sourire.
Esteban, quant à lui, dégaina son poignard.
Mendoza s’avança d’un pas devant Isabella, l’épée à la main.
Fernando ne pouvait bouger, il avait l’artefact sous le bras droit, trois lames et un canon de pistolet pointés dans sa direction .
E : Bon, on va faire les choses correctement, on va d’abord laisser la personne qui te déteste le plus de tuer, ensuite on va reprendre une vie normale, ça te va ? demanda-t-il sur un ton sarcastique.
F : Du coup, qui me tuera en premier ?
Esteban fut déstabilisé un instant par l’assurance de Laguerra, et parce que le moment dont il avait tant rêvé était enfin arrivé…mais curieusement, il sentait l’angoisse monter en lui à l’idée d’accomplir sa vengeance de cette façon ; le Docteur était impuissant, à leur merci, il n’avait jamais envisagé de procéder à une exécution de sang-froid. Devait-il laisser Isabella tuer son père ou devait-il tuer Fernando de ses propres mains ? Quant à Mendoza…non, il n’allait pas faire de lui un vulgaire bourreau. Il fallait gagner du temps.
E : Bon, on va marchander, si tu rends les médaillons et l’artefact, on te laissera PEUT-ETRE la vie sauve.
I : TU ES MALADE ? LAISSE MOI ECLATER LA TÊTE DE CETTE ORDURE !
Isabella frémissait de rage. Mendoza, inquiet, se prépara à bondir sur leur ennemi.
Ce dernier se mit à rire légèrement, la situation lui paraissait à présent délicieusement absurde.
F : très drôle, mes amis, dommage que je ne puisse applaudir à ce spectacle que vous m’offrez si gentiment pour mes derniers instants…
Isabella bouscula Mendoza.
I : Esteban, Mendoza, inutile de vous salir les mains, il est à moi !
Elle avait déjà collé le canon de son arme contre le front de son monstrueux père.
Les deux Laguerra se fixaient dans les yeux, l’une avait le visage déformé par la colère et la souffrance, l’autre arborait un abominable sourire, il se moquait d’elle, il la jugeait du regard.
Il la voyait misérable, faible et idiote.
Elle le voyait misérable, faible et idiot.
Il susurra d’une voix pleine de fiel :
F : Alors, ma fille, si tu en as le courage, tue-moi.
Isabella voulut appuyer sur la gâchette à l’instant même où elle reçut ces paroles en plein cœur, mais elle était paralysée, sans force. Son corps la lâchait, elle ne pouvait réprimer les tremblements qui le parcouraient, son esprit sombrait, la ramenant dans le laboratoire, les mots dansèrent à nouveau sous ses yeux. Non, pas maintenant, elle ne pouvait pas lui laisser avoir raison..
F : Je suppose que tu m’en veux à cause du passé, mais tu ferais mieux de retourner l’arme contre toi, pour effacer la honte que tu m’as infligée ta vie durant !
M : Non !!!Isabella !!!
Elle avait commencé à enlever son pistolet de la tempe de son père, mais le cri de Mendoza l’arracha aux paroles mortifères de son géniteur. Elle plaqua à nouveau l’arme contre la tête aux mèches roussies.
I : Oui, je t’en veux, je t’en veux pour ta bêtise, pour ton avidité, je t’en veux pour ta cruauté, pour ton inhumanité, pour ta soif de vengeance absurde, et maintenant, je vais me faire un plaisir d’en finir avec toi !
Elle n’eut pas le temps d’appuyer sur la détente, qu’un fouet s’enroula autour de l’artefact, surprenant tout le monde, même Fernando.
-Toujours vivant ? Peuh, qu’importe.
Esteban, Mendoza et Isabella tournèrent la tête…Roberto avait en sa possession l’artefact, et fuyait à toutes jambes en ricanant !
E : l’artefact de Mu ! Mendoza ! Rattrape Roberto, vite ! Je m’occupe de Fernando !
Mendoza eut un instant d’hésitation : il ne pouvait pas laisser Isabella seule, même avec Esteban, c’était trop dangereux.
E : Mendoza, qu’est-ce qui te prend ?! Il s’enfuit, bon sang !!
Furieux, Esteban n’attendit pas la réponse de son ami et se précipita à la poursuite de Roberto. Sa vengeance lui échappait, le précieux artefact lui échappait, mais il ressentit soudain comme un soulagement à l’idée qu’il n’allait pas assister à l’exécution de son ennemi, ni avoir à se salir les mains. Récupérer l’artefact prenait à ses yeux une importance capitale : cet objet symbolisait leur avenir, à lui et à Zia, il était peut-être plus sage de laisser derrière lui le passé, et de laisser le soin à d’autres de solder les comptes avec Laguerra.
Mais la confusion provoquée par l’intervention de Roberto allait leur compliquer la tâche : dès qu’il vit Esteban s’élancer, et ses deux autres adversaires comme paralysés par la surprise, Fernando en profita pour donner un violent coup de coude dans le bras d’Isabella ; il sentit le canon du pistolet lui érafler le crâne puis une détonation retentit, juste au-dessus de sa tête. Encore un coup dans le ventre, et Isabella s’effondra aux pieds de son père, sans force. La douleur lui fit perdre ses moyens, elle avait mis toute son énergie dans cette action qui devait les débarrasser du Docteur à jamais, et Roberto avait tout gâché…elle voyait pourtant le crâne éclaté de son père, elle sentait l’odeur de la poudre et du sang, ce sang qui ruisselait sur ses joues, un sang au goût de sel qui lui emplissait la bouche, qui l’étouffait. Le sol se mit à trembler, un martèlement sourd se propagea dans tous les os de son crâne, lui faisant serrer les mâchoires : Fernando s’enfuyait à son tour, et ses pas résonnaient comme des coups de tonnerre. Isabella se sentit délicatement soulevée de terre ; le tonnerre cessa. On l’appelait. Elle ouvrit les yeux. Mendoza scrutait son visage avec inquiétude.
I : aide-moi…il faut le rattraper..
M : laisse-moi m’en occuper, et ne bouge surtout pas, attends-moi ici.
I : non !
Mendoza l’allongea à nouveau doucement sur le sol ; il ne voulait pas la quitter, surtout pas maintenant, mais il ne pouvait pas non plus laisser Esteban à la merci des deux Laguerra. Il s’élança à son tour. En effet le jeune homme se trouvait à présent pris entre Charybde et Scylla : devant lui, Roberto fuyait en emportant l’artefact, en direction du zephti abandonné ; derrière lui, Fernando cherchait à les rattraper, furieux d’avoir été dépossédé : à quoi jouait donc Roberto ? Il n’avait même pas essayé de l’aider ! Ses enfants n’étaient-ils donc que des traitres, tous les deux ? En Roberto, il avait pourtant cru se reconnaître. Il ricana : oui, ce Roberto était bien son digne bâtard, après tout, comment lui en vouloir ? Il aurait agi exactement de la même façon. Mais il n’y avait de place sur cette terre que pour un seul Laguerra, et ce serait lui, Fernando ! Lui seul méritait de posséder les secrets de Mu ! D’un coup de fouet habile, il stoppa net Esteban, qui chuta, puis il le dépassa : l’artefact était plus important que ce sale gamin ; il lui règlerait son compte tôt ou tard. Mendoza arriva à la hauteur d’Esteban, qui se relevait avec peine : sa chute en plein élan l’avait secoué et lui avait coupé le souffle. Le marin entreprit de l’aider mais fut pris d’une faiblesse soudaine ; son épaule blessée se rappelait à lui, ses forces diminuaient, lentement mais sûrement : sa volonté bientôt ne suffirait plus, le contrôle de son corps lui échappait. Esteban sentit son ami ployer sous son poids. Mendoza mit un genou à terre.
E : Mendoza ! Tu es blessé ?
M : ce n’est rien, juste une épaule douloureuse. Ne t’occupe pas de moi, ils vont réussir à s’enfuir !
En effet, Roberto avait déjà atteint l’aile volante, posée au bord du fossé creusé par le condor, et s’efforçait de la mettre dans une position appropriée pour un décollage rapide, face à la crevasse. Il avait déposé l’artefact sur le siège du pilote. Mais Fernando était tout près de le rejoindre ; voyant cela, Roberto interrompit sa manœuvre : sa main droite se posa sur la crosse de son pistolet, tandis que sa main gauche caressait un poignard. Juste au-dessus d’eux, le condor effectuait des cercles. Zia se remettait petit à petit de ses émotions, mais elle n’avait pas encore récupéré pleinement toutes ses facultés. Tao observait le drame qui se jouait au sol. Il pressa la jeune femme d’intervenir.
T : Zia, il faut les aider !
Z : Mais comment ?!
T : je sais pas moi, fonce sur Roberto !
Z : non, dans mon état je ne suis pas sûre de pouvoir redresser le condor à temps, et je ne veux pas prendre le risque de blesser Esteban et Mendoza.
T : alors, utilise le rayon !
Z : tu es fou ? la statuette risquerait d’être endommagée, on ne sait pas quel effet ce rayon peut avoir sur l’orichalque, et puis, c’est trop dangereux, j’ai déjà eu énormément de mal à stabiliser le condor après les deux tirs…
T : Dans ce cas que fait-on, on ne peut pas laisser Esteban seul, regarde, Mendoza semble blessé !
Z : attends, j’ai une idée…
Zia plaça le condor exactement au-dessus du zephti et le stabilisa à moins de dix mètres du sol.
T : Attends c’est quoi ton idée ?!
Zia ne répondit pas et se concentra sur l’artefact posé dans le zephti ; Tao resta bouche bée ; Zia utilisait encore son pouvoir ! Cette fille était vraiment épatante ! Comme tous les muens…il eut quelques frissons car le condor tanguait à cause du manque d’attention de Zia ; elle était à présent plus concentrée sur la statuette que sur le pilotage, ce qui déstabilisait l’oiseau d’or.
L’artefact se mit à léviter dans le dos de Roberto, sous les yeux ébahis de Fernando, qui s’arrêta net en voyant ce prodige ; à quelques pas de son fils prêt à l’abattre, il ne songeait même plus au danger. Surpris par le brusque changement d’attitude de son père, Roberto ne put s’empêcher de regarder lui aussi en l’air. Il vit alors la statuette en orichalque s’élever doucement dans les airs, juste au dessus de sa tête. Il poussa un juron. Quelle était donc cette diablerie ? Soudain, l’aile gauche du condor pencha dangereusement vers le sol. Fernando et Roberto, dans un même élan, se baissèrent en levant les bras pour se protéger. Dans le condor, Tao commençait à s’inquiéter sérieusement.
T : Fais attention Zia, on tremble de plus en plus, essaie de maintenir le condor stable !
Zia lui répondit avec une certaine difficulté et une voix faible :
Z : Tao, ouvre la vitre de l’habitacle, vite, je ne vais pas tenir longtemps, je ne sais pas ce qui m’arrive…
Esteban et Mendoza s’étaient d’abord réjouis de l’intervention si habile de Zia ; laissant son ami récupérer un peu, Esteban avait vu là l’occasion rêvée de régler enfin son compte au Docteur ; il ne savait pas comment il s’y prendrait pour mettre aussi le fils hors d’état de nuire, mais peu importait, les deux hommes étaient maintenant à terre, occupés à se protéger. Esteban avait été aussi surpris qu’eux quand l’aile s’était brusquement inclinée vers le sol, au point de stopper sa course ; mais il s’était repris aussitôt, imaginant que c’était une manœuvre volontaire de Zia. Il se trompait.
La statuette avait atteint la tête du condor ; elle disparut brusquement à l’intérieur, comme happée.
Médusés, Fernando et Roberto, qui avaient prudemment redressé la tête pour suivre le trajet de leur trésor, virent s’envoler littéralement l’objet de leur convoitise : le condor reprenait de la hauteur. Esteban poussa un cri de joie.
E : bien joué, Zia !
Il se figea soudain : le condor déviait de sa trajectoire, penchant dangereusement à droite. A l’intérieur, Tao s’affola.
T : Zia qu’est-ce que tu fais !
Elle ne lui répondit pas ; Tao se tourna alors vers elle et se rendit compte qu’elle était inconsciente, épuisée par l’utilisation de ses pouvoirs et par la concentration extrême que lui avait demandé le pilotage du condor ; son corps et son esprit affaiblis par les drogues de Fernando n’avaient pas supporté ces efforts qui l’avaient vidée de toute son énergie.
T : ZIA ! Réveille-toi ! ZIA !
36_ Zia inconsciente au commande du condor.JPG
Mais Tao criait en vain, Zia ne se réveillait pas, le condor fonçait à toute allure vers les ruines du village, au-delà du fossé. Il s’écrasa en rasant une bonne partie des bâtiments encore debout. Tao fut sérieusement secoué, mais il s’inquiétait plus pour l’état de Zia que pour les quelques bleus qu’il allait récolter !
De l’autre côté du fossé, Esteban et Mendoza étaient pétrifiés. Ils avaient suivi la chute de leurs amis sans comprendre, impuissants. Un cri déchirant retentit aux oreilles de Mendoza.
E : ZIA ! TAO !

Le Fils du Soleil courait déjà, fou d’inquiétude, vers la crevasse ouverte par le condor. Au même moment, Arthur s’élançait hors de l’enceinte de la mosquée. Le jeune homme avait réussi à rassembler un peu d’énergie pour quitter l’abri que lui avait ménagé Mendoza, mais il tenait à peine sur ses jambes. Il était sorti dans la cour quand il avait entendu le bruit caractéristique de la progression du char, il avait vu le condor le détruire, et constaté la panique des hommes de Laguerra, stupéfaits par la puissance phénoménale de l’oiseau d’or qu’ils n’avaient pu arrêter malgré leurs tirs nourris. A présent, chacun songeait à sauver sa peau, la confusion régnait dans la mosquée, les uns cherchant à emporter avec eux ce qu’ils pouvaient d’armes et de munitions, les autres courant piller le laboratoire, certains espérant trouver un asile dans les bâtiments, d’autres sortant pour gagner l’abri du bois ou du ravin derrière la mosquée. Quelques-uns avaient réussi à atteindre dans leur fuite les ruines du village. Ils avaient trouvé là leur tombe, écrasés sous les décombres quand Zia avait perdu le contrôle du condor.
Dans la panique générale, personne n’avait fait attention à Arthur ; ceux qui avaient au début tenté de raisonner les autres pour venir en aide au Docteur avaient vite abandonné, et Arthur avait progressé sans être inquiété vers le portail de la mosquée, malgré sa lenteur qui faisait de lui une cible facile. Il s’était arrêté pour reprendre des forces, appuyé contre la massive porte de bois ; c’est de là qu’il avait vu le condor s’écraser. Il avait cru que son cœur allait cesser de battre dans sa poitrine.A présent il contemplait le résultat de ses initiatives inconsidérées. Ce n’était pas ainsi que cela aurait dû se passer, s’il avait respecté les instructions d’Isabella. Partout la mort et la destruction régnaient, et ses ennemis n’étaient toujours pas vaincus ; pire, Isabella gisait à terre, Mendoza était seul face à Laguerra père et fils, et Esteban courait, désespéré, vers ses amis, vers son amie, son amour, leur amour à tous deux, Zia, Zia qu’il n’avait réussi, lui, Arthur, qu’à mettre en danger.
Il devait agir, il devait réparer ses erreurs. Il ne pouvait rien faire pour Zia, malheureusement. Il avait fait le serment de la protéger, et il avait failli à son devoir. Il n’était pas resté à sa place, dans son rôle. Il avait manqué à sa parole envers Isabella. Il se sentit faiblir. Allait-il tomber là, devant la mosquée, sans avoir pu se racheter ? Faisant appel à toute sa volonté, il s’élança vers la jeune femme qui se trouvait à l’intérieur du périmètre tracé par l’arme du condor, sur la droite du portail, et franchit avec difficulté le fossé, manquant sa réception de l’autre côté ; il faillit glisser au fond de la tranchée profonde de cinq mètres mais parvint à se hisser sur l’autre bord. Quand il parvint vers la jeune femme, celle-ci s’était redressée, comme tirée de sa torpeur par le cri d’Esteban. Elle avait le regard fixé sur les trois hommes restés près du zephti. Arthur s’approcha prudemment d’ elle, par derrière, et l’appela, redoutant confusément sa réaction.
A : Isabella…je suis venu…pour vous aider....
Elle ne se retourna pas mais Arthur crut voir un frisson parcourir son corps.
A : je suis…je suis impardonnable mais…
Elle se retourna lentement vers lui. Les traits de son visage étaient complètement relâchés, seuls ses yeux aux pupilles dilatées lui donnaient une expression indéfinissable. Etait-ce de la colère, de la souffrance, de la détresse ? La gorge d’Arthur se noua, il fut incapable de prononcer un mot de plus. Soudain, elle le poussa violemment en arrière et courut en direction du zephti sans un regard pour le jeune homme tombé à terre en étouffant un cri de douleur.
Roberto fut le premier à reprendre ses esprits : l’artefact lui avait échappé, mais il pouvait encore le récupérer ! Il rengaina ses armes, poussa une dernière fois le zephti pour le mettre en bonne position et sauta sur le siège, bien décidé à décoller et à arriver au condor avant Esteban, qui avait déjà franchi le fossé d’un bond. Mais le Docteur fut aussi rapide que son fils et d’un coup de fouet il lui enserra la jambe et le tira à bas de l’engin volant, comptant bien lui prendre la place. Le zephti était maintenant en équilibre précaire au bord du fossé, prêt à basculer au fond. Tandis que Fernando se précipitait, Mendoza accourut, l’épée à la main, mais Roberto se relevait déjà ; le marin évita de justesse le poignard qu’il lui lança dessus.
M : eh, Roberto ! on dirait que tu te trompes d’adversaire ! Ton père est en train de filer !
R : tu veux qu’on fasse équipe, el piloto ?
M : pas avec un serpent comme toi, el asesino !
Il porta un coup en avant, mais Roberto l’esquiva facilement d’un bond de côté, déséquilibrant Mendoza ; le combat était inégal entre le marin blessé et le tueur à gages enragé ; la seule chance de Mendoza était de détourner l’attention de Roberto vers son père, et de faire d’une pierre deux coups en laissant les deux hommes s’entretuer, mais Roberto ne semblait plus pressé d’arrêter Fernando à présent. Il tenta une nouvelle pique.
M : tu as donc décidé de jouer les fils fidèles, après avoir trahi ton père ? Tu le laisses s’enfuir ?
Le zephti piloté par Fernando bascula et se redressa tant bien que mal ; les conditions n’étaient pas idéales pour un décollage, mais le Docteur parvint tout de même à prendre un peu de hauteur au dessus de la tranchée. Mais Roberto ne prêta pas attention à la manœuvre. Au contraire, il tira son épée.
R : chaque chose en son temps, el piloto…j’aime bien régler mes comptes, et l’occasion est trop belle pour finir le travail que j’avais négligé de terminer…et puis, mon père n’ira sans doute pas loin, il est blessé, comme toi, ton ami l’achèvera sans doute à ma place…et j’achèverai ton ami…
M : si tu n’es pas mort avant, sale vermine !
R : c’est moi qui creuserai ta tombe, et celle de tes amis, à moins que je ne vous laisse tous en pâture aux corbeaux !
M : ce n’est pas la reconnaissance qui t’étouffe…j’aurais dû te laisser te fracasser la tête tout à l’heure !
R : l’amour t’aveuglait, el piloto, que veux-tu , c’est la différence entre nous !
Il se rua alors sur Mendoza en hurlant, réussissant à surprendre le marin par cette attaque brutale et le projetant à terre tout en faisant voler son épée d’un coup puissant qui le blessa à la main, tandis que son bras était repoussé vers le haut, au-dessus de sa tête. Mendoza était désormais à sa merci. Au-dessus d’eux, Fernando tentait de stabiliser le zephti, mais l’engin ne semblait plus aussi maniable, il avait probablement été endommagé quand le condor l’avait heurté, et le Docteur peinait à le diriger.
R : eh eh eh, je ne pensais pas que ma prophétie se réaliserait aussi vite, quel piètre adversaire tu fais ! Allons, debout ! Ce fossé conviendra très bien pour ta dernière demeure, mais épargne moi la peine de t’y faire rouler !
Il accompagna son ordre d’un coup de pied. Le corps de Mendoza se contracta sous l’effet de la douleur mais le marin ne laissa pas échapper un cri.
R : tu es déjà mort ?
Il soupira.
R : madre de dios…tu veux me priver du plaisir de te voir agoniser au fond de ce trou…tu as raison, rien ne vaut une mort bien propre, nette, sans bavures, je me suis laissé emporter…
Le zephti du Docteur plongea à nouveau vers le fossé.
R :…et on dirait que mon père va prendre ta place au fond de la tranchée…
Il leva son épée, prêt à donner le coup de grâce à Mendoza. Mais il fut distrait par une forme noire, qu’il vit sauter au-dessus du fossé, derrière Mendoza, pour s’accrocher au zephti, le faisant dangereusement basculer.
R : caramba ! la tranchée va bientôt être pleine ! ma chère sœur semble vouloir y être enterrée avec son père adoré elle aussi !
En effet Isabella avait réussi à s’accrocher à l’aile volante, que le Docteur parvint malgré tout à redresser, non sans peine car au poids supplémentaire s’ajoutaient les assauts d’un vent orageux qui s’était levé en quelques minutes. La jeune femme s’était jetée dans le vide, déterminée à précipiter son père dans les Enfers. Cette seule pensée l’animait désormais, plus rien d’autre ne comptait, elle ne voyait plus rien autour d’elle que le visage ricanant et méprisant de Fernando Laguerra qui se multipliait à l’infini tandis qu’elle croyait entendre son rire aigre résonner à ses tympans. Elle ne sentit même pas les coups de pieds qui tentaient de lui faire lâcher prise. Roberto haussa les épaules.
R : bah…tu vois, el piloto, elle n’a même pas essayé de te sauver…c’est de famille…la haine est plus forte que l’amour !
M : parle pour toi et ton père, el asesino !
R : emporte donc tes illusions dans ta tombe !
L’épée s’abattit. Le sol trembla ; un éclair aveuglant éblouit Roberto ; un choc le déstabilisa. En essayant de se débarrasser de sa fille, Fernando avait fait tomber une des bombes dont le zephti était encore chargé. L’engin tangua, balayé par le souffle de l’explosion. Roberto, sonné, noyé dans la fumée, était désorienté. Mendoza, que sa position à terre avait préservé davantage, en profita pour se relever, cherchant son épée. C’est alors qu’il vit Isabella tomber.
En entendant l’explosion, Esteban s’était retourné, instinctivement. Il était presque arrivé au condor ; il distinguait Tao penché au-dessus de Zia ; il semblait lui parler ; elle bougea, il reprit espoir. Le bruit assourdissant brisa son optimisme. Quand il se retourna, il eut tout juste le temps d’apercevoir à travers la fumée la cape de Mendoza flottant au vent, et un corps qui tombait dans la tranchée creusée par Zia. Il reconnut immédiatement Isabella. Puis il distingua derrière Mendoza, qui s’était penché en avant comme pour rattraper la jeune femme, la silhouette de Roberto. Affolé, Esteban vit Mendoza chanceler au moment où il parait de justesse le coup de Roberto, puis la fumée enveloppa les deux combattants, les dérobant à sa vue. Le ciel s’était obscurci, l’air était lourd, les nuages porteurs de pluie s’accumulaient sur les contreforts de la montagne, poussés par le vent, ils défilaient à toute allure au-dessus du condor échoué comme un navire brisé par la tempête. L’orage était imminent. Esteban jeta un dernier regard vers l’oiseau d’or désormais inutile. Même s’il dissipait les nuages, il perdrait trop de temps à le faire décoller pour venir en aide à Mendoza. A l’intérieur, Tao s’était aperçu de sa présence toute proche et lui faisait de grands signes, qu’il ne parvint à interpréter, mais son visage ne reflétait pas l’inquiétude. Esteban se rendait compte à présent de sa stupidité, il avait réagi trop impulsivement, comme d’habitude, mettant en danger ses amis. Il s’était imaginé Zia blessée, agonisante, morte peut-être, et cette pensée lui avait été insupportable, mais pourrait-il jamais se pardonner la mort de celui qu’il considérait comme son père ? Tao était auprès de Zia, il veillait sur elle, et ils étaient à l’abri dans le condor. Tao saurait prendre soin de Zia, et lui, Esteban, se devait d’aider Mendoza et Isabella, il ne pouvait les abandonner ainsi, même si cela risquait de lui coûter la vie, il ne pouvait agir en égoïste . « Tao, je te confie Zia » murmura-t-il pour lui-même. Puis il fonça en direction de la tranchée.
Une deuxième explosion retentit. Fernando exultait, ravi de pouvoir semer la mort sur les êtres qu’il haïssait, impatient de les réduire en miettes, mais les bourrasques de vent lui compliquaient la tâche. Il n’avait pas encore réussi à atteindre ses cibles. Au sol, Roberto commençait à examiner la situation sous un angle nouveau : il s’était laissé emporter par l’ivresse du meurtre, ce qui ne lui ressemblait pas. Etait-ce le sang des Laguerra qui s’exprimait ainsi, le faisant s’acharner sur un homme pour le seul plaisir de tuer, lui qui n’agissait d’ordinaire que de sang-froid, sans émotion, simplement pour honorer un contrat ? Si c’était le cas, il n’aimait pas ça ; il se voyait encore faire le malin face à Mendoza, sûr de sa supériorité sur le marin, sûr que son père allait s’écraser, sûr qu’il allait leur damer le pion à tous et triompher en récupérant la statuette en or. Quelle stupidité ! A croire qu’il n’avait agi que pour montrer à son père combien il lui était supérieur, et combien il avait eu tort de l’abandonner, lui et sa mère. Il risquait de perdre les bénéfices d’une activité fort lucrative, qui lui permettait de vivre aisément, il risquait de perdre la vie pour une ridicule histoire d’amour-propre ! Il se trouvait pathétique, aussi pathétique que ce satané pilote qui s’obstinait à lui résister, et qui croyait que l’amour est plus fort que la haine…balivernes propres à vous envoyer six pieds sous terre plus sûrement qu’un boulet de canon, ou qu’une de ces bombes concoctées par son père ! Il fallait lui reconnaître un certain génie, ses armes et ses engins étaient redoutables, du moins dans des conditions de combat ordinaires, parce que face à cet oiseau d’or, leur efficacité était nulle ! D’ailleurs, il pourrait tirer grand profit à vendre ces inventions au plus offrant…son père n’avait-il pas eu l’intention d’offrir le char au Roi ? Un tel plan manquait d’ambition au goût de Roberto, mais il lui fallait un peu de temps pour en élaborer un meilleur. Et pour cette raison, il lui parut plus sage de s’éclipser avant de se faire réduire en bouillie : il n’allait pas laisser à son maudit père le plaisir de savourer le spectacle de ses entrailles abreuvant l’herbe sèche. La vue d’Esteban en train de courir en sa direction acheva de le convaincre d’abandonner le terrain : il allait leur laisser le soin, à lui et à Mendoza, de servir de cible pour amuser son père, ce qui lui permettrait de disparaître à la faveur de la fumée et de l’obscurité qui s’était abatttue sur eux, annonciatrice d’orage. Le tonnerre gronda.
R : hasta luego, el piloto !
Il tourna les talons, sauta par-dessus le fossé et s’enfuit en direction de la mosquée où il comptait récupérer quelques documents et objets utiles pour son avenir. Mais contre toute attente, le Docteur vira pour le poursuivre.
F : eh, petit, où cours-tu comme ça ? Je n’aime pas les gens qui laissent leur travail inachevé !
R : va au diable, padre ! j’ai mieux à faire ! Et je ne te dois rien !
F : si ! tu me dois la vie, et j’ai le droit de la reprendre si tel est mon plaisir !
R : vieux fou ! la vengeance t’a pourri le cerveau !
Pour toute réponse, Fernando lâcha une nouvelle bombe, qui rata une fois de plus sa cible.
R : ah ah ah ! tu t’écraseras avant d’avoir réussi à éliminer qui que ce soit, et ta défaite sera totale, totale ! tu aurais dû confier l’affaire à un professionnel depuis le début !
Il reprit sa course au milieu de la fumée ; des éclairs zébraient le ciel ; il approchait du mur d’enceinte. Fernando ne remarqua le danger qu’au dernier moment et redressa désespérément le zephti devant les remparts pour éviter de se fracasser contre les pierres.
F : on se reverra, Roberto, mon fils…on ne se débarrasse pas si facilement du vieux Fernando…
Il vira pour repartir sur Esteban et Mendoza : ces deux-là au moins, il ne les raterait pas. Un nouvel éclair illumina le ciel : il les vit côte à côte au bord de la tranchée. Il sourit…
Avant même d’arriver à la crevasse, Esteban avait crié à Mendoza de sauter pour le rejoindre du bon côté : s’ils voulaient échapper au Docteur, ils devaient trouver un abri, soit à couvert du bois, soit dans le condor. Mais il fallait d’abord tirer Isabella du fossé. Esteban savait que son ami, blessé, ne pouvait y parvenir seul. Il examina le fond de la tranchée pendant que Mendoza reprenait son souffle.
E : elle est ici, donne-moi ton épée, vite !
M : Esteban, pourquoi es-tu revenu ?
Pour toute réponse, Esteban entreprit d’enfoncer l’épée de Mendoza à l’horizontale dans la paroi de terre légèrement inclinée que le rayon avait découpée dans le sol pour former la tranchée, quelques centimètres plus bas que la surface.
E : j’espère que ça tiendra..pour plus de sûreté, tu la maintiendras bien en place ! Je vais chercher Isabella !
Il sauta dans la tranchée et parvint au fond en glissant le long de la paroi inclinée. Une chance que Zia n’ait pas réussi à diriger le rayon parfaitement à la verticale ! Isabella était couverte de terre ; elle n’était pas tombée de très haut, le zephti n’étant qu’à trois ou quatre mètres du sol au moment de la chute, et elle avait dû glisser elle aussi sur la paroi en pente, vu l’état de ses vêtements. Esteban l’examina rapidement, en l’appelant, mais elle ne répondit pas. Au bord de la tranchée, Mendoza ne le quittait pas des yeux.
E : ne t’inquiète pas, elle est juste évanouie !
C’est du moins ce qu’il espérait. Sans perdre plus de temps, il prit le fouet d’Isabella et en lança l’extrémité vers Mendoza.
E : tiens, attache-le bien à la garde de l’épée !
Puis il souleva la jeune femme et la mit debout en appui contre la paroi, afin de passer autour de sa taille l’autre extrémité du fouet. Pour cela, il dut la hisser un peu en hauteur, sur ses épaules, car le fouet n’était pas assez long, ce qui compliqua sa tâche. Quelques gouttes de pluie, lourdes et chaudes, s’écrasèrent sur son visage.
E : tu es prêt ? maintiens bien la garde surtout, je grimpe !
Il prit son élan pour s’agripper à la lanière du fouet, au-dessus du corps d’Isabella, grimpa agilement jusqu’à la surface et se plaça aussitôt aux côtés de Mendoza pour tirer sur le fouet et remonter Isabella. Dans sa demi-conscience, la jeune femme sentait l’odeur de la terre humide, mouillée par les premières gouttes de l’orage, elle sentait la terre ruisseler sur ses cheveux, sur ses joues, sur sa bouche…on la tirait de sa tombe…son père la tirait de sa tombe…enfin…il fallait qu’elle soit forte…une dernière fois.
Esteban hissa le corps d’Isabella sur le sol. Mendoza était visiblement épuisé. Pendant qu’Esteban reprenait le fouet et l’épée, il se pencha sur la jeune femme, balayant délicatement ses cheveux et son visage pour en faire tomber la terre. Elle ouvrit les yeux.
M : tu n’es pas une fille raisonnable, Isabella…tu aurais pu te briser le cou…
Elle se redressa, l’air hagard.
M : attends ! je vais t’aider…il ne faut pas traîner ici..tu pourras marcher ?
Il la soutenait du mieux qu’il pouvait, serrant les dents pour oublier sa propre douleur.
E : regardez ! il revient !
Le Docteur fonçait sur eux.
M : Esteban ! Prends mon arme !
Esteban s’exécuta.
E : partez, je vous couvre !
Mendoza hésita, mais Esteban réitéra son ordre, déterminé.
E : ne t’inquiète pas pour moi, partez !!
Mendoza reporta son attention vers Isabella, et tenta de l’entraîner avec lui, mais il s’arrêta, interdit : elle le fixait de ses yeux fous, des yeux remplis de haine, à n’en pas douter, car il l’entendit murmurer d’une voix rauque, déformée par le poison : « tu vas payer pour tes crimes, Fernando Laguerra.. ».
E : mais qu’est-ce que tu attends, Mendoza ?!
Il se retourna. Il vit Isabella, de dos, luttant avec son amant, un poignard à la main. Mendoza lui avait saisi le poignet droit et tentait de lui faire lâcher l’arme, en vain, son bras gauche était sans force. Fernando choisit cet instant pour plonger sur eux. Il frôla dangereusement le couple, et força Esteban à se baisser pour se protéger.
F : alors, Mendoza, tu n’arrives pas à dompter ma fille ? C’est une vraie bête enragée, pas vrai ? Mais rassure-toi, elle devrait bientôt crever, toute résistante qu’elle soit ! En attendant, quel spectacle délicieux, ah ah ah !
Il avisa Esteban qui se redressait, prêt à tirer.
F : eh, Esteban tu ferais mieux d’abattre Isabella, avant qu’elle ne tue ton cher ami !
Une bourrasque balaya le zephti, la balle manqua sa cible. Le bruit de la détonation couvrit le cri de Mendoza. Isabella était prête à frapper une deuxième fois. Alors son amant l’enlaça tendrement, et mit toute son âme dans un ultime baiser. Elle sentit ses forces l’abandonner, ses muscles se relâcher tandis qu’elle sombrait, recouverte peu à peu par des vagues tièdes qui apaisaient ses souffrances, léchaient sa peau pour la nettoyer de toute cette boue qui la salissait, de toute cette terre sépulcrale qui avait failli l’enfermer à jamais dans un tombeau de haine.
Par TEEGER59
Par TEEGER59
Mendoza ploya sous le poids du corps d’Isabella, et le couple s’affaissa. La cape les recouvrit. Mendoza, à genoux, avait posé sa tête sur la poitrine de sa bien-aimée. Une étoile sanglante brillait sur l’azur de l’étoffe . Le rire de Fernando s’éleva en crescendo, tandis qu’Esteban se précipitait vers le marin.
E : Mendoza !!
F : je te l’avais bien dit, Esteban, tu as fait le mauvais choix, ah ah ah ah ah !!!! Et maintenant, il va falloir que j’achève le travail, les enfants sont incapables de terminer ce qu’ils entreprennent, c’est vraiment navrant !
Il voulut larguer une nouvelle bombe , mais fut contraint de se concentrer sur le pilotage en raison des éléments contraires ; la pluie commençait à tomber en gouttes plus serrées. Esteban, profitant de ce répit, se mit à genoux dans l’herbe trempée, à côté de Mendoza.
E : Mendoza ! Mendoza !
Désemparé, ne sachant que faire, il posa sa main sur l’épaule de son ami, qui resta sans réaction. Tout était de sa faute…mais la voix de Mendoza stoppa net ses pensées négatives.
M : laisse-nous…tu ne peux plus rien…sauve-toi, sauve les autres…abats ce chien de Laguerra ! Vite !
Mendoza avait raison, si le Docteur restait en vie, leur mort n’aurait été qu’un vain sacrifice. Il devait se reprendre, pour eux.
E : je te le promets, Mendoza !
M : c’est bien…alors va…Esteban…sans regrets..
Esteban acquiesça et se redressa, déterminé. Le zephti revenait à la charge, secoué et propulsé tout à la fois par la violence du vent. Esteban arma le pistolet et se plaça dans la trajectoire du Docteur. Il visa la tête, mais un trouble soudain le fit hésiter. Au dernier moment, il leva son bras pour tirer dans l’aile, espérant causer ainsi la chute de l’engin déjà mal en point. Mais sa manœuvre échoua : le pistolet resta muet. Le Docteur fonçait sur eux, prêt à larguer sa dernière bombe. Esteban paniqua, tira à nouveau, sans plus de succès, jeta l’arme et avisa le fouet d’Isabella, qu’il avait laissé à terre après l’avoir récupéré. Il se précipita pour s’en emparer, puis il fit face au zephti et donna un coup de fouet de toutes ses forces pour tenter d’accrocher l’engin et le déstabiliser. Il ne réussit qu’à surprendre le Docteur, qui braqua brusquement pour éviter d’être piégé, omettant de larguer sa bombe.
F : quel coup ridicule, mon pauvre petit ! Je t’aurais bien donné quelques leçons, mais je crains que nous n’en ayons pas l’occasion…
Esteban était aux abois. Comment arrêter ce maudit Laguerra ? Furieux contre lui-même, il jeta le fouet au loin. Il se sentait totalement démuni ; le Docteur les tenait à sa merci, et si le vent était favorable, il pouvait très bien les réduire en poussière à son prochain passage au dessus-d’eux. Alors Esteban se mit à courir en direction de la montagne, espérant attirer ainsi son ennemi loin de Mendoza et Isabella, et comptant sur un changement de sens des capricieuses bourrasques qui jouaient depuis le début avec le zephti : avec un peu de chance, elles pourraient précipiter l’engin contre les rochers. Comme prévu, Fernando le suivit.
F : eh, petit lâche, on se sauve ?
Esteban leva la tête pour estimer la distance qui les séparait. Un éclair illumina le ciel noir de nuages : le Docteur se trouvait à la verticale exacte du jeune homme, en position parfaite pour larguer son dernier joker meurtrier. Une voix familière, portée par le vent, retentit aux oreilles d’Esteban juste avant que le tonnerre n’éclate. Il se retourna et vit Zia qui courait dans sa direction, éperdue, suivie de Tao. Une formidable détonation couvrit alors la voix de la jeune fille.

Esteban se recroquevilla sur lui-même instinctivement. Quelques secondes passèrent. L’écho de la détonation se répercutait à l’infini, dans un grondement se répétant sans cesse. Bientôt, Esteban distingua deux sons différents, dont l’un diminua d’intensité peu après, le bruit du tonnerre, tandis que l’autre se multipliait, enflait dans un claquement caractéristique : on tirait des coups de feu en salve. Il releva prudemment la tête, cherchant Laguerra dans le ciel, prêt à reprendre sa course vers la montagne. Il localisa enfin le zephti balloté par le vent comme un fétu de paille, manifestement il était impossible de le diriger à présent : les toiles étaient trouées ou arrachées, la plupart des éléments de la structure étaient brisés ; l’engin était rabattu impitoyablement sur les contreforts de la montagne, derrière la mosquée ; Esteban vit Laguerra sauter, il le vit rouler sur les rochers jusqu’au bas de la paroi ; le zephti fut brusquement happé par une bourrasque et projeté plus haut contre la montagne ; au moment où il s’écrasait, la dernière bombe explosa, pulvérisant ce qui restait de l’œuvre du Docteur.
Esteban se releva, n’osant y croire : son ennemi gisait enfin à terre ! Mais était-il mort ? Il devait s’en assurer, il devait l’achever au besoin, pour l’empêcher de nuire à jamais, il devait tenir la promesse faite à Mendoza, et il devait récupérer le médaillon de Zia que ce chien avait osé dérober ! Quand il le remettrait autour du cou de sa bien-aimée, tout serait enfin terminé. « Attends-moi, Zia, il me reste une dernière chose à accomplir » murmura-t-il pour lui-même. Il se retourna : Zia et Tao s’étaient arrêtés près de Mendoza et Isabella. Au loin, plus à droite derrière eux, une petite troupe armée achevait de gravir le sentier menant aux abords du village en ruines. « Gomez ! » Esteban sourit : il n’aurait jamais cru se réjouir un jour de l’apparition du cupide Espagnol. Mendoza avait eu raison de prendre le temps de solliciter son aide, il devait le reconnaître…il soupira : il lui faudrait vraiment maîtriser son impatience légendaire à l’avenir. Il ne restait qu’à espérer que Mendoza et Isabella allaient s’en sortir. « Zia, je compte sur toi ! », cria-t-il en sa direction, puis il prit son élan pour courir vers le corps de Fernando Laguerra : mais il ne pouvait plus l’apercevoir nulle part. Le combat n’était donc pas terminé…il ralentit le pas, prudent, et tira son poignard. Le Docteur avait dû se trainer vers le ravin derrière la mosquée, il espérait sans doute lui échapper, le lâche ! Si tel était le cas, il aurait plus de chance de l’intercepter à la sortie du ravin, de l’autre côté du bâtiment, à moins que le Docteur n’en profite pour remonter dans son repaire par l’entrée secrète qu’Isabella avait indiquée ! Il avait peut-être de nouvelles armes à leur opposer, il espérait peut-être rassembler ses hommes ! Non…Esteban en avait aperçu un bon nombre fuir déjà, et le char, désormais en cendres, était probablement la carte maîtresse du jeu de Laguerra. Le jeune homme se rassura : le Docteur ne devait pas être loin de tomber en morceaux comme sa machine infernale, après avoir failli brûler avec elle et avoir chuté sur les rochers. Peut-être même les tirs qui avaient touché le zephti l’avaient-ils blessé. Probablement s’était-il tapi dans un coin, agonisant, mais sûrement décidé à vendre chèrement sa peau de chacal...Esteban chassa de son esprit cette pensée angoissante ; Zia lui donnerait la force de vaincre leur ennemi mortel.
La tête posée sur la poitrine d’Isabella, Mendoza entendait toujours le cœur de la jeune femme battre de façon désordonnée. Il se concentrait sur ce rythme inégal, oubliant sa propre douleur. Ce cœur qui battait, c’était sa planche de salut. Si le battement venait à cesser, alors le marin sombrerait définitivement, dans la folie ou la mort. Il percevait toutefois un autre son, plus doux quoique plus aigu, un son familier, qu’il ne parvenait pas à identifier, un son d’abord lointain, mais qui s’imposa bientôt à sa conscience : c’était une voix, une voix féminine, une voix juvénile, mais non..ce n’était pas sa voix, à elle ; la voix se fit plus pressante, appelant son nom, éveillant des souvenirs, le replongeant plusieurs années en arrière. Il la reconnut enfin, mais que lui voulait-elle, pourquoi les dérangeait-elle ? Il se força à ouvrir les yeux, espérant faire taire la voix. Zia était agenouillée près de lui.
Z : Mendoza, enfin ! Que s’est-il passé ?
M : laisse-nous…tu ne peux rien…
Z : tu es blessé, laisse-moi examiner ça..
M : non !
Z : et Isabella…
M : empoisonnée…je n’ai rien pu faire…si...je l’ai forcée à avaler du charbon…
Il se mit à rire doucement.
M : c’était inutile…elle a respiré une poudre…mais je voulais…la sauver…essayer…
Z : tu as bien fait ! mais est-elle…
M : morte ? non…son cœur bat…il bat..toujours..
Z : comment a-t-elle réagi au poison ?
M : son regard..était comme fou, elle agissait étrangement…
Z : hum…belladonne ou datura, plus probablement…je doute qu’une autre substance toxique soit en cause, ou elle serait déjà morte…comment est-ce arrivé ?
M : une lettre..de son père…
Z : et la dose n’est pas mortelle ?…étrange…
M : Zia…es-tu sûre ?
Z : non…il faut que tu me laisses l’examiner, et il faut que je te soigne, toi aussi ! qui a osé trouer ta cape ?
Mendoza rit encore.
M : ce n’est rien…c’était la dernière pique d’Isabella à son père…
Zia le fixa sans comprendre, puis reprit ses esprits.
Z : Tao, aide-moi ! il faut les transporter à l’abri.
M : non !
Mais Tao s’exécutait déjà. Il souleva la poitrine de Mendoza, dégagea son bras droit qui soutenait inutilement le corps inerte d’Isabella. Le marin voulut résister mais ne le put. Quand il n’entendit plus le cœur battre, il s’évanouit. Tao l’allongea auprès de la jeune femme. Zia examina rapidement cette dernière pour confirmer son diagnostic.
T : où veux-tu les transporter ? le condor est assez loin..
Z : essayons de rejoindre le porche de la mosquée.
T : tu es folle ? Après tout le mal qu’on s’est donné pour fuir cet endroit ? et on n’y arrivera jamais avant l’orage, il faut faire tout le tour de la tranchée ! une de ces ruines devrait faire l’affaire, non?
Z : elles n’ont plus de toit ! Allez, aide-moi !
T : attends ! regarde qui voilà ! Oh eh ! Par ici !
Il se mit à faire de grands signes pour attirer l’attention de Gomez et de ses hommes, qui se dirigeaient vers eux. Soudain, l’un d’eux s’arrêta, pointa son doigt vers la mosquée et se mit en position de tir. Tao et Zia regardèrent alors dans la même direction.
T : eh mais ! on dirait que c’est..
Z : Arthur ! non, ne tirez pas !
Un coup de feu retentit, mais rata sa cible : Arthur, plaqué contre le mur d’enceinte de la mosquée, progressait péniblement vers l’angle du bâtiment. Tao se précipita pour empêcher l’homme de tirer à nouveau.
T : arrêtez ! c’est un ami !
Gomez donna un ordre, et l’homme se releva. Tao arriva à leur hauteur, essoufflé.
T : Gomez ! ne tirez plus…
G : c’est ce que j’ai cru comprendre en effet…mais vous avouerez, mon jeune ami, qu’il n’est pas évident pour nous de savoir sur qui tirer…Mendoza ne nous a guère donné de précisions, et j’ignorais que ce jeune homme blond était de vos amis..j’espère que nous n’avons pas abattu un autre de vos amis tout à l’heure !
T : non, non, vous avez abattu ce chien de Laguerra !
G : ah, fort bien, c’est ce qu’il m’avait semblé aussi…mission accomplie, donc…on dirait même que nous sommes arrivés à point nommé…vous sembliez en difficulté…c’est un vrai champ de bataille parbleu ! et qui a creusé cette tranchée ? quelle forme étrange…et cet engin volant, quel dommage qu’il se soit écrasé ! Mais j’ai cru bien faire…
T : ah, oui, oui, merci, merci mon vieux, mais nous avons encore besoin de votre aide, nous avons deux blessés à transporter, venez !
Le tonnerre retentit à nouveau, la pluie se mit à tomber à verse. Il les entraîna. Quand Gomez vit le corps inanimé de son ancien ennemi, il ne put réprimer un sourire de satisfaction. Combien de fois lui et Gaspard avaient rêvé de voir Mendoza à terre, enfin, surtout Gaspard à vrai dire. C’était une véritable obsession chez lui..mais Gomez devait avouer qu’il n’était pas mécontent lui-même..cela le vengeait des souffrance endurées là-bas, aux Amériques..la roue tournait…il souhaita que Mendoza succombe à ses blessures. Cachant du mieux qu’il pouvait ses pensées sous une voix faussement compatissante, il s’enquit de la gravité de l’état du marin.
G : mon Dieu…j’espère qu’il survivra…quelle perte ce serait..
T : n’est-ce pas ? pas d’inquiétude, Gomez, Zia et moi, on va veiller personnellement sur lui, et si par malheur il venait à succomber à ses blessures, je t’en tiendrais entièrement responsable, compris ? Ah, et si tu pouvais nous précéder avec quelques hommes, histoire de sécuriser la zone, je crois qu’ils ont tous fui, mais on ne sait jamais ! Vous pourrez aller voir si Laguerra n’est pas revenu dans son laboratoire par derrière, il y a une entrée secrète, oh, et puis envoie quelqu’un jeter un coup d’œil dans le ravin du côté du bois, tu veux bien ? et maintenant, en route ! Aidez-moi les gars !
Gomez lança un regard noir à Tao et donna ses ordres.
Z : tu as raison, Tao, Esteban ne revient pas, je suis inquiète… Arthur a disparu à l’angle de la mosquée lui aussi… il avait l’air mal en point…abritez-vous sans moi, je vais aller voir…
T : Zia ! je viens aussi !
Z : non..tu les installeras en position assise, je compte sur toi… trouvez de quoi panser les blessures de Mendoza, faites bouillir de l’eau !
T : Zia ! sois prudente ! on a besoin de toi !
Z : Esteban et Arthur aussi, sans doute !
Tao soupira…il savait qu’il était impossible d’arrêter Zia quand elle avait une idée en tête, mais il détestait se retrouver dans ce genre de situation.
T : et voilà…c’est encore moi qui me retrouve tout seul pendant qu’ils jouent les héros…bon, il faut bien que quelqu’un surveille Gomez...

Esteban avançait prudemment vers l’arrière de la mosquée, à l’endroit où devait commencer le ravin. Laguerra était tombé tout près, il avait très bien pu sauter ensuite là. S’il y était encore, en embuscade, il fallait le faire sortir.
E : Laguerra, espèce de chien galeux, pourriture de l’Enfer, montre-toi, tu te caches, tu as peur de m’affronter ? Tu es donc incapable de te battre à la loyale ? Ou tu es trop faible pour ça ? Tu as peut-être peur que je t’achève comme le rat puant que tu es, et tu as raison ! Le moment est venu de te faire expier tes crimes !
F : mes crimes ? tu es bien sûr de toi…que ne parles-tu plutôt des tiens, tu es bien mal placé pour me juger et te poser en justicier, sale gamin !
Le Docteur surgit du ravin où il s’était caché. Il était couvert de terre et de sang, mais il se tenait fermement sur ses jambes. En entendant Esteban, il avait renoncé à profiter de l’effet de surprise. Il voulait jouer encore un peu avec sa proie.
F : me voilà, Esteban, à ta merci…regarde-moi, tu as gagné…
Esteban s’arrêta à quelques pas. Il le tenait, enfin, cette fois-ci personne ne s'épargnerait.
Après tous ses cris, ses pleurs, toutes ses colères, ses désespoirs, tout allait se terminer, il était face à lui.
Esteban et Le Docteur avaient chacun leur main sur leur arme respective, un poignard et un pistolet, ils étaient prêts.
E : Ça y est, Laguerra, cette fois, tu ne pourras pas t'échapper.
F :En es-tu sûr, Fils du Soleil ?
Ce fameux jour où chacun avait torturé l'autre, où chacun avait laissé une marque indélébile sur l'autre allait se répéter.
Le temps ralentissait, le ciel s'assombrissait, reflétant l'humeur d'Esteban et du Docteur. L’orage allait éclater.
F : Sale gosse, tu sais ce que représente tout mon dur travail ? Tout ce temps gâché afin que tu reviennes ici ? Toute cette haine et cette envie de vengeance coulant dans mes veines chaque jour depuis quatre, non, neuf ans ?
E : Et toi, sais-tu ce que représente Zia ?
F : Oui, une sale petite moins que rien qui aurait pu et dû m'enrichir et me rendre encore plus puissant, sois étonné que je ne l'aie pas encore...
Laguerra utilisait son arme fétiche, mis à part le fouet, la provocation ; il savait que ses paroles allaient cingler l’âme d’Esteban aussi puissamment qu’une lanière de cuir, et faire souffrir son cœur bien mieux que sa chair. Il était sûr de la réaction d’Esteban , il avait prévu de le toucher au cœur à ce moment précis.
Étonnement, Esteban gardait son calme malgré la haine qu'il sentait monter en lui.
E : Tu te trompes.
''Il réussit à rester calme, comment fait-il ?"pensa Laguerra, déstabilisé par cette réaction imprévue.
Sentant qu'il allait perdre, le Docteur visa et tira.
CLIC CLIC CLIC. Mais pas de PAN.
''Oh non, j'ai du vider ma dernière balle sur ce salaud d'Arthur, je n'ai pas de recharge en plus !''
Esteban comprit que le moment était venu, il s'avança en courant vers Laguerra, poignard tendu en l'air, il allait l'achever, le crever comme le sale chien qu'il était !
Laguerra utilisa alors son ultime carte, son joker.
Il sortit un poignard de couleur noire de sa botte, la lame avait une teinte rouge noirâtre.
C'était le sang coagulé d'une jeune fille de dix-huit ans, d'une jeune Inca.
Esteban ralentit, il avait reconnu le couteau avec les sortes de gravures sales dans le bois du manche.
F : Ce couteau est teint du sang de ta bien-aimée, IL VA BIENTÔT TE CREVER LE CŒUR !
Il lança le couteau fortement, tellement fortement et avec une telle précision que sa cible ne pouvait être manquée.
Avant qu'Esteban ne puisse réagir, un corps s'interposa et chuta lourdement sur le côté .
Laguerra s’enfuit . Esteban comprit immédiatement qui venait de s'interposer.
Le tonnerre gronda, la pluie tomba.
Cette nuit de cauchemar allait se répéter.
E : ARTHUR ?!
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Message par Seb_RF »

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Il a fallu que ce soit lui qui meure.
Il a fallu que ce soit lui qui le sauve.
Il haletait, il avait ignoré la douleur de la balle mais cette fois, le poignard était bien enfoncé dans ses entrailles.
Esteban fut pris de panique, il tournait la tête rapidement, à la recherche d'une potentielle aide, personne ne vint.
A : Ah, putain de..!
E:Calme-toi, respire, je vais enlever le couteau.
Il agrippa le poignard d'une main et tira doucement afin qu'Arthur souffre le moins possible.
La lame était devenue rouge, elle sortait difficilement.
Esteban grimaça de dégout, Arthur le fit de douleur.
E : C'est presque fini, hnnng...AH ENFIN !
Il jeta le poignard au loin et mit sa main sur la plaie d'Arthur pour minimiser la perte de sang.
Esteban essayait de rester calme, la sensation était désagréable.
E : T'en fais pas, ça...ça va aller, Zia va te soigner, elle a connu ça il y a quatre ans...
A : Mais, elle, le cœur n'était pas touché, moi j'ai été planté entre le cœur et les poumons...ARGHT !
Esteban fut pris d'un doute, comment Arthur savait-il que...ah, Zia avait dû tout lui raconter, bien sûr..
Des larmes commencèrent à couler sur le visage encadré de boucles blondes, des larmes non pas de tristesse, mais d'autre chose.
A : J'ai...J'ai réussi...
E : Quoi ? Tu as réussi quoi ?
Arthur tourna la tête, ses pleurs tombaient à présent sur la terre humide et rougeâtre, il fixait Esteban dans les yeux.
A : J'ai enfin...réparé l’honneur de ma famille...j'ai réparé…l’honneur des De Sarles...
E: QUOI ? TU ES DE LA FAMILLE D'AMBROSIUS ?
Arthur acquiesça , il leva difficilement le bras pour prendre celui d'Esteban.
A : Esteban, je sens...que je ne vais pas tarder à partir...
E: Non, tu dis n'importe quoi, Zia va te soigner, elle va arriver, ZIA ! ZIA !
Esteban chercha Zia du regard, personne n'était là, encore.
Arthur esquissa un sourire amer sur le visage.
A : J'aurais aimé l'avoir à côté de moi...ce sera dur pour elle d'apprendre ma mort...aïe...
E: Quoi ? Arthur, écoute, tu délires, tu dis n'importe quoi, je vais te mettre en sécurité.
A : Non.
Esteban prit un air circonspect, Arthur ne voulait donc pas survivre ?
E: Allez, s'il te plait, viens...
A : N'essaye pas Esteban, n'essaye...ARGHT...pas...
Arthur se tordait de douleur.
A : Esteban, je veux...que tu me fasses une promesse.
E : Non.
Promesse. Ce mot résonnait dans sa tête, il n'avait pas réussi à honorer la promesse qu'il avait tenu à Tao il y a quatre ans, il ne pouvait pas se permettre de refaire cette erreur avec un mourant.
A : S'il te plait...au moins pour Zia.
E : Hein, que veux-tu dire ?
Arthur prit la main d'Esteban encore libre et ferma le poing.
Esteban pleura de plus belle, il savait qu'Arthur allait rester ici pour mourir, il savait qu'il devait honorer la dernière volonté d'Arthur, même si ça le tuait intérieurement.
A: Promets moi de protéger Zia, promets moi que tu lui donneras tout le bonheur et l'amour dont elle a besoin. Promets moi de la garder en vie, Fils du soleil, je t'en prie.
E: Arthur...tu aimes Zia n'est-ce pas ? C'est pour cela que tu l'as protégée, c'est pour cela que tu t'es allié à nous...
A : En partie...arght...promets moi ça, je t'en supplie.
Cette fois, Arthur pleura réellement, la pensée de Zia presque mourante lui faisait plus mal qu'il n'aurait cru.
Il eut l'impression de recevoir encore et encore des centaines de coups dans le cœur.
Esteban n'en revenait pas, la personne qui l'avait sauvé était également amoureux de Zia, et il n'avait pas hésité à s’interposer face à Laguerra pour se sacrifier.
Et il avait également accompli quelque chose de plus grand.
E : Je...te le promets...Arthur De Sarles.
A : Merci...Esteban...prends soin d'elle, tu as choisi une bonne femme.
''Prends soin d'elle'' ''Tu as choisi une bonne femme''
Esteban eut un déclic….
Le tonnerre, le combat, le sang, les cris...
Tout s'arrêta.
Il repensa au passé, 4 ans auparavant :
Esteban tomba du ventre de Laguerra, une large ouverture sur le torse.
Laguerra se releva avec de l'aide, des plaies sanglantes sur tout le corps et sur le visage.
Il s'approcha, une cape et une capuche noire le cachaient.
-Quel sale type, pauvres personnes.
Il tourna sa tête vers Zia.
Elle semblait morte, mais sa beauté n'en pâlissait pas.
Il eut le réflexe de vérifier son pouls, il n’était pas alarmant, il arracha un bout de sa cape et l'utilisa pour arrêter l'écoulement de sang.
La robe de Zia était déjà entachée au milieu de la poitrine d'une grande plaque rouge.
Il se retourna, vit ce jeune homme qui avait eu le courage d'affronter Laguerra en pleurs, ventre à terre.
-Le pauvre...
Il s'approcha d'Esteban et lui chuchota à l'oreille :
-Aucun organe vital n'est touché. Tu vas survivre toi aussi.
Il retourna le corps d'Esteban, pansa sa blessure, et s'en alla.
''Je ne peux pas croire que je dois suivre ce sale chien''
Il dit ainsi à l'oreille du fils du soleil, sur le point de s'évanouir.
-Tu as choisi une bonne femme.
Un éclair illumina le ciel, révélant la tête d'Arthur.
E : Non, non...ce n’est pas toi, non ? Tu nous as sauvés ?
A : Je ne pouvais pas laisser des humains mourir ainsi, je ne pouvais pas laisser Laguerra gagner, car ce qu'il m'a fait est plus qu'horrible, tue-le, et vis une belle vie avec Zia, donne à la dernière personne m'ayant apporté un peu de bonheur en ce monde tout ce que je ne peux plus lui offrir désormais. Adieu, Esteban, ce fut un plaisir...de te sauver.
Arthur ferma les yeux.
Il ne les rouvrirait pas, plus maintenant, plus jamais.
Esteban se leva, en larmes, bouleversé par ce qu'il venait d'apprendre.
Il se tourna vers le poignard, le prit et le rangea.
Il courut en direction de Laguerra, le cœur sur le point d'exploser. Le Docteur n’était pas allé bien loin, il ne se mouvait plus qu’avec difficulté.
Cette fois, justice serait faite.
Cette fois, il n'y aurait pas de cicatrice.
Isabella...Mendoza...Zia...Arthur...et lui-même seraient vengés. Plus personne ne mourrait, plus aucun innocent ne serait torturé ou tué.
« Laguerra ou Moi, le destin choisira ! »
Esteban fila à toute allure vers Laguerra, plus enragé que jamais.
Le poignard noir lui permettrait de pouvoir combattre sans épée.
E: RAMÈNE-TOI SALAUD !
Ce sale monstre devait chercher des munitions, se dit Esteban, il avait profité du sacrifice d'Arthur pour gagner un peu de temps, mais cela ne lui serait d’aucune utilité. Il était perdu.
Il aperçut sur le sol un chemin rougeâtre peint dans la terre par le sang de Laguerra. Au bout de ce chemin, le Docteur l’attendait. Ses blessures accumulées durant le combat l’avaient affaibli, il devait agir efficacement à présent. S’il s’était d’abord réjoui d’avoir éliminé ce traître d’Arthur, à cause de lui la tâche s’avérait plus dure. Mais il avait pu récupérer quelques balles, celles-là même qu’on avait tirées pour l’abattre ! La pluie cependant risquait de rendre son arme inutilisable.Il la chargea le plus rapidement qu’il put, mais la pluie avait déjà mouillé la poudre. Il allait bluffer. Et il lui restait toujours son épée. Esteban était sûrement un piètre bretteur. Malgré ses blessures, il en viendrait facilement à bout , grâce à sa botte secrète. Et cette fois, Esteban n'aurait pas d'ange gardien !
Laguerra se retourna, il s'avança droit sur Esteban, le pistolet pointé en direction de sa poitrine.
Le Docteur et le Fils du Soleil allaient commencer un ultime combat, dont personne ne sortirait indemne. Ils se battaient pour eux, pour leur vie, pour leur vengeance.
Esteban ne se laissa pas impressionner par l’arme du Docteur, il sortit avec rage les deux poignards de leurs fourreaux, courut à toute vitesse vers Laguerra et lança son poignard argenté sur la main du Docteur, faisant tomber le pistolet et coupant le majeur droit de Laguerra.
Il profita du fait que ce dernier regardait sa main sanglante et le majeur à terre pour récupérer son poignard.
F : MA MAIN ! REGARDE CE QUE TU AS FAIT RACLURE !
E : Alors, regarde ce que tu m'as fait...fit-il en levant son chandail.
Laguerra rit grassement à la vue de son chef-d’œuvre, lui aussi avait donc une trace de cette horrible nuit.
F : Il y a quatre ans, je t'ai donc fait ce petit cadeau...aujourd'hui, tu vas recevoir le bouquet final !
Il tira son épée. Ils commencèrent ainsi une valse mortelle.
Entre les coups d'épées du Docteur et les réflexes quasi-divins d'Esteban, chacun mettait toute sa haine et toute sa colère dans chaque coup donné.
Chaque attaque, chaque action et chaque pas les rapprochaient de cet instant final où l'un devrait tuer l'autre.
Cette danse entre esquive et attaque, entre grâce et disgrâce, entre vie et mort, dura de longues minutes.
La pluie les battait tellement que le sang ruisselait sur le corps d'Esteban ou celui de Laguerra, on ne pouvait compter les multiples plaies, coupures, blessures que chacun avait infligé à l'autre.
Tous deux étaient épuisés, leurs forces les abandonnaient au fur-et-à mesure des coups d'épées et de poignard. Esteban n’aurait jamais cru le Docteur si résistant. Cet homme aurait dû succomber depuis longtemps, seule sa soif inextinguible de vengeance pouvait encore le maintenir debout.
Mais Laguerra sentait qu’il ne tiendrait plus guère face à cet adversaire aussi acharné que lui, était temps d’utiliser sa botte secrète. Il prit son épée de sa main gauche tel l'ambidextre qu'il était, et entreprit de l’abattre sur la tête d'Esteban
Ce dernier se mit en position de défense, poignards tendus en croix devant lui et au-dessus de son crâne, bloquant l'épée dans sa course.
Les deux utilisèrent une force indescriptible pour contrer cette action qui allait peut-être déterminer le reste du combat.
Esteban avait les genoux pliés, il ne comprenait pas pourquoi il ne pouvait résister à Laguerra.
F : Pauvre petit homme…
« Non…non…pas ça… »
F : Pauvre petite chose…
Esteban ferma les yeux : « ne pense pas à ça… »
F : Pauvre…
« Arrête… »
F : …petit…
« Ce n’est pas le moment ! »
F :…faible..
Esteban ne put résister, cette fois, il n’en pouvait plus, il ne voulait plus continuer, il lâcha prise.
Il tomba au sol, et ferma les yeux, le spectacle venait de se clore, la musique s’arrêta.
Laguerra venait de comprendre qu’il avait gagné, il avait accompli sa vengeance.
Zia apparut.
Elle ne put réprimer un violent frisson en voyant le corps de son amour au sol face à Laguerra. Elle se figea.

Esteban…non...ce n’était pas possible, il ne …il ne pouvait pas, pas maintenant !
Le Docteur, qui haletait au dessus du corps de son ennemi, tourna enfin la tête vers la jeune fille. Les traits de son visage, creusés par l’effort et la douleur, lui composaient un masque terrible, rendu encore plus effrayant par le rictus mauvais qui lui déformait la bouche.
F : Ah, ma chère Zia, tu vois, je t’avais dit que j’y arriverais, je t’avais dit que tes chers amis recevraient un accueil dont ils ne se remettraient pas…
Les larmes de Zia se mêlèrent aux gouttes de la pluie battante. Elle ne voyait plus rien que cette masse inerte à terre. C’était donc…son corps ? Ce n’était plus qu’un corps ? Et rien d’autre, à jamais ? De toute son âme, elle luttait contre cette pensée, elle se refusait à y croire, il s’en était toujours sorti, il avait traversé tellement d’épreuves, il ne pouvait pas mourir maintenant !
La colère prit possession de son être, elle se jeta sur le Docteur, mue par l’envie irrépressible de lui arracher les membres .
F : Trop prévisible…
Avant qu’elle n’ait pu faire quoi que ce soit, Laguerra attrapa Zia au niveau du cou, la poussa en arrière en maintenant son emprise, l’entraînant d’un pas titubant vers le mur d’enceinte contre lequel il la plaqua brutalement, en haletant bruyamment.
Elle ne pouvait plus respirer, la poigne de Laguerra lui enserrait le cou comme dans un étau, ses ongles s’enfonçaient dans sa chair. Il avait les yeux exorbités sous l’effet de l’effort, il grimaçait de douleur, mais aussi de plaisir.
F : Tu savais au final que tu ne pourrais pas t’en sortir… cette fois, ce traitre d’Arthur ne te sauvera pas, depuis l’enfer…
Les paroles de Laguerra l’atteignirent en plein cœur. Elle aurait voulu crier, mais elle ne pouvait articuler un son. « Arthur…non… pas lui… »
F : Ton Esteban n’a fait que le rejoindre là où ils devaient finir tous les deux…dans les bras de Satan…mais toi…c’est dans mes bras que tu vas finir !
Laguerra accentua sa pression sur le cou de Zia, et pesant de tout son poids sur la jeune fille il tenta de l’embrasser de force, après tout, n’était-elle pas destinée à être sa femme ?
Une haleine forte sortait de la gueule de ce chacal, qui effleurait les lèvres de Zia, mais elle les pinçait obstinément.
Elle ferma les yeux pour échapper au spectacle du regard fou de Laguerra. Elle tenta de se concentrer pour le repousser, mais elle ne parvenait pas à chasser de son esprit l’image de la bouche ensanglantée du Docteur posée sur sa bouche. Et cette image était sur le point de devenir réalité.

Cinq…trois…un…
-NE LA TOUCHE PAS SALOPARD !
La pression se relâcha brusquement, elle s’affaissa lourdement au sol, délivrée de l’emprise de son bourreau.
Esteban avait sauté sur Le Docteur, le plaquant à terre.
Il lui assena un violent coup de poing sur la figure, avant de brandir son poignard.
Cette fois, cette journée maudite avait réellement recommencé.
Les mêmes coups, aux mêmes endroits, avec la même rage, avec les mêmes insultes.
Finalement, Esteban se releva, les jambes mal assurées, ses vêtements teintés de nouvelles taches de sang.
Il commença à s’en aller, mais entendit des cris et des pleurs.
Laguerra dévoilait à cet instant suprême sa minuscule part de faiblesse humaine, cette unique part qui rappelait son humanité et qu’il avait jetée lui-même aux oubliettes il y a neuf ans.
F : Esteban…ah…pitié…tue-moi…
E : Avec Plaisir, Docteur.
Esteban prit la lame du Docteur à deux mains et leva les bras au ciel.
Il sentit alors une main douce lui agripper le bras avant qu’il ne commette l’irréparable.
-Laisse le, il ne mérite pas que tu exauces son vœu.
Esteban se tourna vers Zia, alterna son regard entre Laguerra, son épée, sa Zia.
E : Tu as raison, laissons-le ainsi, ce monstre ne mérite aucun honneur, il ne mérite rien . Juste une honte éternelle.
Il laissa retomber ses bras, lâcha l’épée. Le couple tourna le dos au Docteur, s’apprêtant à l’abandonner à son sort.
F: E...Esteban...je t'en supplie.
Esteban se retourna, il avait oublié quelque chose, il s'approcha du corps de Laguerra, fouilla un instant et prit le médaillon terni de sa chère Zia.
E: Zia, je pense que c'est à toi, prends-le. J’aurais voulu te le passer autour du cou moi-même, mais..
Il ne put achever, la tête lui tournait, il chancela. Zia le retint par le bras d’une main ferme et prit le médaillon.
Z : merci, Esteban..et maintenant, il est temps que je prenne soin de toi, comme tu as pris soin de moi.
Laguerra vit le médaillon de Zia retrouver sa couleur dorée éclatante.
Il comprit alors que le plan qu'il avait minutieusement préparé, lui consacrant tout son temps, ses cris, ses larmes, sa haine et son énergie...
Il comprit qu'il avait gâché le reste de sa vie.
F: Sale enflure...à cause de toi, j'ai gaspillé le peu de vie qu'il me restait…. pour rien!
E: Tu avais déjà tout perdu, non ?
F: Oui, à cause de toi et de tes amis, des cités, à cause de toi...au final, je le savais...
E: Quoi ?
Le Docteur prit une profonde inspiration et articula avec difficulté, en détachant ses mots, semblant souffrir à chaque syllabe prononcée.
F: Au.. final, tu es ..comme moi...un …monstre.
Il frémit. Ses yeux se figèrent. Il s'éteignit pour de bon.
E: Un...un...monstre ?
A cet instant, Tao surgit à l’angle du bâtiment, et se précipita vers eux ; ses deux amis se tenaient immobiles devant la dépouille de Laguerra. La terre était rougie du sang des combattants.
T: ESTEBAN ! ZIA ! vous êtes vivants ! wow…mais vous en faîtes une tête !
Esteban avait le visage livide, il venait de réaliser ce qu'il avait fait..il l'avait tué.
Il a tué.
E: La...Laguerra...est mort.
T: C'est une bonne nouvelle, non ? Il est enfin hors d'état de nuire !
Z: Tao, tu ne comprends pas...c'est Esteban qui l'a tué. C'est lui qui a tué Laguerra.
"Monstre" "Tué" "Lui"
"Monstre" "Tué" "Lui"
Ces mots tournaient dans sa tête sans arrêt, il avait froid, très froid, il était trempé, il était fatigué.
Esteban, vidé de ses forces, n'arrivait plus à tenir debout.
Il se sentit partir à la renverse, terrassé par la fatigue et le sang qu'il avait perdu, il plongeait vers le repos, enfin.
Zia et Tao le rattrapèrent avant que son crâne ne heurte le sol.
Z: ESTEBAN !
Il ferma les yeux, il expira, emporté par une force magique.
Tout était noir autour de lui, il se sentait seul, il avait froid.
Il chercha du regard une figure connue, il réalisait qu'il avait oublié quelque chose, mais quoi ?
Comment s'appelait-il ? Où était-il ? Qui était-il ?
Il ressentait d'un coup un immense mal de crâne, semblable à un coup de massue.
Sa vision devenait floue, allait-il quelque part?
Il vit passer devant lui des images assez étranges, de formes incongrues, floues.
-Saaaaaaale mooooooooonstrrrrrrrrrrrrrrrrrrrre.
E: Qui...qui est là ?
-Meuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuurtrier
E: Non...je ne suis pas...
-Siiiiiiiiiiiiii....regaaaarde...
La voix était grave et sifflante, elle sortait d’ on-ne-sait-où.
Esteban vit soudain une forme s'élever dans les airs juste en face de son visage, formant une main pointant en direction de l'Est.
Esteban tourna la tête, l'une des images devenait plus claire.
L'image affichait une nuit sombre, éclairée uniquement par les rayons de la pleine lune.
Des sons étranges lui parvenaient, des cris de douleur et de chagrin.
L’image se précisa.
Esteban fut alors saisi d'effroi, ce qu'il voyait était cauchemardesque.
Un fou s'acharnait sur le corps d'un homme assez âgé avec fureur.
Esteban voyait le regard de cet ''homme'', il voyait son regard empli de rage, mais également de plaisir.
Ce fou PRENAIT PLAISIR à torturer sa victime, à chaque coup transperçant la poitrine de sa pauvre victime, il jubilait.
Cet être perdait son humanité, il se perdait lui-même.
Les mains enduites du sang poisseux de ce vieillard, cet être immonde s’effondra ; il pleurait.
Comment pouvait-il pleurer? Pourquoi ?
Il vit alors le visage du meurtrier.
Il vit alors SON visage.
Il vit alors Laguerra...
-Tu Vois ? Tu es un monstre.
La voix devenait plus claire...plus distinguable.
Mais cette voix ne lui semblait pas familière, comme si il venait de rencontrer cette "personne".
-Tu ne vaux pas plus que ça, tu ne vaux pas plus qu'un chien, tu n'es qu'un monstre qui rejette la faute sur les autres, mais regarde ce que TOI tu as fait.
Esteban ne savait alors réellement plus où il se trouvait mais il savait maintenant parfaitement ce qu'il était.
Il savait ce qu'il valait, il devait mourir.
Il n'avait aucune raison d’exister, il n'avait pas le droit d'avoir une âme.
-non...tu te mens à toi-même
E: Qu...qui me parle ?
- Personne, reprends là où tu t' es arrêté...prends ceci...prends…
Un couteau volait devant lui, la lame ruisselant de sang.
Il prit le manche de l'arme et comprit qu'il avait le moyen d'arrêter tout ça.
Mais une deuxième voix se fit entendre.
- Non ! ne fais pas ça, tourne-toi !
Cette voix-ci était beaucoup plus douce, beaucoup plus familière que la première, mais elle lui parlait fermement.
Esteban tourna sur lui-même.
Il vit cette fois une image plus lumineuse, plus claire, moins pessimiste.
Une jeune femme courait dans les rues d'une ville qu'il pensait connaître, elle était...indescriptible.
Il sentait une étrange sensation dans tout son corps en la voyant, son cœur semblait battre la chamade.
Et il se vit, à genoux, devant elle, devant cette femme. Elle était magnifique, elle resplendissait.
E: Zia, je voudrais être ton mari, veux-tu devenir...ma femme ?
Zia...Zia...ce nom...
Il se tordit soudain de douleur, il lâcha le poignard.
Tant d'images lui venaient en tête, tant de souvenirs...
Tao
Mendoza
Isabella
Sancho
Pedro
Zia...
La première voix l’apostropha, impérieuse:
- Non, tu ne mérites pas de vivre, tu ne mérites pas d'être !
Mais la seconde répliqua aussitôt :
- Oui, tu mérites de vivre, tu mérites d'être !
Esteban se sentit emporté par un tourbillon, qui l’entraînait inexorablement sans qu’il puisse résister.
- Meurs !
- Vis !
E: AAAAAAAAAAH !!!

Esteban en sueur ouvrit les yeux.
Il était allongé sur une sorte de lit dur, et sous une couverture.
Il remarqua rapidement que la pièce était illuminée par des petites lampes.
Il se rendit compte, au fur-et-à mesure que sa vue devenait normale, qu'il se trouvait dans sa chambre à bord du Condor.
C'est à ce moment-là qu’il eut conscience qu’une main fraîche caressait tendrement son front brûlant.
-Tu es enfin réveillé !
Il reconnut la voix de Zia, mêlée de joie et de soulagement.
Il voulut se jeter dans ses bras, éperdu, mais il était encore trop faible pour bouger. Elle commença à pleurer un torrent de larmes de joie.
Z: On...on a eu...tel...tellement peur...que...
T:...que tu ne t'en sortes pas, tu es tombé si rapidement dans les pommes, tu devais vraiment être à bout de forces ! Heureusement que je suis arrivé à temps pour te porter sur mes épaules, hein, tu peux me dire merci !
E:Mais...que...que s'est-il passé ? Je dormais ?..... depuis combien de temps suis-je ici?
Il voulut se redresser, mais Zia lui maintint doucement la poitrine.
Z: du calme, Esteban, ne t’agite pas inutilement…tu es resté inconscient depuis hier..tu ne te souviens de rien ?
Le visage d’Esteban s’assombrit. Les images de son cauchemar remontèrent à la surface de sa conscience. Il s’efforça de les chasser en se concentrant sur le visage de Zia, qui le regardait maintenant avec inquiétude.
Z : Esteban ? Esteban ?
E : tout va bien, Zia, je…je me souviens…et Mendoza ? Isabella ?
T:ils sont à côté, ils se remettent doucement, comme toi.
E: Ah..tant mieux..
T : Zia s’est occupée de tout le monde comme un chef ! tu aurais dû voir la tête de Gomez quand elle l’a déposé sur le port avec ses hommes !
E : hein ? qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Z : Tao…laisse Esteban tranquille avec ça !
T : non, non, il faut qu’il sache, tu es trop modeste ! Ecoute ça mon vieux : donc on s’est tous retrouvés à l’abri dans la mosquée en attendant la fin de l’orage. Les hommes de Laguerra avaient tous fui comme des lapins, les lâches ! Zia vous a prodigué les premiers soins, à toi et Mendoza. Isabella, de toute façon y’avait rien à faire, c’est ça, Zia ? Puis quand le soleil a reparu, elle a demandé à Gomez de transporter tous les blessés dans le condor ; il n’avait pas trop l’air d’accord, tu penses, il se disait qu’on allait filer et le laisser en plan, il a voulu ruser, attends, je l’imite, c’était trop drôle, hein, Zia ? « Comment, vous voulez quitter ma protection, chère Zia ? Ne seriez vous pas mieux dans ma modeste demeure plutôt que dans cette machine pour soigner vos amis ? Je peux faire venir les meilleurs médecins de la Cour, et le Roi se ferait une joie de vous venir en aide. Ce pauvre Esteban en particulier m’a l’air bien mal en point…il serait plus raisonnable de suivre mes conseils, ne croyez-vous pas ? » Et là, Zia lui réplique : « votre sollicitude me touche, mon cher Gomez, mais nous nous débrouillerons très bien tout seuls, n’ayez crainte. Et pour vous remercier, nous allons vous raccompagner à Barcelone, vous et vos hommes. » Et on les a tous embarqués avant le coucher du soleil, tu aurais vu leur tête, ah ah ah ! Entassés dans le cockpit avec Zia aux commandes ! Ils n’en menaient pas large !
Esteban esquissa un sourire en imaginant la scène.
T : on les a déposés sur le port et on a filé, bien sûr, Gomez n’est pas près de nous retrouver ! Mais bon, on n’est pas des ingrats, hein, il a eu sa récompense ! Les bons comptes font les bons amis, comme dirait ce cher Roberto, eh eh eh !
Z : oui, bon, Tao, on reparlera de ça plus tard, tu fatigues Esteban, il vient tout juste de reprendre conscience, ne l’oublie pas..
T : Oh ! Oh oui..bien sûr…alors…je vais aller donner de tes nouvelles aux autres, hein, Esteban ? Comme ça tu pourras…te reposer…et parler avec Zia, eh eh eh !
Esteban accepta d'un mouvement de tête. Tao sortit et se dirigea vers une porte dorée sur laquelle il toqua doucement ; elle s’ouvrit automatiquement en coulissant quand il eut reçu une réponse positive de la part des occupants de la pièce où il pénétra.
Mendoza était installé en position semi-assise sur le même genre de lit d’orichalque aux courbes douces qui meublait l’autre chambre, le dos soutenu par un échafaudage savant de coussins de taille, de matière et de coloris divers, le torse et l’épaule gauche presque entièrement recouverts de bandages. De sa main droite, elle aussi bandée, il jouait avec les cheveux d’Isabella, qui était assise au sol, la tête appuyée contre un coussin, ses pieds négligemment posées sur son lit à elle, parallèle à celui de Mendoza, et qui semblait de même ne faire qu’un avec la paroi d’orichalque. Sur ses jambes tendues elle avait étalé en guise de couverture la cape de Mendoza, et triturait nerveusement l’endroit où elle était à présent déchirée.
T : j’ai de bonnes nouvelles ! Mais ! Isabella ! Qu’est-ce que tu fais par terre !
Elle tourna la tête vers lui en affichant sa moue boudeuse.
I : Tao, allons, tu ne vas pas me gronder…on ne peut pas bouger ces maudits lits de place, et je me sentais trop seule…n’oublie pas ce que Zia a dit : il ne faut pas me laisser seule…je suis capable de tout..
T : Oh, ça va, c’est bon, mais arrête de me regarder comme ça ! ! Avec tes pupilles dilatées t’es vraiment effrayante !
I : c’est pas gentil ça, tu sais bien que c’est un des effets secondaires persistants de la datura..encore quelques jours de patience…
T : hum, oui, je m’excuse…tiens, mets donc un coussin sous tes fesses, tu seras mieux !
I : merci Tao…ils sont jolis ces coussins, vous les avez trouvés où ?
T : oh, à droite, à gauche au cours de nos voyages...il fallait bien que j’améliore un peu le confort. Ceux-là, par contre, je les ai tissés moi-même, lors d’un séjour dans les Andes : c’est du pur alpaga !
I : tu devrais en faire d’autres et les vendre, les motifs sont très fins, c’est du beau travail…
T : merci, j’ai bricolé un métier à tisser amélioré, tu vois là le résultat de la technologie avancée du peuple de Mu ! C’est comme l’aménagement intérieur du condor, c’est impressionnant, n’est-ce pas ?
I : impressionnant, oui, mais ça manque de fenêtres…
M : impressionnant Tao, effectivement, et très confortable ! Mais si tu nous donnais des nouvelles d’Esteban ?
T : oh ! oui, bien sûr ! Il s’est enfin réveillé ! il est encore très faible, évidemment, mais l’amour fait des miracles, n’est-ce pas ?
I : il peut parler ? il se souvient de quelque chose ?
T : oui oui, d’ailleurs il voulait parler en tête à tête avec Zia.
Isabella soupira, son visage se referma.
I : il se souvient, lui…tandis que moi…
Mendoza fit doucement tourner le visage de la jeune femme vers lui.
M : Isabella, regarde-moi…quel besoin as-tu de te souvenir de ce qui s’est passé là-bas ? Il vaut mieux oublier, crois-moi…
Elle se dégagea brusquement.
I : il m’a volé ma mémoire, il s’est joué de moi jusqu’au bout, et je n’ai même pas eu le plaisir de contempler son cadavre ! Et vous ne me dites pas tout ! Je sais que vous me cachez des choses ! Je ne me souviens que de bribes incohérentes…des sensations..désagréables..des visions..de cauchemar..je ne veux pas revivre ce que j’ai vécu il y a cinq ans, ces rêves infernaux, je voulais me libérer de tout ça, mais il m’en a empêchée, il m’a privée de tout espoir de salut, et vous aussi, vous voulez m‘en priver, vous m’avez volé ma vengeance, vous m’avez volé ma seule raison de vivre et qu’est-ce qui me prouve qu’il est bien mort, où est son cadavre, où est sa tombe, comment pourrai-je jamais me pardonner de ne pas l’avoir tué de mes mains ?
Elle criait à présent.
M : Tao !
Immédiatement, le jeune homme comprit la demande de son ami, qui s’était redressé sur son bras valide ; il s’agenouilla vers Isabella et la serra dans ses bras ; elle tremblait et se mit à respirer avec peine.
T : ça va aller, Isabella, calme-toi, tu n’as rien à te reprocher…
Elle reprit son discours décousu d’une voix étouffée, inquiétante.
I : si, je le sens, je sais qu’il y a..quelque chose…et je voudrais pleurer, je voudrais..demander pardon..mais je ne peux pas, je ne peux pas Tao, mes yeux sont secs, mon cœur est sec…je me sens..si vide…insensible…pourquoi ? je ne me souviens pas…il y a quelque chose…dont je devrais me souvenir !
T : tes yeux sont secs, parce que c’est l’effet du poison..c’est..temporaire…
I : mais ma mémoire ? ma mémoire ?
T : malheureusement..
I : alors dites-moi tout, je veux tout savoir ! tout !
Tao regarda Mendoza, embarrassé. Celui-ci s’assit sur le bord du lit, dans l’intention de les rejoindre au sol.
T : Mendoza ! tu dois rester allongé !
M : ne t’inquiète pas pour moi, Tao. Aide-moi plutôt.
Tao obéit et aida Mendoza à s’agenouiller à son tour auprès d’Isabella. La jeune femme gardait la tête baissée. Elle avait replié ses jambes et croisé ses bras sur sa poitrine.
M : la dernière fois que je me trouvais ainsi agenouillé près de toi, j’avais posé ma tête sur ta poitrine, et j’écoutais ton cœur. Je ne voulais pas te quitter, je savais que si je n’entendais plus ton cœur battre, je ne survivrais pas moi non plus. Quelques minutes auparavant, dans un accès de folie dû au poison, tu avais voulu me tuer, croyant tuer ton père. Entends-tu ? Ta haine a failli l’emporter sur ton amour. Tu allais frapper une deuxième fois, alors je t’ai embrassée, pour te sauver, pour nous sauver. Et tu n’as pas frappé. Je ne suis pas mort, et toi non plus. Seul ton père est mort, tué par Esteban. Il a voulu te reprendre la vie, il a payé pour cela, et pour ses autres crimes. Tu n’as rien à te reprocher, rien, tu n’as pas à demander pardon, ni à moi, ni à toi-même, ni à personne. Tu n’as pas pris la vie de celui qui te l’avait donnée, malgré votre haine réciproque, et c’est sans doute mieux ainsi. Et tu n’as pas pris la vie de celui que tu aimes et qui t’aime, n’est-ce pas tout ce qui compte ?
I : j’ai failli te tuer..à cause de lui…
M : oui, mais nous sommes vivants, vivants tous les deux, toi et moi, le cauchemar est terminé !
I : le sera-t-il jamais?...il m’a fait..il nous a fait tant de mal…
M : le passé peut revenir nous hanter, c’est vrai, mais à deux, nous serons plus forts pour lutter contre nos démons..j’ai besoin de toi, Isabella, autant que tu as besoin de moi. Tu peux tout oublier, peu m’importe, souviens-toi seulement que je t’aime.
Figée dans la même position, elle resta silencieuse de longues minutes encore, qui parurent à Mendoza et Tao une éternité, mais sa respiration s’apaisait progressivement. Enfin, elle prit à nouveau la parole.
I : tu me raconteras tout, un jour, quand j’irai mieux, j’ai confiance en toi. Mais…qu’avez-vous fait de son corps ?
T : ne t’inquiète pas, il a été enterré par les hommes de Gomez. Si seulement ils avaient pu intercepter Roberto quand il s’enfuyait…mais bon, il va sûrement retourner à ses affaires et essayer de vendre au plus offrant les plans qu’il a dérobés, je crois qu’on ne risque pas de recroiser sa route de sitôt !
I : et Arthur ? il n’est pas ici…il est mort, n’est-ce pas ?
T : oui, il s’est sacrifié pour sauver la vie d’Esteban…nous l’avons enterré là-bas, lui aussi.
I : et dire que je ne peux même pas verser une larme pour lui…
T : ah, il a déjà été assez trempé de pluie comme ça, il n’a pas besoin de tes larmes en plus !
M : Tao !!
T : ben quoi ? de toute façon elle ne peut pas pleurer, alors il ne risque rien !
M : Tao, mais qu’est-ce qui te prend, tu manques de respect à un mort !
Tao leva son index et déclara d’un ton sentencieux :
T : non, pas du tout, chez nous les Muens la coutume est de rire pour honorer la mémoire des êtres valeureux qui nous ont quittés ! Au contraire, les larmes empêchent l’âme du mort de trouver le repos, elles le retiennent !
M : tu te fiches de moi, arrête tout de suite, ce n’est pas drôle !
Mais la voix menaçante de Mendoza fut interrompue par un éclat de rire d’abord discret, puis qui gagna en assurance et en intensité : Isabella riait, doucement mais sûrement, la tête relevée, les bras relâchés.
T : tu vois ? tu ne peux pas pleurer, mais tu peux rire ! Tu peux rire pour Arthur ! ah ah ah !
Interdit, Mendoza regardait ses deux compagnons rire. Puis il se joignit à eux.
M : ah ah ah ! Tao, tu es un génie !
T : merci Mendoza, mais je le savais déjà !
Peu après, Tao sortit de la chambre et regagna le cockpit. Il s’installa face à l’immensité du ciel et de la mer. Le soleil déclinait déjà. Un rayon frappa la statuette du serpent à plumes, attirant l’attention du jeune homme. Il la prit et la retourna dans ses mains. Ainsi leur quête n’était pas terminée…il ne savait s’il devait s’en réjouir vraiment. Combien de fois avaient-ils déjà échappé à la mort ? Combien de larmes, combien de souffrances les attendaient encore ? Le Docteur Laguerra avait péri, mais Arthur aussi : leur quête devait-elle toujours entraîner la mort d’êtres chers ? Tao aspirait à la paix. Cette statuette était-elle enfin la clé d’un monde meilleur, ou ne provoquerait-elle encore qu’un déchaînement de violence attisée par la convoitise et la cupidité ? Il repensa au regard de Gomez découvrant le laboratoire de Laguerra au sommet du minaret. Il avait prétendu être satisfait des plans et du matériel qu’il avait trouvés là, en plus des canons abandonnés sur les remparts, et d’un zephti en miettes. Tao lui avait même dessiné un plan simplifié du char, qu’il avait déjà vu dans la pyramide de Mu, pour remplacer celui que Roberto avait dérobé. Gomez aurait ainsi de quoi contenter son roi avide de guerres et de conquêtes, qui ne manquerait pas de lui demander des comptes quand il lui annoncerait qu’il ne pouvait malheureusement se présenter devant lui en compagnie d’Esteban et Zia. Mais de tels hommes pouvaient-ils jamais être satisfaits ? Tao soupira, reposa l’artefact et se cala dans son fauteuil, bras croisés derrière la tête, pour contempler le soleil couchant.
Isabella avait aidé Mendoza à se caler à nouveau sur la pyramide de coussins de Tao, et s’était ensuite pelotonnée contre lui, apaisée. Elle sentait le sommeil la gagner.
I : dis…tu n’as pas peur que je m’en prenne à toi dans un nouvel accès de folie ?
M : aucun risque, Tao a pris la précaution de cacher toutes les armes.
I : hum…mais s’il me prenait l’envie de t’étrangler, ou de t’étouffer sous un coussin ?
Mendoza se mit à rire.
M : tu en serais bien capable, en effet, mais cela n’arrivera pas..
I : pourquoi ?
M : parce que je te tiens bien serrée contre moi, et que je ne te lâcherai pas !
I : huuum…moi non plus je ne te lâcherai pas.
Elle encercla la taille de son amant et étendit une jambe sur ses jambes.
I : demain je m’occuperai de ce trou..
M : de quoi parles-tu ?
I : de ta cape…on ne peut pas la laisser déchirée comme ça..
M : tu sais coudre ?
I : aussi bien que toi, qu’est-ce que tu crois ? j’ai tous les talents, tu devrais le savoir…
M : j’avais oublié…cela fait si longtemps…
I : oui…je compte bien rattraper le temps perdu…
M : où irons-nous ? Barcelone abrite trop d’indésirables à présent..
I : le monde est vaste..
M : il faudra que je prévienne Maria…
Il sentit le corps d’Isabella se contracter soudain, tandis que sa voix changeait de ton.
I : Maria ?
M : oui, ma logeuse…
Il faillit ajouter « et la demi-sœur de Roberto » mais il se retint à temps.
M : une femme âgée…
Le corps d’Isabella se détendit.
I : tu crois qu’elle s’inquiète ?
Mendoza se mit à rire.
M : oui, mais surtout pour son argent…je ne voudrais pas qu’elle me réclame des intérêts pour le loyer ! J’avais disparu un mois, une fois, sans prévenir, ça m’arrivait quand…quand la vie me pesait trop…elle m’a compté le double du loyer pour le mois suivant, même si j’avais payé mon mois d’absence, arguant que si je voulais qu’elle me garde la chambre, je devais la prévenir, sinon elle la louerait à quelqu’un d’autre, et deux fois plus cher !
I : encore une de ces vieilles barcelonaises avares…elle sera trop heureuse de ne plus t’avoir comme locataire alors, tu n’as pas besoin de la prévenir !
M : c’est une amie…et la vie n’est pas facile pour elle…Je demanderai à Pedro et Sancho de régler ça..
I : alors tout est bien, n’y pense plus…
Elle se serra plus fort contre lui. Son souffle léger lui caressait la peau. Le silence s’installa, elle s’abandonnait au sommeil. Il la contemplait. Elle lui avait été rendue..la vie était étrange…il avait cru être condamné à errer sans but sur les mers jusqu’à ce que la mort le surprenne, d’une manière ou d’une autre, peu lui importait. Et le bonheur s’offrait à lui, à nouveau, inespéré. Il ne lui restait plus qu’à en profiter, de toute son âme, qui savait de quoi demain serait fait ? Mais une question le taraudait : pourquoi Isabella n’avait-elle pas succombé au poison ? Zia avait dit que la dose n’était pas létale…le Docteur comptait-il épargner sa fille ? Par..humanité ? Ridicule….Même si Mendoza était bien placé pour savoir que le cœur des hommes est mu par des passions contradictoires, il lui était impossible d’imaginer que Laguerra ait pu être animé à ce moment là par autre chose que la haine. Il avait peut-être été un homme, autrefois, comme les autres, comme lui, Mendoza, avec ses faiblesses, mais il était devenu un monstre, à n’en pas douter. Réservait-il un autre sort à sa fille? s’était-il trompé de dosage, ou même de substance toxique, dans la précipitation ? Peu probable…Quelqu’un avait-il interféré d’une manière ou d’une autre dans sa préparation ? il ne le saurait jamais…Il reposa sa tête sur les coussins et ferma les yeux. Isabella avait-elle été immunisée par ses rencontres passées avec le poison ? Dans ce cas, Laguerra en était sûrement conscient, puisqu’il était responsable de tout ; il espérait sans doute que les hallucinations d’Isabella suffiraient à provoquer sa perte, comme cela avait failli être le cas, à moins qu’il n’ait voulu qu’elle survive pour être témoin de son triomphe…Mendoza sourit : la vanité et la cruauté du Docteur s’étaient retournées contre lui cette fois. Le marin se laissa envahir par la douce chaleur qui émanait du corps de sa compagne : cette sensation délicieuse acheva de lui apporter la sérénité.

Zia s'était assise sur le bord du lit d'Esteban. Elle mit sa main sur le visage de son compagnon de toujours, peut-être pour vérifier sa fièvre ou par élan d'affection.
Z: Comment te sens-tu Esteban ?
E: J'ai...j'ai fait un étrange cauchemar, j'avais l'impression, durant un moment, que ma vie...
Z: Que ta vie ...?
E:...n'avait aucune utilité, aucun sens, aucune raison d'être...j'étais un sale meurtrier.
Z: Ce sont les paroles de Laguerra, c'est ça ?
E: Oui, c'est lui, il m'a accusé d’être un monstre, malgré tout ce qu'il a fait...il a peut-être raison.
Zia lui caressa la joue, doucement, tendrement.
Z: Esteban...tu dis n'importe quoi...
E: Zia, réfléchis...que ce serait-il passé si je ne l’avais pas...tu vois...il y a quatre ans.
Z: Je serais morte, Esteban, je me serais vidée de mon sang devant toi, et Tao aussi n'aurait pas survécu...et toi tu n’aurais guère survécu plus longtemps…Esteban...
E: Je l'ai tout de même tué...c'est moi maintenant le monstre...tu mérites mieux que moi, tu mérites mieux qu’un monstre !
Zia sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle chuchota, prise par l’émotion, la gorge nouée.
Z : Esteban… ne dis pas tant de sottises…tu sais combien de fois tu m’as sauvé la vie ? tu sais combien de fois tu as sauvé Tao ? Tu es loin d’être un monstre…
Esteban se tut ; Zia avait raison, combien de fois avait-il sorti ses amis d'une situation extrême ? Mais il avait également forcé le destin de certains...Kuruga lui vint d'abord en tête...
E: Zia...Arthur est mort à cause de moi.
Z: Arthur...il s'est sacrifié, Esteban, tu n'y es pour rien.
E: J'ai causé la mort de celui qui nous avait sauvés, il y a quatre ans !
Z: Arthur...nous a...
E: ...sauvés, oui, et il s'est encore démené pour nous aider, pour te sauver !
Zia resta muette, Arthur...était plus courageux qu'elle ne le pensait. Elle avait encore du mal à croire à sa mort. Elle aurait tant voulu qu’il soit avec eux, à bord du Condor. Elle revit sa chevelure blonde baignée de soleil. Il reposait désormais là-bas…dans l’ombre…Elle se reprit : les regrets étaient inutiles, seul lui importait à présent le bonheur de son compagnon, et le sien. C’est ce qu’aurait voulu Arthur, elle le savait, son sacrifice n’avait pas d’autres sens. Elle prit la main d’Esteban et la serra très fort.
Z: Esteban...tu es innocent...pourquoi ne veux-tu pas l'admettre ?
Esteban se détourna. La gorge de Zia se noua davantage. Les larmes coulèrent le long de ses joues.
Z: Tu sais...je ne suis pas innocente non plus.
Esteban releva la tête vers elle, l'air surpris...que voulait-elle dire ?
Z: Il y a quelques jours, alors que Laguerra me tenait enfermée dans un cachot je-ne-sais-où, il voulait me forcer à...à t'abandonner, à enlever la bague que tu m'as offerte...
E: Tu as tenu...
Z: Oui, mais j'ai...j'ai perdu tous mes moyens, je ne me reconnaissais plus et je me suis mise...je me suis mise à lui cracher dessus et à l'insulter en le traitant de tous les noms possibles...
Elle parlait avec une voix de plus en plus étouffée par les larmes et par la honte.
Z: Je...je l'ai...
Elle ne put achever. Même s’il connaissait probablement la réponse, Esteban insista.
E: et c’est tout ? cela ne suffit pas à faire de toi un monstre…
Z: Il y a quelques jours...il...il a essayé…comme hier...et je...je l'ai envoyé valser de l'autre côté de ma cellule, je savais que je pouvais faire pire...mais...
Elle ne put terminer sa phrase, elle éclata en sanglots incontrôlés, elle avait trahi sa propre promesse, celle de ne jamais brutaliser un être humain, peu importe qui il était, ce qu’il avait fait, que pouvait-il y avoir de pire ? N’était-elle pas un monstre, elle aussi ?
Esteban aurait probablement répondu : ''Il y a pire : trahir son meilleur ami...''
E: Zia, tu n'as fait que te défendre, il n'avait pas à te faire ça...
Z: Alors, toi...qu'as-tu fait ?
Esteban était au pied du mur, incapable de trouver des arguments, incapable de contester son point de vue...car elle avait raison.
Devant l'incapacité de son bien-aimé à formuler une réponse, elle déposa un tendre baiser sur ses lèvres.
Par Seb_RF
Par Seb_RF
Esteban, surpris au départ, se laissa finalement emporter par le baiser que lui offrait Zia, depuis combien de temps déjà ne s'étaient-ils pas embrassés ?
Ah...depuis ce jour devant la Cathédrale...sa demande.
Détournant la tête, Esteban interrompit le baiser, brutalement.
Zia resta comme suspendue au -dessus de lui, une lueur d'incompréhension dans les yeux ; quelques gouttes salées tombèrent de ses joues sur la peau fiévreuse d’Esteban ; il lui sembla qu’elles le brûlaient. Il lui fallait s’expliquer, il devait affronter le regard de Zia, il devait être franc avec elle, leur bonheur était à ce prix, même si cela lui coûtait.
E: Zia, je sais que cela peut te paraître étrange, mais, tu dois me comprendre….je voudrais qu'on remette le mariage à plus tard.
Zia devint livide, son visage se décomposa. Elle ne put que balbutier sa question, elle se sentait complètement perdue.
Z: M...mais..., p...pp...pourquoi ?
Elle voulut se relever, elle voulait sortir, sortir de cette pièce, la lumière blessait ses yeux, elle ne pouvait plus regarder Esteban, pas dans cet état, elle étouffait. Mais une main la retint, sa main…elle hésita, tendue dans son élan.
E: Zia….aie confiance…nous sommes liés, à jamais…rien n’a changé…regarde-moi, je t’en supplie..
Lentement, elle tourna vers lui son visage ravagé par le doute et l’incompréhension.
E: Zia, je t’aime… et je sais que tu me comprendras, que tu m’approuveras…c'est la plus dure décision que j'aie dû prendre depuis quatre longues années…écoute-moi..
Z: Je veux bien t'écouter, si tu me jures que tu n'as pas pris cette décision à cause de ta vision sur toi-même.
E: Je te le jure.
Zia se détendit légèrement, elle regagnait confiance, son cœur se calmait, et son cœur était son meilleur guide.
E: Zia, en quatre ans j'ai cru que nous n'aurions aucun problème, cela faisait longtemps que notre quête s’était achevée, cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu à craindre pour nos vies...mais je me trompais, Laguerra est revenu pour nous faire du mal, et c'est toi qui as le plus souffert.
Z: Esteban, j'ai plus souffert de ton absence que de n'importe quoi d'autre.
E: Justement, je ne veux plus que tu souffres, mais je veux également rester auprès de toi, je ne veux plus te perdre, mais cela implique...que tu me rendes la bague que je t'ai offerte, je ne peux pas me marier avec toi, pas encore, et jamais je n'aurais dû te faire une demande si inconsidérée.
Zia regarda attentivement sa bague de fiançailles qu’elle avait refusé d'enlever, même sous la torture ; elle eut un déchirement au cœur au moment où elle la retira de son doigt.Elle la remit à Esteban, qui la contempla un moment pensivement, avant de la serrer dans son poing.
E : Zia…merci…
Ils s’étreignirent, bouleversés.
Z: Je ne veux plus te perdre Esteban...
E: Moi non plus Zia, je ne veux pas perdre la seule femme...
Il reprit les paroles que Laguerra avait prononcées quatre ans auparavant.
E: ...qui compte plus que tout l'or du monde.



FIN DU TOME 1

Rendez vous bientôt, Pour le TOME 2!!!
Dernière modification par Seb_RF le 14 janv. 2017, 19:52, modifié 1 fois.
présentation : viewtopic.php?p=72423#p72423
note serie:
MCO1: 18/20

Trahison/Insulte totale:
MCO2: 6/20
MCO3: 4/20

Fanarts: viewtopic.php?f=14&t=2301 :x-):
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Re: FANFICTION COLLECTIVE : Ecrivains-Dessinateurs-Photomont

Message par nonoko »

Tu as mis toutes les images disponibles, bravo Seb!
Bon, certaines demandent quelques retouches, de même que le texte, je propose qu'on revoie ça à nos heures perdues.

A mon tour, je tiens à remercier tous les participants de l'aventure, à commencer par le Grand Initiateur, Maître Raang, sans qui ce tome 1 n'aurait jamais vu le jour, et qui a donné le ton de cette aventure.
Merci à Seb de m'avoir fait écrire des trucs que je n'aurais jamais écrits sinon, te voilà donc officiellement devenu un Grand Inspirateur, pour ne pas dire une Muse!
Merci à Haokah pour ses encouragements, ses idées et ses textes qui ont mis la barre très haut, ô Haokah le Grand Créateur, maître des Corneilles et des Serpents à plume...
Merci à toi Teeger, Reine des montages stimulants!
Merci à Okami Kitsune et Dek, votre amour de la précision vous honore, et votre touche personnelle est en parfaite résonance avec le texte.
"On savoure mieux ce qu'on a désiré plus longtemps, n'est-ce pas Mendoza?"
Unagikami mon amour
"It was a skyfall, and a rebirth, a bloody honeymoon, for both of us"
Yokai Circus
Verrouillé