FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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TEEGER59
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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par TEEGER59 »

RÉACTIONS:

Kiémen en était venu à une possibilité encore non envisagée. Ils s’obstinaient à vouloir faire naître des métisses en laboratoires par le biais de fécondations in-vitro et d’incubateurs. Or, durant la grossesse, la mère et l’enfant partagent des anticorps communs, de la nourriture, du sang, des cellules, de l’oxygène et quantité d’autres choses indispensables… :arrow: Tu nous fais un véritable cours de SVT! :x-):
... d’un coup sourd donné par accident dans un meuble, suivi d’un petit cri de douleur puis d’un juron… :arrow: Ça, pour le coup, ça réveille! :lol:
Et quand le moment sera venu, quand tu seras assez forte, il te faudra aussi protéger le Grand-Héritage et veiller à ce qu’il ne soit pas mal utilisé, le cas échéant. :arrow: Ah? Viennent-ils de la première cité d'or, ces gens? Hayotzli est-il le prédécesseur d'Athanaos, le père d'Estéban?
-La légende prétend que l’Empereur de Mu, qui se prénommait Ramu... :arrow: Notre modo adorée est si âgée que cela? :lol:

:Pichu: :Pichu: :Pichu:

... ce n’était pas pour rien qu’elle lui avait refilé la patate chaude. :arrow: Patate chaude! :x-): C'est Mendodo que tu oses comparer à une patate chaude?
... retrouver ses enfants ne serait pas une tâche facile pour une Indienne seule en terre ibérique. :arrow: Comme partout ailleurs...
Marinchè était une femme « qu’on mettait dans son lit, mais pas dans sa vie ». :arrow: Jolie tournure.
Tiens au fait Mendoza, vous savez que Machiavel et Taciturne ont une fille ? :arrow: Mais MDR! :x-): :x-): :x-):
Juste que ça fait deux fois que je passe par ce secteur et par deux fois j’ai essuyé un grain épouvantable sorti de nulle part, la seconde fois a même failli nous envoyer par le fond. Du coup… :arrow: Passent-ils par le triangle des Bermudes? Je te le demande car je ne sais pas où ils sont: Je n'ai pas trouvé Lizoa sur internet. J'ignore si ce comptoir existe ou bien si c'est une invention de ta part.

:Pichu: :Pichu: :Pichu:

La logique aurait voulu que cette dame de qualité fasse route sur un navire royal aux couleurs du Roi de Nouvelle Espagne et que son rapatriement soit entièrement pris en charge et pensé avant son départ. Alors que là, elle semblait voyager le plus discrètement possible, avec seulement trois dames de compagnie, une quantité de bagages grotesque et rien ne semblait avoir été préparé à l’avance, on aurait dit qu’elle était partie dans la précipitation et qu’elle improvisait pour la suite. :arrow: Ouais, c'est une histoire qui pue, encore! :x-):
... et que La Lady n’était pas l’oie blanche qu’elle laissait paraître. :arrow: Encore un nid à emmerdes en perspective... :roll: Il les collectionne!
Quant à vos honoraires. Votre prix sera le mien. :arrow: En espèces sonnantes et trébuchantes ou en nature? Je sens bien une petite partie de jambes en l'air avec cette jolie veuve? :lol:
Il courait, certes, moins de danger avec Mendoza, mais il n’avait pas encore parfaitement cerné le taiseux conquistador et il savait qu’il pouvait avoir ses « humeurs » et qu’il faudrait amener les choses avec beaucoup de diplomatie. :arrow: Un peu, mon neveu! :x-):
On s’attendait à ce qu’ils contournent l’Europe en bateau et il fallait éviter toute prévisibilité. De plus, par les terres, ils pouvaient louvoyer sur des centaines de kilomètres et se fondre plus facilement dans le décor. :arrow: Pourtant, à cette époque, les voyages en mer sont plus sûrs que ceux sur la terre ferme. Va comprendre, Charles! :lol:
Calmèque: « Sujet décidément sensible… tu m’étonnes qu’elle m’ait envoyé au casse-pipe à sa place… » :arrow: En effet! :x-):
:Mendoza: : La seule chose que nous ayons en commun Cortes, moi… et toi. C’est de s’être tapé Marinchè. :arrow: :x-): Mais non! La crevette n'a rien fait!
Voilà ! C’était dit ! :arrow: Réaction de Mendodo? :?
Calmèque: Faut juste qu’il se calme un peu... :arrow: Un peu? Seulement? Je pense moi qu'il a besoin d'un vallium! :x-):
-Il l’a bien pris, assura Calmèque un poil ironique. :arrow: :x-): :x-): :x-): Faut pas demander s'il l'avait mal pris!

:Pichu: :Pichu: :Pichu:

Marinchè se mordit les lèvres et lança à Calmèque une mine ennuyée.
:Marinche: : La mère de Cortes s’appelle Maria aussi... :arrow: Pas très pratique pour la gamine: viens Maria! On va voir mamie Maria... Euh, oui, mais laquelle? :x-):
Et il s’en fut à reculons en lui faisant comprendre qu’il était temps qu’elle se démerde seule. :arrow: La patate chaude a quelque peu refroidie! ;)

CORRECTIONS:

CHAPITRE 13.

...faire sa popote...
... cette atmosphère mettait son organisme frileux à rude épreuve.
Les annales faisaient d’ailleurs état de nombreuses naissances d’ « Impurs » à cette époque.
-J’en suis sûr, répondit le jeune homme d’un ton rassurant.
A l’autre bout du fil, une voix ensommeillée et pâteuse.
Kiémen et Kannan n’étaient pas fiers de ce procédé et ils auraient préféré ne pas voler la vie d’une jeune femme, mais la survie de leur peuple en dépendait.
-Okana est venue me trouver. Tu la tournes en bourrique, réprimanda tendrement le Grand-Prêtre.
Hayotzli lui adressa un sourire paternel et l’attira à lui pour la faire asseoir sur ses genoux.
C’est exact, Noa, c’est exact. Et c’est pourquoi tu es si importante.
... à cordes, à vent, à percussion, pincés, frappés, de bois, de cuivre, d’ivoire, ou de cuir...

CHAPITRE 14.

Calmèque: Mendoza me tolère tout juste, on est loin d’être potes
.
Elle fut prise de court par une brusque envie de pouffer de rire...
Il brandit son index, comme s’il s’apprêtait à émettre une condition. :arrow: Je sens qu'il va renégocier le contrat "dodo à 2".

CHAPITRE 15.

... qui avait besoin de deux sauf-conduits royaux pour assurer sa sécurité et qui voulait s’adjoindre les services à n’importe quel prix d’une sorte de mercenaire… ça sentait l’histoire louche.
... l’Espagnol adoptait un petit tic facial en serrant les dents, ce qui donnait à sa mâchoire une ligne plus tendue encore qu’à l’accoutumée.
... il héla l’un de ses hommes pour qu’il aille lui chercher Montoya.
-Quelle est le fond de ta pensée ?
:Mendoza: : Le fond de ma pensée, c’est que je me demandais si moyennant un confortable dédommagement, tu accepterais de nous accompagner les quelques mois nécessaires à notre voyage en Angleterre ?
Et le Navigateur jeta nonchalamment une besace de cuir contenant quantité de pierres précieuses vertes au milieu de la table.
... Mais l’Espagnol, toujours bras croisés, commençait à tapoter son biceps gauche de son index en signe d’impatience.
Et je ne voudrais pas faire, sous le coup de la colère, quelque chose que je pourrais regretter par la suite, alors, (ne- facultatif) joue pas avec mes nerfs.

CHAPITRE 16.

Pas de fautes à signaler dans celui-là.

:Pichu: :Pichu: :Pichu:

En bref, 4 beaux pavés où j'ai encore bien rigolé. Ça fait du bien quand tu accumules les journées merdiques. Merci, merci, merci pour ses deux heures de pure joie.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par Anza »

Hahaha, mais non, notre Navigateur n'est pas une patate chaude :lol: :lol: :lol:

refiler la patate chaude est une expression :
Cette expression qui date du XIXe siècle est d'origine américaine. « Hot patatoe » désignait un problème sensible. Il s'agit d'une image : lorsque l'on porte dans ses mains une pomme de terre qui sort du four, elle est tellement chaude qu'on ne peut pas la garder, on doit la refiler.
En gros, c'est se débarrasser d'un souci épineux en le refourguant à qqn d'autre.
8) Fane absolue de la 1ère saison, certes imparfaite, mais avec tant de qualités qu'on peut lui passer beaucoup de choses !
Perso préféré : Calmèque, cherchez pas, mon psy a jeté l'éponge ! MDR

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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par TEEGER59 »

Oui, t'inquiètes, je connais cette expression. C'est comme refiler le bébé.
C'était juste pour faire de l'humour mais quelque fois, ça ne passe pas. :lol:
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par Anza »

CHAPITRE 17

Petit complot entre amis


La nuit était bien avancée. Il faisait calme et la température était agréable dans la cabine du Capitaine. On percevait à peine les grincements du gréement de la caravelle. Au-dessus, Jiménez ou Montoya devait tenir la barre, mais pour l’heure, ça n’avait aucune importance.
Les deux silhouettes sombres se découpaient tout juste dans la peine ombre et il flottait dans l’air un léger parfum fleuri. Ca faisait longtemps que Mendoza ne s’était pas senti aussi serein et il serra contre lui le corps de celle qu’il n’avait cessé d’aimer, comme si le temps ne s’était pas interposé entre eux, comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Comment avait-il pu se voiler la face à ce point ? Comment avait-il pu se convaincre qu’il la haïssait ? Comment pouvait-on être aussi stupide et perdre autant d’années dans le déni ?
Il en était là, à se poser ces questions, respirant la chevelure de son aimée quand il eut envie de lui parler, mais ça faisait un moment que la belle semblait s’être endormie.
Ils avaient passé la soirée à se remémorer le passé, à se reprocher leur mauvais caractère et leur fierté réciproque, à s’engueuler puis se réconcilier mais aussi à parler de leur fille, Maria, en essayant de se la représenter compte tenu du peu d’informations que Marinchè possédait, ils avaient envisagé sa recherche, leur retrouvailles, leur éventuel futur, rêver à une vie meilleure,… vu comme ça, tout semblait merveilleux, mais la vérité était que retrouver Maria ne serait pas chose facile, d’autant que la jeune femme devait toujours croire qu’elle était la fille de Cortes. En plus, la « Mission De Messy » tombait bien mal, là au milieu.
Mendoza voulu chasser ces pensées contrariantes pour ne garder que le bonheur de l’instant présent. Il y avait droit et il en avait besoin. Il faudrait parler de tout ça au plus vite. Mais pour l’heure, il voulait simplement la serrer contre lui. C’est alors qu’il la sentit bouger doucement.
-Tu ne dors pas ? chuchota l’Espagnol.
-Non…, lui répondit-elle d’une voix soufflée après quelques secondes de silence.
Il y avait malgré tout un sujet qui turlupinait le Navigateur et dont il voulait s’entretenir avec l’Inca, mais il avait un peu peur de la réponse, même s’il savait qu’il ne pourrait pas l’ignorer plus longtemps.
-Je peux te poser une question ?
-Bien sure.
Il se pinça les lèvres à la recherche des mots appropriés.
-Toi… et Calmèque ?
Un petit rire tendre aiguaya aussitôt les lieux et elle lui serra doucement le bras.
-Rien du tout ! assura-t-elle.
-Rien ?
-Mais non !
-Mais… ?
Elle se retourna et lui sourit à travers l’obscurité.
-Je l’aime bien et… il m’apaise. Mais c’est tout.
-Il t’apaise ? Tu combats le mal par le mal ? T’as peur des rats alors tu dors avec l’un d’eux ? ironisa-t-il.
Elle lui assena une petite tape réprobatrice de la main droite.
-Hey ! C’est pas gentil ça ! Et puis sans lui on ne serait pas là.
L’Espagnol posa ses lèvres sur les celles de la belle Indienne.
-C’est vrai, admit-il. Mais j’ai du mal à croire que vous ayez dormi ensemble près de trois semaines sans rien tra-fiquer tous les deux, fit-il une pointe de jalousie dans la voix. J’ai même cru à un moment que tu faisais ça uniquement pour m’asticoter.
Marinchè prit un air sérieux et se tut avant de répondre d’un ton qui se voulait sincère.
-Juanito, mi Cariño, fit-elle avec douceur. Calmèque est incapable du moindre geste déplacé et c’est précisément pour ça que je dormais avec lui. Je me suis sentie plus en sécurité collée contre lui que sous le regard de certains hommes. Et crois-moi, ça fait du bien. Alors, rassure-toi, je te jure qu’il ne s’est rien passé.
Mendoza eut un petit grognement boudeur.
-Admettons. Mais quoi qu’il ne se soit « rien passé », je ne veux plus que ça se reproduise, déclara-t-il toujours pas entièrement convaincu mais prêt à passer l’éponge.
Et il l’embrassa une nouvelle fois pour qu’elle ne puisse pas lui rétorquer quoi que ce soit. Et puis…
-A ce propos, fit-il frôlant toujours les lèvres de son amante. Il va falloir qu’on règle un souci.
-De quoi tu parles ?
-T’as toujours ta pharmacopée ?
Marinchè fronça ses jolis sourcils et se figea dans une expression interrogative.
-Qu’est-ce que tu mijotes ?


Dans sa cabine, Elizabeth De Messy était assise sur sa couchette, droite comme un « i », immobile absolue. Sa peau blanche ressortait dans l’obscurité malgré le peu de lumière et sa silhouette avait quelque chose d’inquiétant. Elle dormait peu et ce, depuis toujours. Le voyage commençait à lui peser. Elle tourna son visage en direction de sa suivante la plus fidèle, Mary-Ann, et essaya de percevoir sa respiration pour occuper son esprit sur quelque chose. Mais rien n’y fit. Et elle continua d’observer les mouvements de respiration de la jeune femme. Comme si ceux-ci avaient un pouvoir hypnotique. Puis elle détourna ses yeux et fixa le vide.



Il ne restait qu’une dizaine de jours avant de toucher terre et de jeter l’ancre au port de Mahon à Minorque. Il faisait un peu plus frai aussi, les vents avaient tourné. Des vents d’est, des Alizés, les faisaient avancer à une belle allure de vingt nœuds de moyenne en contournant les dernières pointes du continent africain. Mendoza consulta son astrolabe. Il voulait manœuvrer afin de passer par l’étroit chenal entre Gibraltar et les côtes musulmanes de nuit. A cet endroit, l’étroitesse entre les deux continent était telle, qu’aucun navire ne pouvait passer inaperçu. Mais il faudrait encore plusieurs jours de mer avant d’y arriver. Mendoza avait un moment envisagé de se débarrasser du coli « De Messy » sur Le Rocher andalou, propriété britannique, mais il s’était ravisé, peu enchanté par l’idée de devoir faire une croix sur la si belle récompense promise par la Comtesse et puis, il était un peu comme Jiménez, l’idée de partir s’endormir dans sa propriété familiale et de se lover au coin du feu comme un vieux chat n’était pas dans son caractère. Il savait trop bien que si une vie oisive aurait eut de quoi la ravir un moment, l’inaction l’aurait très vite rendu dingue.
Il revit en pensées les couloirs de la riche hacienda de son enfance et réentendit les cris de protestation de Con-ception, la cuisinière, qui jurait à qui voulait l’entendre que si elle attrapait le petit chapardeur qui sévissait dans sa cui-sine, elle lui ferait passer l’envie du larcin ! Elle avait toujours cru qu’il s’agissait d’Enrico, le fils du jardinier, mais jamais elle ne s’était douté que c’était le fils du maître de maison. Il n’en avait pas besoin, il mangeait à sa faim, c’était juste pour « le sport » et l’adrénaline que ça lui procurait. Il n’avait guère changé, même si aujourd’hui ceux qui lui faisaient la chasse ne ressemblaient certainement pas à une cuisinière plus toute jeune et un peu enveloppée.
Marinchè monta auprès de lui afin de lui tenir compagnie. Elle se contenta de lui sourire, Mendoza avait horreur des effusions en public. Ayant pris de la hauteur, elle fut surprise par la vigueur du vent et offrit un moment son visage aux rafales, les yeux fermés.
-Combien de temps avant de voir poindre les côtes européennes, demanda l’Inca histoire de rompre de silence.
-A cette vitesse, huit ou neuf jours tout au plus.
Elle se tut un instant avant de changer de conversation et de réellement aborder le sujet qui l’amenait.
-J’ai ce dont tu m’as parlé.
Mendoza resta de marbre avant de laisser son visage s’animer en une mimique un peu contrariée.
-Bien. On fera ça ce soir.
Les lèvres de l’Indienne s’étirèrent en une petite moue.
-Tu es sûre que c’est une bonne idée ?
-C’est une précaution que je préfère prendre, coupa-t-il sèchement ne voulant visiblement pas s’attarder sur le sujet.
Elle laissa à nouveau le vent lui souffler au visage comme s’il avait le pouvoir de lui ôter ses pensées désagréables de la tête.
-Très bien, conclut-elle à regret. Comme tu voudras.


C’est Ortega et ses odeurs de nourriture qui sonnèrent le moment de la relâche du soir. Il avait pris l’habitude de faire frire du jambon fumé et faisait cuire du pain dans un four prévu à cet effet. Du riz acheté à Lizoa qu’il assaisonnait d’une épice ramenées des Indes qu’il affectionnait beaucoup, des œufs, des salaisons de poissons, des fruits et du vin, qu’il aimait chauffer et agrémenter de citron, de miel et de cannelle, et qui tenait au corps et échauffait les cœurs. Sur ces étendues d’eau à perte de vue, ça ressemblait à un vrai festin !
La quasi-totalité de l’équipage et de ses passagers avaient pris place autour des mets et utilisant une épaisse tranche de pain comme assiette, ils se servaient comme dans un buffet.
-Ortega ! s’écria Jiménez en levant son verre en direction du cuistot. Le jour où je m’en retourne me la couler douce sur mes terres, je te veux dans mes cuisines !
Le bonhomme jovial accueillit le compliment avec plaisir et son épaisse moustache se gonfla d’orgueil. Jiménez avait l’habitude de devenir beaucoup plus volubile et conviviale quand il avait bu quelques verres et ce soir-là, c’était le cas. Il se partageait la charge de la navigation avec Mendoza et Montoya et cette nuit était le tour de Montoya, il pouvait donc se permettre de boire un peu.
Mendoza, Marinchè et Calmèque mangeaient ensemble, comme c’était souvent le cas, même si ces derniers jours l’Olmèque s’était montré plus taiseux. Malgré qu’il fît son possible pour que ça ne se voie pas, la situation avec Marinchè le perturbait un peu. Il vivait exactement ce qu’il avait redouté : sa présence et l’affection qu’elle lui avait procurées lui manquaient cruellement. D’autant qu’il devait se faire une raison, la situation n’était pas prête de se reproduire. Les poules auraient des dents d’ici à c’qu’une femme remette un pied dans son lit.
Si Mendoza feignait de ne pas le remarquer, souhaitant que cette tension disparaisse au plus vite, Marinchè quant à elle, s’inquiétait. De nature assez détachée la plupart du temps pour les gens qui lui importaient peu, elle nourrissait une profonde empathie pour les rares personnes dont elle se prenait d’affection et Calmèque en faisait partie. Elle avait donc conscience d’avoir jeté le trouble chez lui et s’en voulait sincèrement. Et elle avait le pressentiment que les choses n’aillaient pas s’arranger, surtout après ce qu’elle et Mendoza s’apprêtaient à faire.
Elle observait le petit homme assis à sa gauche qui terminait de manger une carambole, perdu dans ses pensées. Vingt minutes plus tôt, elle avait glissé une petite quantité de « coxialta », une herbe que les siens utilisaient comme puissant sédatif, dans sa nourriture et elle en guettait les premiers effets.
Mendoza lança à la belle Indienne un regard interrogateur et celle-ci hocha la tête discrètement. Calmèque avait à plusieurs reprises fortement fermé ses paupières comme pour contrer une profonde envie de dormir. La substance, aux effets fulgurants une fois qu’ils se manifestaient, ne tarderait plus à avoir raison de lui.
C’est alors que le Navigateur et l’Inca le virent tenter de se saisir de son verre puis de renoncer, visiblement pris d’un malaise important. Il inspira profondément plusieurs fois avant de se lever de façon mal assurée et de s’éloigner d’un pas chancelant, suivi de près par les deux compères. Quelques mètres plus loin, il s’agrippa à la rambarde du navire et mit un genou à terre. Derrière lui, il entendit les bruits de pas du Navigateur et de l’Inca. Ses sens se brouillaient, mais il avait encore l’esprit suffisamment clair pour comprendre ce qui lui arrivait. Et quand les deux complices arrivèrent à sa hauteur, il parvint à les interroger dans un souffle.
-Qu’est-ce que vous m’avez donné ?
Marinchè se pencha et posa sa main sur son épaule.
-Ne t’inquiète pas, ça ne te fera aucun mal, ça va juste t’endormir quelques heures. Laisse-toi aller, conseilla-t-elle.
Il savait bien que luter contre une drogue ne servait à rien et que quelle que fut sa volonté, il ne pourrait rien changer à l’issue. Mais pourquoi ? Que lui voulaient-ils ? Allaient-ils le tuer ? Il tenta de chasser cette idée de sa tête mais il se sentit pris d’une panique tandis qu’il sombrait, laissé à la merci de ses « empoisonneurs ». Tout devenait sombre autour de lui, ses oreilles bourdonnaient et il avait froid. Avait-il déjà perdu connaissance ? Plus moyen d’en être sûre. Il avait complètement perdu pieds et il sut qu’il avait rendu les armes en sentant le bois rugueux du sol sous sa joue. Une dernière sensation très vague où il lui sembla qu’on le soulevait et puis… plus rien.
Mendoza avait ramassé l’Olmèque sans difficulté bien qu’il fut un peu plus lourd qu’il ne l’avait imaginé compte tenu de sa corpulence. Et sans que personne, ou presque, n’y ait prêté attention, ils quittèrent le pont et gagnèrent la cabine de l’inconscient.
Dès qu’ils furent à l’intérieur, Mendoza l’allongea sur son lit et se tourna vers sa compagne, un peu mal à l’aise. Sur une toute petite table, un bol, une bougie et quelques autres ustensiles aux abords anodins mais qui avaient été amenés dans un but précis.
-T’es certaine qu’il ne risque pas de se réveiller ? s’inquiéta l’Espagnol.
-Aucun danger, j’ai un jour assommé Tétéola plus de douze heures avec cette herbe.
Cette précision finit de rassurer Mendoza qui vit Marinchè commencer à se laver les mains, l’air grave.
-Il va nous détester après ça, maugréa-t-elle.
-Ca ne m’amuse pas non plus, mais c’est un mal nécessaire.
Elle ne répondit rien et soupira, contrariée.
-Bon, allons-y, plus vite ce sera fait, mieux ça vaudra pour tout le monde, dit-elle sur un ton amer.
Et c’est sans joie qu’ils se mirent à leur besogne.

C’est plus d’une heure après qu’ils quittèrent la petite cabine. Ils avaient opéré presque sans un mot et c’est le regard terne qu’ils rejoignirent leur cabine à l’étage. Marinchè rangea ses petites fioles de terre cuite qu’elle maintenait les unes aux autres par une solide petite corde et qu’elle glissait à sa taille sous ses vêtements en toutes circonstances. Ces huiles, herbes et décoctions était ses petites armes secrètes dont elle ne se séparait jamais.
Elle nettoyait nerveusement la lame qui leur avait servi en se rongeant les sangs. Mendoza vint tenter de la calmer en l’enlaçant mais il n’y parvint pas.
-On n’aurait pas du faire ça, lâcha-t-elle.
Le Navigateur se contenta de soupirer, un peu lasse.
-Viens te coucher.
Et elle finit par obtempérer après de longues minutes à essayer d’apaiser son anxiété en vain. Peut-être qu’un peu de repos lui ferait du bien et puis de toute façon, il était impossible de revenir en arrière.
Dernière modification par Anza le 08 juin 2021, 11:55, modifié 1 fois.
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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par Anza »

TEEGER59 a écrit : 06 déc. 2020, 10:35 Oui, t'inquiètes, je connais cette expression. C'est comme refiler le bébé.
C'était juste pour faire de l'humour mais quelque fois, ça ne passe pas. :lol:
Sorry, je suis nouille, pardonne-moi, j'ai pensé que ça pouvait être de l'humour, mais pas certaine, mais des fois... à lécrit, l'humour, sans les intonations...
Mea Culpa ;)
8) Fane absolue de la 1ère saison, certes imparfaite, mais avec tant de qualités qu'on peut lui passer beaucoup de choses !
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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par TEEGER59 »

RÉACTION.

On percevait à peine les grincements du gréement de la caravelle. :arrow: Mais est-ce qu'on va percevoir les grincements du lit? :x-):
:Mendoza: : Il t’apaise ? Tu combats le mal par le mal ? T’as peur des rats alors tu dors avec l’un d’eux ? :arrow: Pas un rat! Une souris... chauve... :lol: Que j'apprécie beaucoup plus depuis cette fiction. ;)
:Marinche: : Qu’est-ce que tu mijotes ? :arrow: Ouais! Qu'est-ce que c'est encore que ce délire? Elle a pris des cours avec le :Docteur: ?
Des vents d’est, des Alizés, les faisaient avancer à une belle allure de vingt nœuds de moyenne... :arrow: 20 nœuds! 37 KM/h, c'est pas mal si on considère que l'Esperanza (2), dans la saison 4, avance à 4 nœuds de moyenne soit 7 KM/h.
Il savait trop bien que si une vie oisive aurait eut de quoi la ravir un moment, l’inaction l’aurait très vite rendu dingue. :arrow: C'est marrant, j'ai écrit à peu près la même chose dans ma première fanfic.
Mendoza lança à la belle Indienne un regard interrogateur et celle-ci hocha la tête discrètement. Calmèque avait à plusieurs reprises fortement fermé ses paupières comme pour contrer une profonde envie de dormir. La substance, aux effets fulgurants une fois qu’ils se manifestaient, ne tarderait plus à avoir raison de lui. :arrow: Qu'est-ce qu'ils mijotent, les amants maudits? Que vont-ils faire à Calmèque? :cry:
Il tenta de chasser cette idée de sa tête mais il se sentit pris d’une panique tandis qu’il sombrait, laissé à la merci de ses « empoisonneurs ». :arrow: Bah, moi aussi je ne serai pas sereine...
:Marinche: : Aucun danger, j’ai un jour assommé Tétéola plus de douze heures avec cette herbe. :arrow: Vu la taille du molosse, il a fallu une dose de cheval! :x-):
:Marinche: : On n’aurait pas du faire ça... :arrow: Elle l'a circoncis ou quoi? Ou pire, elle lui a rasé la tête! :lol: :lol: :lol:

CORRECTION.

:Mendoza: : Je peux te poser une question ?
:Marinche: : Bien sur.
Un petit rire tendre égaya aussitôt les lieux et elle lui serra doucement le bras.
:Mendoza: : Mais j’ai du mal à croire que vous ayez dormi ensemble près de trois semaines sans rien trafiquer tous les deux.
Dans sa cabine, Elizabeth De Messy était assise sur sa couchette, droite comme un « i », dans l'immobilité absolue. :arrow: C'est ce que j'aurais écrit. À toi de voir.
Il faisait un peu plus frais aussi, les vents avaient tourné.
Mendoza avait un moment envisagé de se débarrasser du colis « De Messy » sur Le Rocher andalou...
Il revit en pensées les couloirs de la riche hacienda de son enfance et réentendit les cris de protestation de Conception, la cuisinière, qui jurait à qui voulait l’entendre que si elle attrapait le petit chapardeur qui sévissait dans sa cuisine, elle lui ferait passer l’envie du larcin !
Les lèvres de l’Indienne s’étirèrent en une petite moue.
:Marinche: : Tu es sûr que c’est une bonne idée ?
Du riz acheté à Lizoa qu’il assaisonnait d’une épice ramenée des Indes qu’il affectionnait beaucoup...
Jiménez avait l’habitude de devenir beaucoup plus volubile et convivial quand il avait bu quelques verres et ce soir-là, c’était le cas.
Malgré qu’il fît son possible pour que ça ne se voit pas, la situation avec Marinchè le perturbait un peu.
Il savait bien que lutter contre une drogue ne servait à rien et que quelle que fût sa volonté, il ne pourrait rien changer à l’issue.
Plus moyen d’en être sûr. Il avait complètement perdu pieds et il sut qu’il avait rendu les armes en sentant le bois rugueux du sol sous sa joue.
Le Navigateur se contenta de soupirer, un peu las.

:Pichu: :Pichu: :Pichu:

Qu'est-ce que Marinchè et Mendoza ont-ils fait à Calmèque.
La suite au prochain épisode...
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Anza
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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

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CHAPITRE 18

Ca dépasse... plus


Il était largement passé le milieu d’après-midi quand Marinchè vint timidement pour la énième fois vérifier si l’Olmèque allait bien. Mais celui-ci dormait toujours profondément. Elle avait peut-être eu la main un peu lourde avec la coxialta. Il fallait dire que Calmèque était vraiment un petit gabarit.
Elle voulu en profiter pour jeter un œil aux petites plaies et se rendit compte qu’il était plus chaud que d’habitude, comme s’il faisait un peu de fièvre. Inquiète, elle vérifia l’état de leur travail de la veille et constata avec incrédulité que la cicatrisation était déjà bien avancée.
« Incroyable… »
Elle fut tentée de toucher mais les pas de Mendoza entrant brusquement dans la cabine la firent sursauter.
-Tout va bien ? questionna le navigateur en s’approchant du chevet.
-Il est toujours dans le coltard, mais ça a l’air d’aller.
L’Espagnol scruta le comateux un moment sans laisser rien paraître de ses pensées.
-Ne reste pas là Marinchè.
-Je préfère être là quand il se réveillera.
L’Espagnol ferma les yeux et souffla bruyamment.
-Comme tu veux.
Et il fit demi-tour et quitta la pièce, sentant qu’il était inutile s’insister.
Quand elle fut à nouveau seule, elle gagna la porte et la verrouilla de l’intérieur afin de ne plus risquer d’être dérangée. Et c’est, suivant son instinct, qu’elle s’allongea doucement auprès du petit homme.

Elle se réveilla bien plus tard, un temps indéfinissable s’étant écoulé. Calmèque commençait à bouger et à reprendre conscience mais n’avait pas encore vraiment rouvert les yeux. Elle était nerveuse et craignait le pire, mais elle ne regrettait pas d’être là, il fallait qu’elle soit auprès de lui au moment où…
Sortant lentement de l’emprise du sédatif, l’Olmèque entrouvrit les paupières en fronçant les sourcils. Il se sentait très vaseux. Et il ne fut pas vraiment sûr de ne pas rêver en réalisant confusément que l’Indienne était dans son lit. En rêve ou non, il l’aurait bien pris dans ses bras, mais il se sentait trop bizarre. Sa tête lui tournait et ses yeux lui brûlaient un peu. Il croisa le regard de l’Inca et y découvrit une profonde inquiétude.
-Ca va ? lui demanda-t-elle doucement.
Il avait encore beaucoup de mal à mettre ses idées en place. Il se souvenait à peine de ce qui s’était passé. Il fouilla sa mémoire, mais elle lui fit défaut et il abandonna temporairement la recherche d’images précises.
-Qu’est-ce qui s’est passé ?
Que pouvait-elle répondre à ça ? Elle se tut donc. Heureusement le petit homme était encore trop sonné que pour avoir une suite de pensées suffisamment logique et il ne s’offusqua pas de ne recevoir aucune réponse.
Il voulu se redresser mais renonça aussitôt, à peine avait-il tenté de se lever que sa vue s’était obscurcie et qu’il avait manqué reperdre connaissance. Il se recoucha donc en grognant et en portant sa main à sa tête qui s’était brusquement mise à lui faire mal sur les côtés. Ses sensations sortant doucement de leur léthargie.
Il ne réalisa pas de suite ce qu’il frôlait de ses doigts et qui à présent lui renvoyait une vive douleur. Mais quand il comprit enfin, il se redressa d’un trait, malgré l’énorme étourdissement qui manquât de le faire tourner de l’œil, et il tourna lentement sa tête, muet de stupeur en direction de Marinchè qui avait préféré garder le silence.
Il entrouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit, trop abasourdi. Quelques flashs de la veille lui revinrent et les éléments du puzzle commencèrent à reprendre leur place.
-Vous m’avez coupé les oreilles…, souffla-t-il la voix estomaquée en passant ses mains sur ses pavillons sévèrement raccourcis.
Et sans que Marinchè ne sache s’il s’agissait de l’effet résiduel du sédatif ou de l’émotion, elle le vit pâlir et se réeffondrer, inconscient.
-Bon, fit-elle circonspecte. Heureusement que j’étais là…



Plus de deux grosses heures s’étirèrent encore avant que Calmèque ne refasse surface définitivement. Cette fois, il était seul, Marinchè avait préféré prendre le large se rangeant à l’intuition de Mendoza quant au fait que l’Olmèque aurait sans doute besoin de ruminer seul un bon moment. Le Navigateur avait pu constater que Calmèque n’était pas homme à monter dans ses tours, il était plutôt genre « colère froide et amertume ». Inutile donc de venir le houspiller ou essayer de prendre de ses nouvelles. Quand il se serait calmé, il réapparaîtrait de lui-même.
Dans la petite cabine, Calmèque regardait le sol dans un silence lourd. Il avait ôté les deux petites compresses tâchées de sang, qui avaient été appliquées sur ses plaies, et les avait jetées par terre avec animosité. Depuis, il n’avait plus esquissé le moindre geste. Au-delà de la douleur, plus vive qu’il ne l’aurait cru, il ruminait un profond sentiment de trahison et d’humiliation. Il n’avait jamais été particulièrement fier de ce qu’il était, il fallait dire qu’on ne lui avait jamais trop donné envie de l’être, mais cette mutilation volontaire le renvoyait loin dans le passé, à une époque où on ne faisait pas grand cas de lui en tant qu’individu. Une époque où il était d’avantage considéré comme une simple donnée, une curiosité. Un brusque mouvement de colère lui fit envoyer valser une chaise d’un revers de bras contre le mur, et elle vola en éclats sous la violence de l’impact. Ce geste fit un peu retomber la colère contenue qui l’animait et il se laissa glisser sur le plancher.
La fraîcheur du sol lui fit du bien et il resta ainsi un temps indéfinissable, couché sur le dos, les traits tendus. Il essaya de se concentrer sur les bruits environnants. Mais le résultat fut affligeant. Cet essorillement barbare lui avait coûté au moins dix décibels et ce constat acheva de le rendre d’humeur on ne peut plus maussade. Il ferma les yeux, les entailles lui lançaient par intermittence.
C’est à ce moment qu’on frappa à sa porte. Il se rembrunit de plus belle, peu disposé à supporter la présence de l’un ou l’autre de ses mutilateurs. Il ne répondit pas. On frappa à nouveau, mais moins fort, presque timidement, et il n’offrit toujours aucun mot en retour. Décidé qu’il était à garder le silence un bon moment. Mais une voix résonna dans la coursive. Et il fut très surpris de reconnaître le timbre délicat d’Erin, la musicienne.
-Calmèque ? Ca va ? Tu trop bu hier soir ? demanda-t-elle. Je déranger ?
Il ne s’était pas du tout attendu à l’intervention de la Rousse et pris de court, il se sentit obligé de sortir de son mutisme beaucoup plus tôt que prévu.
-Heu…
Il se redressa avec empressement, le tournis toujours accroché à ses changements de position. Et il dissimula en vitesse les pansements tâchés de sang qui traînaient sur le plancher au milieu des débris de la chaise.
-Je peux entrer ?
Il fit le tour de la petite pièce des yeux, et ne voyant pas ce qu’il pouvait améliorer en cinq secondes, il soupira d’impuissance et l’autorisa à entrer.
La jeune femme ouvrit la porte avec lenteur et passa timidement sa tête à l’intérieur. Le battant heurta un des barreaux brisés de la chaise et elle découvrit les restes du meuble, qui jonchaient le sol, avec stupéfaction.
-Oh ? Tu te battre avec le mobilier ?
Calmèque prit sur lui et se força à sourire. Mais le cœur n’y était pas. Ignorant son ressentiment, elle en profita pour pénétrer franchement dans la pièce et ferma la porte. Séparés de moins d’un mètre, elle remarqua immédiatement le changement. Et les cheveux blancs de L’Olmèque, maculés de petites traces de sang, donnaient au tableau un côté encore plus dérangeant qu’il ne l’était.
Elle mit sa main devant sa bouche.
-Oh, my god !
-Oui… je sais…, et par réflexe, il porta l’une de ses mains à ses appendices raccourcis, l’air gêné.
-Pourquoi tu faire ça ? interrogea-t-elle, abasourdie.
-C’est pas moi… !
-Mais qui ? Et Pourquoi ?
Il baissa les yeux à la recherche d’un soutien visuel, mais ne trouva pas grand-chose. Il n’aurait pas du la laisser entrer. Il n’avait aucune envie de discuter avec qui que ce soit. Et il se voyait mal s’épancher auprès de cette nana qu’il connaissait à peine, même si elle ne le laissait pas indifférent. Il préféra donc minimiser la situation, comme si cela ne le touchait pas plus que ça.
-C’est pour mon bien… je suppose.
-Pour ton bien ? Et tu être d’accord ? s’offusqua-t-elle.
Non ! Bien sûre que non, il n’était pas d’accord ! Mais on ne lui avait pas vraiment laissé le choix et c’était bien ce qui le contrariait le plus.
-Et bien…
Il ne savait pas trop quoi lui répondre. Et il ne la vit pas amorcer son mouvement. Il se figea de surprise. Elle s’était rapprochée d’un trait et avait porté sa main à l’une de ses oreilles. Les yeux rivés sur la découpe, effleurant l’entaille avec une infinie précaution, intriguée. Et il se fit la réflexion, un peu crispé, que ce curieux petit personnage était un peu sans gêne.
-Ca faire mal ?
« Ca dépend de quoi on parle… des entailles ou de vos doigts sur les entailles ? »
-Bah, c’est principalement du cartilage..., bredouilla-t-il. Ca lance un peu par moment, mais c’est supportable.
Et il eut un sensible mouvement de recul pour se soustraire à la curiosité tactile de la jeune femme. Elle fit un pas en arrière, les pensées visiblement ailleurs, et afficha une mine comique en se laissant tomber assise sur la couchette.
-Quand je petite, mon père couper les oreilles de mon chien et il couiner durant deux semaines, raconta-t-elle en grimaçant. Et je lui en toujours voulu, conclut-elle. A mon père, pas au chien ! précisa-t-elle comme si un doute avait pu être possible.
Calmèque la regarda avec un certain amusement. Chien, chat, crevette, chauve-souris, gargouille,… il n’en était plus à une comparaison inadéquate près ! Et puis, elle était tellement jolie à regarder que ça excusait beaucoup de choses. Même son humeur maussade commençait à s’étioler. Après tout, ce n’était pas après elle qu’il en avait.
Il fut soudain pris d’une pensée dérangeante dont il eut besoin de dissiper la fumée.
-C’est Marinchè qui vous envoie ?
Elle prit son petit air de lutin ahuri.
-L’Indienne ? s’étonna-t-elle. Pourquoi elle faire ça ?
Si elle mentait, Marinchè avait du souci à se faire, on venait de lui trouver une rivale en comédie qui était presque plus douée qu’elle. Et il préféra lui accorder le bénéfice du doute.
-Ce serait bien son genre, déclara-t-il en guise de réponse, le sourire un peu boudeur.
La Rousse fit une petite mimique indéchiffrable en se laissant aller à la renverse sur les draps, et en poussant un petit soupir de satisfaction. Et tout en scrutant les épaisses poutres sombres du plafond, elle leva ses bras et sembla tenter d’attraper un truc imaginaire en brassant lentement le vide. Cette nana était un peu bizarre… ravissante, mais bizarre…
-Non… je te vu hier soir et tu l’air malade et tes amis emmener toi. Et comme pas revu today… je m’inquiète, expliqua-t-elle d’une voix distraite.
Elle laissa ses paroles se perdre dans le silence un moment, comme l’esprit happé dieu sait où et puis, brusquement, sortant de ses pensées, elle obliqua sa tête dans sa direction et lui décocha un sourire désarmant avant de reprendre un air plus grave.
-C’est un bon idée couper tes oreilles. Fucking Inquisitors ! cracha-t-elle avec fiel. Moi aussi je ferais mieux cacher mes cheveux, confia-t-elle. Tes amis sont raisons, conclut-elle.
Il ne comprit par cette allusion à ses cheveux, mais laissa tomber. Et conclut que, parfois, il ne fallait pas essayer de la suivre.
« Mes amis sont raisons. » se répéta-t-il en pensées.
Cette histoire restait tout de même dure à avaler. Il se sentait dépecé de son identité. Et tout ça ne cessait de le renvoyer loin dans le passé, encore et encore. Il essaya de chasser ces idées désagréables mais ce ne fut pas chose facile. Alors pris d’un petit vertige, il s’assit sur la seule chaise restante de la petite cabine. L’atmosphère était un peu ouateuse et ils s’observèrent pensivement un long moment, chacun absorbé par les méandres de ses propres réflexions. Puis il brisa le silence. Bien décidé à semer ses souvenirs.
-Je peux vous poser une question ?
La jeune femme parut se réjouir.
-Bien sûr !
-Depuis que mes oreilles ont la même taille que les vôtres, j’ai l’impression d’avoir la tête plongée dans un aquarium ! Les sons ne sont plus qu’une bouillie informe et c’est à peine si votre voix est distincte. Comment vous faites pour être une musicienne aussi remarquable avec une ouïe aussi médiocre ?
Les yeux d’Erin s’écarquillèrent, atterrée, et une expression de profonde inquiétude se peignit sur le visage de l’Olmèque, comprenant qu’il avait commis un impair.
-Je vous ai vexé ?
-Un peu, oui. Mais je suppose que si on m’avoir coupé les oreilles durant mon sommeil, j’être un peu ronchon aussi, admit-elle.
-On m’a drogué…
-C’est pire ! déclara-elle avec conviction.
Calmèque soupira longuement.
-Oui…
L’adorable lutine se tourna en chien de fusil et glissa ses mains sous l’oreiller, songeuse. La légère offense était déjà bien loin et son joli visage de porcelaine avait retrouvé sa sérénité. Calmèque essaya de se concentrer sur elle plutôt que sur sa semi-surdité. Il détailla ses traits délicats, son petit nez mutin, ses discrètes tâches de rousseur, ses yeux d’un bleu limpide, sa cascade de boucles cuivrées,… et se fit la réflexion qu’elle était au moins aussi jolie que Marinchè, mais en version nordique. Et s’il avait un faible pour la rouquine, c’était sûrement parce qu’elle ne ressemblait en rien à ce qu’il avait connu. Un côté exotique qui, à ses yeux, lui conférait un charme inégalable. Et puis, elle avait ce « je-ne-sais-quoi » d’intriguant dans le comportement, un petit côté désinvolte et profond à la fois, un cocktail improbable de sensibilité exacerbée, quand elle jouait de son instrument, et d’inconséquence absolue dans son rapport à l’autre. Et cette impression qu’elle laissait dans son sillage, comme si le temps n’avait pas prise sur elle et que tout ce qui l’entourait n’existait qu’à l’instant où elle en prenait conscience. Il adorait ça.
Il réalisa alors qu’il était bien plus à l’aise à ses côtés cette fois-ci que la précédente. Peut-être était-ce dû aux effets du sédatif pas encore complètement dissipés ? Ou alors son humeur bougonne qui le rendait plus hermétique à ses autres émotions ? Il fut incapable de trancher.
Elle se leva et fit le tour de la toute petite pièce à pas lents, les mains dans le dos, scrutant chaque élément, à la manière d’un officier inspectant ses troupes. A part les morceaux de chaise morcelant le sol, elle remarqua que tout était parfaitement propre et dépoussiéré. Elle hocha la tête dans sa direction, admirative. Mais comme elle ne fit aucun commentaire, il ne sut pas pourquoi. Erin se saisit alors d’une cruche d’eau et d’un gobelet qui étaient posés là, se servit et regagna la couchette, le gobelet aux lèvres.
-Tu faire de la musique ? lui demanda-t-elle brusquement.
Le silence avait envahi la pièce depuis un moment, et le son cristallin de sa voix le sortit un peu abruptement de ses pensées.
-Non, répondit-il. Je n’en ai pas eu l’occasion.
-Dommage. Mais si tu vouloir, je t’apprends, assura-t-elle en terminant son verre.
Cette idée lui plu mais il préféra décliner poliment, sans qu’il ne sache vraiment pourquoi. En fait, il se voyait mal dans les circonstances actuelles, se mettre à la musique. Surtout avec cette créature comme professeur. Il avait le sentiment que ça le mettrait plus mal à l’aise qu’autre chose.
Elle n’insista pas, et parût passer à autre chose instantanément. Elle se leva, posa le gobelet et décida qu’il était temps de changer d’air.
-Tu venir manger ? lança-t-elle.
Il devait effectivement approcher l’heure du souper, mais Calmèque n’avait pas faim du tout.
-Non merci, je ne pourrais rien avaler.
-Pas grave si tu pas manger, assura-t-elle. Mais faut boire pour éliminer drogues.
Et joignant le geste à la parole, elle ouvrit la porte de la cabine et se campa dans l’encadrement, aucunement disposée à accepter un refus. Il en fut étonné, voilà une attitude qu’il ne lui connaissait pas. De plus, elle n’avait pas tort. Il était effectivement préférable de boire abondamment pour permettre à ses reins de se débarrasser de toutes toxines se baladant encore dans son organisme. Mais il n’avait aucune envie de croiser Mendoza ou Marinchè.
-Aller ! insista-t-elle, presqu’autoritaire.
Il aurait donné n’importe quoi pour rester seul. Mais c’était « Erin ». L’improbable feu-follet. Pourquoi fallait-il que ce soit elle qui le lui demande ? Il ne pouvait décemment pas l’envoyer à la gare. Pas elle ! Il lui lança un regard implorant, espérant qu’elle cède. Mais son joli minois demeura inflexible. Et voyant que sa tête de chien battu n’y changerait rien, il abandonna et se leva en traînant les pieds.
« Les femmes te mènent par le bout du nez mon vieux… va falloir qu’on travaille là-dessus ! »
-Attends, fit-elle tandis qu’il passait à sa hauteur.
Il s’immobilisa et lui adressa une mine incrédule.
« Faudrait savoir ! »
Elle s’approcha de lui, et, avec une familiarité qui, une nouvelle fois, mis l’Olmèque très mal à l’aise, elle se mit en devoir de réarranger ses cheveux. Elle fit rapidement disparaître les traces de sang séché qui maculaient quelques mèches et ré-attacha proprement l’ensemble de sorte que l’escamotage récemment subi ne soit pas trop visible. Il ne se remit à respirer que lorsqu’il pu reprendre ses distances.
« Faudrait vraiment qu’elle apprenne à respecter les règles de proxémie ! »
-C’est bon ? s’inquiéta-t-il, un peu raide.
L’Irlandaise se recula en inspectant son travail très sérieusement avant de laisser à nouveau son visage s’éclairer de ce sourire à faire fondre.
-OK ! annonça-t-elle. Ca va !
Et tandis qu’ils gagnaient l’escalier montant au pont, elle ajouta avec gaité.
-C’est bien que tu pas rester seul ce soir. Ruminer c’être pas bon !
Dernière modification par Anza le 08 juin 2021, 11:55, modifié 1 fois.
8) Fane absolue de la 1ère saison, certes imparfaite, mais avec tant de qualités qu'on peut lui passer beaucoup de choses !
Perso préféré : Calmèque, cherchez pas, mon psy a jeté l'éponge ! MDR

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Anza
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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par Anza »

CHAPITRE 19

Suspicion


-J’en était sûre qu’il nous ferait le gueule ! ronchonna Marinchè en mâchouillant un piment.
Mendoza lança un regard rapide à l’Olmèque et à l’Irlandaise qui se tenaient à l’autre bout du buffet, feignant une certaine indifférence.
-Ca lui passera.
-Et cette espèce de petite pétasse qui en profite pour lui fondre dessus comme un oiseau de proie… je la supporte pas celle-là !
Le Navigateur prit une mine interloquée avant de s’assombrir légèrement en croisant les bras.
-T’es sûre qu’il ne s’est rien passé entre vous deux ? Parce je trouve qu’elle flirt un peu avec la jalousie ta réflexion !
Marinchè tressaillit intérieurement et tenta de dissimuler son inconfort au mieux en haussant les épaules le plus désinvoltement possible.
-N’importe quoi ! C’est juste que cette nana va lui briser le cœur et qu’après il faudra le ramasser à la petite cuillère.
Mais Mendoza resta très dubitatif quant à l’explication de l’Indienne et il se saisit de son godet de vin avec humeur. Boudeur, il préféra ne plus lui adresser un regard pour le moment. L’Indienne s’en aperçu et préféra ne pas relever. Non, elle n’était pas jalouse au sens où Mendoza l’imaginait, mais il fallait reconnaître qu’elle n’appréciait pas de voir tourner cette pimbêche autour de son Calmèque. Ca l’énervait. Et loin de se remettre en question, elle lança un regard assassin à la jolie rouquine.
-Je crois que ton ex détester moi, lâcha platement Erin à l’intention de son compagnon de repas.
Calmèque en sursauta, tellement les dires lui parurent incongrus. Il faillit démentir mais se ravisa à la dernière minute. Après tout, c’était Marinchè qui avait jeté le trouble, pas lui. Et ça lui ferait un peu les pieds à la reine du bistouri.
-Oh ne m’en parlez pas ! fit-il alors sur un ton exaspéré. Elle est d’un possessif !
Elle posa sa main sur son épaule et la tapota deux ou trois fois.
-Je compatir.

Le reste de la soirée se déroula dans le même registre, Mendoza et Marinchè faisant une tête de six pieds de longs et les deux autres s’évertuaient à les ignorer. Personne ne parût remarquer le raccourcissement d’oreilles ce soir-là et Calmèque parvint même à l’oublier à de nombreuses reprises. Plus les heures passaient et plus son cerveau commençait à compenser le manque auditif, les sons étaient plus nets, plus distincts, et c’est un peu soulagé qu’il regagna sa cabine bien plus tard, avec l’impression d’avoir déjà récupéré un peu de sa précieuse faculté.
Quand il fut seul, il passa ses doigts sur ses extrémités réduites. Pour la première fois, il essaya d’en définir les contours. Le travail avait l’air relativement symétrique. Il chercha alors des yeux, un objet qui aurait pu servir de miroir, mais il n’y avait rien. A présent, il était curieux d’inspecter ça de plus près, mais il était aussi un peu angoissé, et le fait de ne trouver aucun matériau réfléchissant lui permit de reporter cette épreuve à plus tard. Il eut une pensée contrariée pour ses deux chirurgiens amateurs et laissa échapper un très long soupir. Il était tiraillé entre le fait qu’il leur en voulait, et le fait qu’ils aient fait ça pour lui éviter d’attirer l’attention de cette maudite Inquisition. Mais c’était quoi l’étape suivante ? Ils lui crevaient ses yeux de couleur inappropriée ?
Il était injuste et il le savait. Il se saisit de son oreiller, lui fila quelques coups pour le regonfler et se laissa tomber dessus, bougon. Une bonne nuit de sommeil lui permettrait d’y voir plus clair.
Il passa une dernière fois son indexe sur l’escamotage. La douleur allait en décroissant, et il savait que dès le lendemain, la cicatrisation serait terminée et que l’inconfort aurait complètement disparu.


Il était très tôt, mais elle n’y tenait plus ! Elle déboula dans sa cabine sans y avoir été invitée. Et à en juger par ses yeux rougis, elle n’avait pas du beaucoup dormir.
-Sors d’ici ! ordonna le petit Olmèque, le ton peu avenant, en réalisant qui venait de le sortir de son sommeil.
-Pas question ! On va crever l’abcès maintenant ! assura Marinchè, visiblement décidée à en découdre.
Elle se prit dans la seconde, l’oreiller dans la figure avec une certaine violence. Mais elle ne broncha pas d’un millimètre et quand le polochon retomba au sol, ce fut pour découvrir le visage furibond de l’Inca.
-Petit un, on n’a pas fait ça de gaité de cœur, mais uniquement pour te sauver la vie ! Et deuxièmement…
-Sors-d’-ici ! réitéra Calmèque en détachant calmement chacune de ses syllabes.
-Et deuxièmement, martela l’Indienne, qu’est-ce que tu trafiques avec « Miss Arpèges » ?
Il en resta complètement coi. Elle était sérieuse-là ? Sous le prétexte de venir se justifier de lui avoir coupé les oreilles, en réalité elle déboulait aux aurores dans sa chambre pour venir lui faire une scène ?
-J’attends ! fit-elle d’un ton décidé en s’asseyant sur la chaise, les bras croisés.
L’Olmèque étrécit ses yeux en fronçant les sourcils.
-Quel est le mot que tu ne comprends pas exactement dans la phrase « Sors d’ici ! » ?
Elle lui lança un regard mauvais.
-N’essaye pas de changer de sujet !
-Parce que c’est moi qui change de sujet ? Tu ne crois pas qu’on devrait parler d’un sujet un poil plus sensible qu’Erin ?
-Pour tes oreilles, je te l’ai dit. C’était pas agréable mais nécessaire !
-Vous auriez du m’en parler ! rétorqua-t-il.
-Parce que t’aurais été d’accord ?
-Non ! s’écria-t-il avec véhémence. En tous cas pas au début ! Mais si j’avais fini par me ranger à votre idée, au moins ça aurait été MA décision ! Ce que je ne supporte pas c’est que vous m’ayez mis devant le fait accompli. Premier concerné, dernier averti ! Je suis pas un putain d’objet ! Et ça m’aurait fait plaisir qu’on tienne un tout petit peu compte de ce que j’aurais pu en penser !
-Et pour nous tu crois que c’était facile ? s’offusqua l’Indienne. J’en ai une boule à l’estomac depuis deux jours et j’en ai pas dormi de la nuit !
Calmèque serra les dents, il lui aurait volontiers encore jeté à la figure une tonne de reproches, mais il n’en vit pas l’intérêt, il avait dit ce qu’il avait à dire et une surenchère de mots d’oiseaux ne leur apporterait aucun réconfort, ni à l’un, ni à l’autre. Réprobateur, il se contenta donc de faire claquer sa langue trois fois et il détourna sa tête en guise de conclusion.
Le lourd et désagréable désaccord s’empara des lieux et englua l’atmosphère, semblant s’insinuer dans le moindre recoin, et rendant le silence presque poisseux. Marinchè n’avait pas désarmé et, les bras toujours croisés sur sa poitrine, le visage tendu, elle respirait nerveusement, le regard obstinément fixé sur un point imaginaire situé à l’opposé de la pièce.
C’est à ce moment qu’ils sursautèrent tous les deux. Mendoza venait d’ouvrir la porte avec fracas et les foudroyait tour à tour d’un air suspicieux, l’air maussade. Mais s’étant attendu à les trouver dans une autre « posture », ne trouvant rien à redire, à première vue, dans leur comportement, il se détendit un peu, reprit l’air digne et indifférent qui le caractérisait en inspirant très profondément et fit un signe de menton à l’attention de l’Olmèque en desserrant la mâchoire.
-Et les oreilles ? Ca va ? espérant noyer le poisson, mais d’une voix au timbre encore un peu étriqué par la tension qu’il essayait d’évacuer lentement.
-Super, ironisa l’autre en serrant les dents.
A quelques pas, le volcan Marinchè était sur le point d’entrer en éruption. Elle se leva d’un bond, faisant tomber la chaise, et se mit à éructer un flot d’insultes dans sa langue natale entrecoupé d’abominations en Espagnol, le tout à un rythme impressionnant. Une vraie mitraillette. Et quand elle eut épuisé toutes les horreurs que comptaient les deux langues réunies, et fait reculer Mendoza de deux pax, elle conclut en rugissant par un :
-Et en plus tu m’espionnes maintenant ?
Mendoza n’en menait pas large, ses lèvres se contractaient bien en une sorte de petit mouvement amorçant quelques réparties cinglantes mais de toutes évidence, il ne savait pas trop quoi répondre pour sa défense. Du coup, comme un animal acculé, poussé dans ses derniers retranchements, il tenta une diversion. Et embrassa brusquement les lèvres de son accusatrice. Elle en demeura interdite une fraction de seconde avant de fermer les yeux et de succomber en lui rendant son étreinte passionnée.
Calmèque se mit en devoir de regarder vivement dans une autre direction, gêné. Et au bout de quelques minutes, comme les bruits de baisers n’allaient pas en s’atténuant, il en déduisit qu’il était temps de lever le camp. Il attrapa sa chemise, laissée au pied de son lit, et se glissa aussi discrètement que possible hors de sa cabine.
Les bruits, qui s’échappaient à présent de derrière la porte, ne laissaient plus aucun doute quant aux événements et Calmèque demeura quelques instants médusé devant l’accès clos. Il regarda ses pieds nus, ses chaussures étaient restées à l’intérieur. Il fit une grimace. Et faisant demi-tour, il décida d’aller finir sa grâce matinée dans la cabine de Mendoza. Il ne l’avait pas volé !
Quand il mit pieds sur le pont, celui-ci était plongé dans une humide et désagréable brume d’un gris métallique. Un petit vent frisquet soufflait par moment, ne venant jamais du même endroit, et les voiles avaient du mal à trouver un appui. Jimenez était à la barre et ils échangèrent un rapide hochement de tête. Un peu plus loin, près de la poupe, il lui sembla distinguer la silhouette d’une femme. A la faveur d’une courte percée dans le banc de brouillard, il reconnu La Comtesse. Et ça l’étonna, elle sortait peu. Il aurait bien poussé plus loin sa curiosité, mais il ne faisait vraiment pas chaud. Il passa sa chemise en hâte sans prendre le temps de la refermer et croisa ses bras en rentrant son cou dans ses épaules pour se protéger d’une bourrasque. Il l’observa encore un court instant avant qu’elle ne se retourne et qu’elle ne l’aperçoive à son tour. Ses yeux le fixèrent au-travers de la purée de poids un temps qui parût interminable et c’est lui qui décida de mettre fin à ce curieux face à face, parce que si elle ne semblait pas avoir froid, lui, il était gelé. Un dernier frisson important lui fit claquer des dents et il se décida à rejoindre en hâte la cabine du Capitaine.
Cette cabine était plus grande que la sienne, mais pas énorme non plus, le Nazaré était un bateau qui avait été taillé pour privilégier une navigation rapide et aisée, pas pour dorloter son équipage. Calmèque mit quelques minutes avant de cesser de grelotter, après tout, peut-être que le processus de cicatrisation n’était pas encore tout à fait terminé et qu’il avait encore un peu de fièvre. Dans un recoin de la pièce, il vit un petit miroir. Il s’en approcha lentement, crispé. L’objet était en mauvais état, piqueté de tâche d’oxydation et il déformait un peu ce qui s’y reflétait, mais pour se faire une idée, ça irait. Il ferma les yeux et se planta devant avec appréhension. Il se pinça les lèvres et respira profondément pour se donner du courage. Puis il rouvrit les yeux. Ce qu’il découvrit lui fit d’abord un petit choc. Ca faisait bizarre de se regarder « sans se voir ». Il fronça les sourcils et s’approcha du reflet, fixant ses deux nouvelles oreilles.
« Au moins, ils ont fait l’effort de couper pareil des deux côtés. »
Il resta un moment, inexpressif, devant le résultat, cherchant à se réapproprier son visage, un peu mal à l’aise, puis il se retourna, la moue aux lèvres. Ce qui était fait était fait. Autant qu’il s’y fasse. Et il se dirigea vers le lit du Navigateur en ôtant sa chemise.
Il se glissa sous la couverture et gigota un peu pour trouver sa place. Soudain il rouvrit les yeux, interloqué. Il y avait quelque chose sous le matelas qui faisait comme une petite bosse désagréable. Incapable de l’ignorer, il se releva et souleva la mince paillasse. Elle était là. Il la reconnu immédiatement. La petite besace remplie d’émeraudes. A n’en pas douter l’Espagnol préférait dormir dessus pendant la nuit et sans doute la cachait-il ailleurs en journée, peut-être même sur lui. Mais là, il avait du l’oublier et partir, furieux, mû par le coup de sang provoqué par la jalousie. Le petit homme la contempla un moment, puis il s’en saisit et l’ouvrit. Le petit paquet se déversa en une langue verte entre ses mains et il se demanda si l’espagnol savait combien il y avait de pierres exactement. Il réfléchit un peu, puis regarda à l’entour et il se saisit de la hache qui lui avait déjà servi à coincer la porte quelques jours plus tôt. Il choisit quelques pierres de grosse taille et réussit en à fendre cinq. Satisfait, il empocha les cinq beaux éclats et remit la besace où il l’avait trouvée. En Europe, ces pierres avaient une valeur inestimable et il n’était pas impossible qu’il soit amené à devoir s’en servir. Simple précaution. Et puis, il méritait bien un salaire pour les risques qu’il aurait à prendre dans les mois à venir et un dédommagement pour le charcutage dont il avait été récemment victime.
Et c’est, convaincu de son bon droit, qu’il s’endormit paisiblement.
Dernière modification par Anza le 08 juin 2021, 11:56, modifié 2 fois.
8) Fane absolue de la 1ère saison, certes imparfaite, mais avec tant de qualités qu'on peut lui passer beaucoup de choses !
Perso préféré : Calmèque, cherchez pas, mon psy a jeté l'éponge ! MDR

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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par IsaGuerra »

Chapitre 13
→ De retour dans quelque chose de plus sérieux et c'est sympathique
→ H1 ou plutôt Noa m'a l'air bien revêche mdrr

Chapitre 14
Tu pensais qu’en me racontant ta vie, je te raconterais la mienne parce que tu es une incorrigible curieuse : Aaah touché je crois là
Je me pointe et je lui lance : Tiens au fait Mendoza, vous savez que Machiavel et Taciturne ont une fille ? : Au fond c'est peut-être pas une si mauvaise idée d'être direct

Chapitre 15
Sujet décidément sensible : Hum juste un peu hein :roll:
Faut juste qu’il se calme un peu…, rassura le petit homme. : Même beaucoup j'ai envie de dire

Chapitre 17
→ Va savoir quelle précaution il souhaite prendre ce cher Mendoza mais c'est intéressant
→ Ils auraient quand même pas osé lui faire une otoplastie pour le rendre moins étrange vis à vis des européens ?

Chapitre 18
→ Vu ce que je lis et le coup de la plaie sur le bras, on dirait bien que ce cher Calmèque a un système de cicatrisation accéléré. Pratique !
→ C'est mignon comment Erin prend soin de la gargouille
→ Et y'en a un qui va apprendre la musique bientôt !

Chapitre 19
Une vraie mitraillette : Pourquoi j'ai ris à ça ? :lol:

En tout cas c'est vraiment top à lire
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« Ne te met pas en travers de ceux qui veulent t'aider » Sara Sidle

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Re: FANFIC : "Au-delà des Mers" - republication

Message par TEEGER59 »

RÉACTION.

Calmèque: Vous m’avez coupé les oreilles! :arrow: J'y ai pensé. Mais pourquoi ne l'ai-je pas dit dans mon précédent post?
Un brusque mouvement de colère lui fit envoyer valser une chaise d’un revers de bras contre le mur, et elle vola en éclats sous la violence de l’impact. :arrow: Je pense que j'aurais eu la même réaction si on m'avait défigurée.
Cet essorillement... :arrow: Félicitation! Tu viens de m'apprendre un mot que je ne connaissais pas.
Il se rembrunit de plus belle, peu disposé à supporter la présence de l’un ou l’autre de ses mutilateurs. :arrow: Pas envie de tailler une bavette avec Nip/Tuck, Calmèque! :x-):
Et il fut très surpris de reconnaître le timbre délicat d’Erin, la musicienne. :arrow: C'est le manchot de "mask singer", alias Larusso, qui vient le visiter. :lol:
-Oh ? Tu te battre avec le mobilier ? :arrow: À défaut d'autre chose, oui...
Calmèque la regarda avec un certain amusement. Chien, chat, crevette, chauve-souris, gargouille... :arrow: Toute la ménagerie va être énumérée pour un seul homme! C'est l'arche de Noé, ce rafiot! :x-):
Il ne pouvait décemment pas l’envoyer à la gare. :arrow: C'est une expression de chez toi? Je ne la connais pas. :lol:
Calmèque: « Les femmes te mènent par le bout du nez mon vieux… va falloir qu’on travaille là-dessus ! » :arrow: Ouais, tu t'es ramolli, mon vieux! [-|

:Pichu: :Pichu: :Pichu:

:Marinche: : Et cette espèce de petite pétasse qui en profite pour lui fondre dessus comme un oiseau de proie… je la supporte pas celle-là ! :arrow: Jalouse, Marinchè? :x-):
Le Navigateur prit une mine interloquée avant de s’assombrir légèrement en croisant les bras.
:Mendoza: : T’es sûre qu’il ne s’est rien passé entre vous deux ? Parce je trouve qu’elle flirte un peu avec la jalousie ta réflexion ! :arrow: Et BING! Prends-ça dans les dents!
Et ça lui ferait un peu les pieds à la reine du bistouri. :arrow: Le retour de: "Bonjour! Qu'est-ce que vous n'aimez pas chez vous?" :x-):
Le reste de la soirée se déroula dans le même registre, Mendoza et Marinchè faisant une tête de six pieds de longs et les deux autres s’évertuaient à les ignorer. :arrow: C'est ça! Faites la gueule! Calmèque serait plus en droit de la faire...
Elle se prit dans la seconde, l’oreiller dans la figure avec une certaine violence. :arrow: :x-): :x-): :x-): Bataille de polochons!
:Marinche: : Et pour nous tu crois que c’était facile ? J’en ai une boule à l’estomac depuis deux jours et j’en ai pas dormi de la nuit ! :arrow: Pauvre choute! Arrête, tu vas me faire pleurer... de rire! :lol:
C’est à ce moment qu’ils sursautèrent tous les deux. Mendoza venait d’ouvrir la porte avec fracas et les foudroyait tour à tour d’un air suspicieux, l’air maussade. :arrow: Ça va chier dans le ventilo!
Mais s’étant attendu à les trouver dans une autre « posture », ne trouvant rien à redire, à première vue, dans leur comportement, il se détendit un peu, reprit l’air digne et indifférent qui le caractérisait en inspirant très profondément. :arrow: Ah, bah non! ;)
A quelques pas, le volcan Marinchè était sur le point d’entrer en éruption. ( :x-): ) Elle se leva d’un bond, faisant tomber la chaise, et se mit à éructer un flot d’insultes dans sa langue natale entrecoupé d’abominations en Espagnol, le tout à un rythme impressionnant. Une vraie mitraillette. (TACATACATAC!) Et quand elle eut épuisé toutes les horreurs que comptaient les deux langues réunies, et fait reculer Mendoza de deux pas, elle conclut en rugissant par un :
:Marinche: : Et en plus tu m’espionnes maintenant ?
Mendoza n’en menait pas large. :arrow: Tu m'étonnes! Marinchè en colère, ça doit être quelque chose! :lol: :lol:
Calmèque se mit en devoir de regarder vivement dans une autre direction, gêné. Et au bout de quelques minutes, comme les bruits de baisers n’allaient pas en s’atténuant, il en déduisit qu’il était temps de lever le camp...
... Les bruits, qui s’échappaient à présent de derrière la porte, ne laissaient plus aucun doute quant aux événements et Calmèque demeura quelques instants médusé devant l’accès clos. :arrow: C'est "la croisière s'amuse", là-dedans! :tongue:
Calmèque: « Au moins, ils ont fait l’effort de couper pareil des deux côtés. » :arrow: Bah, encore heureux! :x-):

CORRECTION.

CHAPITRE 18.

Le Navigateur avait pu constater que Calmèque n’était pas homme à monter dans les tours...
Quand il se sera calmé, il réapparaîtra de lui-même.
Une époque où il était davantage considéré comme une simple donnée, une curiosité.
Il ferma les yeux, les entailles le lançaient par intermittence.
Décidé qu’il était de garder le silence un bon moment.
Non ! Bien sûr que non, il n’était pas d’accord !
-Aller ! insista-t-elle, presque autoritaire. :arrow: Élision tolérée à l'oral mais "moche" à l'écrit.
Et tandis qu’ils gagnaient l’escalier montant au pont, elle ajouta avec gaieté.

CHAPITRE 19.

:Marinche: : J’en était sûre qu’il nous ferait la gueule ! :arrow: Perso, je peux la faire pour moins que ça! :lol:
Il passa une dernière fois son index sur l’escamotage cartilagineux. (Facultatif).
:Marinche: : Petit un, on n’a pas fait ça de gaieté de cœur, mais uniquement pour te sauver la vie ! Et deuxièmement…

:Pichu: :Pichu: :Pichu:

Calmèque a bien fait de se servir. Une petite compensation pour la perte esthétique. Que va-t-il faire de ces émeraudes en Europe? La suite prochainement!
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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