MCO one-shots ou "instants volés"

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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IsaGuerra
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Re: MCO one-shots ou "instants volés"

Message par IsaGuerra »

Voilà un petit One-Shot et je le mets sous balise spoils car je me suis inspirée d'un élément donné dans des épisodes encore non diffusé sur Okoo.
Par conséquent, comme pour les topics spoils de la saison 4 et comme l'a dit Teeger59 sur son OS du 23/12 : C'est à lire à vos risques et périls !

~~~~~~~~~~
Dernière rencontre

Il pressait le pas, l'homme avait déjà perdu beaucoup de temps à sillonner les allées après s'être échappé de la forteresse.
Sous sa cape, son fin visage pâle était tiré par l'anxiété et la crainte d'être trouvé avant d'avoir pu rejoindre son but, d'avoir au moins pu apercevoir ce qui l'avait tiré de ses appartements. La pluie et le vent plaquait ses cheveux sur son front. Ses yeux noisettes tentaient de percer l'obscurité elle-même s'éclaircissant par bribes sous l'éclatement de missiles solaires bien que le champ de bataille le plus proche soit à une centaine de kilomètres...
Le jeune homme se faufilait tant bien que mal sur son chemin en évitant les soldats chargés de s'assurer qu'aucun civil ne errait. Ces hommes ne lui aurait apporté que plus d'ennuis s'il avait eu le malheur de se retrouver face à eux. Peu importe qu'il fut de rang supérieur, ce qui était fait à de simples gens lui serait infligé à lui aussi si on le surprenait maintenant.
L'Atlante pressa davantage le pas.
Le paquet qu'il transportait avec soin sous son manteau et la promesse de le confier à une si belle personne que celle qu'il s'apprêtait à rejoindre le fit se hâter sans prudence.
Son pied heurta une marche qui lui fit perdre son équilibre. Il s'étala de tout son long sur le sol mouillé par cette averse à demi providentielle... Il entendit le bruit des armures de son peuple se rapprocher, il ramassa son paquet et se dépêcha de se cacher derrière le premier mur. Il dû attendre que les soldats repartent pour reprendre son chemin...

Nerveusement, elle entortillait une mèche de ses cheveux blonds autour de sa main... L'inquiétude s'immisçait petit à petit en elle. Que faisait-il ? Pourquoi n'était-il pas encore à ses côtés ?
Elle s'imagina qu'il n'avait plus eu l'envie de la retrouver... Non ! Cela ne pouvait être possible. Pas venant de lui, elle ne le connaissait que trop bien : S'il n'avait pas projeté de se rendre à se rendez-vous il l'aurait tenu informé de cette démarche.
La jeune femme lança un regard par la fenêtre... Toujours personne à l'horizon... Peut-être avait-il simplement été retardé.
Une idée la frappa : Et s'il avait été surpris et fait prisonnier ? Avec ces affrontements... Tout était possible et ce rendez-vous emplit de risques n'était certes pas la meilleure idée qu'ils aient eu...
Le temps s'écoulait lentement, au rythme de la pluie sur le lac face au cabanon, la jeune femme regardait cette mélodie se jouer. Elle se perdait dans ce concert dont la nature ne jouait un air rien que pour elle. S'il avait été là, elle aurait bien plus apprécier ce moment...

Il foulait le sol boueux aussi vite qu'il le pouvait. Maintenant qu'il avait quitté la ville il pouvait se permettre de se déplacer au pas de courses, la pluie lui offrant une couverture suffisante pour ne pas être repéré. Esquiver tous ces soldats lui avait fait perdre énormément de temps, l'Atlante espérait que sa douce soit encore à l'attendre.
Tyrias se savait non loin de leur cachette, se rapprocher de son amour l'aidait à se sentir plus léger et l'aida à accélérer sa foulée. Bientôt il pourrait la prendre dans ses bras, la serrer contre lui, caresser ses lèvres chaudes...
Un dernier virage sur la gauche et enfin il pu voir le petit abri qu'ils avaient élu comme lieu de rendez-vous. La lumière brillait encore à travers la fenêtre : Elle était encore là cela ne faisait aucun doute, elle l'avait attendu.
Une fois la porte atteinte, le fils du général eut à peine le temps de taper ses pieds sur le sol pour en retirer la boue que le battant en bois s'ouvrit comme un coup de vent. Sans crier gare, elle s'était précipitée vers lui pour l'enlacer. La jeune femme passa ses bras fins autour du cou de son visiteur.
Après la courte surprise du geste, l'Atlante pris sa princesse par la taille. Il déposa un doux baiser sur ces lèvres qui le faisait rêver chaque nuit pendant lesquelles il ne pouvait être à ses côtés... Après cet échange de passion, Tyrias caressa la joue de sa belle.

« Pardonne moi mon amour...
- Je n'ai rien à te pardonner. Tu es là et rien ne compte plus que ça à mes yeux... »


Les amants pénétrèrent dans leur cachette. L'endroit n'était pas très grand mais suffisamment pour les accueillir eux et leur amour.
L'endroit était loin de la luxure de leurs appartements respectifs. De grandes flammes crépitaient dans l'âtre d'une cheminée et donnaient un aspect bien plus chaleureux à ce lieu. Pour tous meubles, une simple méridienne ainsi qu'une petite table, sur laquelle trônait une corbeille de fruits savoureux.
L'Atlante ôta son manteau, dévoilant ses vêtements aux couleurs de son peuple, et le mit à sécher près du feu.
En se retournant, il fendit son visage d'un large sourire enfantin et observa sa princesse. Elle s'était installée sur le divan, les jambes pliées contre elle. Le tissus de sa robe semblait être une caresse sur sa peau dorée, ses pieds menus ressemblaient à ceux d'une enfant. Quant à son visage... Une bouche aux lèvres fines et chaleureuses, un petit nez retroussé, de grands yeux ambrés en amande dont le regard exprimait une douceur sans faille et un amour inconditionnel... Ces traits si délicats étaient encadrés par une longue chevelure d'un blond aussi éclatant que le soleil un jour d'été... Même la marque des naacals ne pouvait tâcher cette beauté.
L'homme s'assit aux côtés de cette belle femme pour qui son cœur avait flanché. Ils échangèrent un regard ô combien complice...
Tyrias passa sa main derrière lui et tendit le paquet si durement protéger.

« Douce Rana Ori... Accepte ce présent en gage d'une preuve supplémentaire de l'amour que je te porte.
- Oh Tyrias... Est-ce qu'au moins mérité-je de telles attentions ?
- Bien sûr et tu en mérites bien davantage. »


La jeune muenne appréciait ces paroles, lorsqu'elle était en compagnie de cet homme, bien qu'ennemi de son peuple, elle se sentait en sécurité et aimée... Elle se saisit du paquet et l'ouvrit avec minutie pour découvrir à l'intérieur un petit écrin en verre renfermant une fleur avec de grands pétales colorés par un dégradé partant du jaune au rose. Tyrias expliqua qu'à l'aide d'un nouveau procédé scientifique cette fleur durerait éternellement tout comme sa nouvelle propriétaire. A ces mots, les joues de Rana Ori virèrent aux rouges.

Après avoir posé ce présent sur la table et grignoter quelques grains de raisins, les deux amoureux se plaquèrent l'un à l'autre. Dans un mouvement d'une infime tendresse Tyrias fit glisser la robe de sa bien-aimée dévoilant deux petits avant-cœurs tout à fait bien formé. L'homme continua de priver sa complice de son seul vêtement, une fois fait Tyrias laissa glisser cette robe couleur miel au sol. Il observa un instant sa princesse dans son plus simple appareil : Elle était réellement ravissante et l'éclat des flammes sur ce corps ajoutait un charme supplémentaire à cette femme.
L'Atlante enleva ensuite sa tunique en un geste souple laissant paraître un torse clair et musclé, signes des nombreuses heures passées à l'entraînement. De là où elle était installée, la princesse de Mu observa cet être : Il était certes d'un peuple ennemi au sien mais tout, absolument tout, l'attirait vers lui. Il n'était pas comme les autres atlantes, il ne cherchait pas à se montrer plus puissant. C'était même plutôt l'inverse ; Comme elle, Tyrias souhaitait que cette guerre s'achève enfin peu importe le peuple vainqueur du moment que les affrontements se stoppaient.
L'un face à l'autre dans une nudité des plus totales, les deux compagnons se jaugèrent avec fascination. Ces instants de passion amoureuse parvenaient à leurs faire oublier le reste du monde. Seul l'autre comptait.
Tyrias caressa le dos de Rana Ori jusque dans le creux de ses reins, à ce si doux contact la jeune femme se cambra légèrement. Elle se mordit la lèvre inférieure. La princesse se redressa légèrement, passa ses mains autour du cou de son amant avant de venir déposer un tendre baiser sur ses lèvres chaudes. Ils savaient parfaitement ce qu'il allait se passer et c'était loin de leur déplaire, bien au contraire...
Un long instant s'écoula, un instant que les flammes de la cheminée projetaient en ombre sur les murs du cabanon. Des ombres dans lesquelles on pouvait distinguer deux corps profiter du bonheur simple du plaisir charnel... Le monde aurait pu crouler sous une pluie de météorites qu'ils n'en auraient probablement pas pris conscience.

Les deux amants étaient lovés l'un contre l'autre sous une couverture légère. Tyrias humait le délicat parfum de la princesse de Mu, cette odeur si particulière et douce du lilas. Il passa sa main dans les long cheveux d'or de sa compagne en affichant un sourire éclatant.
Depuis qu'il l'avait rencontré, sa vie avait trouvé un tout autre sens et ses pensées avaient radicalement changé de bords ; Avant il souhaitait voir s'achever cette guerre de la manière la plus rapide et efficace afin d'engendrer la victoire de son peuple et écraser le peuple de Mu. Désormais il souhaitait toujours voir cette guerre se terminer une bonne fois pour toute mais avec pour conclusion une alliance entre ces deux peuples. Si seulement cela était possible...
Il en avait beaucoup parler avec Rana Ori et elle aussi souhaitait que ces affrontements cessent... Cette guerre était si vieille qu'aucun des deux jeunes gens n'en connaissaient l'événement déclencheur. Une union entre leurs peuples serait tellement bénéfique au monde ! D'eux-même, les héritiers s'étaient rendus à l'évidence ; Afin de préserver le savoir et le transmettre aux générations futures il n'y avait qu'une solution : Rassembler tout ce qu'ils pouvaient au plus vite et le cacher dans les cités une fois que celles-ci seraient entièrement édifiées. Chacun de leurs côtés parvenait à réaliser ce projet d'une importance capitale.

Un faisceau aussi clair que le jour fendit la nuit... Les assauts ne cessaient donc jamais ? L'Atlante se redressa en douceur sur la méridienne, il observa quelques secondes sa belle endormie puis s'appuya sur ses mains. Depuis quelques temps deux questions le tourmentaient jour et nuit sans aucun espoir de repos serein ; Était-il vraiment capable de la protéger comme il le lui promettait à chaque rencontre ou message ? Et que manigançait son père, le général Ménator, avec les autres généraux ?
Le jeune homme était tellement plongé dans ses réflexions qu'il sursauta lorsque Rana Ori posa sa main sur son épaule.

« Tyrias, mon amour... Que t'arrive-t-il ?
- Je... Je suis juste soucieux... »


La jeune muenne se redressa et enlaça tendrement son bien-aimé. Elle tenta de le rassurer et d'apaiser son esprit qui faisait tendre tout son corps. Elle lui chuchota des mots doux : La clé pour y parvenir.

L'horizon s'éclaircissait cette fois-ci par le lever du Soleil, Tyrias renfila ses vêtements maintenant secs, il n'avait aucune envie de quitter sa princesse aussi tôt mais il ne lui était pas permis de s'attarder plus longtemps... Pas aujourd'hui.
Le jeune homme regarda Rana Ori remonter les manches de sa robe, magnifique en toutes circonstances. Il n'en pouvait plus de cette situation, si seulement ils avaient pu être de même origine ou encore si seulement cette guerre n'avait pas existé ou connu une fin rapide... Rien de tout cela ne semblait avoir le droit de subsister. A croire que leur amour aussi sincère soit-il n'avait pas le droit à sa page dans l'histoire...

Sur le pas de la porte, les deux amants s'étreignirent avec douceur. Au moment de se séparer Rana Ori ne put contenir une larme...

« Ne peux-tu vraiment pas rester plus longtemps ?..
- J'aimerais vraiment pour le faire mon amour mais je n'ai pas le choix... Depuis quelques temps, Père a fait renforcer la garde autour de notre demeure et il m'est plus difficile de retrouver mes appartements. D'autant plus qu'aujourd'hui a lieu un conseil important entre nos généraux. Père tient absolument à ce que j'y participe et si je ne daigne pas m'y présenter cela serait déshonorant pour lui.
- L'honneur a-t-il vraiment une si grande importance à tes yeux ?
- Bien sûr ! Et je me dois, pour mon père, d'être présent à ce conseil.
- Alors je ne suis pas en droit de te retenir plus longtemps. »


Ils se sourirent mutuellement. Tyrias passa sa main sur la joue de Rana Ori pour essuyer une dernière larme. Il dériva dans les cheveux d'or de la princesse et se pencha légèrement pour déposer un doux baiser sur les lèvres de l'amour de sa vie.

« Je t'aime... »

Sur ces derniers mots, il s'éloigna sans savoir qu'il ne la reverrait plus jamais...
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Re: MCO one-shots ou "instants volés"

Message par Este »

Bravo Isaguerra !! Très touchant !!
Saison 1 : 18/20 :D
Saison 2 : 13/20 :roll:
Saison 3 : 19/20 :-@ :-@ :-@
Saison 4 : 20/20 :-@ :-@ :-@ :-@ :-@

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Re: MCO one-shots ou "instants volés"

Message par TEEGER59 »

C'est bouleversifiant! :cry:
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: MCO one-shots ou "instants volés"

Message par IsaGuerra »

Salut la compagnie !
Un bon p'tit coup de chiffon et on enlève la poussière.
Le week-end dernier j'ai réalisé un fanart MCO et j'étais sur le point de vous le partager quand une petite idée m'est venue pour accompagner ça.
Du coup non seulement je vous partage un nouveau dessin depuis longtemps mais aussi un petit texte.

Il n'y a aucun rapport avec la série mais cela est plus ou moins dû à un petit détail sur le FanArt qui m'a complètement coincé dans une autre époque :lol:

Bref bonne lecture !

Fin du XIXe siècle, un manoir au Nord de Barcelone

Le jeune valet lui tendit la main pour l'aider à descendre. La jeune dame le gratifia d'un sourire et s'éloigna de la calèche.
Bien qu'elle soit un peu en retard, Isabella profita de l'air frais du crépuscule mêlé à l'odeur iodée de l'océan. C'était une fille de la campagne, elle aimait les choses simples comme pouvait l'être un paysage nocturne et écouter la mélodie créée par les vagues.
Si cela n'avait tenu qu'à elle, jamais elle ne serait venue à ce bal. Isabella tenait ce genre d'événement en horreur : Pourquoi fallait-il toujours que les grands de ce monde organisent ces réceptions fastueuses où tout n'est qu'allégresse, fioritures et hypocrisie ?
Néanmoins, ce soir, la jeune femme devrait prendre sur elle et jouer le jeu de la haute société si elle souhaitait accomplir son devoir.
Profitant de ce dernier moment de solitude avant le lendemain, Isabella observa autour d'elle et replaça le tissus rouge sang de sa robe de façon à ce qu'il dissimule toujours la lame attachée le long de sa cuisse.
Enfin, la femme choisit de s'avancer vers les portes du château et se laissa guider jusqu'à la salle de bal par un laquais de grande taille et aux cheveux châtains plaqués comme il se doit en arrière.
Lorsque les portes s'ouvrirent laissant se disperser la musique jouée par l'orchestre tout à fait distinctement. Il ne fallut pas longtemps à Isabella pour reconnaître la Symphonie Espagnole composée par Édouard Lalo.
Appréciant la musique, la jeune femme s'avança en haut des escaliers et observa les autres invités : Les hommes se ressemblaient tous avec leurs cheveux coiffés en arrière et des costumes sombres. Les femmes, quant à elles, se distinguaient grâce aux couleurs affriolantes de leurs robes et leurs coiffures exagérément compliquées.
Depuis son promontoire, Isabella pouvait aisément deviner les conversations de chacun, les hommes parlaient évidemment affaires ou tactique de guerre, les femmes bavardaient sur leurs dernières parures obtenues de leurs époux et s'échangeaient faux-compliments et racontars à profusion. Comment était-il possible d'être à ce point superficiel ?
La Catalane ne parvint pas à repérer sa cible et choisit d'aller se fondre de la foule afin de récolter quelques informations dans la plus grande des discrétions.
Alors qu'elle descendait les marches, Isabella sentit quelques regards se poser sur elle. Cela lui était habituel, elle se savait belle et sa robe accentuait à merveilles ses formes. Cela lui avait même déjà été utile lors de précédent contrat.
Quoiqu'il en soit, la Catalane s'approcha d'un petit groupe et les salua avec une petite révérence, se présenta et suivit la conversation.

Pendant les quelques heures qui s'en suivirent, Isabella fit mine de s'amuser avec les notables, riant à quelques blagues bien qu'elles ne soient aucunement drôles et supportant les commérages de ces dames qui ne manquèrent pas de pointer ses bijoux simples mais travaillés par de menues gravures.
Tout semblait se dérouler pour le mieux, personne ne soupçonnait l'arme cachée. Le seul inconvénient fut ce jeune homme en costume bleu qui ne la quittait plus du regard depuis environ quarante minutes. C'était exaspérant !
Essayant de faire abstraction de ce gêneur, Isabella repéra l'homme pour lequel était venue. Il ne restait donc plus qu'à l'approcher et l'attirer loin de toute cette foule... Plus facile à dire qu'à faire, car ce jeune matador était adulé de tous, cela ne serait pas évident de se retrouver seule avec lui.
La jeune Catalane réfléchit à la meilleure façon de l'aborder : Faire semblant de lui tomber dans les bras ? Ridicule. Simplement lui demander de la suivre ? Bien trop suspect.
Elle resta un moment à l'écart pour observer le matador : Eduardo Martínez, 24 ans, jeune matador prometteur, séducteur de ces dames et véritable menace en puissance. Isabella ne pouvait nier qu'il avait un certain charme malgré une arrogance non dissimulée.
Isabella tapota de son index la flûte qu'on lui avait servie et voulut approcher Martínez lorsqu'elle sentit une main lui attraper le bras : La Catalane se crut démasquée et soupira lorsqu'elle vit que ce n'était que le gêneur... Désormais, elle allait devoir se débarrasser de lui avant d'accomplir sa mission.
Avant même qu'elle puisse dire quoi que ce soit, ce jeune homme lui tendit la main. Une danse ? Sérieusement ? Isabella soupira, elle n'avait pas le temps pour de telles futilités.
Toutefois, la Catalane eut une idée ; Pour un homme aussi présomptueux cela pourrait être un affront de ne pas attirer l'attention de tout le monde. D'autant plus pour un séducteur comme Martínez. Isabella regarda alors l'homme devant elle et lui sourit acceptant de passer quelques instants avec lui à la condition qu'il l'aide à se faire remarquer par le matador.

« Pourquoi faut-il que toutes les dames présentes ce soir ne s'intéresse qu'à ce blanc-bec ?
- Vous ne me semblez pas beaucoup apprécier le señor Martínez.
- Pas vraiment.
- Pourtant, il faut bien du courage pour affronter des taureaux dont les ornements peuvent transpercer un corps.
- Du courage ? Vous vous moquez de moi ? Je préfère affronter une mer déchaînée plutôt qu'une pauvre bête qui n'a rien demandé. »

Isabella observa l'homme dont les boucles légères et sombres lui donnaient bien plus belle allure que les cheveux blonds du matador.

« Par ailleurs, je manque à tous mes devoirs. Laissez-moi me présenter : Capitan Juan-Carlos Mendoza.
- Je suis enchantée de faire votre connaissance Capitan. Mon nom est Isabella Laguerra, jeune demoiselle de Catalogne. »

Les deux jeunes échangèrent un moment. Le capitaine comprit très bien qu'il n'intéressait le moins du monde la jeune femme devant lui. Cependant il joua le jeu, il trouvait amusant cette tentative de rendre jaloux ce blondinet trop sûr de lui.
Voyant ce dernier s'approcher du coin de l'œil, Isabella se hissa sur la pointe des pieds et murmura au gêneur des remerciements et lui promit une danse lorsqu'elle reviendrait. La Catalane lui adressa un petit sourire et s'éloigna avec légèreté.

La Catalane, assurée d'être suivie par le matador, sortit de la salle de bal et s'arrêta devant une toile.
Elle s'amusa de ce petit jeu du chat et la souris, riant discrètement. Isabella se retourna un instant et remarqua Eduardo à seulement quelques pas d'elle. Ils se tenaient tous les deux au beau milieu d'un long couloir à peine éclairé. La brunette feinta une nouvelle fuite mais Eduardo lui attrapa la main d'un geste souple, lui fit une légère révérence et lui demanda quel jeu étrange elle jouait.
Isabella mentit, prétextant qu'elle souhaitait simplement se retrouver seule avec la célébrité devant elle. Le matador se sentit flatté et lui proposa son bras avant de continuer leur petite promenade dans le palais.
La Catalane fut rapidement excédée de son cavalier, incapable de parler d'autre chose que de sa propre personne, et chercha une échappatoire d'autant plus qu'elle sentit une main descendre le long de son dos. Isabella se retint sous ce geste presque déplacé puisqu'elle attendait de pouvoir se servir des envies lubriques de l'homme.
Trouvant une porte, Isabella s'extirpa de l'étreinte du matador et disparut dans la pièce, suivie de près par Eduardo trop heureux de voir une femme s'offrir à lui. Il avait hâte de pouvoir faire connaissance plus intensément avec cette demoiselle au nom inconnu.
Eduardo retira sa veste, essayant de deviner où la Catalane se tenait. Il l'appela mais n'obtint, pour toute réponse, qu'un léger souffle chaud sur sa droite et se tourna pour y voir la señorita. Cette dernière lui offrit un sourire et passa ses bras autour de ses larges épaules. Le matador l'attrapa par la taille et se pencha légèrement sur Isabella pour atteindre ses lèvres chaudes et charnues.
A l'instant même où leurs bouches se touchèrent, le matador ressentit une violente douleur entre ses cuisses. Il recula, se mordant la lèvre inférieure pour ne pas crier, et regarda la femme devant lui : Cette vipère venait d'allumer une bougie et affichait un large sourire comme si elle avait pris plaisir à broyer ses bijoux de famille.
La colère monta en flèche, Eduardo se redressa et s'avança vers Isabella avec l'idée de lui faire payer cet acte. Arrivé à son niveau, le matador attrapa ses bras fermement et lui intima d'exprimer regrets et remords. Tout ce qu'il obtint fut un petit rire ainsi qu'un nouvel élancement à la cuisse.
Confus, Eduardo lâcha sa proie et baissa le regard pour voir la robe rouge retomber au sol une dague plantée presque entièrement dans sa jambe.
Isabella le regarda et, sans aucune pitié, lui asséna un coup au genou qui finit de le mettre à terre. Elle s'agenouilla et retira la lame lentement afin de ne pas se tâcher et faisant souffrir l'homme.
Dans un calme olympien, la Catalane convia sa victime à se taire et à l'écouter. Sans fut trop pour l'homme.

« Que cherches-tu à faire, vipère ?
- Ce que je cherche à faire ? Cela me paraît pourtant évident... »

Isabella dirigea la pointe de sa lame sous le menton du matador s'assurant qu'il comprenait enfin ce qui l'attendait. Elle vit enfin la peur s'immiscer dans son regard bien qu'il garde un certain calme...

« Qu'ai-je fait pour qu'on envoie une femme m'exécuter ?
- Outre le fait d'avoir tué de pauvres bêtes innocentes pour t'attirer les faveurs du monde ? Nous savons de sources sûres que tu n'es qu'un traître envers notre société.
- Nous ?..
- Nous savons que tu as divulgué des informations à notre ennemi lui donnant la possibilité de tuer nos soldats.
- C'est une erreur, je ne ferais jamais une telle chose !
- Silence. Nous avons les preuves nécessaires malheureusement comme tu es reconnu dans tout le pays, il nous est impossible de te traduire devant la justice. C'est pourquoi, mon maître a choisi de te faire éliminer purement et simplement... »

Prononçant ces derniers mots, Isabella alla se placer derrière l'homme en lui laissant une dernière caresse sur la joue.
Eduardo, comprenant que son heure fut arrivée, se mit à réclamer pitié et pardon.
La Catalane secoua la tête négativement... Comment pouvait-il avoir si peu d'honneur ?
Elle ferma les yeux un instant, le temps était venu d'achever cette mission et d'anéantir cette menace.
Sans plus attendre, Isabella saisit la tête du matador de la main gauche. De sa dextre, elle fit glisser la lame de part et d'autre de la gorge de l'homme mettant fin à toute jérémiade.
Veillant à ne pas salir sa robe, la Catalane contourna le corps et nettoya sa dague avec un pan de la veste de Martínez avant de la remettre à sa place, contre sa cuisse.

Dans les quelques minutes qui suivirent son méfait, Isabella rejoignit la grande salle. Elle pensa pouvoir s'esquiver sans que personne ne l'aperçoive mais elle n'eut pas cette chance : Alors qu'elle allait entamer sa remontée des escaliers, la Catalane entendit une voix masculine derrière elle.

« Il me semble que vous me devez une danse señorita.
- Veuillez m'excuser Capitan, je dois avouer que je vous ai oublié... »

Bien sûr, c'était un mensonge. Isabella se souvenait parfaitement de sa promesse mais elle ne voulait pas rester plus longtemps. Cela serait prendre trop de risque...
Le sort s'acharna pourtant sur elle car l'orchestre présent à l'étage entama une valse. A cet instant précis, la Catalane sut qu'elle ne pouvait reculer ou s'enfuir.

« Il semble que le temps soit venu pour moi de tenir ma promesse et de vous remercier.
- En effet. Et j'en serais fort heureux. »

Mendoza plaça un bras dans son dos et tendit son autre vers la Catalane.
Isabella hésita encore un instant mais accepta la main tendue et se laissa entraîner dans la salle.
Les deux jeunes gens partagèrent un bon moment, Isabella espérant que Juan-Carlos ne poserait aucune question quant à l'absence du matador.
Mendoza, lui, n'avait d'yeux que pour sa partenaire. N'ayant aucune idée de ce que cette femme venait d'accomplir...

Vous m'accordez cette danse .png
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Re: MCO one-shots ou "instants volés"

Message par Marcowinch »

Un excellent One-Shot :)
*** :Tao: :Zia: :Esteban: Ma fanfic MCO : La Huitième Cité :) :Esteban: :Zia: :Tao: ***
J'espère qu'elle vous plaira :D

:Esteban: Bah voyons, Pattala ! C'est pas dans ce coin-là que vit la jolie Indali ? :tongue:
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Re: MCO one-shots ou "instants volés"

Message par Chaltimbanque »

Bon, petit déterrage de topic ! :lol:

Voilà un petit moment que je travaille sur ce nouveau one-shot, et je suis contente de pouvoir vous le présenter. Il se déroule à la fin de la saison 4, avec quelques petits changements pour les besoins de l'histoire. 8)

En cadeau supplémentaire, ce one-shot comporte également deux illustrations flambant neuves réalisées par mes soins pour l'occasion. :x-):

Et cerise sur le gâteau : si vous aimez lire en musique, je vous conseille le lien suivant, et en particulier le morceau situé à 36 minutes et 40 secondes, suivi de celui situé à 25 minutes et 45 secondes.

:arrow: https://www.youtube.com/watch?v=7kFKkr4 ... oKbFenhmSp

Bonne lecture (du moins, je l'espère) aux citédoriens et citédoriennes qui passeraient encore par ici ! ;)

À la Croisée des Chemins

Zimbabwe était en liesse.

Sur ordre du roi Neshangwe Munembire, une grandiose célébration avait été organisée au royaume de Mutapa en l’honneur des trois enfants qui avaient réussi à mettre un terme au Grand Cataclysme, ainsi qu’en l’honneur de tous ceux et toutes celles qui les y avaient aidés.
Les deux élus, après avoir expliqué qu’ils comptaient repartir pour explorer l’étrange endroit où toutes les cités d’or étaient réunies, avaient néanmoins reporté leur départ au lendemain pour prendre le temps de savourer leur victoire et profiter de la fête. Tao en avait été ravi, conscient que ces instants avec ses amis seraient doublement précieux.

Tous les habitants de Zimbabwe avaient donc redoublé d’efforts pour que la nuit à venir fût la plus mémorable possible, et dire qu’ils avaient mis du cœur à l’ouvrage ne leur aurait pas rendu justice, tant l’entrain avec lequel ils s’étaient mis à l’œuvre forçait l’admiration. Leurs invités n’avaient pas non plus été en reste, et avaient insisté pour apporter leur aide. Ainsi, dès les prémices du crépuscule, la capitale du royaume de Mutapa s’était enveloppée d’une euphorie contagieuse. Koras, djembés, mbiras, makwas, arcs à bouche et autres ngomas s’étaient unis aux chants polyphoniques, et Zimbabwe tout entière se mit à résonner de joie.

Assis en tailleur auprès d’un des nombreux brasiers, et alors qu’il venait de remporter sa première victoire au Tsoro après de multiples défaites qui ne manquèrent pas de provoquer l’hilarité des enfants du village, passés maîtres de ce jeu de stratégie mathématique depuis longtemps déjà, Mendoza sentit la présence de Laguerra dans son dos. Il leva les yeux vers elle, et un frisson parcourut son échine tandis qu’elle passait ses doigts dans sa nuque, à la naissance de sa chevelure. Il se saisit de sa main gantée, et tira doucement pour l’inciter à s’asseoir à ses côtés. Elle s’exécuta en souriant.

— Alors ? Comment te débrouilles-tu ?
— Assez mal, pour être franc, déclara-t-il en riant tout bas. C’est un jeu intéressant, même si je n’ai gagné qu’une seule fois jusqu’ici.
— Il faut bien commencer quelque part, commenta-t-elle gracieusement.

D’humeur espiègle, le marin ne laissa pas passer l’occasion.

— Vous voilà étrangement magnanime, señorita.
— Hmm. Mettez cela sur le compte de l’expectative, señor.
— L’expectative ?

D’un léger mouvement de tête, Isabella lui désigna l’endroit, à quelques mètres devant eux, où tout un groupe de Zimbabwéens dansaient sur des rythmes de plus en plus soutenus, complètement absorbés par la musique ambiante.

— Dois-je attendre que Gaspard m’invite à danser ? le taquina-t-elle à son tour. Je suis certaine qu’il en serait ravi.
— Sans l’ombre d’un doute. Toi, en revanche, c’est moins sûr…
— Et pourquoi ça ?
— Parce qu’il te marcherait sur les pieds. Littéralement.

La jeune femme partit d’un éclat de rire franc et naturel, et le navigateur sentit une bouffée d’affection l’envahir lorsque ce son résonna dans ses oreilles.

— Tu es un mufle, Mendoza ! finit-elle par lui rétorquer, sans réelle malveillance, et toujours hilare.
Pour toute réponse, il lui adressa un sourire mutin, satisfait de sa plaisanterie. Il se releva, remercia les enfants du village de l’avoir initié au jeu du Tsoro, et tendit sa main à Laguerra après avoir effectué une brève révérence à son intention.

— Me feriez-vous l’honneur de m’accorder cette danse, señorita ?

Un instant de silence calculé s’écoula, pendant lequel elle fit mine de grandement réfléchir à cette proposition qu’elle avait pourtant sciemment provoquée.

— Mais avec grand plaisir, capitán.

Tous deux parcoururent ensemble les quelques mètres qui les séparaient de l’endroit où ceux et celles qui souhaitaient danser pouvaient s’y essayer sans gêner autrui.

— N’as-tu réellement gagné qu’une seule fois au Tsoro, s’enquit Laguerra au passage, ou bien as-tu fait en sorte de ne gagner qu’une seule fois pour laisser ce plaisir aux enfants du village ?

Le capitaine ne répondit rien, mais la façon dont la commissure de ses lèvres se releva brièvement lui donna toutes les informations dont elle avait besoin pour confirmer ses soupçons tandis qu’il se positionnait face à elle.

Bien que les mélodies et rythmes africains joués par les musiciens de Zimbabwe ne partageassent pas de grande ressemblance avec la musique espagnole, les deux bretteurs s’en accommodèrent facilement, parvenant à suivre la cadence croissante des ngomas battant à tout rompre. Leurs mouvements se synchronisèrent avec une aisance déconcertante, comme s’ils s’étaient livrés à cet exercice à de nombreuses reprises auparavant. Ce n’était pas le cas, mais n’importe quel observateur extérieur, si la question lui avait été posée, aurait juré du contraire.
Tandis qu’ils dansaient depuis un moment déjà, Mendoza leva le bras droit pour guider sa partenaire dans une double volte. C’est alors qu’il sentit un fulgurant éclair de douleur le traverser au niveau de sa taille. Il serra les dents, réprima une grimace, puis poursuivit ses mouvements sans s’en préoccuper davantage.

Lorsque leur danse prit fin, et qu’ils se saluèrent respectivement en haletant, fatigués mais heureux, quelques-uns des habitants de Zimbabwe les applaudirent de bon cœur pour les féliciter de leur performance.
Les yeux brillants et quelques mèches rebelles collées par la sueur sur son front, Laguerra se réhaussa légèrement sur la pointe de ses bottes pour venir déposer un très chaste mais délicat baiser sur la joue du marin, puis l’informa qu’elle allait chercher de quoi se sustenter et se rafraîchir.

Sans mot dire, Mendoza l’observa se diriger vers l’endroit où les différents mets composant le véritable festin préparé par les villageois avaient été disposés. Il attendit qu’elle se fût suffisamment éloignée pour relâcher la pression qu’il exerçait discrètement sur son flanc droit, et ne fut pas réellement surpris de constater que non seulement sa paume était enduite de sang, mais qu’en plus, sa tunique n’allait vraisemblablement pas tarder à en être maculée à son tour. La plaie qu’il portait à cet endroit s’était rouverte. Les points de suture avaient dû céder alors qu’Isabella et lui dansaient ensemble, d’où l’élancement qu’il avait ressenti tantôt. Il n’avait rien montré sur le moment, mais ne pouvait désormais plus l’ignorer.

— Par la malepeste… maugréa-t-il, passablement agacé. C’est bien le moment.

En bon loup de mer qu’il était, il avait l’habitude de s’occuper de la plupart de ses blessures lui-même, mais l’emplacement de celle-ci ne le lui permettrait pas. Il replaça sa main sur son flanc pour comprimer l’hémorragie du mieux qu’il le pouvait, et se mit en quête d’une aide extérieure.

Balayant les festivités du regard, il chercha à trouver Pedro ou Sancho parmi la foule pleine d’allégresse. Il s’attarda un instant sur Esteban, Zia et Tao, à qui les Zimbabwéens avaient déjà appris certains de leurs pas de danse traditionnels, et qui, accompagnés par d’autres jeunes gens de leur âge, s’en donnaient à cœur joie au son de l’endiablée cadence des djembés qui faisaient vibrer l’air et le sol. Bien que sa blessure le fît grimacer, le navigateur espagnol éprouva une immense fierté vis-à-vis de ses trois protégés, qui avaient décidément bien grandi depuis le début de leur aventure. Il était heureux à l’idée d’aider Tao à fonder le futur Ordre du Condor, mais Esteban et Zia allaient lui manquer.
Mendoza repéra ensuite Gaspard, toujours bruyant, qui était affairé à proposer aux meilleurs guerriers du roi Neshangwe de tenter de le battre au bras de fer. Si certains avaient quelque peu présumé de leur force, l’homme d’imposante stature qui était en train d’affronter l’ancien bras-droit de Gomez semblait donner à ce dernier davantage de fil à retordre. Autour d’eux, un petit attroupement s’était formé, et Mendoza remarqua qu’une poignée de femmes du village semblait apprécier le divertissement qui leur était proposé. L’espace d’un instant, Mendoza contempla même la possibilité d’aller flatter l’ego de son ancien antagoniste en lui partageant cette information afin que l’ex-conquistador en vienne à oublier Laguerra, mais il se ravisa, préférant laisser à la principale intéressée le soin de gérer cette situation si cela s’avérait nécessaire.

Un peu plus loin, assis à proximité du roi Neshangwe, il aperçut Pedro, qui agitait ses bras en tous sens, plein d’enthousiasme, et qui était bien trop occupé à conter il ne savait quelle histoire à Niamita pour pouvoir le remarquer. La sœur du souverain du royaume de Mutapa l’écoutait en riant. Mendoza décida de ne pas les déranger.

Enfin, il avisa Sancho, plus modéré que son comparse de toujours, installé sur une natte posée à même le sol. Tout sourire, il se délectait des plats qu’il partageait avec Zuva, l’affable femme qui s’était occupée du marin bègue après l’attaque de Zarès, et dont chaque parole, chaque geste, respirait le calme et la bonté. Dans la mesure où Zuva faisait partie des personnes chargées de veiller sur les malades et de soigner les blessés, se dit le capitaine en son for intérieur, elle ne verrait probablement pas de mal à ce qu’il demande de l’aide à son ancien second. Du coin de l’œil, le navigateur vérifia qu’Isabella se trouvât encore assez loin pour ne pas s’apercevoir immédiatement de son absence. Il prit soin de dissimuler son côté droit sous sa cape pour n’affoler personne, puis se fraya un chemin à travers les réjouissances pour rejoindre son ami. Il constata avec soulagement que ce dernier n’avait pas encore consommé d’alcool, ou du moins trop peu pour que son comportement en fût altéré.

— Eh, Sancho !
— Men-do-doza ! Tu ne pr-pro-profites p-pl-plus de la f-fête ?
— Si, bien sûr.
— Et où est La-la-gu-Laguerra ?
— Partie manger un morceau. Zuva, demanda-t-il poliment en saluant cette dernière, puis-je vous emprunter votre compagnon un instant ?
— Bien sûr, Mendoza, répondit-elle en souriant. Tant que vous me le ramenez ensuite.
— Cela va sans dire.

Sancho observa l’homme sous les ordres duquel il avait voyagé durant tant d’années, et lui trouva l’air crispé. Il pressentit que quelque chose ne tournait pas tout à fait rond, et se leva immédiatement pour le rejoindre. Tous deux s’éloignèrent en silence sous l’œil attentif de Zuva, qui prit soin de les suivre du regard et de noter la direction dans laquelle ils se dirigeaient. Lorsqu’elle les vit entrer dans la case dédiée aux soins médicaux, elle fronça légèrement les sourcils, et se mit debout à son tour.

Dans le même temps, à l’autre bout de la fête, et alors que les hommes de Zimbabwe entonnaient un chant au tempo plus lent dont naquit une ambiance presque mystique, la fille du Docteur revint vers l’endroit où elle avait laissé Mendoza. Elle avait pris avec elle deux calebasses remplies, l’une de nourriture, l’autre d’eau fraîche. Étonnée par l’inattendue absence du capitaine, elle déposa les récipients au sol en prenant soin de ne pas renverser leur contenu. À la lueur du brasier à côté duquel elle se trouvait, elle remarqua soudain qu’un de ses gants d’escrime – le gauche – était taché d’une couleur rouge sombre.

Du sang ?

Interloquée, et davantage par acquis de conscience qu’autre chose, elle vérifia malgré tout l’état de sa main pour en avoir le cœur net.

Rien. Pas même une coupure. Mais alors…

— Vous cherchez votre compagnon ? résonna une voix derrière elle.

Laguerra se retourna, et fut surprise de voir Zuva, la femme dont le marin bègue s’était épris, se tenir à ses côtés. La question qui venait de lui être posée ne semblait pas en être réellement une.

— Oui, confirma la fille du Docteur en hochant de la tête. Savez-vous où il se trouve ? Je crains qu’il ne se soit blessé, l’informa-t-elle en lui montrant son gant rougi.
— Je m’en doutais, confirma-t-elle. Il est venu trouver Sancho un peu plus tôt, et lui a demandé de l’accompagner. Je les ai vus entrer dans la case des guérisseurs… Ils n’en sont pas revenus pour le moment.
Forte de cette information, et quelque peu inquiète, la duelliste voulut rejoindre l’endroit indiqué, mais Zuva la retint par le bras.
— Attendez. Vos amis vous ont-ils rapporté ce qu’il s’est passé pendant que vous étiez en train de vous battre contre le venin qui courait dans vos veines ?
— Eh bien…je sais qu’Esteban et Zia ont pu rouvrir la porte qui menait à Chambord grâce au double médaillon que j’avais arraché du cou de Zarès. L’homme en rouge. Et qu’ensuite, Mendoza, Gaspard et Pedro ont réussi à le piéger.
Zuva acquiesça.
— En effet. Mais ils ne vous ont pas dit de quelle manière ils s’y étaient pris ?
— …Non, confirma Isabella, qui se rendit alors compte que cette partie-là de l’histoire lui avait été passée sous silence, volontairement ou non, et que, dans le feu de l’action, elle n’avait pas pris le temps de s’en enquérir.
La Zimbabwéenne pinça ses lèvres et produisit un bruit de succion exaspéré. Par certains côtés, les hommes étaient décidément tous les mêmes.
— Je m’y attendais. Suivez-moi, je vais vous expliquer.

A l’intérieur de la case des guérisseurs, et une fois mis au courant de la situation dans laquelle se trouvait son camarade de fortune, Sancho s’était approché du panier où étaient disposés des linges propres, et en prit un pour l’humidifier dans une calebasse remplie d’eau claire pendant que Mendoza, débarrassé de sa cape qu’il avait soigneusement accrochée à l’un des piliers agrémentés de torches éteintes, retirait son ceinturon, puis sa tunique, qu’il examina un instant à l’endroit où son sang l’avait souillée, avant de la laisser choir à même le sol sans plus de cérémonie. Elle aurait besoin d’être lavée de toute manière. Désormais torse nu, il chercha à examiner son flanc, mais son angle de vision ne lui permettait pas de discerner la plaie dans sa totalité.

— On p-peut d-di-dire que Za-Zar-Zarès ne t’a p-pas r-ra-raté.
— On ne l’a pas raté non plus, commenta le capitaine avec sarcasme, tout en s’asseyant sur un tabouret de bois pendant que Sancho prenait place sur une natte de raphia, afin d’être à la bonne hauteur pour nettoyer la blessure de son ami et la désinfecter au mieux à l’aide d’une outre remplie d’alcool de mil.

Le silence qui s’installa entre eux n’avait rien d’inconfortable. Depuis le temps qu’ils voyageaient ensemble, ils avaient dû se soigner les uns les autres à maintes et maintes reprises. Même s’ils n’étaient certes pas des experts en matière de médecine, leur difficile métier de marin exigeait d’eux qu’ils en connussent les rudiments. Et Sancho, tout bègue qu’il fût, avait des gestes étonnamment assurés et efficaces dans ce genre de situations.

— … Désolé de t’avoir dérangé pendant la fête, mon vieux.
— N-Ne d-dis pas de b-bêt-bêtises. C’est n-no-norma-normal.

Une fois la plaie propre, et ainsi qu’il le suspectait, Sancho confirma à Mendoza qu’il fallait la recoudre. Le navigateur indiqua à son ancien second qu’il pouvait aller se servir dans la poche arrière intérieure de son aumônière pour y trouver une aiguille et une bobine de fil solide. Le matelot s’exécuta, puis se dirigea vers l’une des torches enflammées qui éclairaient la case pour aseptiser l’instrument. Ceci fait, il revint vers son ami et se rassit au sol.

— T-tu es p-pr-prêt ?

Mendoza se redressa, serra d’abord les dents, puis les poings, et sans plus de cérémonie, hocha simplement de la tête. Il avait beau l’avoir vécu à de multiples occasions, sentir une pointe de métal brûlant passer à travers ses chairs n’avait jamais rien d’une partie de plaisir.
De longues minutes s’écoulèrent alors, pendant lesquelles Sancho s’affaira consciencieusement à refermer la blessure de son ami qui, quant à lui, fixait un point précis sur le mur qui lui faisait face afin de concentrer son attention sur autre chose que l’éprouvante sensation le traversant de part en part. Néanmoins, il ne put, et ce en dépit de toute sa volonté, complètement s’empêcher d’exprimer son inconfort à travers de sourds grognements de douleur. Dehors, la musique et les chants des habitants de Zimbabwe continuaient de résonner dans la nuit claire.

A leur insu, Zuva et Laguerra les avaient rejoints et se tenaient, silencieuses, dans l’embrasure de la case. La duelliste, stupéfiée, écarquilla les yeux et retint son souffle en constatant l’état dans lequel se trouvait Mendoza. Ses pupilles s’attardèrent sur les imposantes épaules du capitaine, et sur son dos musclé, recouverts d’ecchymoses, d’éraflures et d’hématomes. Son regard fut ensuite attiré vers le sol, où gisait le tissu sanguinolent qui avait dû servir à stériliser la plaie dont le marin bègue était en train de s’occuper.

— V-V-Voi-Voilà, finit par annoncer Sancho en passant son avant-bras sur son front pour en enlever les gouttes de transpiration qui y perlaient. C’est r-re-refer-refermé.
— Merci, dit Mendoza avec un sourire reconnaissant. Tu n’as pas perdu la main. Ce ne sera bientôt qu’une cicatrice de plus.
— Et qu’est-ce qu’une cicatrice de plus, pour un marin ? interjecta Laguerra.

Sancho et Mendoza se retournèrent brusquement, surpris, et eurent le bon goût d’afficher une mine légèrement embarrassée en se retrouvant face à leurs compagnes respectives.

— Une histoire à raconter, répondit finalement le navigateur, en lui décochant l’un de ces petits sourires en coin dont il avait le secret.

Isabella dut se faire violence pour ne pas céder à son charme insolent. Il leur fallait d’abord avoir une petite mais nécessaire discussion. Heureusement pour elle, Zuva lui vint gracieusement en aide en déposant à côté du capitaine espagnol de quoi lui faire un bandage propre. La Zimbabwéenne demanda ensuite à Sancho de l’accompagner chez elle, afin d’y chercher quelque chose. Avant de sortir, et sans qu’aucune des autres personnes présentes ne s’en rendît compte, elle ramassa discrètement la tunique souillée du capitaine et l’emporta au-dehors.
Laissés seuls, les deux bretteurs se dévisagèrent un instant.

— Comment as-tu su ? demanda Mendoza.
Pour toute réponse, Laguerra lui montra son gant d’escrime taché de sang.
— Oh. Navré.
— Aucune importance. Ce n’est qu’un accessoire qu’il suffira de laver, déclara-t-elle en retirant lesdits gants pour aller se laver les mains dans la calebasse d’eau.

La jeune femme installa ensuite un deuxième tabouret en face de celui du marin, y prit place, puis effleura du majeur les points de suture réalisés par Sancho. Elle devait admettre que c’était du beau travail. Le contact sur sa peau abîmée était infime, mais elle vit Mendoza tressaillir sous ses doigts. Elle retira immédiatement sa main.

— Je t’ai fait mal ?
— Non. Pas du tout.

Tout en tâchant d’ignorer la seule autre raison qui pouvait expliquer cette réaction, la fille du Docteur fit signe à Mendoza d’écarter ses bras, puis se saisit des bandes de tissu laissées par Zuva pour les enrouler autour du torse du marin. Il la laissa faire sans prononcer un traître mot. Songeur, ses souvenirs le ramenèrent au campement des Chaldis, où il s’était occupé de rabibocher le bandage qu’elle portait alors à son bras gauche. C’était là, au bord du plan d’eau de l’oasis, qu’il s’était risqué pour la première fois à lui faire comprendre qu’il avait envie de la voir voyager à bord du Grand Condor, avec eux – avec lui.
Il fut sorti de sa rêverie lorsque Laguerra resserra le bandage pour faire un nœud solide afin qu’il tînt fermement en place, ce qui lui arracha une grimace accompagnée d’une exclamation sonore.

— Pardon.
— Je survivrai, s’amusa-t-il à lui répondre avec facétie, parfaitement conscient qu’elle comprendrait pourquoi.

La duelliste secoua la tête tandis qu’un mince sourire vint momentanément étirer ses lèvres, mais celui-ci s’effaça presque aussi vite qu’il était apparu. Elle se rassit face à lui, et prit les larges mains du capitaine dans les siennes. Sans mot souffler, elle les contempla un instant. Puis, tandis qu’elle les caressait d’un lent mouvement circulaire de ses pouces, sa voix se fit à peine plus haute qu’un murmure.

— Zuva m’a expliqué de quelle façon vous aviez piégé Zarès, à Chambord.
Mendoza fronça les sourcils, mais demeura silencieux, car il savait déjà quelle question allait s’ensuivre.

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— Pourquoi ne m’en as-tu rien dit ?
Il soupira, et ses épaules s’affaissèrent légèrement.
— Je ne voulais pas t’inquiéter.
— C’est réussi, rétorqua-t-elle immédiatement, avec un sarcasme aussi mordant qu’à son habitude.
Le capitaine, à moitié pénitent, entreprit d’entrelacer leurs doigts.
— Il fallait bien faire quelque chose.
— Certes, mais servir d’appât et affronter Zarès, à mains nues ?! Alors qu’il portait son exosquelette ?! C’était complètement inconscient.
Il haussa les épaules avec une certaine désinvolture.
— J’ai résisté à pire que ça.
Mendoza, reprit-elle sérieusement, et la façon dont elle avait prononcé son nom le força à prendre la mesure du tourment qui la rongeait, alors qu’elle avisait du regard tous les bleus et autres écorchures qui parsemaient le corps de l’homme qu’elle aimait. Il voulait te tuer. Et il aurait pu y parvenir.
— Je sais, lui répondit-il, sincère. Mais…

Il s’interrompit, le temps d’approcher sa main droite de l’épaule de Laguerra, et de délicatement se saisir, entre le pouce et l’index, du col de sa chemise. D’un regard, il lui demanda la permission de l’abaisser. Elle opina du chef, et il dévoila la peau de la jeune femme jusqu’à pouvoir observer les marques violacées laissées par la morsure de la vipère. Il les effleura à son tour, du bout des doigts, et Isabella se sentit frémir, soudain consciente de l’intimité de l’instant qu’ils partageaient.

— … c’était la solution la plus rapide, et le temps nous était plus que compté, murmura-t-il gravement en accrochant son regard sombre à celui de l’aventurière.

La formule employée était sobre, factuelle, dénuée de fioritures grandiloquentes. Pourtant, pour l’interlocutrice du navigateur espagnol, et pour quiconque savait lire entre les lignes, cette phrase était chargée d’un implicite bien plus lourd de sens.

J’aurais tout fait pour ne pas te perdre.

Momentanément neutralisée par cet aveu à peine audible et l’ampleur de ce qu’il impliquait, Laguerra laissa Mendoza se rapprocher encore un peu plus et joindre leurs lèvres en un lent et long baiser, empreint d’une langueur mélancolique où transparaissait l’ombre, furtive mais bien réelle, de la peur qu’il avait ressentie quelques jours plus tôt en la voyant lutter pour échapper à la mort sans qu’il ne pût rien y faire.

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Il s’était senti complètement impuissant. Insupportablement inutile.

— Je t’ai entendu, tu sais, lui confia-t-elle à quelques infimes centimètres de son visage lorsqu’il s’écarta momentanément.

A son air interloqué, elle comprit qu’elle se devait d’élaborer.

— Après l’attaque de Zarès…Tu m’as demandé de rester avec toi. De ne pas m’en aller, explicita-t-elle en encadrant le visage du capitaine de ses mains. Je n’ai pas pu te répondre… Mais je t’ai entendu, Mendoza. Je t’ai entendu. Et je –

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’il l’embrassa de plus belle, enhardi par cette confidence. Laguerra sentit son sang bouillonner dans ses veines, son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine, et ne put s’empêcher de laisser s’échapper un soupir de plaisir sous la volupté féroce de leur étreinte partagée. Quelques pensées miraculeusement lucides parvinrent toutefois à se frayer un sinueux chemin jusqu’à son esprit qui commençait à s’embrumer de désir, et lui rappelèrent que le lieu et le moment étaient néanmoins mal choisis pour laisser libre cours à leurs élans amoureux.
Ainsi, et bien que ce fût à contrecœur, la duelliste se força à détacher ses lèvres de celles du marin, puis eut un petit rire pour elle-même lorsqu’il la regarda d’un air aussi étonné qu’intrigué.

— Pas ici, lui fit-elle savoir. Et pas avant que tu ne te sois complètement remis de tes blessures, précisa-t-elle d’un ton qui ne souffrait aucun appel avant qu’il ne pût formuler une quelconque objection, ce qui eut pour effet de provoquer chez lui un sourd roulement de rire.
— Tu me sous-estimes, mais soit. Avec une motivation pareille, je saurai me montrer patient, ajouta-t-il, malicieux, tout en collant son front à celui de l’aventurière.

De sa main droite, Laguerra suivit les contours marqués de sa mâchoire pour s’arrêter sur le lobe de son oreille gauche, où elle releva un minuscule détail qui lui avait échappé jusqu’alors, et qui ne manqua pas de l’interloquer.
— Ton oreille est percée.
— En effet. Et alors ?
— Je ne t’ai jamais vu arborer un anneau à l’oreille.
— Parce que cela fait longtemps que je n’en ai plus.
— Mais cela t’est déjà arrivé ?
— Évidemment, railla-t-il, puisque mon oreille est percée.

Isabella n’eut cependant pas le temps d’en apprendre davantage. Les raclements de gorge, sonores et amusés, que produisirent Sancho et Zuva en revenant dans la case des guérisseurs suffirent à les ramener à la réalité. Les deux bretteurs se remirent debout d’un même mouvement. La Zimbabwéenne s’approcha d’eux à pas mesurés.
— Tenez, Mendoza. Voici pour vous.
Dans ses mains tendues se trouvait une splendide tunique noire à col rond, légèrement ouvert sur le devant, et finement ornée de motifs africains brodés de fil d’or.
— Elle appartenait à mon frère, Tendai, précisa Zuva. Je pense que vous avez à peu près la même taille que lui.
Le capitaine hésita un instant et jeta un coup d’œil furtif à l’endroit où il avait laissé tomber sa propre tunique. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il se rendit compte de sa disparition.
— La vôtre sera lavée demain, puis vous sera rendue, l’informa la compagne de Sancho, compréhensive. Mais vous ne pouvez pas retourner dehors ainsi, ajouta-t-elle en désignant son torse bandé.
— Je vous remercie, mais…Je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse.
— Tendai aurait été heureux et fier de voir un homme de votre qualité passer cette tunique. Vous devez comprendre que ce n’est pas de l’accepter qui serait malvenu de votre part, mais bien de la refuser.

Mendoza hocha de la tête, puis se saisit du vêtement qu’on lui présentait avec gratitude. Il prit le temps de passer sa main sur le tissu sombre pour en sentir les fibres sous ses doigts, puis l’enfila avec précaution, avant de rattacher son ceinturon autour de sa taille, un cran plus lâche qu’à son habitude afin que la bande de cuir ne vînt pas appuyer trop fortement sur sa plaie fraîchement recousue. Exceptionnellement, il fit le choix de ne pas revêtir sa cape, dont le bleu profond jurerait quelque peu avec le noir de sa nouvelle tenue.
— Ça t-t-te va b-bi-bien, Mend-d-do-Mendoza.
— Merci, Sancho. Et merci à vous, Zuva. Votre geste m’honore.
— Je vous en prie. Maintenant, retournez profiter de la fête.
— Oui, et va v-voir Est-Esteb-b-Esteban. Il t-te ch-cher-cherche pa-par-partout.

Le capitaine acquiesça, et tous ressortirent de la case des guérisseurs pour rejoindre les festivités qui continuaient de battre leur plein sur des rythmes effrénés. Ainsi que Sancho l’avait annoncé, le fils d’Athanaos, flanqué de ses deux meilleurs amis, se précipita vers Mendoza dès que ce dernier entra dans son champ de vision. Arrivé face à lui, le jeune garçon parut momentanément surpris par la nouvelle apparence du capitaine espagnol, mais décida d’en faire abstraction car il avait plus urgent à annoncer.
— Mendoza ! Des garçons du village veulent nous montrer, à Tao et moi, comment se pratique le dlala 'nduku ! Tu viens voir ?
— Le dlala 'nduku, dis-tu ? Qu’est-ce que c’est que ça ?
— C’est une forme de combat, expliqua Zuva. Chaque participant est équipé de deux longs bâtons. Toute la complexité du dlala 'nduku réside dans le fait qu'il vous faut attaquer votre adversaire avec le premier des deux bâtons, et simultanément, vous défendre avec le second.

Les deux bretteurs échangèrent un regard entendu, et indiquèrent aux enfants qu’ils allaient les suivre avec plaisir. Zia emboîta le pas à Laguerra, qui remarqua que la jeune Inca ne semblait pas aussi enthousiaste que les deux garçons à l’idée de découvrir la pratique de cette forme de duel traditionnel. Isabella posa sa main sur l’épaule de l’adolescente, et d’un air connivent, lui murmura quelques mots à l’oreille. Les yeux de Zia s’élargirent sous l’effet de l’idée qui venait de lui être suggérée, et un large sourire vint éclairer son visage.

— Tu voudras t’y essayer aussi, Mendoza ? l’interrogea Esteban.
— Pas cette fois, mon garçon. Je me contenterai de vous regarder.
— Ah, je vois. Tu as peur de te faire battre ! rétorqua le fils du soleil en riant.

Le capitaine s’arrêta brusquement, l’air sévère, et l’espace d’une seconde, Esteban crut qu’il était allé trop loin. Mais contre toute attente, Mendoza finit par ébouriffer les cheveux de son protégé avec affection. Il se baissa pour que leurs visages respectifs fussent alignés, et apposa un index impérieux sur le cœur du jeune garçon.

— Je te rappelle, espèce de petit insolent, que c’est moi qui ai changé tes couches lorsque tu n’étais qu’un bébé, et que tu serais par conséquent bien avisé de faire montre d’un peu plus de respect envers tes aînés !

Les joues d’Esteban virèrent instantanément au rouge cramoisi, et tous éclatèrent de rire sous le firmament constellé d’étoiles.
Un peu plus tard, à la lumière des grandes torches disposées çà et là, et alors qu’ils observaient Esteban et Tao apprendre à pratiquer le dlala 'nduku avec un succès aussi mitigé que divertissant, Mendoza passa ses bras autour de la taille de Laguerra, qui se tenait debout devant lui. Elle sourit, et apposa ses propres mains sur celles du navigateur. D’un bref mouvement du menton vers l’avant, Mendoza désigna Zia qui s’était assise le long de la ligne délimitant la zone de combat, et qui y patientait en caressant un vieux chien venu se blottir contre elle entre-temps.

— Que lui as-tu dit, tout à l’heure ?
— Vous êtes bien curieux, capitán.
— Oui, confirma-t-il sobrement.
— Je lui ai simplement signifié qu’au moment où elle en aurait assez, il serait toujours temps pour elle de confisquer leurs bâtons aux garçons et de les pourchasser avec.

Le navigateur visualisa la scène dans son esprit, et ne put s’empêcher de rire sous cape. De son côté, l’aventurière n’avait de cesse de repenser à ce qu’elle avait décelé dans la case des guérisseurs un peu plus tôt.

— Ainsi donc, reprit Isabella en se retournant dans les bras du capitaine, tu portais une boucle d’oreille, jadis.
— Tu n’abandonnes jamais, n’est-ce pas ?
— Quelle question !
— Oui, señorita Laguerra, il fut un temps lointain où je portais un anneau d’or à l’oreille gauche, répéta-t-il. D’ailleurs, ajouta-t-il comme si l’idée venait tout juste de se faire jour dans son esprit, peut-être serait-il temps que je reprenne cette habitude.
— Pourquoi l’as-tu perdue ?
— C’est une longue histoire, l’informa-t-il simplement. Une très longue histoire.

La duelliste passa lentement ses bras autour du cou de son compagnon, et croisa ses mains derrière sa nuque tout en l’observant un moment avec attention. Elle sentait que quoi qu’elle essayât, il ne s’étendrait pas sur ce sujet ce soir. Malgré tout, elle souhaitait lui signifier qu’elle découvrirait, tôt ou tard, et ce d’une manière ou d’une autre, les réponses qu’elle désirait obtenir.

— J’ai tout mon temps, señor.

Mendoza sourit en coin, appréciateur.

— J’en prends bonne et due note.

Satisfaits, ils reportèrent de nouveau leur attention vers les enfants et profitèrent de cette nuit hors du temps, située à la croisée des chemins des uns et des autres. Mendoza ferma momentanément ses paupières, se concentra sur sa respiration. Inspira, puis expira. Lorsqu’il rouvrit les yeux et qu’il les releva en direction de la voûte céleste, il y aperçut quelques étoiles filantes.

Tout allait bien.
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I shall be telling this with a sigh
Somewhere ages and ages hence:
Two roads diverged in a wood, and I—
I took the one less traveled by,
And that has made all the difference.


"The Road Not Taken" by Robert Frost
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