Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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TEEGER59
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Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

Message par TEEGER59 »

Les prophéties de l’A’harit Hayamim.

Précédemment.

Le double médaillon qui reliait le plan terrestre au monde éthéré déposa Estéban et Zia au milieu d'une salle heptagonale, cernée de sept téléporteurs, appelés les portes des Anciens.
En sortant de cette pièce, ils se retrouvèrent sur le promontoire d'une grande pyramide à degrés. Devant eux se dressait Agartha, un royaume où la violence n'existait pas et la paix régnait partout, fièrement érigé au centre du monde du même nom.

1.PNG

Les yeux fixés sur l'horizon, les Élus se tenaient la main. Les cités d'or qu'ils avaient cherchées aux quatre coins du globe se trouvaient toutes en ce même lieu, crevant le ciel de leur majesté. Autour d'elles s'étalaient de verdoyantes vallées aux flancs couronnés de fleurs odoriférantes, de pommiers, de cerisiers et de pêchers chargés de fruits juteux. L'endroit semblait béni par une grâce, une quiétude toutes particulières. Sur ce plan prédominaient les belles saisons, la maîtrise du temps était l'un des pouvoirs majeurs des sept sages de Mu et d'Atlantide.
L'un d'eux, justement, se tenait derrière eux. Il les attendait.
Ici, le naacal de Sûndagatt n'avait rien d'une lumino-projection. C'était un homme de chair et de sang qui les accueillit d'un sourire. Sans prononcer un seul mot, il les invita à le suivre, d'un geste de la main.
En sa présence, les enfants se sentirent immédiatement en confiance. Le patriarche avait le visage altier, marqué d'idéogrammes allant des tempes aux joues. Selon les nuances de la lumière, son regard se révélait tantôt bleu, tantôt vert. Une chevelure abondante tombait librement sur ses épaules, d'un blanc nuageux. Une barbe à l'identique couronnait sa longue robe couleur azur, au-dessus de sandales de même teinte. Un large bandeau ceignait sa taille et un collier de perles reposait sur sa poitrine.
Il s'engagea dans l'escalier.
Les deux âmes pures s'élancèrent dans sa direction avant de stopper net. En contrebas, les six autres sages, dont la princesse Rana'Ori, tout sourire, les attendaient.
Estéban offrit sa main à Zia. Ils se mirent à dévaler les marches, riant à gorge déployée pour les rejoindre...

CHAPITRE 1. Le repos du guerrier.

Suite au départ express des Élus, leur mystérieuse disparition représentant une surprise de plus pour les personnes présentes, le roi du Grand Zimbabwe sortit de l'enceinte du village afin de rejoindre le jeune naacal et les cinq Espagnols. Tandis que le soleil de l'après-midi paressait dans le ciel de Mutapa, il demanda:
Nesh: Où sont donc passés Estéban et Zia?
:Tao: : Partis, votre Altesse! Mais ils reviendront bientôt...
Nesh: Ah! Dommage... Mes amis, ce soir, on va manger sur le pouce mais dès qu'ils seront de retour, on préparera un petit festin, foi de Neshangwe! En attendant, sachez que vous êtes ici chez vous!
Se frottant les mains, Gaspard s'enquit:
:Gaspard: : Alors votre Altesse, il y a quoi au menu?
Encore irrité du fait que le militaire ait osé tenter sa chance avec la princesse Nyamita, Pedro railla:
:Pedro: : Pour toi, gros lourdaud, probablement du gombo... Ta bedaine te fait ressembler à une baleine!
Le rire de Mendoza accompagna ces mots tandis que Gaspard rétorqua:
:Gaspard: : N'importe quoi! J'ai un physique avantageux, c'est tout. De toute manière, on ne peut pas attendre d'un chimpanzé qu'il comprenne les normes humaines.
À chaque fois que le militaire s'adressait à l'homme au foulard vert, sa bouche se plissait comme s'il venait d'avaler une gorgée de vinaigre.
Alors que Mendoza retint un sarcasme à l'encontre de Gaspard, il entrevit le pli amer que masqua aussitôt son lieutenant. Ce dernier ne s'interdisant pourtant pas de répondre à ce genre de piques, riposta:
:Pedro: : C'est sûr que si t'avais été un chimpanzé, grosse baudruche, on t'aurait abandonné dans la forêt à la naissance!
:Gaspard: : Face de singe!
:Pedro: : Baleine!
:Gaspard: : Face de singe!
:Pedro: : Baleine...
Le Catalan se refusa d'intervenir, par respect pour son ami. Il était bien conscient que le matelot ne verrait pas d'un bon œil qu'il parle à sa place, même pour le défendre.
Naïa, la jeune femme qui s'était occupée de soigner Sancho, venait d'apparaître.
Naïa: Kusuwa* Laguerra, vanababa*, c'est prêt!
Cette annonce coupa court aux puérilités entre les deux hommes.
Elle désigna d'un large geste les victuailles posées à même le sol au centre du village.
Les étrangers vinrent s'installer parmi les autochtones. Tout en étanchant volontiers leur soif avec le chibuku* et en dégustant quelques manshonja*, tout le monde contempla le coucher de soleil.
Neshangwe avait posé devant lui une boîte oblongue en bois clair, finement ciselée de motifs décoratifs. Cette dernière contenait sa réserve de tabac. En l'ouvrant, une odeur résineuse, entêtante jaillit du couvercle. En un tour de main, il se confectionna un bâtonnet conique et l'alluma. Il inhala une large bouffée, la gardant dans ses poumons de longues secondes, avant de la relâcher dans un soupir d'aise. Il finit par tendre le cône à son voisin. À son tour, ce dernier tira dessus avidement.
Mendoza refusa poliment car il se méfiait de ces effets-là. Comme lui, Isabella préférait s'en tenir à l'alcool.
Le bâtonnet terminé, les convives attaquèrent franchement le repas, piochant ça et là. Sancho, ayant désormais compris pourquoi les peuples d'Afrique utilisaient uniquement la main droite pour se nourrir, se servit largement tout en entamant une discussion à bâtons rompus avec son complice de toujours. Autour d'eux, un brouhaha bon enfant s'était établi tandis que les conversations bruissaient, ponctuées par les rires et les exclamations enjouées. Les récipients contenant le chibiku furent vite expédiés. Naïa et Nyamita allèrent en chercher d'autres.
Juan décida de ne pas se restreindre. Pour l'heure, il ne songeait plus aux Élus, ou à Ambrosius, juste à se détendre...

☼☼☼

Tout le monde finit de manger, à l'exception des deux gloutons qui entamèrent leur quatrième portion sous le regard désapprobateur de leur compagne.
Mendoza se sentait un peu bizarre. Une page venait de se tourner et un nouveau chapitre allait commencer.
La soirée se poursuivit tandis que la lune établissait son règne dans le ciel étoilé.
Tao caressait les plumes de Pichu en observant les agissements de Gaspard. Totalement éméché, ce dernier entreprit de monter sur une pièce d'orichalque inutilisée afin de pousser la chansonnette. Une chanson à boire, bien évidemment. Toutefois, au moment où il posait un pied sur la structure, le rondin de bois sur lequel il se tenait bascula sur le côté, entraînant le corpulent capitaine d'armée à terre.
Il chanta, certes, mais affalé sur le sol. Les paroles étaient confuses, mâchonnées, voire absconses, mais cela n'avait aucune importance car hormis le jeune savant, personne ne l'écoutait.
Neshangwe hésitait entre prendre une bouffée de tabac et boire une gorgée de chibuku. Il finit par faire les deux.
Pedro était toujours occupé à discuter avec Sancho, ce dernier grommelant car il cherchait sa barretina* que Naïa avait dissimulée sous un mbira* posé au sol.
Mendoza avait la tête qui lui tournait un peu. Il se rendait compte qu'il avait finalement abusé de l'alcool, mais il se sentait bien, presque euphorique. Après tout, la quête des enfants était finie, la fin du monde repoussée à une date ultérieure. Il n'était plus "en mission" mais bel et bien maître de sa nouvelle vie. Une existence à partager avec Isabella. Il avait toujours du mal à s'habituer à ce concept. Aucun danger ne le menaçait, aussi il estimait avoir bien le droit de relâcher un peu la pression. Il savait que de toute manière, le sommeil annulerait une bonne part de son alcoolémie durant la nuit.
Chacun avait bu et mangé à satiété. La digestion déroula son manteau sournois, faisant somnoler l'assistance.
Laguerra n'échappa pas à la règle.
:Laguerra: : Je suis si lasse. J'ai besoin de m'allonger un peu.
La jeune femme était repue et la fatigue finit par la prendre. Pas question de tirer sur la corde.
Elle prit congé de ses hôtes, eux-mêmes dans un état de forme pour le moins approximatif, gagnant la case qu'on lui avait assignée.
Mendoza se leva à son tour.
Feignant de ne pas voir le regard goguenard de ses deux lieutenants, le capitaine avait cependant pris le temps d'échanger quelques mots avec eux mais sans s'attarder, car il n'avait nulle envie de délaisser sa compagne trop longtemps.

2.PNG

Il la rattrapa avant qu'elle ne franchisse le seuil de la hutte.
:Mendoza: : Laguerra! Attends!
Elle fit volte-face.
Le Yeoman se planta devant elle. Baissant imperceptiblement la manche gauche de la chemise couleur lait, il parcourut du bout des doigts la peau satinée de l'aventurière qui frémit sous ce geste emprunt de douceur. Il lui sourit et demanda:
:Mendoza: : Comment va ton bras? La morsure ne te lance pas trop?
:Laguerra: : Du tout! Les soins de Li Shuang ont fait des miracles. Je ne sens presque plus rien. Et toi? Tu as toujours mal au crâne?
Isabella leva sa main fine et caressa sa joue.
:Mendoza: : Un peu... Mais je mets plutôt cet état sur le compte de la boisson et de la fatigue...
Un sourire, encore. Et ces yeux, noirs comme du charbon, si durs habituellement, qui la contemplaient avec une douceur qui la faisait fondre.
:Laguerra: : Veux-tu dormir ici?
:Mendoza: : Euh...
:Laguerra: : Je ne te propose pas de partager ma couche, capitaine, ne fais pas cette tête-là. De plus, blessé comme tu l'as été après l'éboulement et la correction infligée par Zarès, je pense que tu n'es pas apte à la bagatelle. Donc inutile que je gaspille mon énergie pour tenter quoi que ce soit.
:Mendoza: : Ça, tu n'en sais rien, Laguerra.
:Laguerra: : J'adore que tu m'appelles Laguerra, il n'y a que toi à le faire de cette manière. Chaque fois que tu le prononces, c'est comme une caresse pour moi.
:Mendoza: : Eh bien, Laguerra, je vais tâcher de te donner du "Laguerra" à profusion... Qu'en penses-tu, Laguerra?
Elle lui donna un coup de poing dans l'épaule:
:Laguerra: : Idiot!
Ils échangèrent un long regard. Ils se tenaient au bord de la ligne. Cette ligne tracée entre eux, tissée par la séduction et l'attirance. Cette nuit, ils pouvaient la franchir d'un commun accord, et concrétiser ce désir qui les harcelait, plonger ainsi dans l'amour et la passion. Ou bien continuer encore un peu de flirter avec cette frontière, de l'approcher, le plus possible, sans la dépasser. Du moins pas encore. Car ils le savaient tous les deux. Le mercenaire et l'aventurière allaient se donner l'un à l'autre, cela couvait entre eux depuis trop longtemps, avec trop d'élan pour ne pas se réaliser.
Toutefois, sans se le formuler vraiment, ils désiraient tous deux prolonger la danse de cette séduction complice, ce chassé-croisé, cette chasse amoureuse. L'un comme l'autre préféraient cette option, pour des raisons différentes mais tout aussi légitimes. Peut-être avaient-ils peur, s'ils franchissaient le pas, de découvrir que l'être désiré n'était pas si parfait que cela, contrairement aux apparences, ou bien inversement de ne pas être à la hauteur de l'idéal de l'autre, ce qui n'était pas un sort plus enviable.
:Laguerra: : Bien, c'est décidé, tu entres. Après tout, ce ne sera pas la première fois que nous dormirons sous le même toit.

☼☼☼

Lorsque la jeune femme s'éclipsa dans la seconde pièce après lui avoir souhaité une bonne nuit, l'Espagnol se dévêtit, et, juste avant de se coucher, prit le temps d'installer sa paillasse sous la fenêtre. Mendoza avait toujours préféré dormir au grand air.
À présent allongé, il songea au souhait non formulé de Tao auquel il s'était empressé de dire oui. Patala était vaste, calme. On devait y mener une vie simple, agréable et saine. Toutefois, lui qui avait toujours vécu par les armes, porté par le vent de l'aventure, au cœur du danger, saurait-il s'accommoder d'une existence si paisible?
Comment vivre de sa lame, sans pour autant dépendre d'un seigneur? Hormis le travail de mercenaire ou bien devenir maître d'armes à son compte, il ne voyait pas.
En attendant de se forger un avenir en Inde, passer quelques jours chez les Shonas ne lui ferait pas de mal, au contraire. Et ce serait une bonne manière de se vider la tête, de digérer le départ et, en quelque sorte, le triomphe d'Ambrosius. Le Catalan fulminait encore de savoir l'alchimiste libre comme l'air.
:Mendoza: : Et si je m'installais là-bas? J'ai bien assez d'argent de côté pour pouvoir y vivre quelque temps sans ne rien faire. Et puis, aucun risque que nous croisions une nouvelle fois Zarès dans cette partie du globe...
Il s'endormit sur cette pensée bien naïve.
De son côté, après avoir rafraîchi son visage et peigné sa chevelure, Isabella alla se mettre au lit, inquiète. La menace latente qui planait sur eux et plus particulièrement sur celui qu'elle considérait comme son homme occultait son désir pour lui. L'impunité de l'alchimiste la faisait rager et elle pressentait... non, elle savait qu'il n'en resterait sûrement pas là.
La soirée avait si bien débuté, pourtant. Cette fête, quel rêve enfin comblé, quelle réalité romantique! Quel beau couple Mendoza et elle avaient dû former en dansant, portés par la musique!
Sûr que Gaspard, encore relativement sobre à ce moment-là, qui désapprouvait totalement la relation- quelle qu'elle soit- qui unissait la señorita au capitaine, allait en faire une crise de jalousie! Tant pis pour lui! Ce dernier, d'ailleurs, s'était approché d'elle pour lâcher un sous-entendu sur le fait qu'il ne voyait pas d'un bon œil les rapports d'intimité qu'il constatait entre les deux bretteurs. Isabella lui avait ri au nez.
En dépit de son envie pour le beau marin, en attente depuis quelques semaines, la fille du docteur n'était plus aussi pressée qu'avant de découvrir Mendoza comme amant, de se livrer à lui, toute sa passion libérée. Elle voyait bien l'attirance qu'il maîtrisait mais qu'il n'étouffait pas pour autant. Les barrières avaient sauté entre eux, depuis Kûmlar. La froideur que le Catalan avait affichée à son égard juste avant leur premier baiser dans la quatrième cité n'était plus qu'un mauvais souvenir. Rien que cela représentait une insigne récompense. Leurs rapports étaient éclairés par le respect, déjà, et celui-ci n'était nullement un frein à quelque chose d'encore plus intime qui représentait pour Isabella une passerelle vers le merveilleux. Elle en tirait une sérénité qui la surprenait.
Elle cessa de songer aux potentialités de sa relation avec l'homme à la cape bleue pour se concentrer sur des pensées nettement moins agréables. Elle avait retenu parmi les élucubrations d'Ambrosius, un point qui l'interpellait avec force: l'alchimiste avait parlé de vie éternelle. Pourquoi? Qu'avait-il voulu dire? Comment le découvrir?
Songeant à divers moyens d'arriver à ses fins, elle finit par fermer les paupières...

☼☼☼

Dans la pièce où dormait Mendoza, le feu finit par livrer ses dernières braises. Le mercenaire était allongé sur sa couche, nu sous sa cape. L'étoffe avait glissé pendant son sommeil, dévoilant le creux de sa hanche, la longueur musclée de sa jambe. Dans les bras de Morphée, il arborait un visage de jeune homme, baigné par la lumière lunaire qui filtrait par la fenêtre. Cet abandon manifeste réveilla la tendresse de Laguerra, qui le regardait du seuil de sa chambre. Nue elle aussi, dans l'ombre.
Laissée à elle-même, incapable de trouver le repos, elle avait tourné en rond. Excitée par la perspective d'œuvrer de concert avec Mendoza, rien qu'eux deux face au danger, alliés, complices. Et frustrée de le côtoyer sans pouvoir encore se livrer à lui comme elle brûlait de le faire.
La jeune femme avait d'autre responsabilités, occultes, qu'elle ne pouvait dévoiler à l'homme qu'elle aimait. Mais rien d'autre que lui ne comptait désormais à ses yeux. L'espoir était né, de plus en plus vif, de voir leur relation évoluer dans le bon sens.
Elle avait souhaité bonne nuit au capitaine en veillant à ne pas l'approcher, sans la moindre invite dans la voix. Il l'avait salué à son tour, d'un sourire serein.
Isabella avait tenu une demi-heure avant de revenir dans la pièce principale. Tant pis, elle voulait se jeter dans ses bras, le dévorer de baisers, le dévorer de son désir. C'est lorsqu'elle l'avait aperçu, livré au sommeil, si beau, si apaisé... Elle n'avait plus osé bouger.
L'aventurière resta ainsi, immobile, secrète.

À suivre...

*
*Kusuwa: Langue Shona, l'équivalent de señorita en Espagnol.
*Vanababa: messieurs.
*Chibiku: Boisson alcoolisée qui a l'aspect du chocolat chaud, la consistance du gruau et un goût douceâtre trompeur. On la sert dans des récipients que les consommateurs se passent de main en main.
*Manshonja, ou ver mopane: Chenilles comestibles riches en protéines. Leur goût est semblable aux feuilles de thé.
*Barretina: Bonnet rouge traditionnel des Catalans.
* Mbira: Instrument de musique idiophone.
Dernière modification par TEEGER59 le 26 mars 2021, 15:59, modifié 6 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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manonallemende
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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4.

Message par manonallemende »

Très bon Chapitre Juju ! Hâte de voir la suite :x-):
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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4.

Message par Este »

Bravo !! J'ai hâte pour la suite !!
Saison 1 : 18/20 :D
Saison 2 : 13/20 :roll:
Saison 3 : 19/20 :-@ :-@ :-@
Saison 4 : 20/20 :-@ :-@ :-@ :-@ :-@

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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

Message par IsaGuerra »

Très bon début !
Comme d'hab' tu lances bien les "hostilités". Rendez-vous au chapitre 2 ^^
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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

Message par Le Flamand »

À l'instar de celles et ceux qui auront lu tes lignes, je ne peux que m'incliner. Comme d'habitude, la qualité narrative et orthographique de ton récit est sans conteste excellente.
Bref, j'a-dore !
MCO1 : 17,5/20
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TEEGER59
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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

Message par TEEGER59 »

Suite.

CHAPITRE 2. J'attendrai... Car l'oiseau qui s'enfuit vient chercher l'oubli dans son nid.

Mendoza s'éveilla tôt, instantanément lucide, comme il en avait l'habitude. Il avait passé une nuit parfaite, même s'il sentait que le chibiku de la veille alourdissait légèrement les contours de son esprit.
Isabella, qui avait revêtu sa chemise blanche, était en face de lui, blottie à même le sol, encore profondément assoupie. Son visage nacré était nimbé d'une innocence dévoilée malgré elle, touchante, enfouie d'ordinaire sous le poids des responsabilités, des tracas, sous le masque sauvage, indépendant, sous l'esclavage du pouvoir de Charles Quint.
L'Espagnol se leva, laissant tomber sa couverture, et s'habilla. Il vint ensuite la soulever doucement, tout doucement, pour ne pas l'éveiller. À bout de bras, il la ramena dans son lit, la coucha et rajusta une mèche soyeuse qui masquait sa paupière.
:Mendoza: : Tu es si loin, Morgane, et tu fais partie du passé, tandis que Laguerra est là, elle incarne le présent...
Il contempla la belle endormie quelques longues minutes et finit par sortir de la hutte d'un pas feutré. Dehors, il n'y avait aucun bruit.
Il sortit du village et descendit la pente qui menait à une prairie miombo. L'humidité du petit matin avivait les odeurs d'humus de la savane boisée. S'engageant sur une piste, l'Espagnol partit à petites foulées. Il courut une heure, alternant plusieurs changements d'allure, jusqu'à se sentir totalement lavé des toxines de la soirée. Il termina son trajet en longeant la rivière Mutirikwi. Face au cours d'eau, il ne put s'empêcher de se dévêtir et de plonger. L'onde fraîche le saisit. Il se mit à nager, de plus en plus vigoureusement, l'esprit clair et l'humeur légère.
Mendoza finit par rejoindre la rive. Il se sécha avec sa tunique et remonta torse nu vers le village.
Au moment où il arrivait dans l'enceinte, Pedro sortait de sa case pour aller se poster devant une autre. Il semblait gonflé à bloc, sans trace d'excès de la veille. D'une voix à faire trembler les montagnes, chose inhabituelle pour un homme comme lui, il éructa:
:Pedro: : Debout, Gaspard! C'est l'heure!
De la fenêtre, un grognement fusa, quelque peu éraillé:
:Gaspard: : Va brûler en enfer, le singe!
Le marin se mit à glousser:
:Pedro: : J'adore le faire rager, ce vieux Gaspard...
:Mendoza: : Je constate que si je disparaissais, la relève serait assurée...
:Pedro: : Oh! Bien le bonjour, Mendoza... Si tu as faim, il y a de quoi à l'intérieur.
Le capitaine avait l'estomac dans les talons. Il s'empressa de rejoindre la hutte faisant office de cuisine, où se trouvaient Tao, Nyamita, Sancho et Naïa. Laguerra ne se trouvait pas avec eux. Probablement devait-elle encore dormir, éreintée comme elle l'était.
Les Shonas aimaient l'ordre, c'était là une part de leur légende. Les habitants du Grand Zimbabwe ne faisaient pas exception à la règle. Les femmes du village avaient débarrassé les restes du dîner, fait la vaisselle, préparé la nshima, une bouillie à base de farine de maïs à consommer avec du lait, et cuit le mupotohayi, une forme de pain populaire dans le pays. Elles avaient ajouté une baratte de beurre, un gros pot de miel, ainsi qu'un plat de fromage et un autre de fruits découpés en lamelles. Telle était leur conception d'un petit déjeuner décent.
Tout en dégustant une tartine, le naacal s'était plongé dans un livre, le traité d'astronomie emprunté dans la bibliothèque du palais. Le bègue était emmitouflé dans une couverture, un bol de lait de chèvre devant lui, le regard brouillé de fatigue. Mendoza vit pourtant dans ses prunelles une sérénité indéniable. Ici, le gros marin avait réellement trouvé son équilibre, cela ne faisait aucun doute.

☼☼☼

La princesse Rana'Ori avait délaissé ses naacals le temps d'un entretien privé avec les Élus. Estéban et Zia venaient de rejoindre la grande terrasse où allait très certainement se dérouler l'entrevue.
La dernière héritière de Mu avait revêtu pour l'occasion une robe de brocart en vieil or qui mettait en valeur la blondeur de ses cheveux et faisant d'autant plus ressortir le jaune de ses iris.

3.PNG

Il émanait d'elle un léger parfum de chèvrefeuille qui titillait agréablement les narines du jeune Espagnol.
La première chose dont ce dernier se rendit compte était la présence du soleil et de la lune. Sans doute le monde d'Agartha et le Plan Terrestre étaient-ils placés sur le même axe planétaire.
La terrasse sur laquelle tous trois se trouvaient surmontait un pic plongeant directement au-dessus d'un lac. L'eau transparente laissait entrevoir la cité de Sûndagatt, au fond. Tout en marbre doré, elle s'avérait encore plus vaste que celle de la pyramide par laquelle on accédait au royaume. Agartha ne comptait pas moins de sept terrasses, dont trois orientées sur la cité sous-marine.
Côté palais, sur toute la longueur, était dressé un alignement de buffets. Au bout de la terrasse, étalée sur la largeur, une série de tables rondes et de canapés pouvaient accueillir un grand nombre de convives.
Côté lac, le belvédère s'ouvrait sur une série de passerelles qui conduisaient à des nacelles à ciel ouvert suspendues par un réseau de câbles invisibles au-dessus du plan d'eau, comme autant d'alcôves réservées aux humeurs poétiques.
Sur l'autre largeur, un escalier nacré menait à un palier supérieur sur lequel on avait bâti une rotonde en orichalque. Cet endroit surélevé était réservé à la princesse et à ceux qu'elle recevait dans l'intimité.
Ayant analysé les lieux, Estéban se concentra sur Rana'Ori. Tel un phare au milieu de la nuit, sa chevelure d'or encadrant son visage telle la crinière de son lion, la princesse étincelait de charisme. Hormis le double médaillon reposant sur sa poitrine, elle n'avait nul besoin d'artifices, sa simple présence sur l'immense balcon éclipsait le reste.
Les Élus traversèrent le promontoire d'un pas confiant. À peine avaient-ils salué l'héritière que celle-ci annonça:
Rana'Ori: Venez les enfants, il est temps que nous parlions.
Sans attendre de réponse, elle se dirigea vers l'escalier nacré. Estéban et Zia suivirent ses pas. Elle les mena jusqu'à son sanctuaire, la rotonde ouverte côté lac. L'opacité des baies en orichalque offrait à la princesse une intimité parfaite. De l'intérieur, en revanche, les deux jeunes gens constatèrent qu'on voyait parfaitement ce qui se passait en contrebas.
Le trio venaient d'entrer dans une pièce ronde, très lumineuse, meublée de canapés confortables et de tables basses.
Le lion de Rana'Ori attendait là. Sa maîtresse lui fit:
Rana'Ori: 'Aslan, pas bouger!
Puis elle s'assit dans l'un des canapés, invitant les deux cœurs purs à s'installer en face d'elle.
Rana'Ori: Votre première incursion dans le royaume fut de courte durée, les enfants. Elle a surpris Skagg, le naacal de Sûndagatt. Il a été dépité de vous voir partir si vite. Or, j'imagine que vous aviez une bonne raison... Mais j'y pense! Vous n'êtes pas venus avec votre naacal?
:Zia: : Non, Votre Majesté. J'ai supposé que seuls les porteurs des deux médaillons du soleil pouvaient se rendre ici. Nous avons laissé Tao et nos amis à Zimbabwe.
Rana'Ori: Eh bien sachez que ce royaume est semblable aux cités d'or. Il est accessible à tous pourvu qu'on ne se présente pas la bave aux lèvres et les armes brandies. Vos amis auraient été les bienvenus! Sauf ce nain à la chevelure rousse, bien évidemment! Par deux fois, ce nabot a violé les préceptes de Mu en volant la matrice d'orichalque à Badalom et profané ma tombe pour se saisir du double médaillon à Kûmlar...
Il existait différents types de portails. Ceux à grand flux, capable de téléporter simultanément un groupe d'individus, et ceux à faible flux, moins repérables, qui ne laissaient passer qu'une ou deux personnes à la fois. Rana'Ori tenta d'expliquer le pourquoi de ces différences aux Élus, mais ces derniers n'en avaient retiré qu'une migraine intense. Il y avait des portails à destination fixe; un point de départ, un point d'arrivée; offrant la possibilité d'aller-retour. Agartha disposait ainsi de sept arches pour se rendre dans chaque cité sur terre.
On pouvait en outre prendre en compte les portails à aller ou retour simple, comme celui qu'avaient emprunté les Français et les Shonas pour passer du royaume de France à celui de Mutapa.
Un pratiquant des arts étranges confirmé, tel un alchimiste, pour sa part, pouvait créer une arche par la seule force de sa volonté, s'il disposait d'une couronne provenant de Sûndagatt. Il lui suffisait de s'être accordé au point de départ et au point d'arrivée, de les mémoriser en somme, comme seul un magicien savait le faire. Néanmoins, il lui était impossible de se téléporter dans un endroit qu'il n'avait jamais vu.
En revanche, un non-pratiquant, comme Estéban, devait pour sa part disposer d'une arche de transfert; point fixe; et des deux médaillons; points mobiles.
Changeant de sujet, la princesse reprit:
Rana'Ori: Estéban, j'ai bien connu ton père, figure-toi. Athanaos était l'un des meilleurs gardiens de Tseila. J'ai maintes fois eu affaire à lui par plans interposés. À force de nous côtoyer, j'ose dire qu'en quelque sorte nous étions devenus des amis... Et une princesse, crois-moi, ça n'en a que peu. Son accident suite aux radiations du Grand Héritage fut une grande perte pour moi.
:Esteban: : Il est guéri, à présent! Grâce au savoir contenu dans la pyramide de Mu.
Rana'Ori: J'en suis ravie. Mais nous en parlerons plus tard si tu veux.
Estéban opina. La princesse, décidément, lui plaisait de plus en plus. Cette dernière se pencha pour leur servir à boire puis s'adossa confortablement au fond de son canapé.
Rana'Ori: Mon père, le Grand Empereur de la terre de Mu, bien avant la fin tragique de son peuple, fit bâtir ce royaume avec leur sueur et leur sang. À sa mort, j'ai stabilisé cet empire malgré la guerre qui nous opposait aux Atlantes, et j'ai suffisamment apporté de bienfaits à mes sujets pour les rendre heureux de mon règne.
:Zia: : Où sommes-nous exactement? Toujours sur la Terre?
Rana'Ori: Non, Zia. Ici, c'est un univers parallèle. Le monde tel que vous le connaissez est né d'un noyau, l'univers primordial, qui est le centre de quelques deux mille milliards de galaxies. Il y a douze mille ans, sur Terre, le seul objet céleste connu pour abriter la vie, la sempiternelle guerre opposant l'empire de Mu au royaume des Atlantes faisait rage.
Captivée par le récit, l'Inca se garda bien de l'interrompre une seconde fois. Pourtant, elle brûlait de savoir quelle était la raison qui avait poussé ces deux grands peuples à s'entre-déchirer.
Rana'Ori: Après les grandes guerres qui avaient vu la mort de centaines de milliers de guerriers, sans qu'aucun des deux camps ne prenne l'avantage, la lutte entre les deux grandes puissances se fit plus feutrée. Elle n'en était pas moins acharnée.
L'enjeu était rien de moins que la suprématie du monde. Car celui qui contrôlerait la Terre, et par conséquent notre Galaxie; également appelée Voie Lactée; obtiendrait la domination des autres. En effet, afin de s'assurer son existence, chaque galaxie extrayait sa subsistance de sa propre Pierre-de-vie, accordée sur celle de la Voie Lactée. Contrôler le flux de la Pierre-de-vie originelle permettrait de contrôler toutes les autres. Sur la Terre, diverses races humaines revendiquaient l'indépendance du monde. Liées à la défense de la planète par un pacte d'assistance, sept cités symbolisaient cette indépendance. Elles étaient prêtes à se mobiliser et à se battre farouchement pour la conserver. Tseila, Badalom, Sûndagatt, Kûmlar, Ophir, Orunigi et la cité bouclier de Chambord. Regroupées sous le nom d'Alliance, elles acceptèrent l'établissement de Mu et d'Atlantide, sans se douter que les deux puissances s'ingénieraient avec acharnement à conquérir leurs terres.
Estéban n'y tenait plus et fut celui qui posa la question:
:Esteban: : J'aimerai savoir pourquoi? Quelle était la raison de ce conflit? À Tseila, juste avant que Zia et moi ouvrions les portes de la première cité, mon père fut incapable de nous dire comment ces deux peuples en étaient arrivés là. Connaissez-vous la raison exacte, princesse?
Rana'Ori: En effet, jeune Élu. La guerre a éclaté à cause d'un amour interdit.
:Esteban: : Un amour interdit?
Rana'Ori opina.
Rana'Ori: Oui, Estéban. Moi, la dernière princesse du Mu, suis tombée amoureuse d'un soldat Atlante... Il s'appelait Tyrias... Il était le fils du général Ménator.
:Esteban: : Tyrias?!? Ménator?!? Mais...
Rana'Ori: Celui-ci désapprouva notre relation et tenta de plonger son fils dans le Grand Sommeil afin de nous séparer. Comme Tyrias refusa de lui obéir, Ménator le fit emmener de force. Je ne l'ai jamais revu. Gouverné par son orgueil, aveuglé par son rang suprême et voyant dans cette relation contre-nature un prétexte pour déclencher les hostilités, le général fit usage de l'arme solaire avant de rejoindre, lui aussi, son sarcophage. Ainsi disparurent deux grandes nations. Seulement, Ménator savait qu'il reviendrait. Voilà, vous savez tout.
Rana'Ori se tut enfin. Les Élus restèrent silencieux. La solitude qui émanait soudain de l'héritière était criante pour Zia. Celle-ci se leva, se rapprocha de son aïeule, passa un bras autour de ses épaules et la serra contre elle. La princesse aurait repoussé ce genre de familiarité avec tout autre personne, mais elle se révélait incapable de le faire avec une enfant. Et surtout avec la dernière représentante de Mu, ayant le même sang coulant dans ses veines.

☼☼☼

Dans la matinée, accompagné du roi, le capitaine fit le tour de la vallée à pied. La région devait une grande partie de sa beauté intacte grâce à l'absence d'éléphants, et celle des prédateurs créait un cadre idéal afin d'aller flâner.
Ils rentrèrent manger une savoureuse omelette d’œuf d’autruche.
Après le repas, Gaspard fut embauché par les forgerons pour façonner des manilles. Tao se retira dans sa daga* pour continuer à lire. Neshangwe, de son côté, fuma un bâtonnet de fumée puis alla faire la sieste.
Livré à lui-même, Mendoza décida d'apporter sa maigre contribution à la bonne marche du village. Il se dirigea vers le tas de bois érigé contre la muraille du grand enclos.
Torse nu, le marin fendait des bûches d'un mètre de long. Sa musculature saillante ondoyait sous l'effort. Il ne tarda pas à se rendre compte qu'il appréciait réellement cette activité. Il prit vite le pli et ne faisait plus qu'un avec son merlin, focalisé sur le geste parfait à accomplir pour fendre le bois en une seule frappe. Il découpait rondin après rondin, vidé de toute pensée. Le défoulement physique, l'odeur entêtante du bois, le tas de bûches qui grossissait à vue d'œil, cette somme d'efforts se révélait profondément délassante pour son esprit en ébullition.
Laguerra déboucha dans la cour, au pas. Le bretteur lui tournait le dos. Concentré sur sa tâche, il ne l'entendit pas arriver. L'aventurière était vêtue de sa tenue habituelle, sa rapière et son fouet battant de part et d'autre sur ses hanches.
En apercevant le Catalan, ses grands yeux s'agrandirent tandis qu'un franc sourire étira ses lèvres charnues, dévoilant les fossettes de ses joues.
Isabella se rapprocha d'un pas souple, énergique. Elle resta un temps à l'admirer dans l'effort, spectacle qui ne semblait pas la laisser insensible.

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Elle finit par l'apostropher:
:Laguerra: : Te voilà devenu bûcheron, Mendoza?
D'une œillade appréciatrice, la jeune femme ajouta:
:Laguerra: : Tu sais qu'ainsi tu es un vrai fantasme? L'homme viril dans toute sa splendeur!
Il se retourna vers elle:
:Mendoza: : Laguerra! Heureux de te voir enfin!
Et c'était la stricte vérité. L'apparition de la jolie brune lui causait une joie soudaine.
Elle se rangea devant lui et, sans avertissement, lui donna un coup de poing dans l'épaule.
:Laguerra: : Bougre de capitaine de malheur, tu aurais pu me réveiller afin de me dire où tu allais, ce matin! Figure-toi que je me suis fait un sang d'encre à ton sujet!
:Mendoza: : Ah... euh... oui. Désolé. Mais tu semblais si fatiguée hier que je n'ai pas voulu te déranger. As-tu bien dormi?
:Laguerra: : Oui. D'ailleurs, merci de m'avoir remise au lit... Hé! N'essaye pas de changer de sujet!
:Mendoza: : Je te prie de m'excuser, mais vu ce qui m'est arrivé récemment, l'affrontement avec Zarès, sa libération, l'absence de Zia et d'Estéban, j'ai un peu de mal à digérer le tout.
Isabella le dévisagea des pieds à la tête:
:Laguerra: : En tout cas, tu sembles en meilleure forme aujourd'hui. Mais je n'aime pas que tu m'aies laissée m'inquiéter pour toi.
:Mendoza: : Oh! Tu ne devais pas être si inquiète que ça pour te rendormir de la sorte... N'est-ce pas... Laguerra?
Le mercenaire eut un bref rictus.
:Laguerra: : Puisque tu le prends ainsi, ça va te coûter cher, mon mignon! Tu vas devoir te faire pardonner.
:Mendoza: : Comment?
:Laguerra: : En m'invitant à dîner!
Il fit mine de se soumettre:
:Mendoza: : Si tu veux... Et toi, comment vas-tu?
:Laguerra: : Je vais mieux à présent que tu te tiens devant moi. Et de ton côté?
Mendoza fit la grimace:
:Mendoza: : Disons que j'ai l'impression de me trouver dans une période de transition.
L'aventurière lâcha un rire léger:
:Laguerra: : Hum, des paroles plutôt énigmatiques. Peux-tu être plus clair?
:Mendoza: : Qui me pose la question? La Laguerra que je peux considérer comme une confidente, ou la Laguerra, l'espionne de Charles Quint, l'Empereur?
:Laguerra: : La Laguerra à qui tu as sauvé la vie. La Laguerra qui t'apprécie plus qu'elle ne devrait.
Le navigateur ne sut que répondre. Au lieu de quoi, il passa la main sur sa mâchoire rugueuse.
La jeune femme l'avait troublé lors de leur première rencontre. Elle le troublait encore à cet instant. Pouvait-il vraiment lui faire confiance? Essayait-elle de le manœuvrer à l'aide de son charme? Après ce qu'ils avaient affronté tous deux, il estimait la connaître suffisamment pour la croire sincère. Il voulait la croire sincère. Toutefois, il s'était trompé sur les femmes, par le passé, et l'avait payé du prix amer de la trahison.
:Laguerra: : Je vois que tu as décidé de te laisser pousser la barbe! Ma foi, ça te va bien! Ça te donne un genre mauvais garçon.
:Mendoza: : Je suis un mauvais garçon, je croyais que tu t'en étais rendu compte.
:Laguerra: : Pas autant que tu le crois, mon cher... Et tiens, puisque tu parles de Charles Quint, le devoir m'intime de rentrer en Europe afin de lui faire mon rapport. Dès que les enfants reviendront, j'aimerai qu'ils fassent un crochet par l'Espagne avant que nous nous rendions en Inde.
:Mendoza: : Pourquoi faire? Les artéfacts sont en notre possession... Tu ne vas tout de même pas te présenter devant l'Empereur les mains vides?
:Laguerra: : Pourquoi pas? De toute façon, je n'ai pas le choix. Comme je te l'ai déjà dit, c'est une question d'honneur et il n'est pas envisageable pour moi de fuir devant mes responsabilités. Lorsque je serai face au roi, j'entends bien que ce soit avec toi à mes côtés.
Le Yeoman haussa les épaules. Une manière de signifier qu'il ne comptait pas s'étendre sur le sujet pour l'instant. Il prit un morceau de bois qu'il cala sur la pile qu'il avait érigée.
:Laguerra: : Dis-moi! Tu ne vas pas faire ça tout le reste de la journée?
:Mendoza: : Pourquoi? Tu as autre chose en tête?
:Laguerra: : Peut-être bien...
Les yeux brillants, la bouche entrouverte, elle se rapprocha encore plus, se hissa vers lui et posa ses lèvres sur les siennes. Elle lui donna un baiser très doux, quoique trop chaste au goût du marin, avant de reculer vivement.
:Mendoza: : Quoi?
:Laguerra: : Rien... Seulement, va te laver, et n'économise pas sur le savon, tu empestes autant qu'un troupeau de chèvres!
:Mendoza: : Pourquoi? Tu trouves mon odeur corporelle désagréable? Il y a cinq minutes à peine, tu fantasmais sur l'image d'un homme viril... Mais chica, la sueur fait partie intégrante du tableau!
:Laguerra: : Chica?!?
Il esquiva un coup de poing dirigé vers son ventre, mais le rire d'Isabella l'atteignit de plein fouet. Elle était radieuse. Quant à lui, il se sentait bizarre. Il découvrait un univers inconnu. Cela ressemblait donc à ça, la vie à deux, l'intimité, le quotidien? Où étaient donc l'ennui et la gêne?
:Mendoza: : Nous n'avons pas encore fait l'amour et déjà je me sens bien avec elle. Je me projette dans ces petites choses que nous partageons, dans ses regards, son sourire. Accorde-toi ce modeste plaisir, car il ne va pas durer. Laisse-toi aller, mon vieux Juan-Carlos, profite-en, car tôt ou tard, la roue du destin finira par tourner...

☼☼☼

Des ahanements virils dont l'écho se répercutaient sur la roche humide, les ombres environnantes repoussées par la lumière des torches, le son brutal de l'acier qui viole la terre. Un groupe d'hommes transpirants, quatre dans la petite grotte, frappant de leurs pioches le sol en un point précis.
Un cinquième se tenait en retrait, les mains sur les hanches, les encourageant de quelques claquements de langue.
Bien découplé, celui qui dirigeait avait un profil d'oiseau de proie, des traits anguleux plutôt distingués. Des cicatrices striaient ses joues et son front. Par-dessus son habit de cuir gris clair, le leader portait une ample houppelande de cotonnade beige aux manches noires d'où pointait le pommeau ornementé d'une spada da lato, une longue épée. Il était tête nue, ses cheveux coupé court, tandis que ses spadassins arboraient un béret assorti à leur tenue de cuir.
Les pioches frappaient toujours. Soudain, un son différent des autres. Un bruit d'effondrement. Les sicaires entreprirent d'élargir l'ouverture qu'ils venaient de provoquer. Ils se permirent un soupir de soulagement avant de reculer, leur tâche achevée. Dans la paroi du couloir rocheux nommé toloy, la grotte allait bientôt livrer son secret.
Les yeux plissés, Cinza Gomez sourit.
:Gomez: : Il avait raison...
Les indications se révélaient justes. L'entrée du caveau, enfin.
Une torche à la main, il descendit les quelques marches irrégulières qui s'offraient à lui. Au centre de la crypte, un socle de pierre sombre, palpitant d'un halo de noirceur pulsante. Il sembla à l'ancien officier du gouverneur Pizarro entendre un soupir spectral suivi d'un rire rauque mais il s'en moquait. Rien ne pouvait l'effrayer, que ce soit dans le monde réel ou éthérique. Il s'avança vers l'éclat de lumière surnaturelle et étendit sa main vers elle...
Quelques minutes plus tard, ses hommes et lui ressortaient à l'air libre. Le visage éclairé de satisfaction, Gomez tenait un coffret rectangulaire de bois laqué, qu'il cala sous son bras.
Les spadassins se tenaient campés au sommet d'une butte de terre ocre, surplombant Sangha, un village composé d'une cinquantaine d'habitations rondes ou carrées, faites de bois ou en pierre, toutes surmontées de toits de chaume. La région dans laquelle ils se trouvaient avaient été surnommée le Pays Dogon. Située dans les terres de l'ouest, la falaise de Bandiagara dominait la plaine sableuse du Seno-Gondo, désert étrange créé par le climat et le déferlement de magie sauvage de la sorcière N'Deye.
Parqués sur ce qui tenait lieu de place centrale, les villageois se tenaient en ligne non loin du toguna*, à genoux, les mains croisées sur la nuque, enfants compris. Aucun d'eux n'avait l'air ni dangereux, ni menaçant. D'honnêtes paysans, et rien d'autre. Tous avaient le regard baissé, refusant de défier ceux qui avaient assailli leur village au petit matin. Du reste, même s'ils l'avaient voulu, ils n'eussent rien pu faire contre la puissance et le savoir-faire martial de leurs agresseurs.
Le restant des suivants de Cinza, une quinzaine de guerriers Tanzaniens semblables aux autres, les toisait sévèrement.
Escorté de quatre de ses hommes, Gomez descendit la pente à grandes enjambées et se rangea devant le chef des autochtones. Agenouillé comme les siens, c'était un vieil homme au front plissé par l'inquiétude, le visage marqué de coups.

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:Gomez: : C'est bien, tu as dit la vérité.
La voix du commandant exprimait un mépris manifeste. De la pointe de sa botte luisante, il frappa le vieillard au visage, une fois encore, l'envoyant rouler dans la poussière. Les villageois n'osèrent intervenir, surveillés de près par les sbires de Cinza, l'arme au poing.
Puis Gomez recula d'une quinzaine de pas et fouilla dans son pourpoint pour en sortir un anneau, qu'il activa dans la foulée. En quelques secondes apparut le portail d'or ourlé d'orangé qui le ramènerait à Kilwa, auprès de son nouvel associé.
Sokoine, son second, se tenait le long de la ligne des prisonniers qu'il couvait de son œil valide, plombé d'agressivité. Son supérieur lui dit:
:Gomez: : Vous savez ce que vous avez à faire!
Le colosse borgne aux cheveux bruns hocha la tête d'un air entendu.
Ses instructions données, Cinza s'engagea dans le rideau de lumière crépitant du téléporteur tandis que dans son dos commençait le massacre, ponctué de cris faibles et désespérés, éteints les uns après les autres par le son de l'acier qui tranchait la chair.
Le portail resta ouvert. Ses hommes suivraient par le même chemin lorsqu'ils auront terminé leur sinistre besogne. Le commandant aurait pu rester à leurs côtés pour assister à la tuerie, mais voir toute cette "marchandise" perdue l'horripilait au plus haut point. Et puis, il savait que son coéquipier attendait de ses nouvelles avec une impatience qui grandissait d'heure en heure...

☼☼☼

À peine de retour dans le fort Gereza, structure Omanaise construite sur le site de l'ancienne citadelle Portugaise, Cinza dirigea ses pas rapides vers les étages supérieurs, sans se soucier de ceux qu'ils croisait et qui le saluaient les uns après les autres.
Moins de cinq minutes plus tard, le commandant entrait dans le vaste bureau qu'il partageait désormais avec son nouveau comparse.
La salle dévolue aux deux hommes était située au deuxième étage. Plafond haut, poutres apparentes, meublée sans faste. Un étendard trônait au-dessus d'une console, celui de l'Ordre du sablier. Des rayonnages de pins chargés de documents en tout genres recouvraient les autres murs, remplaçant toutes les statues Africaines qui régnaient là naguère.
Vêtu d'une longue robe beige clair, avec son habituel capuchon destiné à lui caché le visage, l'individu était de taille moyenne et pourvu d'une musculature sèche. Sa posture, la tonalité de sa voix, un observateur averti les eût assimilé à une impatience fiévreuse.
L'alchimiste se dressa de son siège à peine son acolyte arrivé:
:?: : Alors, tu l'as trouvé?
Gomez opina gravement.
:?: : À la bonne heure, Cinza! Eh bien, qu'attends-tu? Donne!
Ce dernier écarta les pans de son grand manteau pour dévoiler le coffret qu'il gardait précieusement contre lui. Il posa l'objet au milieu du grand bureau et recula jusqu'à s'adosser sur le côté de l'armoire.
Une lueur sombre paraissait émaner de la boîte laquée, elle recelait un pouvoir palpable, inconnu, mystérieux, étranger et menaçant.
L'étrange personnage posa ses mains sur le coffret, comme pour en éprouver la puissance, mais ne l'ouvrit pas. Sous sa capuche, ses yeux gris acier, ombrés de sourcils roux broussailleux, brillaient, sa bouche était étirée d'un large sourire.
:?: : Ah, Cinza, nous avons fait un grand pas en avant aujourd'hui, le plan peut à présent connaître le déroulement que notre maître a prévu. Tu ne sais pas encore ce qui se trouve véritablement à l'intérieur de cette boîte...
Les traits du magicien se parèrent d'une joie malsaine. Un rire glauque jaillit de ses lèvres.
:?: : Grâce à cela, l'Ordre va retrouver sa digne place. Nos ennemis jurés vont connaître le juste châtiment. Bientôt, nous serons enfin à même de régner sur le monde!
Gomez écoutait Fernando Laguerra sans rien montrer de ses sentiments et de ses aspirations, comme à son habitude.
L'alchimiste claqua dans ses mains, soudain enjoué:
:Docteur: : Enfin! Je ne sais si tu t'en rends compte, mais nous avons là une arme capable de mettre à mal les tous les rois de la Terre, qu'ils descendent du peuple de Mu ou d'Atlantide. Et ce que j'adore véritablement dans ce projet, c'est que leurs ancêtres l'ont eux-mêmes créés de leur mains. Ils ont oublié cette arme sans pareille et Ambrosius va la retourner contre eux. Que la confrérie puisse en attester!
Au terme de cette tirade passionnée, l'homme se rassit. Pour reprendre dans la foulée:
:Docteur: : Tu n'as pas laissé de témoins, au moins?
:Gomez: : N'aie crainte, Sokoine s'en est chargé, il excelle dans ce genre de choses.
L'alchimiste se releva. Il paraissait soudain animé d'une énergie sans borne. Il entama une suite d'allers-retours le long du bureau, sans lâcher le coffret du regard.
:Docteur: : À présent que nous sommes en sa possession, tout va changer.

☼☼☼

La salle d'eau était une pièce ronde faite de pierres assemblées les unes sur les autres. Mendoza ôta ses affaires et gagna la douche.
En actionnant la pompe fixée sur le côté, on remplissait le ballon fixé au plafond avec l'eau tirée du puits. Celle-ci était fraîche mais cela ne dérangeait pas l'Espagnol. Il se savonna vigoureusement puis se rinça. Une fois essuyé, il passa une tenue de rechange.
Le mercenaire contempla son reflet dans un miroir. Son menton se noircissait d'un début de barbe. Il se passa la main sur les joues, appréciant se contact rêche des poils. Il décida de prolonger l'expérience. Changement de vie, changement de visage.
Lorsqu'il revint, fin propre, ses compagnons l'attendaient dans un petit enclos, installés et détendus.
Pedro s'occupait à tourner la broche sur laquelle était embroché une queue de crocodile. À côté de lui, Sancho récupérait le jus de la viande en train de rôtir dans une lèchefrite sur laquelle grésillait un lit de manioc rissolés, les tubercules ayant été au préalable cuits dans de l'eau pour attendrir leur chair.
De temps à autre, le marin au foulard vert parsemait la chair de l'animal d'aromates et l'arrosait d'une sauce au miel. Une odeur appétissante titilla les narines de Mendoza.
De son côté, Gaspard avait allumé des torches tout autour d'eux. Le jour se couchait dans un flamboiement écarlate.
Un couteau en main, Laguerra découpait en lamelles le saucisson que Tao avait ramené de France. Nul ne pourrait lui dénier l'habileté avec laquelle elle maniait sa lame. En la voyant faire, le naacal songea à Nostradamus.
Isabella adressa à Mendoza un sourire dont il ne sut s'il était amical ou enjôleur.
En instaurant un roulement pour faire tourner la broche où grillait la viande, ils s'installèrent autour du feu. Pedro avait sorti des gobelets et deux bouteilles de vin.
:Pedro: : Alors mes amis, je vais vous servir un petit château Chambord, année 1530 de derrière les fagots! Ce cru-là, je l'ai volé dans la cave même de François Ier, et j'attendais une telle occasion pour l'ouvrir! Vous allez me goûter ce nectar que Sancho et moi avons découvert à la table du roi. Et quant à toi, Gaspard, si tu le bois cul sec, comme le chibiku, je t'attache sur une fourmilière!
Le marin entreprit de les servir en faisant l'article du cru qu'il proposait pour magnifier le repas, insistant à nouveau sur le fait que Gaspard ne devait pas boire un tel cépage d'un trait.
Il servit Nyamita avec un soin particulier tandis que le bègue proposa à sa compagne un plat de légumes croquants en guise d'amuse-gueule. Quant à Gaspard, il s'empressa de couper du pain pour l'aventurière. Les hommes étaient ce soir aux petits soins pour les femmes.
De temps à autre, Isabella croisait le regard de Mendoza et lui souriait largement. L'Espagnol lui répondait de la même manière, mais avec plus de réserve. Il était heureux d'être là et pourtant ne parvenait pas vraiment à se détendre.
Pendant qu'il goûtait le vin, il en profita pour rester en retrait, comme à son habitude. Pas vraiment absent, mais pas trop non plus vraiment expansif.
Laguerra commenta à l'attention de Pedro:
:Laguerra: : Mon estimé compagnon, tu nous proposes là un breuvage intéressant. Voyons...
Elle marqua une pause le temps de reprendre une gorgée, les yeux mi-clos, avant de poursuivre:
:Laguerra: : Bonne entrée en bouche, un fruité tout à fait surprenant, avec des arômes de prune, de mûre et de griotte... Une ampleur engageante... Une longueur en bouche persistante, qui laisse présager un potentiel de garde réduit sur quatre ans. Tel sera mon verdict en cette douce soirée.
Le capitaine tomba tout à fait d'accord avec le commentaire de la jeune femme. Il découvrit qu'elle appréciait tout autant les excellents vins que le thé. Celui qu'ils avaient partagé à Ormuz était encore gravé dans sa mémoire.
:Mendoza: : Mille écus, arrête de penser à elle!
Pedro effectua un salut exagéré, puis glapit en constatant que le militaire trempait un morceau de carotte dans son verre avant de le croquer. Mendoza ricana devant la faute de goût du barbu.
Sans prévenir, les deux marins portèrent un toast en l'honneur de leur capitaine. Ce qui gêna profondément l'intéressé qui détestait être au premier plan. Gêne que remarqua Isabella et dont elle se moqua malicieusement.
Pedro entama ensuite l'un de ses récits hauts en couleur, passionnants, dont il savait régaler son assistance, surtout quand il s'agissait de jeunes enfants. Un bâton à la main, il mimait certaines scènes, tout en se disputant gentiment avec Tao sur ce qu'il appelait des points de détail et que le naacal, de son côté, qualifiait d'entorses flagrantes à la vraisemblance.
Isabella riait beaucoup. Elle irradiait d'énergie et de bonne humeur, centre de l'attention des deux capitaines, et surtout de l'homme à la cape bleue.

☼☼☼

Le nyama, le ragoût du pays, était enfin cuit. Nyamita entreprit de le servir. Naïa posa le sadza, le porridge de maïs blanc à partir duquel les Shonas composaient presque tous les autres plats, devant eux.
La viande de crocodile caramélisée par le miel fondait dans la bouche, le sucré de la sauce contrebalancé par la morsure doucement épicée des aromates. Quant au vin, il ne faisait qu'ajouter à cet instant chaleureux.
Mendoza l'avait déjà constaté la veille, Laguerra tenait aussi bien l'alcool qu'un marin en bordée. L'aventurière en fit d'ailleurs la preuve, lorsqu'elle se retrouva défiée par Gaspard.
La jeune femme et l'imposant barbu. L'un face à l'autre, une série de petits verres alignés les uns à côté des autres, emplis d'un breuvage Congolais trouble qui s'avérait être du Supu na tolo, littéralement "Soupe sur la poitrine" en Lingala, et qu'il fallait boire d'un seul coup.
Le militaire, une fois encore, passa une partie de la soirée à terre. Isabella, elle, fut acclamée.
Mendoza ne pouvait s'empêcher de revenir constamment sur elle. Il luttait pour résister à l'attraction qu'elle exerçait sur lui. Cela le fragilisait, or, il ne pouvait se le permettre pour le moment. De plus, son cœur meurtri, était encore sanguinolent.
:Mendoza: : Catalina, Morgane, Marinché...
Il ne voulait plus souffrir pour une femme. Plus jamais.
Incapable de rester en compagnie des autres, il se leva et, sans rien dire, quitta l'enclos. Il sortit du village et se retrouva devant un point d'eau à regarder le reflet de la lune sur l'onde mouvante.
:Mendoza: : Je commençais à peine à m'apaiser, à trouver une espèce d'équilibre et voilà que je pense à nous et tout redevient compliqué. Où allons-nous, Laguerra? Vers quel horizon? Chaque fois, j'ai souffert. Le destin est-il conjuré? Trop tard pour faire marche arrière. J'ai peur et tout à la fois, je désire cette relation avec toi, encore plus après ce que nous venons de vivre ces derniers jours...
Laguerra... Elle pouvait être ardente et douce, attentionnée à son égard, compréhensive, apaisante... Il y avait trop de qualicatifs pour la décrire.
:Mendoza: : Ne t'emballe pas, ne cède pas à la passion. La passion est l'ennemie de l'amour serein. La passion est un gouffre. Que dois-je faire?
Une présence derrière lui. Une main menue se glissant dans sa grande paume. Comme si elle avait deviné son trouble, la jeune femme fit:
:Laguerra: : Écoute, Mendoza, je vois que quelque chose te tracasse, que tu es sur la défensive vis-à-vis de moi. Tu veux m'en parler?
Silence.
:Laguerra: : Je ne veux pas te mettre mal à l'aise. Tu devrais le savoir, je ne suis pas ton ennemie et je ne le serai jamais. Je suis consciente que les derniers événements t'ont secoué, mais il y a des choses que je ne peux garder pour moi. Aussi, je vais être directe, pardonne-moi si cela te froisse... Tu as surgi dans ma vie, un beau jour, et depuis notre premier baiser à Kûmlar, je n'ai cessé de penser à toi. Tu m'attires, mais tu m'as bousculée dans la nef en m'annonçant que tu étais prêt à t'engager alors que moi, je ne l'étais pas. Tu as respecté mon choix et puis nous nous sommes séparés.
:Mendoza: : À cause des Olmèques...
:Laguerra: : Oui... Ensuite, je t'ai revu à Ophir. Lorsque la cité s'est refermée, c'est contraints que nous nous sommes retrouvés à surnager dans le Zambèze, où tu as brusquement disparu avec les enfants. J'ai essayé de te chasser de mon esprit. J'ai échoué. Secrètement, j'espérais que tu t'en étais sorti sain et sauf. Jusqu'à ce jour où je t'ai revu, dans ce village Massaï. Mon cœur avait chanté en te voyant.
:Mendoza: : Ah bon? Ce n'est pas l'impression que j'ai eu lorsque l'on nous a escorté jusqu'au lac des pétrifiés...
Elle marqua une pause, cherchant ses mots.
:Laguerra: : Je suis comme ça, Mendoza, j'aime les choses claires. Pourquoi devrais-je te cacher ce que je ressens? La vérité n'est-elle pas le fondement d'une relation respectueuse? Je suis libre, maintenant. Tu me plais, c'est ainsi. Et je sais que je te plais également, même si tu sembles vouloir faire machine arrière.
:Mendoza: : Non!
:Laguerra: : Il y a quelque chose entre nous. Pour preuve, le destin vient de nous remettre en présence. Ne le sens-tu pas?
Les traits fins et décidés de l'aventurière s'étirèrent dans une grimace. Faisant les gros yeux, elle reprit:
:Laguerra: : Oulà! Je m'étais promis d'être brève et légère et voilà que je me livre à toi, ou plutôt devrais-je dire que je m'englue dans un discours grandiloquent... Ne crains rien, Mendoza, j'entends bien ne pas te harceler. Tu as même le droit de refuser ce que j'essaie de te proposer. C'est même très simple... Il te suffit de dire non. Là, tout de suite. Un simple non et je comprendrai que je t'indispose. Alors, plus jamais, tu n'auras à subir ma présence. Je retournerai voir l'Empereur, par mes propres moyens.
Le capitaine regarda intensément la jeune femme. Il ouvrit la bouche. La referma. Puis, il tourna les talons. Isabella le regarda s'éloigner vers le village, puis s'enfoncer dans la nuit jusqu'à s'y engloutir.
Il te suffit de dire non.
Il n'avait rien dit.

☼☼☼

Sur le chaume du palais du roi Neshangwe, une femme était accroupie dans l'ombre de l'un des trois puits de lumière. Elle avait épié Mendoza jusqu'à ce que ce dernier rentre se coucher.
Une robe en soie brodée de fils d'or enveloppait sa silhouette longiligne. Une couronne de cheveux blonds encerclait son front, tombant jusqu'à ses reins. Elle avait le visage fin dans lequel brillaient deux yeux myosotis aussi doux qu'un pétale de rose.
Tout en se balançant d'avant en arrière, la dernière princesse de Mu se mit à scander pour elle seule, d'une voix au timbre voilé:
Rana'Ori: L'Ange gardien des Élus a le cœur lourd et l'âme en peine. Mais ses ailes le portent fièrement. Vole, mon Ange. Vole vers cette nouvelle voie que tu t'es créée. Vole vers ses tourments qui t'attendent, pourtant indispensables. L'Ennemi que personne n'attend se renforce et le monde n'est pas prêt. L'avenir repose sur tes épaules, "Moustique". Es-tu prêt à l'assumer?

À suivre...

*
*Daga: Hutte au Zimbabwe.
*Toguna: Construction ouverte érigée en général au centre des villages Dogons, d'une hauteur insuffisante pour se tenir en position debout.
Dernière modification par TEEGER59 le 23 févr. 2021, 22:10, modifié 5 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

Message par manonallemende »

Petit avis : :D

Se dévêtir et plonger -> Alors comment dire... ÇA AURAIT ETE BEAU POUR NOS YEUX

Il se sécha avec sa tunique et remonta torse nu vers le village. -> AHHHHHHH !!!!

Neshangwe, de son côté, fuma un bâtonnet de fumée puis alla faire la sieste. -> J’ai rit très fort

Isabella se rapprocha d'un pas souple, énergique. Elle resta un temps à l'admirer dans l'effort, spectacle qui ne semblait pas la laisser insensible. -> Pad que Isabella XD, les lecteurs aussi !

:Laguerra: : Puisque tu le prends ainsi, ça va te coûter cher, mon mignon! Tu vas devoir te faire pardonner. -> Oula j’ai eu l’esprit mal placé l’espacé d’un instant

:Laguerra: : Rien... Seulement, va te laver, et n'économise pas sur le savon, tu empestes autant qu'un troupeau de chèvres! -> Moi quand je rentre du cheval XD

Le retour de Fernando ?? Ça m’a surprise !

:Mendoza: : Mille écus, arrête de penser à elle! (Pensée). -> Ca va être compliquée !

Rana'Ori: L'Ange gardien des Élus a le cœur lourd et l'âme en peine. Mais ses ailes le portent fièrement. Vole, mon Ange. Vole vers cette nouvelle voie que tu t'es créée. Vole vers ses tourments qui t'attendent, pourtant indispensables. L'Ennemi que personne n'attend se renforce et le monde n'est pas prêt. L'avenir repose sur tes épaules, "Moustique". Es-tu prêt à l'assumer?
-> En tout cas hâte de voir la suite !

En tout cas tu nous laisse bien l’eau à la bouche comme pour la saison 4 j’aime toujours ton style d’écriture et je continuerais de suivre ! Mais j’espère que Mendoguerra se parlerons réellement ^^
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"Mon maître ?! Je n'ai pas de maître ! Sachez le Señor Mendoza !" Isabella Laguerra
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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

Message par Este »

Super ce nouveau chapitre !! Je lis toujours cette fanfic avec admiration !!
Saison 1 : 18/20 :D
Saison 2 : 13/20 :roll:
Saison 3 : 19/20 :-@ :-@ :-@
Saison 4 : 20/20 :-@ :-@ :-@ :-@ :-@

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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

Message par IsaGuerra »

La raison de cette guerre : Simple mais tellement logique dans un sens

:Laguerra: : Tu sais qu'ainsi tu es un vrai fantasme? → Pour elle et pour d'autres

Toutefois, il s'était trompé sur les femmes, par le passé, et l'avait payé du prix amer de la trahison. → Oh bah ça... Juste un peu !

:Laguerra: : Peut-être bien... → Esprit tordu s'abstenir... :roll:

Pour le passage avec Gomez, j'étais en mode elle va quand même pas faire tuer tout le village et puis bah... Si...

Retour de Fernando alors euh.... Y'a de quoi faire et j'imagine déjà bien des choses !

:Pedro: : quant à toi, Gaspard, si tu le bois cul sec, comme le chibiku, je t'attache sur une fourmilière! → Comme celle près du village de Zia ? Plutôt violent :lol:


En tout cas on a hâte de lire la suite !
Il y a tellement de chose à comprendre : Qu'est ce qu'Esteban et Zia vont encore découvrir ? Comment Fernando a survécu ? Qui a-t-il dans ce coffret ? Ca va donner quoi les retrouvailles père/fille Laguerra ?
J'avoue c'est cette question et le celle du coffret qui m'intéresse le plus :x-):
Et évidemment le devenir de Mendoguerra !

Bref vivement la suite !
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Re: Les prophéties de l’A’harit Hayamim. Suite non-officielle de la saison 4. [SPOILER]

Message par Tina3008 »

Ouah! Super chapitre ! J'ai hâte d'avoir la suite!
Je suis bien contente d'avoir retrouver le docteur (ben oui si Gaspard et Gomez avaient survécu pourquoi pas lui?) J'attends de voir ce que ça va donner avec notre aventurière ! Et cette ran'aori que nous mijote t elle?
Continue comme ça !
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