"Sa Machine Ailée" et autres histoires

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EstebanxZia
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par EstebanxZia »

J’ai aimé les parties entre Esteban et Zia c cute 🥰

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Sandentwins
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Sandentwins »

Mee-yoooooooooooooooooooooooo, ca a pris du temps mais ca valait le coup. Accrochez-vous à vos sous-vêtements quels qu'ils soient, voici la fin tant attendue.

:condor: Chapitre 12: Quand le Soleil s'Eteint :condor:

Dans les ténèbres de l'océan Atlantique, à plusieurs centaines de mètres de profondeur, là où la lumière ne passe plus, se tenait une cité. Elle ne se tenait pas ici par choix ou par hasard, mais par conséquence d'actions terribles menées il y a bien longtemps, et gisait plus qu'elle ne se dressait, victime d'un ultime acte de cruauté humaine.

Perdue dans les profondeurs, elle survivait plus qu'elle ne vivait, ses habitants subsistant comme ils le pouvaient. Pris dans la catastrophe, ils avaient trouvé refuge dans les ruines sous-marines qui en résultaient, résistant à l'océan grâce à la force même qui les avait détruits. Ainsi piégés, ils n'avaient plus revu la surface depuis près de dix mille ans; pour s'adapter à leur nouvel environnement, leurs descendants ont connu une lente transformation vers quelque chose de nouveau, d'unique, qu'aucun être humain n'avait jamais atteint auparavant.

Cachée dans l'océan, la ville de l'abysse subsistait toujours. Nemishta, tel est le nom que ses habitants lui ont donné, se dressait entre les flots glacés et sombres de la mer, comme un joyau enfoui loin dans le sable. Et personne n'avait jamais pu en sortir ou y entrer.

Jusqu'à maintenant.

Perchés sur l'une des plus hautes tours de la ville, le regard tourné vers l'infime lumière qui leur parvenait du soleil, se tenaient deux Atlantes. L'un provenait de la surface, avait respiré l'air du ciel et de la pluie, avait vu se dresser les montagnes et voler les oiseaux; l'autre était né dans ces profondeurs, avait contemplé les trésors inconnus de la mer, avait vu s'ouvrir les abysses et y nager des monstres marins. Tous deux avaient vécu une vie très différente, mais se retrouvaient tout de même ici, à voir nager les poissons à travers la paroi qui séparait l'océan de leur bulle d'air. Leurs destinées que tout séparait s'étaient rencontrées ici, en cet instant de contemplation, comme si les choses n'auraient jamais pu se passer autrement.

« Parle-moi de ton pays. », demanda l'enfant des abysses. « Parle-moi des tiens. »

« – C'est seulement le pays où j'ai grandi. », répondit l'enfant des nuages. « Un grand royaume, où jamais le soleil ne se couche. Ses émissaires ont exploré presque tout le monde connu. »

« – Le monde est-il si grand qu'il faille une flotte entière pour le traverser? »

« – Il en faut plus encore pour en découvrir toutes les contrées. »

Karsha sourit, contemplant les hauteurs d'un air rêveur. Ses yeux si grands semblaient renfermer la lumière engloutie par la mer, tant et si bien qu'ils brillaient presque.

« Le monde m'a toujours paru si petit. Les anciens parlent de ce qu'il y a au-delà des aubres, mais personne ne peut najauter aussi loin. Personne ne peut atteindre la surface. »

Ils avaient essayé. Ils avaient tout tenté. Mais leurs corps ne pouvaient pas encore affronter les terreurs de la najaute, et rien à cette profondeur ne pourrait leur être utile pour construire une quelconque machine. Ils étaient prisonniers des flots, des aubres, de l'inconnu.

« Ce n'est pas si mauvais, quand même? », demanda Esteban, essayant de rester positif. « Vous aimez tant nager, vous êtes plus des dauphins que des hommes, désormais. »

« – C'est vrai...mais si nous devons un jour atteindre la surface, tout cela n'aura servi à rien. »

Il toucha leurs mains l'une contre l'autre, et ils constatèrent une fois encore la différence de leurs corps. L'un avait des mains courtes faites pour manier des outils avec précision, l'autre avait des mains palmées faites pour nager. Pouvaient-ils encore prétendre être faits de la même chair, de la même âme? Karsha était-il un humain comme Esteban, ou bien était-il plus proche d'une sirène, d'un être des mers et des légendes?

Nul ne le savait.

« Vous feriez d'excellents marins. », proposa Esteban. « Vous connaissez les mers mieux que quiconque. Personne ne pêche mieux que vous. »

« – Il le faut bien, si nous voulons vivre. »

Karsha sourit, laissant Esteban lui remonter le moral.

« – Qui sait si nous n'aiderons pas les tiens à reprendre contact avec les eaux? Les premières créatures de ce monde viennent de la mer, nous ne faisons que les suivre. »

« – Je n'en doute pas. »

Des voix et des rires remontèrent jusqu'à lui, et il baissa la tête pour voir d'où ils venaient.

Sous leurs pieds, la ville sous-marine vivait. Des maisons de pierre et d'argile se dressaient entre les fondations immergées, comme des rues où personne ne marchait. La lumière dorée des feux de sel rajoutait de la chaleur et de la couleur à ce paysage froid et humide, auquel tout le monde était toutefois habitué. Le parfum des algues, du poisson et de la mer flottait dans l'air, rappelant à Esteban ses multiples escapades au port de Barcelone, quand les pêcheurs ramenaient leur prise dans de grands filets remplis à craquer. Et tout comme lui autrefois, il y avait de jeunes enfants jouant entre les pierres et les canaux, accompagnés de leurs poulpes et de leurs phoques domestiqués; ils se poursuivaient d'eau en air, nageant plus vite que des dauphins, riant et plaisantant comme si rien d'autre n'avait d'importance. Exactement comme les enfants qu'il avait rencontrés partout dans le monde, comme si peu importe l'endroit ou les conditions, certaines choses ne pourraient jamais changer.

Cette génération du peuple de l'abysse serait sans doute la première à revoir la surface depuis la chute de l'Atlantide. Qu'y trouveraient-ils? Leurs corps forgés pour la vie sous-marine parviendraient-ils à s'adapter à l'air, à la chaleur, à la lumière aveuglante du soleil? Pourraient-ils apprendre un autre mode de vie que celui de la plongée et de la pêche? Seraient-ils accueillis comme des frères disparus par les peuples de la surface, ou bien chassés et honnis comme des hérétiques? Esteban ne voulait pas se le demander, car il avait beaucoup trop peur de la réponse.

Il sentit une main sur son épaule. Karsha avait senti ses pensées, et voulait l'aider. Doucement, il posa son front contre le sien, et ferma les yeux, laissant ce contact silencieux faire son œuvre. Leurs mots, leurs dialectes s'étaient éloignés au fil des époques, mais tous deux parlaient encore le langage primaire de l'humanité. La compassion, l'empathie étaient leur langue maternelle. Tout les séparait, tout semblait laisser croire qu'ils ne se comprendraient jamais, et pourtant Esteban savait que Karsha avait un jour ressenti la même chose que lui, et lui venait donc en aide aujourd'hui. Comme si peu importe leurs différences, ils restaient pareils au fond d'eux-mêmes: deux jeunes garçons un peu perdus, à l'aube de l'âge adulte, qui redoutaient ce que l'avenir leur réservait mais qui étaient prêts à l'affronter, car tant de gens dépendaient d'eux, désormais.

« On trouvera un moyen. », promit Karsha. « Un jour, nous retrouverons la lumière du soleil. »

« – Ce jour-là, je vous attendrai. »

Il sentait son cœur battre nerveusement, sans qu'il ne sache pourquoi. Peu à peu, il se rapprocha, amenant Karsha à le prendre dans une étreinte entière. Son habit de peaux était encore quelque peu humide de sa dernière plongée, mais il restait si doux au toucher, au point qu'Esteban s'y blottit juste un peu.

« Tu sais... », hésita Karsha. « Même si les gens de la surface ne veulent pas de nous, ce n'est pas grave. Nous sommes un peuple uni, nous aurons notre propre royaume. »

Esteban eut un petit sourire à la pensée de ce royaume des mers. Un empire de marins toujours sur leurs navires, plongeant dans l'eau à la moindre envie, au grand dam des autres flottes.

« Ce sera un grand royaume. », acquiesça-t-il. « Le plus grand que le monde ait jamais connu. »

« – Nous savons ce que c'est que d’être enfermés loin de tout. Et puis...nous avons gardé les valeurs de nos ancêtres. »

Esteban releva les yeux, pour tenter de savoir ce qu'il voulait dire.

« Quelles valeurs? »

« – Celles de notre peuple. Le tien comme le mien. »

Ses mots étaient simples, mais Esteban s'en sentait tout drôle. Toute sa vie, il avait cherché des gens qui seraient comme lui, qui comprendraient ses pouvoirs et ses mystères; et maintenant, il apprenait qu'à des lieues sous la mer, il subsistait depuis des millénaires une civilisation ayant les mêmes ancêtres que lui. Un peuple cousin du sien, d'autres gens aux yeux d'or et aux mains de lumière, qui attendaient sa venue depuis longtemps.

Un peuple qui l'avait accueilli les bras ouverts, sans poser de questions. Ils n'avaient pas eu peur de lui, ne l'avaient pas traité de démon, n'avaient même pas cherché à savoir d'où venaient ses dons étranges ou s'il fallait le vénérer. Parmi eux, Esteban n'était ni craint, ni hissé sur un quelconque piédestal; il était
à sa place.

« Je m'en souviens, oui. », dit-il, le cœur battant.

« – Tu m'as dit que...que les ancêtres des Nemishtari n'avaient pas survécu, à la surface. Que tu étais le dernier. »

« – Comme quoi, je m'étais trompé. »

Karsha lui rendit son sourire, avant de reprendre. Non sans une certaine pointe d'embarras.

« Tu sais...quand nous serons revenus au soleil, il nous faudra quelqu'un pour nous apprendre le monde. »

« – Je suis sûr que Tao serait ravi de s'en charger. »

« – Et il est vrai qu'il est bien placé, mais... »

Il détourna le regard, cherchant ses mots.

« Ce que je veux dire, c'est… Si nous parvenons à créer notre propre royaume, alors...nous pourrions essayer de faire renaître l'héritage de l'Atlantide. Nous formerions une matrie aux valeurs de tolérance, d'acceptation. Loin des guerres et des conquêtes dont tu as parlé. »

Les mains de Karsha prirent doucement celles d'Esteban dans leurs paumes tatouées.

« Et ainsi, peut-être que...que nous pourrions devenir ta matrie. Ton peuple. »

Esteban prit un moment pour comprendre.

Il leva les yeux vers Karsha, sentant son cœur battre plus fort encore, montrant les prémices d'une émotion qu'il ne comprenait pas, mais qu'il sentait monter en lui à chaque seconde.

« Tu veux dire que...que je pourrais faire partie des vôtres? »

Karsha hocha la tête avec un sourire.

« Tu es tout ce que notre clan honore. Tu es courageux, tu as vu tant de choses de part le monde, tu as aidé tant de gens. Tu es... »

Il ne pouvait visiblement pas trouver les mots, mais n'en avait pas besoin. Sans prévenir, il serra Esteban dans ses bras, lui coupant presque le souffle.

« Tu as parcouru le monde pour trouver ton peuple. Après tout ce que tu as vécu, tu mérites d'en avoir un, c'est tout! Tu n'as qu'à le demander, et je sais que nous t'ouvrirons tous les bras sans hésitation. »

Sa voix tremblait quelque peu, comme si lui aussi était pris d'émotion. Esteban essaya de répondre, de réagir, mais n'y parvint pas; tout ce qu'il put faire fut de peu à peu fondre en larmes, et de lui rendre son étreinte aussi fort que possible.

C'était presque trop difficile à croire. Après toutes ces années à se poser des questions auxquelles personne ne pouvait répondre, à chercher en vain et à perdre tout espoir, il avait fini par trouver sa place dans le monde. Désormais, il ne serait plus l'unique Enfant du Soleil.

Il releva les yeux, regardant Karsha malgré ses larmes. Celui-ci le lui rendit, laissant leurs visages se toucher alors qu'il murmurait de douces paroles pour le réconforter.

« Si tu désires une famille, nous serons la tienne. Nous serons tes amis, tes sibles, tout ce que tu voudras. Tes amis seront aussi les bienvenus, s'ils le souhaitent. »

Lentement, il essuya ses larmes du doigt, caressant son visage dénué de motifs. Sa main était si douce, si délicate, qu'elle lui donna un agréable frisson dans la nuque.

« Et si...si jamais tu souhaites plus encore...je veux bien te le donner. »

Esteban ne comprit pas tout de suite ce qu'il voulait dire. Il était encore sous le coup de l'émotion, souriant malgré les larmes heureuses qui lui coulaient des joues. Et puis, il soutint son regard, et se rendit compte qu'il était sérieux.

L'espace d'un instant, il se permit d'imaginer ce que cela donnerait s'il venait à rester ici, à abandonner la vie de voyage qu'il s'était prévue. S'il devenait lui aussi un Atlante de l'abysse, s'il adoptait leur coutumes, s'il prenait épouse parmi eux. Ou bien dans ce cas, s'il prenait époux.

Il n'avait passé que quelques jours dans cette ville, mais certaines choses n'avaient pas besoin de beaucoup de temps pour se faire comprendre. Karsha ne cachait pas ses sentiments, car il trouvait en Esteban quelque chose que personne d'autre ne pourrait lui accorder, et le lui faisait bien savoir; quant à Esteban, il se surprenait à sentir croître une certaine affection pour ce garçon-dauphin qui était si gentil et prévenant à son égard. Une affection qui pouvait devenir tant de choses, si on lui donnait le temps de grandir.

« Qui sait... », répondit-il, sachant qu'il était encore trop tôt pour faire le moindre plan de ce genre. « Je ne sais pas encore où j'irai. Mais...je dois t'avouer que si jamais j'accepte, ce serait avec grand plaisir que je resterais avec toi. »

Avec celui qui lui avait tant montré, tant appris de la vie sous-marine. Celui qui avait été le premier à lui tendre les bras, à essayer d'apprendre sa langue, à lui promettre de l'aider dans sa quête vers la surface. Celui qui, au travers de simples expériences du quotidien, lui en avait également beaucoup appris sur lui-même.

Il y pensait encore avec une certaine gêne, mais c'était une gêne innocente, la même qu'il avait ressentie à maintes reprises envers ses amis. Une gêne mêlée de curiosité, de cette envie d'en apprendre plus, de faire un autre pas vers le monde des adultes. Il lui sourit, son regard quelque peu fuyant, sa main blottie dans la sienne, ce sentiment d'appartenance fleurissant peu à peu en lui pour le rassurer. Il pouvait se laisser aller, il en avait envie; d'un regard, il sut que ce sentiment était mutuel. Il pouvait s'ouvrir sans crainte.

Mus par cette affection croissante, leurs visages se rapprochèrent plus encore, et Esteban sentit à nouveau cette douce caresse sur ses lèvres, qui faisait battre son cœur comme rien d'autre. Il ferma les yeux, se laissa faire, sentit ce doux parfum de mer dans le souffle de Karsha. Loin des jugements de la surface, tout était possible dans ce monde de tolérance. Un monde qu'Esteban aurait désormais beaucoup de mal à quitter, et qu'il ferait tout pour sauver par tous les moyens.

Lentement, laissant libre cours à son cœur, il découvrait un bonheur inconnu, blotti dans les profondeurs de l'océan.


« Esteban? »

La voix de Zia le sortit de ses pensées. Il regarda devant lui, et se rassura de voir que le Condor ne s'était pas écrasé de par sa distraction.

« On arrive bientôt. Tu es sûr que ça va? »

Il cligna des yeux, regarda le paysage au dehors. Se remémora leur objectif, la raison de leur venue.

« Ça va. J'ai...j'ai juste mal dormi. »

Tao se réveilla à son tour, bâillant à s'en décrocher la mâchoire.

« On y est? », demanda-t-il d'une voix endormie.

« – Presque. Encore quelques minutes de vol et on pourra se poser. »

Il regarda à travers le pare-brise, contemplant les nuages gris qui s'amoncelaient à l'horizon.

« Drôle d'endroit pour une Cité d'Or. Il n'y a pas le moindre bateau. »

« – Ce qui en fait une cachette parfaite. Est-ce que tu viendrais la chercher au beau milieu de nulle part? »

« – Oui. », répondit Esteban, plus du tout choqué de l'ironie massive du peuple de Mu. « Je viendrais volontiers y perdre mon temps. »

Zia le regarda, sourcil haussé. Son ton agacé ne passait pas inaperçu, pas plus que ses mains presque crispées sur le levier serpent. Elle posa la main sur sa joue, et il la regarda bizarrement.

« Qu'est-ce que tu fais? »

« – Pendant que tu étais occupé à rêvasser, j'ai appris à lire dans les pensées. Je vais donc voir ce qui te préoccupe. »

Quelques secondes passèrent, durant desquelles Zia ouvrit de grands yeux comme si elle entrait en transe. Elle se réveilla au bout d'un moment, et Esteban pencha la tête.

« ...et donc? »

« – Et donc, je me rends compte que ce n'est pas vrai du tout. »

Elle sourit, et Esteban soupira.

« Tu sais que je t'ai crue, pendant un moment? »

« – On ne peut pas lire dans les pensées, voyons. Par contre, on peut voir que quelque chose ne va pas. »

Elle le regarda comme pour essayer de lui tirer les vers du nez, mais il ne dit rien. Donc elle n'insista pas, et se contenta de regarder le paysage défiler alors qu'ils se rapprochaient des Hjaltland. Mais son regard continuait de se poser sur lui de temps à autre, et il le sentait beaucoup trop, même s'il essayait de ne pas y penser. Il savait bien que Zia ne pouvait pas lire ses pensées...mais juste au cas où, il essaya de se vider l'esprit, de ne penser à rien. De ne surtout pas penser à Karsha, à Nemishta et à sa promesse.

Et elle ne dit rien. Mais il savait, il savait qu'elle savait ce à quoi il pensait. Il le voyait dans ses yeux! Sans savoir pourquoi, il en ressentit une gêne profonde, qu'il essaya de cacher. Heureusement, il était temps de se poser, ce qui lui donna de quoi se concentrer.

Malgré le temps grisonnant, l'île était verdoyante, les criques rocheuses frappées du mouvement continu des vagues. Il faisait assez froid, et Esteban regretta de ne pas avoir apporté un manteau, ses manches courtes claquant comme des drapeaux dans le vent de l'océan Atlantique. Il se frotta les bras, prenant quelques minutes pour observer les alentours, scrutant le ciel alors que Tao consultait sa carte, la comparant au rivage.

« C'est bien l'endroit du miroir d'éther. », déclara-t-il au bout d'un temps. « Qu'est-ce qu'on doit faire? »

« – Attendre. », répondit Zia, repoussant quelques mèches balayées de ses yeux. « Le gardien devrait arriver d'ici peu. On le verra, de toutes façons. »

« – On l'attend de pied ferme! »

Tao s'assit sur le rivage, tourné vers la mer comme une sentinelle. Zia le rejoignit, prenant garde de ne pas mouiller sa robe. Esteban resta là où il était, scrutant l'horizon.

Dans les ténèbres de l'océan Atlantique, à plusieurs centaines de mètres de profondeur, là où la lumière ne passe plus, s'était autrefois tenue une cité. Une ville prodigieuse, rescapée d'une catastrophe, dont les habitants s'étaient lentement adaptés à la vie sous l'eau au cours de milliers d'années d'évolution. Ils avaient survécu depuis l'époque de Mu, venant d'un temps qui n'avait jamais connu les Cités d'Or, prouvant l'obstination des humains à survivre et prospérer en toutes circonstances. Et en l'espace d'un jour, tout s'était écroulé. La ville du miracle avait été détruite, et ses habitants avec elle.

Ce n'était pas comme la destruction d'une Cité d'Or, dans un lieu isolé où personne ne vivait. Des gens avaient été blessés, tués même. Le vol du trésor n'avait pas été anodin, car c'était ce trésor même qui maintenait la ville en état.

« Je peux avoir toutes les pierres solaires que je veux, si je le désire. Mais un peuple, mon bon Esteban… Un peuple ne se remplace pas aussi facilement! »

Esteban serra les poings, la voix d'Ambrosius lui remontant aux oreilles malgré lui. Ce monstre n'avait-il donc aucun égard pour les choses précieuses de ce monde? Avait-il été prêt à sacrifier tout un peuple au nom de la vie éternelle?

La fin de cet échange lui revint en mémoire, et il essaya de ne plus y penser. Sa main se sentit sale, comme si elle était encore couverte de sang frais. Il la frotta du pan de sa chemise, essayant d'enlever une saleté invisible, mais cette sensation désagréable continua de le narguer, comme pour lui rappeler que son crime ne s'effacerait jamais.

Karsha et les siens n'avaient jamais connu la guerre. Ils n'avaient aucune nation voisine avec qui se battre, et dans un huis clos comme le leur, les querelles ne devaient pas durer. L'idée de tuer quelqu'un leur était tout simplement impensable. L'accepteraient-il encore, s'ils savaient qu'il avait tué quelqu'un? Même si Ambrosius avait fait du mal à leur peuple, rien ne justifiait sa propre mort. Quiconque ayant un minimum de principes aurait dit de même. Il avait beau être un voleur, un meurtrier, un lâche et un menteur, il ne méritait pas de mourir. Personne ne le méritait.

Sans savoir pourquoi, il tira la dague de son fourreau, regarda le soleil pâle danser sur sa lame. Depuis qu'il l'avait obtenue, tant avait changé dans sa vie. Ce n'était qu'il y a à peine quelques semaines, quelques mois tout au plus; et pourtant, il avait l'impression de ne plus être la même personne qu'autrefois. Il contempla son reflet dans la lame, discerna les marques du temps qui commençaient à l'affecter: ses cheveux plus longs, les coupures sur son mention où il avait essayer de se raser avec sa dague, les cernes qui avaient fleuri sous ses yeux au cours de longues nuits passées à chercher des indices et des mécanismes cachés. Il perdait un peu la notion du temps, à voyager de pays en continent et à s'enfermer des semaines durant, mais il savait qu'il allait sur ses quinze ans, si le froid de l'île trahissait bel et bien la venue de l'hiver.

À un âge où il était censé se construire et apprendre à devenir adulte, la quête des Cités d'Or l'avait emmené sur une voie qui le changerait définitivement. Lorsqu'elle se finirait, il en garderait les marques, et devrait passer sa vie à subir les conséquences de ces années passées à chasser des mirages. Est-ce que ça en vaudrait le coup? Est-ce qu'il pourrait vraiment retourner à une vie normale? Ou bien...est-ce qu'il y aurait autre chose qui l'attendrait au tournant?

Il repensa à Herwa, ce petit enfant ayant vu sa destinée changer du tout au tout par la faute des Cités. De simple orphelin à la rue, il était devenu le nouveau gardien de la Cité de Shikera, ayant décidé de rester dans ses murs jusqu'à ce qu'il trouve un remède à sa condition sablière. Au fil du temps passé avec le trio, à découvrir les merveilles du jardin du désert et les technologies qu'il avait lui-même inventées, il avait accepté son passé de Roi Faucon, ainsi que son futur. Pour lui, ç'avait été facile, il n'était qu'un enfant; mais pour Esteban, ce ne serait pas si simple.

Il regarda Zia et Tao, toujours assis sur le rivage non loin, qui se parlaient à voix basse. Avaient-ils les mêmes pensées, eux aussi? Les mêmes peurs, les mêmes idées? Est-ce qu'ils se demandaient aussi ce qu'ils allaient faire, une fois que tout était fini? L'espace d'un instant, il voulut se lever et les rejoindre, en parler avec eux...mais sans savoir pourquoi, il ne le fit pas. Peut-être qu'ils étaient occupés à se dire des choses importantes. Peut-être qu'ils n'avaient pas besoin de pensées négatives pour le moment.

Peut-être que leurs mains qui se touchaient doucement signifiaient qu'il n'avait surtout pas à les interrompre. À sa grande surprise, il n'en éprouvait aucune pensée jalouse.

Il poussa un profond soupir, comme pour évacuer toutes ces pensées qui lui brouillaient l'esprit. Puis il se leva, rengaina sa dague, et fit quelques pas sur l'herbe pour se réchauffer un peu. Il essaya de réfléchir, de penser à autre chose, de ne pas se laisser abattre par les récents événements. Par la révélation de l'inutilité de ses actes, de leur mission, de tout ce qu'ils avaient entrepris jusqu'ici. Il fouilla ses poches, voulant trouver de quoi se distraire, et au milieu des mille petits rien glanés au cours de ses voyages, il toucha le métal déformé du masque du Grand Prêtre. Il le sortit, le portant à son visage, et regarda la mer à travers les yeux fondus, qui laissaient à peine passer la lumière.

Son père avait été contraint d'abandonner sa mission sacrée après l'invasion des Olmèques. Ambrosius et l'Ordre du Sablier n'étaient pas parvenus à leur fins. Le Roi Faucon avait échoué dans sa quête de la vie éternelle. Ni Saquil, ni les autres élus après lui n'avaient pu mener leurs objectifs à bien. Personne n'avait jamais pu parvenir à rien dans cette quête frustrante, et il semblait bien qu'Esteban et ses amis seraient les prochains. Ils rencontreraient une impasse tôt ou tard, et abandonneraient à leur tour.

Mais Esteban ne voulait pas abandonner. Peu à peu, au fil de sa contemplation des vagues, la suite de son plan se forma dans son esprit. Un plan dangereux, et qui avait toutes ses chances de rater...mais au bout d'un moment, il n'avait plus rien à perdre. À force de courir après des mirages, il avait besoin d'accomplir quelque chose, même si ça allait à l'encontre de ce qu'on attendait de lui. Il se demanda s'il devait en parler à Zia et Tao, mais un autre regard dans leur direction lui confirma qu'ils se trouvaient très bien sans lui. Ils riaient, amusés d'une quelconque blague, comme si ce n'était qu'un jour ordinaire dans leurs vies, comme s'ils n'étaient pas aussi préoccupés que lui, comme si eux au moins n'étaient pas en train de remettre en question toute leur destinée.

Tant mieux. Ils n'avaient pas besoin de le voir ainsi. Il rangea le masque dans sa poche, prit une profonde inspiration, et se força à sourire. Puis il marcha vers eux, pour s'asseoir à leurs côtés et faire comme si de rien n'était.

Heureusement pour lui, il n'eut pas à attendre bien longtemps. Au bout de quelques minutes, la mer qui leur faisait face s'agita, remuée de vagues qui ne semblaient pas naturelles. Quelque chose brilla sous l'eau, attirant leur attention; quelque chose qui se rapprochait. Ils se relevèrent, pris d'une certaine surprise, mais sachant pertinemment ce qui arrivait. Et au bout d'un moment, une silhouette dorée émergea des flots.

Une statue d'or, représentant un être androgyne d'une grande beauté, vêtu de manière archaïque. Il s'avança vers eux, flottant plus qu'il ne marchait, fixant droit devant lui de ses yeux vides. Puis, tendant les bras, il leur ouvrit les mains, révélant deux encoches au creux de ses paumes.

Esteban et Zia savaient quoi faire. D'un geste devenu routine, ils y placèrent les disques de leurs médaillons, et la statue referma les mains. Ses yeux brillèrent pendant un moment, avant qu'elle ne leur tourne le dos et reparte sous l'eau, le métal scintillant sous la surface. Puis d'un coup, comme un canon qui tirait, elle fonça d'un trait, laissant un sillage de lumière derrière elle.

Les enfants ne se firent pas attendre. Une minute plus tard, le Grand Condor s'envolait, suivant la piste qui se dessinait sous ses ailes.

La mer semblait immense sous eux, une vaste étendue brumeuse qui se ressemblait de tous côtés sous leur vol. Ils n'auraient su dire s'ils avançaient, privés du moindre repère, si ce n'était le sillage lumineux. Ils ne pouvaient pas non plus dire pour combien de temps ils volèrent ainsi. Ils n'avaient rien à se dire, concentrés sur leur objectif, aussi cette poursuite fut-elle silencieuse. Esteban était occupé à calquer la trajectoire du gardien, même s'il savait que le Condor s'en occupait déjà; au fond de sa tête, il repensait donc à son plan, à comment le mettre en place. Il jeta de subtils coups d’œil au ciel, essayant de se repérer, et à en croire le soleil, ils prenaient la route du sud-ouest. Parfait.

Ce ne serait pas facile, encore moins moral, mais même les gentils petits garçons avaient leurs limites; et si Esteban n'avait jamais prétendu en être un, alors les siennes devaient être plus proches encore. Au bout d'un moment, il lui fallait agir.

Zia se releva alors de son siège, regardant la mer sous eux.

« Regardez. »

Le sillage de lumière ralentissait, s'arrêtait peu à peu, avant de finir par disparaître sous les flots. Esteban maintint le Condor en sur-place, alors que la surface de la mer s'agitait d'ondes irrégulières. Ce n'était pas le courant; quelque chose bougeait. Quelque chose remontait, peu à peu.

L'éclat de l'orichalque brilla sous la surface, et d'un seul coup la tension de la surface se brisa. Plusieurs blocs de métal s'élevèrent des flots, tombant à la renverse dans un grand fracas. Comme une explosion regardée à l'envers, les pièces s'assemblèrent, comme dotées de leur propre mémoire, défiant la gravité et l'océan pour se rattacher les unes aux autres dans un torrent de gouttes d'eau. La structure se déplia, s'allongea, tel un animal vivant qui se réveillait d'un long sommeil. Esteban recula le Condor, restant à distance de cette transformation qui peu à peu redonna son corps à un gigantesque dragon d'orichalque, faisant la taille d'une île. Ses ailes translucides se déployèrent, brillant de milliers de reflets colorés sous le soleil, et le moteur se mit à rugir, faisant trembler la mer et le ciel tout autour d'eux.

Remontant de l'océan tel un monstre marin, Lohikaarm défiait la mort et renaissait de ses cendres.

Le dragon baissa lentement la tête, les regardant de ses yeux de verre au travers desquels on pouvait apercevoir la salle des commandes. Il ouvrit la gueule dans un bruit métallique, et Esteban y engouffra lentement le Condor, vers une piste d'atterrissage où il se posa. Le temps qu'ils en descendent, la Cité avait déjà refermé ses crocs, et faisait voile vers les nuages.

La statue les attendait, gardant la porte menant au reste de la Cité. Comme d'habitude, leurs doubles de lumière blanche se tenaient la main, leurs silhouettes brillant sur les lourds battants de métal. Zia approcha sa main de celle d'Esteban, mais celui-ci ne lui rendit la pareille qu'à contrecœur. Et si elle ne pouvait pas lire dans les pensées, elle s'aperçut définitivement de quelque chose.

Tao ne se fit pas attendre. Il les dépassa en entrant, s'extasiant devant les mécanismes à jour qui parsemaient les murs gravés. La Cité entière était un gigantesque navire volant, et la maintenir en l'air demandait une puissance phénoménale ainsi qu'une horlogerie réglée à la ligne près. Cette fois, pas question d'y coincer des plumes de perroquet!

Pendant qu'il s'amusait à vanter une fois encore les prouesses de ses ancêtres, Esteban resta derrière, regardant au hasard. Zia ne le quitta pas, décidant qu'il avait besoin d'un peu de compagnie.

« Donc...on y est. », dit-elle. « La fin du voyage, la dernière Cité d'Or. N'est-ce pas une grande nouvelle? »

Esteban haussa les épaules.

« La deuxième fois ne frappe pas autant, mais...il faut avouer qu'on ne s'y fait pas. »

Un murmure mécanique vrombissait tout autour alors qu'ils s’avançaient dans les couloirs dorés, marchant au hasard de leur cœur. La Cité avait apparemment reçu le mot de ses sœurs comme quoi trois enfants allaient y passer un certain temps, et s'adaptait en conséquence: des plants de baies dorées poussaient sur les murs, ouvrant leurs premières fleurs. Zia les contempla avec un sourire, reniflant leur parfum qui ressemblait à s'y méprendre à celui du cuivre.

« Je me demande comment les Cités peuvent communiquer. Tu crois qu'elles s'échangent des informations à travers nos médaillons? »

Esteban ne répondit pas, occupé à se marmonner à lui-même. Zia fronça les sourcils, mais continua d'essayer de faire la conversation, parlant plus haut.

« Ou alors, elles sont connectées entre elles d'une certaine façon...tu crois que c'est possible? »

Aucune réponse. Elle se rapprocha, « accidentellement » heurtant Esteban au coude, et celui-ci sembla se réveiller d'un songe.

« Hein? Euh...non, non, ça ira. »

Zia soupira, constatant qu'il n'avait rien écouté.

« Je sais que tu es distrait, mais tu commences à m'inquiéter. »

Puis, elle rajouta d'un ton plus doux.

« Tu es sûr que tout va bien? T'es bizarre ces derniers temps. »

Esteban détourna la tête avec une mimique de déni.

« Bizarre? Mais nooon, mais non. C'est pas mon genre. »

« – T'es un mauvais menteur. »

Il continua de nier, et Zia soupira à nouveau. Il savait se montrer têtu, mais elle devait passer outre.

« Tu sais que tu peux me dire ce qui ne va pas. Nous sommes tes amis, après tout. On ne te laisserait pas dans cet état. »

« – Je vais bien, je t'assure. »

Il avait l'air plus agacé qu'autre chose, et Zia aurait pu mal le prendre.

« Je m'inquiète pour toi, c'est tout. J'ai peur que... »

Il la regarda d'un air étrange, et elle hésita à finir sa phrase.

« ...qu'avec tout ce qui ce passe, tu finisses par faire quelque chose de risqué. »

Esteban ne répondit pas, les yeux dans le vide. Puis elle l'entendit pouffer de rire, un sourire sardonique aux lèvres.

« Rassure-toi, va. Je sais ce que je fais. »

Avant qu'elle ne puisse répondre, il lui posa la main sur l'épaule, de manière directe.

« Je vais bien. Crois-moi. »

Il souriait, mais pas de sa manière habituelle. Zia voulut rétorquer, mais elle décida de ne pas insister, et acquiesça.

« D'accord. »

Elle s'efforça de sourire.

« C'est déjà mieux. », répondit Esteban. « Dis, tu pourrais aller nous chercher de quoi manger? J'ai bien envie d'aller voir comment le moteur fonctionne. Imagine si on arrive à l'appliquer au Condor! »

Elle eut un petit rire à cette pensée, et partit en quête de baies mûres. Esteban prit la direction des moteurs; mais au détour d'un couloir, il changea de cap et se glissa dans la direction opposée.

Il détestait mentir à ses amis, mais il savait que s'ils étaient au courant de son plan, ils essaieraient de l'en empêcher. Il leur expliquerait tout plus tard, une fois que tout serait fini. Pour le moment, il devait agir seul.

Il se fraya un chemin jusqu'à la salle des commandes, au sommet de la tête du dragon. À travers les vitres d'orichalque, il pouvait voir la mer et le ciel tout autour d'eux, striés de fins filins de vapeur solaire. Il n'y avait personne aux commandes, Lohikaarm se dirigeant toute seule à travers le ciel du nord de l'Europe.

Une fois parvenu au poste de pilotage, il examina les commandes, lut les écrans qui lui faisaient face. Beaucoup plus complexes que celles du Condor, pas très différentes de celles du Solaris; même avec un manuel d'utilisation sous la main, il lui faudrait des années pour apprendre à quoi servaient tous ces cadrans, ces boussoles et ces boutons. La Cité était un véhicule affreusement complexe, et s'il voulait faire les choses bien, il devait aller à l'essentiel, sinon quoi il se perdrait.

Il s'assit, observa les centaines de boutons devant lui, essaya de déchiffrer les inscriptions sous les cadrans. Le tableau de bord avait beau être complexe, il suivait une structure similaire à celle du Condor. Esteban pressa un bouton, et le levier de commandes se glissa hors de sa cache, lui arrachant un sourire triomphant. Cependant, il refusa de bouger, même lorsqu'il tira de toutes ses forces. Bien sûr...si Lohikaarm se pilotait toute seule, alors elle n'avait pas besoin d'un pilote. Il chercha le panneau de commandes, et trouva la clé du véhicule, un disque d'or gravé de motifs celtiques. Il le retira, et aussitôt plusieurs commandes s'éteignirent. La Cité se mit à trembler.

Esteban agit par instinct. Il agrippa le levier dragon, et vira de bord. Les cadrans s'affolèrent, les ailes du dragon battirent de plus belle, et la lourde mécanique vrombit sous ses pieds. Il essaya de ne pas s'affoler, de s'imaginer qu'il ne s'agissait là que d'un effet naturel. Cette machine était comme le Grand Condor, certes plus Gigantesque que Grand, mais il savait s'y faire. Il avait déjà fait plus fou encore. Il se concentra, ferma les yeux pour ne pas penser au vide sous eux, et continua sur sa lancée.

La Cité tourna lentement, changeant de cap, désormais plus au sud. Lentement, il desserra le levier, et sa trajectoire se stabilisa, le dragon reprenant peu à peu sa ligne droite. Il ouvrit un œil, puis deux, regarda les cadrans pour s'assurer qu'il ne perdait pas en altitude, et poussa un soupir de soulagement. Il reposa la clé dans son emplacement, et le pilote automatique fit le reste, corrigeant l'inclinaison et reprenant de la hauteur. Si la carte de bord était correcte, il atteindrait sa destination en une heure et demie. Parfait; il aurait tout le temps d'apprendre les fonctionnements de cette mécanique.

Il se releva, et trouva un passage descendant vers une autre pièce, plus en arrière de la tête du dragon. De froides lumières artificielles lui éclairèrent le passage, révélant une seconde salle des commandes plus perfectionnée encore. Une salle que Zarès aurait tué pour voir.

Contrairement au reste de la Cité, il n'y avait aucune plante nourricière en vue. Personne ne s'attendait à ce que les enfants élus n'entrent ici, et pour cause. Derrière la complexité de ces commandes et de ces manettes se cachait une vérité bien simple: les armes de la forteresse volante.

Esteban se rappela du vieux message gravé sur les pierres d'Avalon, celui qui parlait du « feu du ciel ayant brisé le monde ». Si l'arme solaire qui avait détruit les continents de Mu et d'Atlantide avait disparu, celle dont Lohikaarm était équipée était définitivement du même calibre. Quiconque la possédait tiendrait le monde à sa merci, et pourrait raser des villes entières d'un battement de cils. Mais Esteban n'avait aucune intention de ce genre, bien au contraire.

Au cœur de la pièce, un réacteur solaire montrait son piédestal vide, attendant qu'on y insère la clé manquante. La Cité tenait son énergie du soleil, mais sans clé pour la canaliser, Esteban finirait très vite comme son père s'il voulait s'en servir. Le souvenir de son visage décharné le fit frissonner, et il essaya de ne plus y penser.

Lors de sa dernière visite, très vite interrompue par l'arrivée de Zarès, celui-ci avait voulu utiliser la pierre solaire dérobée à la ville sous-marine afin de l'alimenter. Quoi de mieux qu'une ancienne relique atlante, donneuse de vie et de lumière, pour activer une arme destructrice? L'ironie faisait très mal, parfois. La pierre avait été perdue lorsque le moteur de la Cité avait commencé à tout détruire, et sans nul doute reposait-elle dans l'océan, désormais. Mais Esteban ne voulait pas perdre espoir. Il devait la retrouver. S'il n'y parvenait pas…

...ses doigts touchèrent le masque dans sa poche. Une idée lui traversa l'esprit, mais il la chassa. Uniquement en derniers recours, se dit-il.

Il sortit de la pièce, remontant par l'échelle jusqu'au poste de pilotage. À sa grande surprise, Zia et Tao l'y attendaient.

« Enfin! », s'exclama-t-elle. « On t'a cherché partout! Tu sais que les moteurs sont de l'autre côté de la Cité, non? »

« – Je me suis perdu. », mentit-il. « Ça arrive. »

« – Alors pourquoi est-ce qu'on a senti toute la machine trembler? On a viré de bord, et j'ai l'impression que tu y es pour quelque chose. »

Elle lui toucha la poitrine d'un doigt accusateur, qu'il repoussa.

« J'avais envie de voir ce qu'elle a dans le ventre, c'est tout. Tu peux bien me laisser m'amuser un peu! »

« – C'est difficile de s'amuser avec un tel engin. », rétorqua Tao, observant les commandes. « Un seul coup de travers, et on tombe dans l'océan! Je sais que t'aimes te prendre pour un pilote fou, mais c'est pas vraiment le moment. »

Il savait que Tao ne faisait que plaisanter, mais Esteban ne put s'empêcher de le prendre mal de toute manière. Il s'éloigna, ignorant les appels à moitié désolés de son ami, et sortit sur le pont.

Le dos du dragon était hérissé de bâtiments et de pyramides, qui semblaient faits pour héberger des rescapés en situation de crise. Il en visita une au hasard, et vit que si elles étaient de style similaire à celui de la première Cité, elles étaient nettement plus vivables, plus confortables. Est-ce que les Cités pouvaient apprendre, comme Zia l'avait suggéré? Ou bien ne faisaient-elles que s'adapter? L'un allait avec l'autre, se dit-il, mais les Cités étaient vivantes de la même manière que des plantes, non des animaux. Elles s'adaptaient à leur environnement, mais elle n'avaient pas de conscience, pas d'âme à proprement parler.

Malgré tous les indices du contraire qu'il avait vus au cours de son périple.

Il parcourut la ville aérienne, laissant le vent soulever ses cheveux et ses manches. Il faisait froid, mais pas autant que sur l'île d'où ils étaient partis, sans doute car le sol sur lequel il marchait emmagasinait l'énergie du soleil. Rien d'autre n'avait changé, si ce n'est les quelques traces de verdures amenées par la végétation marine qui avait commencé d'envahir la Cité lors de son séjour au fond de l'eau. Tout était revenu à sa place, chaque bloc d'or, chaque colonne, chaque pierre. Comme si l'explosion du moteur n'avait jamais eu lieu, comme si l'être vivant qu'elle était avait guéri de ses blessures.

Un sursaut d'espoir lui serra le cœur. Sans attendre, il se mit à chercher.

« C'est...c'est une pierre solaire? Une vraie de vraie? »

« – En effet! C'est elle qui nous fournit air et chaleur. Elle est tombée de la surface en même temps que nous. »

« – Tu sais qu'à la surface, nous avons aussi une légende parlant d'une pierre magique? Elle est censée apporter la vie éternelle, et transformer tous les métaux en or. »

« – Je ne crois pas que la nôtre fonctionne ainsi. Mais...il est vrai qu'elle garde notre peuple en vie depuis des temps d'élémoire. C'est un peu comme si elle l'avait rendu immortel. »

« – Si jamais ça s'apprend, toi et les tiens serez en grand danger. Elle fera l'objet de toutes les convoitises. »

« – Alors nous ferons de notre mieux pour que ça ne se produise pas. »


Il chercha. Il chercha, espérant de tout son cœur qu'il ne se trompe pas. Il fouilla les pyramides, les colonnes, les blocs d'orichalque qu'il arrivait à soulever de ses maigres bras. Il chercha de toute son âme tremblante, se sentant presque mal d'espérer tant, se disant qu'il n'allait rencontrer que déception, mais se disant que quand même, il y avait une chance, une infime chance qu'il y arrive, ne serait-ce qu'un instant, ou au moins qu'il sache ce qu'il était advenu d'elle, qu'il sache

Il chercha. Il chercha un long temps, fouillant le pont de la Cité avec un soin méticuleux qui très vite laissa place à une frénésie inquiète et impatiente, comme si sa propre vie était en jeu, son espoir s'éteignant et s'embrasant sans arrêt à chaque seconde, à chaque éclat qui lui brillait dans les yeux, à chaque tache orangée, à chaque souffle nerveux qui sortait de sa poitrine. Ça ne se pouvait pas, et pourtant...et pourtant, si jamais

Sa main rencontra alors quelque chose sous une pierre, quelque chose de chaud. Son souffle se coupa, et il se hâta d'enlever la pierre du chemin, poussant comme il pouvait, jusqu'à révéler sa trouvaille; et un grand sourire lui fendit alors le visage.

Elle était là.

La pierre solaire avait la taille d'une miche de pain, ses centaines de facettes taillées renvoyant la lumière du soleil du nord. Elle brillait d'un faible éclat orangé, sculptée dans ce qui ressemblait à de l'ambre ou du miel, parcourue de mille mouvements subtils. Elle lui réchauffait les mains alors qu'il la porta contre lui, qu'il caressait sa surface pour détecter de quelconques brisures ou éclats, sans en trouver. Il eut un profond soupir de soulagement, car il pouvait maintenant se rassurer: le joyau de Nemishta était là, en sécurité. S'il le ramenait dans l'abysse, il pourrait rebâtir la ville sous-marine, et sauver ses habitants.

Son plan n'était toutefois pas aussi simple, malheureusement.

« Esteban! »

Il se retourna vivement, se sentant pris la main dans le sac. Zia et Tao couraient vers lui, après l'avoir visiblement cherché partout à nouveau.

« Tu vas arrêter de disparaître comme ça? », accusa Tao. « Ça va faire une heure qu'on te– »

Il s’arrêta. Il venait de remarquer ce qu'Esteban tenait en main.

« Ce...c'est quand même pas…? »

Esteban acquiesça.

« La pierre solaire. Je l'ai retrouvée. »

Les deux autres se regardèrent, incrédules.

« Mais...mais elle avait disparu! Elle avait été perdue dans l'explosion! »

« – Plus maintenant. »

Il ne put s'empêcher de sourire.

« Vous vous rendez compte? On peut sauver le peuple de l'abysse, maintenant! On peut reconstruire leur ville...non, mieux encore! On peut les ramener à la surface! »

Cette nouvelle le remplissait de bonheur et d'idées. Il allait revoir Karsha et les siens, et honorer sa promesse de les sauver! Mais il vit alors que Zia et Tao ne partageaient pas son enthousiasme.

« Justement, Esteban. Je...je ne sais pas si c'est une bonne idée. »

Le sourire d'Esteban s'effaça quelque peu.

« Pourquoi donc? »

« – Réfléchis, enfin. Cela fait des millénaires qu'ils vivent sous l'océan. Ils ne pourront pas revenir aussi facilement. »

« – Mais leurs légendes parlent de leur retour! Ils s'y seront préparés, surtout depuis notre venue! »

« – Tu ne comprends pas. », insista Zia. « Imagines que tu parviennes à remonter l'Atlantide. Que se passera-t-il, lorsqu'un continent entier émergera des flots? Ce sera la panique! Il va y avoir une catastrophe! »

Esteban ne put s’empêcher de froncer les sourcils.

« Il ne se passera rien de plus qu'en remontant le continent de Mu. C'est ce qu'on nous a demandé de faire, tu te souviens? En quoi changer d'océan serait différent? »

« – Ce qu'on veut dire, c'est... », intervint Tao, « ...c'est que ce serait insensé! Ce n'est pas ce qui est prévu! »

« – Peut-être, mais c'est ce que je veux faire. Le reste attendra. »

Il s’avança vers la tête du dragon, mais Tao le retint par les épaules, et le regarda en face.

« Écoute. Tu ne peux pas faire ça, c'est tout! Tu vas à l'encontre de la volonté des Sages! »

« – La volonté des Sages? »

Esteban repoussa ses mains, plus violemment qu'il ne l'eut voulu.

« Leur volonté m'importe bien! Depuis des années, ils nous mènent sur un jeu de piste qui ne rime à rien! Qu'est-ce que j'en ai à faire, de leur volonté!? Notre volonté à nous, qui va y penser, hein?! »

« – Tu ne peux pas juste faire ce que tu veux! », s'exclama Zia. « Je sais que ça te tient à cœur, mais les choses doivent se passer comme elles sont censées le faire. C'est notre destin. »

Le sang d'Esteban lui battit aux tempes. Quelque chose en lui remontait lentement, quelque chose qu'il n'aurait su nommer, mais qu'il savait être là depuis longtemps. Une sorte de frustration, celle qu'il avait ressentie à chaque fois que leur piste s'était soldée par une impasse; mais cette fois, elle lui brûlait l'esprit, si fort qu'il ne pouvait plus l'ignorer.

Zia s'approcha. Son visage était calme, ses mains ouvertes, comme si elle voulait le prendre dans ses bras. Et l'espace d'un instant, il aurait accepté; mais il remarqua alors qu'elle ne le regardait non pas lui, mais la pierre solaire. Elle voulait la lui prendre.

D'instinct, il recula.

« Esteban. Donne-la moi, s'il te plaît. »

« – Pourquoi? Qu'est-ce que tu vas en faire? »

« – La mettre en lieu sûr. »

« – Tu ne me fais pas confiance? Tu crois que je vais faire quelque chose d'insensé, hein? »

« – Un peu, ouais. »

Zia jeta un regard noir à Tao, dont l'intervention n'aidait pas. Elle s’avança à nouveau, mais Esteban fit un large pas en arrière, ramenant la pierre contre lui.

« Je sais ce que je fais. Je peux les sauver, je t'assure! »

« – Il ne faut pas jouer de ces choses-là. Leur heure n'est pas venue, ils attendront. »

« – Ils attendent déjà depuis bien trop longtemps! Et moi aussi, d'ailleurs! »

Sa voix avait tremblé.

« – Des années que nous sommes sur la piste des Cités d'Or! Des années que l'on chasse les mêmes chimères, les mêmes espoirs! Tout ce qu'on a fait, tout ce qu'on a entrepris, on l'a fait pour rien! Et maintenant que j'ai la chance d'accomplir mon rôle de Héros, on veut m'en empêcher?! »

« – Pense aux conséquences! Si tu utilises la pierre solaire, tu risques de faire plus de mal que de bien! Rappelle-toi des conséquences! »

« – C'est pas comme si j'allais tuer qui que ce soit! »

« – Ce n'est peut-être pas ton intention, mais tes actions auront des conséquences désastreuses! Tu crois que tu peux soulever un continent entier sans répercussions? Pense un peu aux catastrophes naturelles que ça va provoquer! »

Elles lui traversèrent l'esprit l'espace d'un instant. Des visions de raz-de-marée destructeurs, de tremblements de terre et d'éruptions volcaniques tout autour de l'Atlantique lui vinrent en tête, et il se demanda pendant une fraction de seconde si ça en valait vraiment la peine. Qu'est-ce que ça lui coûterait d'attendre le bon moment?

Mais alors, une autre pensée lui infecta l'esprit. Le rire cruel d'Ambrosius, jubilant de la souffrance d'Esteban, alors qu'il lui annonçait avec un sourire triomphant qu'il ne reverrait plus jamais son peuple. Les derniers êtres en ce monde qui étaient comme lui, et qui comptaient sur lui comme personne. Et la pensée de laisser cet être perfide avoir sa victoire rendit Esteban malade au plus haut point.

Il resserra ses bras autour de la pierre.

« J'ai fait une promesse. », fit-il, comme pour essayer de se justifier. « Je leur ai promis que je les aiderai. Je ne peux pas les laisser! Pas après que leur ville ait été détruite! Je dois faire quelque chose! »

« – Mais tu ne peux pas, c'est ça le problème! », cria Tao. « Pense à tous ceux que tu tuerais dans ton égoïsme! »

« – Mon égoïsme!? »

Esteban releva brutalement la tête, et fixa Tao de ses yeux embrumés. Celui-ci sut alors qu'il avait commis une énorme bêtise.

« Après tout ce que j'ai fait pour aider ton peuple, après toutes ces années à accomplir sa besogne, tu oses me traiter d'égoïste!? »

Un grondement de tonnerre traversa soudainement le ciel. Les nuages s'amoncelèrent sans prévenir, comme si une tempête venait juste d’être invoquée.

« On s'est servi de moi depuis mon enfance, on m'a utilisé pour mes pouvoirs comme un vulgaire outil, on m'a renié et chassé pour ma différence, et c'est moi l'égoïste?! »

« – C'est pas ce que j'ai voulu dire! Tu le sais! »

« – Je sais surtout que t'as du culot de me dire ce que je dois faire! Depuis le début, on fait tout pour réveiller ton peuple, et je n'aurais pas le droit de penser au mien? »

« – Tu sais bien que ce n'est pas pareil! »

« – En quoi ça ne serait pas pareil? Depuis le début, je suis là à t'entendre radoter sans fin sur tes ancêtres, et leur supériorité, et tout ce qu'ils ont accompli, et il faudrait que je m'en contente!? Quand est-ce qu'on pensera à mes ancêtres, pour une fois? À mon peuple!? »

Zia intervint, se postant entre les garçons.

« Ton peuple n'est pas toi, Esteban. Il y a plus important! »

« – Ah, parce que c'est toi qui va me dire ça, maintenant? Tu vas me faire croire que tu ne parles pas sans arrêt de ton pays et des tiens? Tu crois que je réagis comment, moi qui n'ai jamais connu les miens?! Pourquoi est-ce que ce ne serait pas mon tour, pour une fois!? »

« – Esteban, donne-moi cette pierre! Tu ne sais pas ce que tu fais! »

Elle s’avança pour la prendre, et Esteban agit par réflexe. Il dégaina son poignard, et le pointa sur elle, la faisant reculer. Elle le regarda avec de grands yeux, et Esteban se rendit compte qu'il était en train de menacer sa meilleure amie de son arme.

Il n'avait qu'une milliseconde pour prendre une décision; et dans la panique, il prit la mauvaise. Il tourna les talons, et courut aussi vite que possible vers le poste de commandes.

« Esteban!! »

Mais il ne l'entendait pas. Ou plutôt, il ne voulait pas l'entendre.

Comme un serpent, il se glissa dans la salle des machines, qui s'allumèrent à peine assez vite pour l'y laisser voir. Il se saisit de la pierre solaire, et l'engonça dans son piédestal; aussitôt, le mécanisme s'enclencha, et un courant d'énergie traversa le cristal, réveillant les commandes cachées. La Cité trembla sous ses pieds, comme le Condor avant de foncer.

Trop tard pour reculer, désormais.

Remontant en haut, il sauta au poste de pilotage, et vérifia la carte. Les coordonnées correspondaient: ils n'étaient plus qu'à deux lieues de l'emplacement de la ville sous-marine, tels qu'ils l'avaient calculé à bord du Kalium. Le temps qu'ils arrivent, le rayon solaire serait chargé. Il corrigea la trajectoire, et lorsqu'il entendit Zia et Tao arriver après lui, il redescendit dans la salle des machines.

« Esteban! Tu ne sais pas ce que tu fais! »

« – Je ne le sais que trop bien! »

Il n'en avait aucune idée, mais se disait qu'il pourrait très bien improviser, et que personne ne verrait la différence. Il avait toujours fait ainsi, pourquoi changer?

Suivant son instinct, il pressa plusieurs commandes au hasard, réussissant à activer la machine. Elle se mit à crépiter, et il recula par précaution, avant de finalement s'activer. Il poussa un soupir, avant que son souffle ne se fasse couper quand son dos heurta brutalement le mur où Tao venait de le plaquer.

« Mais qu'est-ce qui te prend!? Tu te rends compte de ce que tu as fait!? »

« – Laisse-moi tranquille! »

Il essaya de se débattre, mais Tao le maintenait fermement cloué contre un panneau lumineux qui lui rentrait dans le dos.

« Tu connais les dangers de la pierre solaire, et tu l'as utilisée quand même! Tu vas tous nous tuer! »

« – Je sais ce que je fais! Je peux– »

« – Non, tu ne sais pas!! »

Il le lui avait presque hurlé au visage, si fort qu'Esteban s’arrêta.

« Tu ne sais rien de ce que tu fais! Tu viens d'activer une arme dangereuse, celle qui a provoqué la chute de Mu et de l'Atlantide! Comment est-ce que tu comptes sauver quiconque avec!? »

« – Je... »

Son plan n'allait pas plus loin que ça. Il avait prévu d'utiliser la puissance solaire de l'arme pour dégager l'océan et ramener Nemishta à l'air libre, mais plus il y pensait, et plus cette idée montrait ses échecs. Est-ce qu'il comptait vraiment faire s'évaporer tout l'océan sur des centaines de mètres de profondeur? Et même s'il y arrivait, comment s'assurer qu'il ne blesse personne avec un rayon si puissant? Il essaya de répondre, de se justifier, mais n'arriva à produire qu'un balbutiement confus, qui ne savait plus où il en était.

Zia essaya de retirer la pierre du piédestal, mais la machine était déjà opérationnelle et lui refusa ce droit. Elle pressa des boutons au hasard, sans provoquer de réaction, et Esteban la vit s'affoler. Elle qui était d'habitude si stoïque perdait ses moyens, et cette vision lui révéla l'horreur de la situation.

« Je voulais juste…je... »

Tao lui lança un regard dépité, et fila aider Zia à désactiver la machine. Mais celle-ci n'était visiblement pas d'humeur, et ne fit que se verrouiller sous leurs assauts répétés. D'inquiétantes lumières s'allumèrent, et Tao en conclut que le canon de lumière avait commencé à se charger.

Il se tourna vers Esteban, empli de furie.

« Tu vois où tu nous as amenés! Maintenant, il va falloir tirer! »

« – Tao, laisse-le! Tu vois bien qu'il a assez subi comme ça! »

Esteban ne savait plus quoi faire. Paralysé contre le mur, il les regardait essayer de désactiver la machine, d'annuler l'ordre de tir, sans plus de succès qu'avant. Il avait du mal à respirer, et il se savait plus si c'était de la colère ou de la tristesse qui le hantait, mais c'était une émotion terrible qui ne le lâchait pas d'une semelle. Et il se sentait coupable de la situation, dont les ramifications et les conséquences ne lui apparaissaient que maintenant.

Il n'était pas un héros du tout. Il était devenu le même monstre qu'Ambrosius.

Le sol trembla, et le tonnerre retentit à nouveau au dehors. Ils venaient de pénétrer dans une zone d'orage, et de terribles souvenirs de manque de soleil revinrent à Esteban. Sans attendre, il se rua vers le poste de pilotage, et prit les commandes.

« Mais qu'est-ce que tu fais!? »

« – Je ne vais pas rester là à ne rien faire! »

Il ne savait pas si la Cité allait s'en sortir sans lumière, mais il n'allait pas tenter le coup. Son instinct de pilote prit le relais, et il se mit à guider le dragon à travers les nuages noirs.

La pluie se mit à tomber. Il pensa que le manque de soleil ralentirait le chargement du canon, mais un bref coup d’œil sur une jauge lui indiqua que c'était loin d'être le cas. La Cité puisait dans ses réserves d'énergie, ce qui voulait dire que même s'il parvenait à éviter le tir, ils allaient finir par s'écraser dans l'océan. Pire encore, le moteur risquait de surchauffer, et il savait ce que ça amènerait comme catastrophes.

« Tu crois pouvoir nous tirer de là? »

« – Je vais essayer. »

D'après la vitesse à laquelle la jauge se remplissait, il avait environ cinq minutes pour trouver une solution. Tirer dans l'océan était la solution la plus évidente, mais si le tir était trop puissant, il risquerait de se répercuter en un raz-de-marée cataclysmique.

Les nuages, peut-être? Est-ce que l'orage causerait des problèmes? Il n'en savait rien, il n'avait jamais eu à se le demander de toute sa vie, et n'allait pas le faire maintenant. S'il montait suffisamment haut, il pourrait atteindre une altitude de tir plus sûre. Restait à savoir si la Cité pourrait supporter une telle chandelle. Le Condor en était capable, mais un dragon aussi lourd et aussi lent ne saurait pas le faire.

Mais bon, s'ils devaient mourir par sa faute, autant partir en beauté.

Il poussa le levier de toutes ses forces, enclenchant une manette sur le côté, et le dragon fila à travers les cieux obscurcis. Il accélérait lentement, et n'était pas fait pour atteindre de grandes vitesses, mais Esteban savait qu'il gagnerait une course contre le Condor dans de bonnes conditions. Tout était une question de timing et de doigté.

« Accrochez-vous! », prévint-il.

« – Qu'est-ce que tu vas faire? »

Esteban enclencha un autre levier.

« De mon mieux! »

Et il releva le guidon.

Lohikaarm battit des ailes, balayant les nuages noirs qui l'entouraient, et se releva d'un coup sec, renversant la tête au point de les faire tomber. Ses propulseurs s'allumèrent, et le dragon gigantesque s'envola vers le ciel dans un sillage de flammes et de fumée. Esteban se retrouva plaqué contre son siège, la gravité lui compressant le cœur si fort qu'il crut le sentir éclater dans sa poitrine. Il pouvait à peine garder les bras levés, mais il serra les doigts sur le levier et le maintint en avant, luttant contre la poussée qui l'étouffait. Il parvint à tourner la tête et à voir la jauge d'énergie qui se vidait lentement; il y arrivait! Elle tomberait à court de puissance, et soit elle cesserait le chargement du canon, soit elle s'écraserait dans l'eau; mais dans les deux cas, les dégâts seraient minimisés. C'était l'essentiel. Après, qu'ils s'en sortent ou non était une autre histoire.

Que lui s'en sorte ou non n'importait plus.

Le dragon franchit les nuages, et retrouva le soleil. Son pare-brise constellé de pluie scintillait dans la lumière soudaine, si fort qu'il dut détourner les yeux. Il ralentissait, et put retrouver un souffle normal alors qu'il ramenait la Cité à l'horizontale, manipulant son lourd corps d'orichalque comme il le pouvait pour retrouver un semblant de gravité normale. Derrière lui, il entendit Tao qui soupirait de soulagement, et Zia qui se relevait peu à peu.

« On a réussi? », demanda-t-elle.

Esteban regarda la jauge d'énergie, et constata qu'elle stagnait. La lumière du soleil et l'effort du moteur s'annulaient, et le canon restait à demi-chargé. Mais cette situation ne durerait pas indéfiniment, et il lui faudrait faire quelque chose s'il voulait la résoudre.

Il l'avait causée, et il devait arranger les choses.

« Il faut arrêter le mécanisme du canon. Vider les réserves d'énergie serait trop risqué. »

« – On a essayé, et la pierre solaire refuse de bouger! »

« – Il doit y avoir un moyen de l'enlever! Ou alors, on peut essayer autre chose! »

Mais quel idiot il faisait! S'il avait réfléchi ne serait-ce que deux secondes à son plan, ils n'en seraient pas là!

La Cité redescendait peu à peu, attirée par la gravité, touchant les nuages sombres loin du soleil. Privée de lumière, elle se remit à puiser dans ses réserves, et la jauge monta encore. Plus qu'une minute avant la mise à feu du canon solaire. Il n'aurait pas le temps d'accélérer et de monter à nouveau, il lui faudrait donc improviser.

« Tao. Que dit le Livre des Cycles? »

Il ouvrit de grands yeux interpellés.

« Tu crois que c'est le moment? »

« – Oui. Si tout est écrit à l'avance, alors ça aussi doit être prévu, non? Quelle est la suite? »

Tao le regarda un long moment, et afficha une expression sardonique.

« Tu m'as fait tout un discours comme quoi tu ne voulais plus suivre ton destin, et maintenant tu me demandes de te le dire? »

« – S'il te plaît, on n'a pas de temps à perdre en commentaires! Quelle est la suite? »

Il tira le livre de sa manche, et feuilleta les pages, retrouvant le verset où il s'était arrêté.

« Piégés dans l'or qu'ils suivaient, sans nulle part où s'enfuir; les trois d'entre eux redoutaient, sentant l'heure venir. Dans les griffes refermées, trois âmes en perdition; dans le piège enclenché, la fin de leur mission. »

Il tourna la page, mais soudain, il s’arrêta. Il revint en arrière, feuilleta avec frénésie, et Esteban le vit s'affoler.

« Quoi? Qu'est-ce qu'il y a après? »

« – ...il n'y a rien! »

Tao releva la tête.

« C'est tout ce que ça dit! Le reste ne fait que se répéter! Il n'y a plus rien!! »

Le sang d'Esteban ne fit qu'un tour.

La fin de leur mission.

Le sol se mit à trembler à nouveau, cette fois si fort qu'ils faillirent en tomber. La gueule du dragon s'ouvrait lentement, déployant le canon gigantesque qui s'y cachait. Ils pouvaient en sentir la chaleur à travers les multiples couches de métal qui les en séparait, alors qu'il se chargeait lentement, drainant de plus en plus d'énergie solaire. Ils étaient si haut qu'ils ne pouvaient presque plus voir l'océan, mais ils apercevaient les contours des terres sous l'horizon à travers les nuages d'orage. S'ils frappaient ici même, les répercussions seraient catastrophiques.

Esteban tomba à genoux. C'était comme si ses forces l'avaient abandonné, comme si l'altitude et l'accélération le rattrapaient. Dans un éclair, il revit l'histoire que Saquil lui avait contée, la statue de Rana'Ori qui s'écroulait sur les trois enfants essayant de s'en échapper. Il revit d'autres scènes qu'il n'avait jamais vues, mais qu'il ressentait comme s'il y était: l'eau qui montait au point de l'étouffer, la lave qui lui brûlait la peau, la chute du haut des tours qui s'écroulaient, ses mains qui vieillissaient sous ses yeux jusqu'à tomber en poussière, le dôme d'or qui s'effondrait sur lui. Le dragon qui tombait lentement vers la mer, l'emportant avec lui dans les flots glacés. Il vit tout ceci et plus encore en l'espace d'une seconde, comme si mille mémoires différentes lui avaient confié le souvenir de leur fin tragique aux prises des Cités d'Or.

Il revit les colonnes de pierre bleue s'effriter, les tours de roche se briser, l'eau envahir la bulle dans un torrent salé qui avalait les dernières lumières de l'abysse dans les ténèbres les plus noires. Et au milieu de ces cris, de ces larmes, de cette panique, de simples mots.

« On trouvera un moyen. »

Il ouvrit les yeux. La Cité tremblait tellement dans sa chute imminente qu'il leur était impossible de rester debout. Zia martelait frénétiquement les commandes, ne parvenant pas à rester calme; Tao essayait bouton après bouton, manette après manette, tentant de raisonner; Pichu volait dans tous les sens, plus apeuré que jamais. Esteban releva la tête, essaya de retrouver une quelconque notion de temps et d'espace. Il se rappela ce qu'il faisait là, et pourquoi, et surtout qu'il n'avait que très peu de temps pour agir.

Il se releva en un saut, si vite que sa tête lui tourna.

« Zia, suis-moi! »

Il se fraya un chemin au dehors, se retrouvant sur le pont mouillé de pluie. Le vent glacial lui fouettait le visage, la hauteur lui donnait déjà une horrible crise de vertige, mais il fit de son mieux pour s'accrocher à une corne d'or. Derrière lui, Zia essayait de se maintenir debout, malgré les tremblements de la machine qui commençait à s'affoler. D'une seconde à l'autre, elle tirerait son rayon dévastateur, et ils devaient l'en empêcher.

« Tu as toujours la couronne? »

Elle la sortit de sa poche.

« Parfait. Mets-la, et prépare-toi à soulever la tête du dragon. »

« – Tu veux que je fasse quoi!? »

« – Fais-moi confiance! »

Elle regarda la bête gigantesque qu'ils chevauchaient. Jamais elle ne pourrait soulever une telle masse! La tête de la Cité faisait déjà la taille d'une maison!

« Qu'est-ce que tu comptes faire? »

« – Si on arrive à lui faire viser le ciel, personne ne sera blessé. Une fois que le canon aura tiré, je vais dégager le ciel pour que Tao et toi vous sauviez avec le Condor. »

Zia lui agrippa le bras.

« Tu ne vas pas faire ce que tu as l'intention de faire! »

Esteban la regarda avec incrédulité.

« Qu'est-ce que tu veux dire? »

« – Tu as dit 'Tao et toi'. Mais tu viens avec nous, toi aussi. Tu ne vas pas essayer de justifier ton sacrifice pour je ne sais quelle faute! »

Son sacrifice? Mais qu'est-ce…?

Est-ce qu'il avait vraiment proposé ce plan-là? Avait-il prévu de rester derrière, et de se faire foudroyer par l'explosion?

Le dragon trembla à nouveau, coupant ses pensées. Tao accourut au dehors, affolé.

« Je ne voudrais pas vous mettre la pression, mais on n'a plus le temps de se battre! Il faut qu'on parte, si on ne veut pas se faire réduire en charpie! »

Sans personne aux commandes, le dragon commençait à nouveau sa lourde descente, gueule ouverte vers la mer. Zia jeta un regard noir à Esteban, et coiffa la couronne.

« Si on s'en sort, je vais te tuer quand même. »

« – Je l'aurai mérité. »

Elle prit une profonde inspiration, et le vent souffla de plus belle. Puis elle dressa les mains devant elle, et la Cité trembla une fois encore, le cou du dragon commençant à se tordre.

D'un geste, Esteban retira son médaillon, et le fourra dans les mains de Tao.

« Mais qu'est-ce– !? »

« – Je te le prête juste. Va démarrer le Condor, on n'a pas de temps à perdre! Si besoin, tu iras nous repêcher au vol. »

« – Mais t'es fou! Je sais pas piloter, moi!! »

« – Tu m'as vu faire, improvise! »

Et sans lui laisser le temps de répondre, il courut se mettre en hauteur. Tao resta un moment à le regarder faire, incrédule, avant d'abandonner et de filer vers le Condor.

Perché sur une pyramide d'or, les jambes tremblant et le cœur battant, il vit la tête du dragon se relever lentement. Zia était tombée à genoux, et criait de douleur sous le poids de la structure. Il entendit le métal se tordre et se fragiliser, les joints du cou se déformant et se brisant dans des positions impossibles afin de faire ployer sa tête vers le haut. La lumière convergeait vers le canon démesuré qui sortait de la gueule du monstre, chargeant l'arme d'une énergie destructrice comme il n'en avait jamais ressenti auparavant. Même s'ils parvenaient à viser le ciel, il y aurait de lourds dégâts.

La pluie recommençait à tomber, lui frappant au visage comme pour le réveiller. Sans savoir pourquoi, il sortit de sa poche le masque du Grand Prêtre et s'en couvrit les yeux, l'attachant avec un bout de ficelle. La sensation étouffante du réacteur solaire lui revint en mémoire, cette lumière et cette chaleur qui lui avaient presque donné envie de se laisser mourir. Il prit une profonde inspiration, essaya d'ignorer la pluie, la gravité, les cris, le bruit du rayon solaire qui devenait de plus en plus fort. Il ne voyait presque rien, et c'était pour le mieux.

Il leva les mains. Aussitôt, tout lui apparut comme sur une carte: la Cité sous ses pieds, le canon qui surchauffait, le soleil caché par les nuages noirs. Sans qu'il n'aie besoin de regarder, il savait où toute la lumière se trouvait, où elle devait aller, et comment il la ferait aller. Sans perdre de temps en supplications ou en prières, il s'exécuta, et le soleil chassa brusquement l'orage, sa chaleur se répandant sur la peau du dragon. Le canon se relevait peu à peu, maintenu dans la bonne direction par les efforts de Zia, dont les cris lui parvenaient tout de même. Elle ne pourrait pas tenir indéfiniment, et tout risquerait de s'effondrer d'un seul coup. Ils ne pouvaient pas attendre.

Alors ils n'attendraient pas.

D'un coup, Esteban plaqua ses mains sur la surface de l'orichalque, qui se revigora brutalement. L'énergie qui parcourait la Cité fonça vers la tête, les moteurs, les batteries et les réserves se vidant les uns après les autres. La lumière s'intensifia, se concentra, pour devenir si forte qu'elle lui troublait les sens; il parvint toutefois à résister, et à rester conscient, le temps d'invoquer la force du soleil sur un point précis de la structure.

Il y eut un silence, un éclat de soleil. La lumière jaillit du canon; puis vint le grondement de tonnerre, et enfin le souffle de l'explosion.

Même en se tenant de toutes ses forces, Esteban ne put y résister. La force du coup le balaya, l'envoyant voler comme une vulgaire feuille morte, alors que le canon solaire dévoilait toute sa puissance. La gigantesque colonne de lumière déchira le ciel, perçant les nuages sans que rien ne l'arrête, et le hurlement de l'explosion fit trembler le monde. Plusieurs blocs d'orichalque se désolidarisèrent, frappés par le choc, et la Cité elle-même fut repoussée par la force du coup, tombant vers l'océan fouetté de l'écho. Esteban se sentit flotter dans les airs un bref instant avant que son dos ne heurte violemment une paroi, lui coupant le souffle. Sa paume toucha la surface, et il sentit l'énergie quitter la Cité et ses moteurs. Il n'avait pas créé une surchauffe, mais l'inverse; et maintenant, ils tombaient comme un animal blessé.

Il essaya de se relever, de combattre la gravité qui le maintenait cloué là. Il cria, et il entendit Zia lui répondre; elle avait réussi à s'accrocher à une corne. Dans l'élan de sa chute, la Cité se retourna, ventre en l'air, et Esteban se sentit glisser; mais la main de Zia agrippa la sienne, et il parvint à trouver de quoi s'accrocher. Mais la gigantesque masse d'orichalque heurta un de ses propres blocs tombés, les renversant violemment en arrière. Dans la force du coup, l'attache du masque se défit, et le morceau de métal fondu s'envola sans qu'Esteban ne puisse le rattraper.

Un glatissement retentit, et ils virent avec soulagement les ailes du Grand Condor se déployer vers eux. Il faillit s'encastrer dans le dragon mourant, manœuvrant avec peu de justesse, mais dans l'état actuel des choses ils n'allaient pas s'en plaindre. Zia s'accrocha aux plumes dorées, tenant toujours Esteban, et celui-ci eut un instant de doute. Il tourna la tête, essayant de repérer la salle des machines, mais Zia lui tira le bras.

« On n'a plus le temps! Viens vite, tout va s'effondrer!! »

Il voulut lutter, protester. Il y avait encore une chance de récupérer la pierre! Mais le cou tordu du dragon se brisa, ses joints défaits, et tout un morceau du pont fut emporté dans la chute. Esteban ne put que le regarder disparaître alors qu'il se faisait hisser sur l'aile, loin du danger. Zia le força à se relever, et il parvint à la suivre jusqu'au cockpit, où Tao poussa sur les moteurs. Le Condor s'enfuit loin du torrent de métal qui tombait du ciel, loin de l'orage, loin des décombres du canon solaire.

Avec effroi et regret, Esteban fixa la Cité d'Or qui tombait vers l'océan, comme un oiseau abattu en vol, avant de s'y écraser dans un grand fracas d'éclaboussures gigantesques. Entre les vagues soulevées par la chute, la masse informe flotta un moment, avant de succomber à son propre poids et de sombrer dans les ténèbres.

Pour la deuxième fois.

Mais il n'eut pas le temps de se lamenter. D'un coup brutal, sa joue prit feu, des étoiles dansant devant ses yeux, et il se rendit compte deux secondes plus tard que Zia venait juste de le gifler. Le coup le réveilla de sa transe, et il la regarda avec des yeux ébahis, portant une main à son visage. Elle avait l'air furieuse, si furieuse qu'il craignit de la voir se changer en un ours sauvage.

« Mais tu te rends compte de ce que tu as fait!? », hurla-t-elle. « À quoi est-ce que tu pensais, enfin?! Tu croyais vraiment pouvoir remonter l'Atlantide avec une arme solaire!?! »

Sa voix était plus destructrice à ses yeux encore que le souffle solaire de Lohikaarm. Esteban se recula là où il était tombé, des larmes de douleur lui montant aux yeux. Il ne l'avait jamais vue crier ainsi, et encore moins le frapper; mais ça ne rendait sa bêtise que plus terrible encore.

Il ne savait pas quoi répondre, et ne pouvait rien émettre de plus que des balbutiements vagues. Son cœur lui battait aux joues, et une larme solitaire essaya d'éteindre le feu de la douleur, sans succès. Mais ce qui lui faisait le plus mal était de savoir que tout ce qui s'était passé, toute cette catastrophe, était de sa faute.

« Laisse-le. », intervint Tao, se levant des commandes. « Tu vois bien qu'il a assez subi comme ça! »

Il se baissa au niveau d'Esteban, et l'aida à se relever, le prenant dans ses bras.

« C'est pas la première fois que ça arrive. Ce genre de mission se finit toujours sur un échec. »

« – Ah, parce que tu le défends, maintenant? »

Tao ne répondit pas, et laissa Esteban le serrer dans ses bras. Il avait besoin de quelque chose à quoi s'accrocher, s'il ne voulait pas retomber plus bas encore. Tao l'aida à s'asseoir sur la banquette, sentant qu'il tremblait.

« C'est vrai que c'était stupide. », dit-il. « Mais...tu sais, Esteban, j'ai repensé à ce que t'as dit sur ton peuple. Et...et je crois qu'à ta place, j'aurai essayé la même chose. »

Esteban releva lentement la tête. Ses yeux étaient embrumés, ses cheveux défaits par le vent, et il se sentait sur le point de s'évanouir. Tao essaya de remettre un peu d'ordre dans son apparence secouée, pour essayer de garder la face. Pichu se posa sur son épaule, se frottant contre lui pour l'apaiser. Et au bout d'un moment, Zia soupira, et se contenta de reprendre les commandes.

« Ah, tiens. Je te le rends. »

Tao passa les mains autour du cou d'Esteban, et y rattacha le médaillon. Comme ce n'était qu'un emprunt bref, il n'avait pas noirci; mais il avait l'air heureux de revoir son propriétaire légitime. Esteban essuya ses larmes, essayant de retrouver sa respiration normale, même si à en croire la fine pluie qui commençait à tomber, il en aurait encore pour un moment.

« Garde donc l'esprit. », essaya Tao. « On s'en est sortis vivants, c'est l'essentiel! Même si notre mission est finie, on est toujours là. »

Ils auraient pu y laisser leur peau, par sa faute. Cette pensée n'aida pas son humeur, et Tao le remarqua bien.

« Je...je suis désolé. », dit-il d'un air gêné. « C'est vrai que...quand j'y repense, c'est pas très juste, tout ça. On n'aurait pas dû laisser l'abysse de côté. »

Esteban détourna le regard.

« C'est rien...c'est pas grave, c'est pas important. »

« – Mais ça l'est pour toi! Et...et t'es mon ami, donc si c'est important pour toi, ça l'est pour moi aussi. »

D'une manière un peu maladroite, il le prit dans ses bras, ce qu'Esteban accepta à contrecœur.

« Disons juste qu'on a tous les deux fait des erreurs. Mais c'est ça, apprendre. Et heureusement, personne n'a été blessé. »

« – Ça n'excuse pas ce que j'ai fait. On aurait pu tous y rester. »

« – Oui, mais...mais t'avais de bonnes intentions! C'est ce qui compte, pas vrai? »

Esteban ne sut pas quoi répondre, donc il se contenta de hausser les épaules.

« T'étais vraiment prêt à te sacrifier pour sauver un peuple que tu ne connaissais même pas. Tout le monde n'a pas un tel courage. »

Il posa doucement une main sur son épaule.

« Et ce n'est pas du tout égoïste. »

Esteban essuya d'autres larmes, sans répondre. Il laissa Pichu se blottir au creux de son bras, trouvant un peu de quiétude dans le toucher de ses plumes, et se contenta d'acquiescer. Peut-être qu'il avait de bonnes intentions, en effet. Mais il n'avait aucune idée de ce qu'il fallait en faire, et comment s'en servir pour aider qui que ce soit.

Au dehors, la pluie battait le pare-brise, et le Condor perdait lentement de l'altitude, poussant Zia à chercher un endroit où se poser. Esteban se leva lentement, essayant de calmer ses derniers sanglots, et leva la main. Les nuages s'écartèrent, et le soleil brilla sur les ailes d'or, stabilisant leur vol. Pichu s'envola, pépiant avec entrain, laissant Esteban repenser au message qu'il avait vu gravé à Sûndagatt.

« Me rana hela're tiala shin'rase. », récita-t-il.

Tao haussa un sourcil.

« Pour mettre fin à la pluie, fais briller le soleil. », traduit-il.

Oh. Il savait bien qu'il s'était trompé quelque part dans sa traduction, mais n'aurait pas deviné qu'il s'agissait d'un conseil et non d'un proverbe. Si ses prédécesseurs en avaient également fait usage, au point de le passer aux prochains élus, est-ce que ça voulait dire que toutes les situations se répétaient? L'histoire n'était-elle qu'un éternel cycle de recommencements?

« ...Zia, ouvre l'accès, s'il te plaît. »

Zia le regarda bizarrement.

« Qu'est-ce que tu vas faire? Tu ne vas pas sauter, quand même? »

« – Fais-moi confiance. »

Elle hésita, et il comprit pourquoi. Mais elle accepta d'appuyer sur un bouton, et d'ouvrir le pare-brise du Condor. Esteban grimpa sur le toit, et regarda la mer en dessous d'eux.

Ils volaient toujours à une altitude vertigineuse, rassemblant autant de soleil que possible avant de partir. Le ciel se recomposait peu à peu, et la mer retrouvait son calme. Il n'y avait rien que du bleu tout autour d'eux, comme si la catastrophe ne s'était jamais produite.

Quelque part sous ces eaux, la ville sous-marine reposait. Le peuple qu'il avait voulu aider, ainsi que tant d'autres. C'était sa nature, il n'y pouvait rien. C'était donc logique qu'il aie le rôle du Héros, n'est-ce pas?

Il dégaina le poignard, le regarda un moment. Ce n'était pas qu'une jolie relique: c'était une responsabilité. Un poids à porter, au nom d'un royaume ancien qui s'en fichait bien de laisser mourir ses enfants élus, car d'autres viendraient après. L'histoire n'était qu'un recommencement, car il fallait qu'elle se produise ainsi et non autrement.

Ses doigts se crispèrent sur la garde. Tous ses doutes lui revinrent en mémoire. Les paroles de son père, sa peur quant au fait de ne pas en faire assez, ses hésitations sur son rôle à jouer, sur sa grande destinée qu'on lui présentait comme une récompense chimérique depuis trop longtemps, et tout ce que ça avait fait de lui. La quête lui avait donné certaines réponses, mais elle l'avait également corrompu d'une manière désormais irréparable.

« Si je veux être un héros, ce sera mon choix. Pas celui des anciens. »

Il tendit le bras en arrière, et prit son élan. Puis, il lança de toutes ses forces, et la lame du poignard décrivit un arc-de-cercle scintillant, sifflant dans l'air le temps d'un instant. Elle disparut sous le Condor, vers la mer, et il ne la vit même pas heurter la surface pour y couler à pic.

Il n'avait pas envie de se pencher pour regarder. Il se laissa glisser vers la cabine, et remonta à bord du Condor. Tao et Zia le regardaient d'un air étrange, et il ne leur répondit qu'en le leur rendant.

« ...et maintenant? », demanda Zia. « Qu'est-ce qu'on fait? »

Esteban se rassit, et contempla le ciel. L'orage était passé, le soleil brillait comme si de rien n'était. Il repensa au miroir pourpre, à ce qui était dit sur son futur, à la fin du Livre des Cycles. L'histoire était finie, mais la sienne avait encore pas mal de pages à vivre.

« Je n'en sais rien. Qu'est-ce que tu veux faire? »

« – Tu ne penses quand même pas abandonner? »

Il haussa les épaules.

« Les anciens nous ont déjà abandonnés. Visiblement, nous ne sommes plus assez stupides pour obéir à leurs ordres. Autant faire ce qu'on veut à ce point. »

« – Il a raison. », dit Tao, s'asseyant à son tour. « D'après le conte, nous étions censés finir ici. Il n'y a pas de suite. »

« – Donc...on fait quoi? Ça ne me dit pas où aller. »

Esteban lui répondit d'une mimique désintéressée.

« Va là où ton cœur te guide. Je te laisse choisir. Après, on changera. »

« – T'es vraiment irrécupérable. »

Elle inclina le levier serpent, et le Condor changea de cap, se dirigeant vers la terre. Esteban se contenta de sourire.

« Mieux vaut être irrécupérable qu'un pantin. »

Il regarda la mer à travers la vitre. Doucement, il y posa la main, comme pour essayer de ressentir la lumière à nouveau. Rien ne lui répondit, mais il ne s'en soucia pas pour le moment.

Bientôt, Karsha. Je te promets qu'on se reverra.

~~~~~

Dans les ténèbres de l'océan Atlantique, à plusieurs centaines de mètres de profondeur, là où la lumière ne passe plus, se tenait une Cité. Elle ne se tenait pas ici par choix ou par hasard, mais par conséquence d'actions terribles menées il y a peu de temps, et gisait plus qu'elle ne se dressait, victime d'un ultime acte de bonté humaine.

Perdue dans les profondeurs, elle survivait par un dernier souffle de vie, ses moteurs et ses machines tournant à peine. Détruite par la catastrophe, elle avait sombré au plus profond des eaux, à demi recouverte par le sable de l'océan qui se déposait lentement sur son lourd corps reptilien. Ainsi piégée, elle ne pourrait jamais revoir la surface, pas même en se servant du joyau d'ambre en son cœur. La pierre solaire émettait encore une faible lumière, une faible chaleur qui repoussait les flots salés de l'océan, chassant l'eau des salles de la Cité à coups de maigres bulles d'air.

Cachée dans l'océan, la Cité d'Or subsisterait certainement. Lohikaarm, tel est le nom que les anciens lui ont donné, se dresserait entre les flots glacés et sombres de la mer, elle aussi dernière relique d'une civilisation autrefois grandiose. Ainsi cachée dans l'océan, à une telle profondeur, personne ne l'aurait jamais retrouvée.

Jusqu'à maintenant.






Bon bah voilà. C'est fini. Je savais pas du tout que j'allais en faire un multi-chapitres, et encore à la base ca devait partir dans une toute autre direction, mais je vous ai présenté "Esteban ou la frustration de la vie et de tout le reste" et c'est bien aussi.

Concept art:
Lohikaarm, la forteresse volante
Lohikaarm, la forteresse volante
Sandentwins a écrit :
21 juil. 2019, 02:30
-Une Cité mobile. Autant pousser le délire du Grand Condor au maximum, et mettre une Cité sur le dos d'un gigantesque navire volant ou d'un bateau. On peut facilement y caser une fabrique de Solaris. Cette Cité, je la verrais plutôt dans le Nord, où on trouve toutes sortes de légendes d'îles qui sont en fait de gigantesques créatures marines. Si elle vole, elle pourrait se dissimuler en se camouflant. Pourquoi pas y ranger un appareil à contrôler les événements climatiques, à provoquer des tempêtes et tout? Et y apprendre l'origine des pouvoirs d'Esteban. À part or et gris j'ai pas vraiment d'idées de couleurs. Or et bleu nuit, peut-être.

Nemishta, la ville sous-marine
Nemishta, la ville sous-marine
La ville sous-marine n'est pas vraiment l'Atlantide elle-même, mais un morceau à part qui est tombé plus loin. Elle est à demi immergée, et les rues sont de profonds canaux. Les murs sont faits de pierre, pour la plupart joliment sculptée.


Qu'est-ce que je vais faire après? J'en sais rien. Un truc sur Mendoza, ou sur l'époque de Rana'Ori, ou quelque chose qui me viendra dans une illumination provoquée par la drogue et les vapeurs d'uranium. Mais ce sera pas du multi-chapitres. J'ai bobo aux doigts.
:condor: Le meilleur personnage de toute la série, c'est la mère d'Esteban.:condor:

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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Sandentwins »

Qui dit multi-chapitres dit investissement émotionnel. Et qui dit investissement dit headcanons, et donc fanarts. Donc en attendant une éventuelle prochaine oeuvre, voici quelques images pour le plaisir des zeuils.


herwastatue.png
Le puissant Roi Faucon, maître du temps, ancien prince d'Egypte, et ce qu'il en reste.

karshebanslep.png
Esteban et Karsha prenant un peu de repos entre deux épisodes remplis de péripéties. he slep.

karshebanwedding.png
C'est moi l'auteur donc je fais qu'est-ce que c'est que j'veux. Et je veux qu'Esteban soit heureux avec son ami dauphin.
Parce qu'il le mérite.
karsheban.png
Yeah we gay, keep scrolling. J'ai toute leur dynamique et leur histoire en tête, et c'est vraiment de la mignonnitude tout plein. Car oui, même le grand partisan d'Estaozia que je suis aime la variété.
Et les hommes-dauphins. Et encore, j'en ai des pages entières dans mon sketchbook, je pourrais vous en faire des tas comme ça mais je es garde pour moi :3

pastslap.png
Je n'ai fait dans ce texte qu'une trèèèès brève référence à ces trois-là, quiconque la trouve gagne un cookie. J'y reviendrai peut-être un jour, donc je mets ça ici juste au cas où. Sinon c'était juste pour la pose marrante.


Et encore, ca c'est juste ceux au propre. Parce que j'ai des tas de croquis en stock, 80% sont des atlantes de l'abysse.
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Sandentwins »

Essayons quelque chose d'un peu différent, voulez-vous.

saquil1.png
saquil2.png


Il y a six pages en tout, la suite plus tard.
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Sandentwins
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Sandentwins »

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Les deux dernières pages demain. good night.
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nonoko
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par nonoko »

Tu es toujours aussi créatif! J'aime beaucoup tes planches, en particulier ta façon d'y mettre du mouvement, dans le dessin ou le découpage.
J'ai enfin pu lire ton dernier chapitre, pour lequel tu as fait un sacré boulot, mais je trouve que ça mériterait d'être encore développé pour que cela devienne une vraie histoire. Ce que je veux dire c'est que tu nous fais entrer dans ton imaginaire, tu nous fais partager tes visions, mais même si nous sommes des lecteurs très intelligents et imaginatifs capables de combler tout ce qu'il y a à combler, de jongler et de rassembler les morceaux du puzzle, c'est parfois frustrant parce que nous, on n'a pas (encore) tout l'imaginaire qu'il y a dans ta tête. Bref, il faudra bien un jour que tu crées une oeuvre véritablement aboutie, avec tout le potentiel que tu as.
Ce que j'ai le plus apprécié, c'est le début du chapitre, c'est à dire l'évocation de la cité engloutie et la conversation entre les 'frères' Atlantes, toute en délicatesse. ;)
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Sandentwins »

Suite et fin.
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C'était juste un petit truc que je voulais faire, sur le premier des fils du soleil selon mon fanon.
Est-ce que je ferai d'autres comics? Qui sait.


nonoko a écrit :
30 nov. 2019, 10:20
Tu es toujours aussi créatif! J'aime beaucoup tes planches, en particulier ta façon d'y mettre du mouvement, dans le dessin ou le découpage.
Merci :D J'ai pas tellement d'expérience pour la BD donc je tâtonne un peu.

nonoko a écrit :
30 nov. 2019, 10:20
J'ai enfin pu lire ton dernier chapitre, pour lequel tu as fait un sacré boulot, mais je trouve que ça mériterait d'être encore développé pour que cela devienne une vraie histoire. Ce que je veux dire c'est que tu nous fais entrer dans ton imaginaire, tu nous fais partager tes visions, mais même si nous sommes des lecteurs très intelligents et imaginatifs capables de combler tout ce qu'il y a à combler, de jongler et de rassembler les morceaux du puzzle, c'est parfois frustrant parce que nous, on n'a pas (encore) tout l'imaginaire qu'il y a dans ta tête. Bref, il faudra bien un jour que tu crées une oeuvre véritablement aboutie, avec tout le potentiel que tu as.
C'est vrai que c'est pas très logique de faire la saison 5 avant la 4. J'avais pensé à développer un peu, mais je sais pas si ca en vaudrait le coup, vu que de toute facon la vraie arrive l'an prochain. J'ai déjà une esquisse de ce qu'elle donnerait, et je peux partager si vous voulez voir, mais ça me prendrait juste beaucoup trop de temps d'élaborer en détail. Personne peut écrire toute une saison à soi tout seul, voyons.
J'aurais pu faire de l'exposition pour cette fic, mais ça ne rendrait pas naturel du tout. Il fallait choisir entre développer l'histoire de la "saison 5" et de l'évolution d'Esteban pour ce qu'elle est, ou faire se répéter les personnages juste pour qu'on comprenne. Je reviendrai certainement dessus à coups de scènettes et de visuels, un jour.

nonoko a écrit :
30 nov. 2019, 10:20
Ce que j'ai le plus apprécié, c'est le début du chapitre, c'est à dire l'évocation de la cité engloutie et la conversation entre les 'frères' Atlantes, toute en délicatesse. ;)
Ca par contre, je pense en faire plus :p J'aime beaucoup Karsha et son peuple, je le dis tout de suite.
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Routard »

saynètes ! ;)
Au revoir, à bientôt
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par yupanqui »

Saynètes... et précis !
« On sera jamais séparés » :Zia: :-@ :Esteban:

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