"Sa Machine Ailée" et autres histoires

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
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nonoko
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par nonoko » 27 sept. 2019, 21:39

37 ça va, 50 bonjour les dégâts :x-): mais tu me donnes envie de découvrir ces sources, ça doit être un chouette endroit.
Merci pour l'explication !
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EstebanxZia
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par EstebanxZia » 09 oct. 2019, 01:38

J’aime mieux le couple Esteban/Zia que Esteban/Tao et Zia/Tao j’aime pas tao et je veux que Esteban soit avec Zia mais sinon l’histoire elle est parfaite.

PS: je veux pas que Esteban soit gay ça serai bizarre et tao va bien avec Indali

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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Amaya » 09 oct. 2019, 19:39

EstebanxZia a écrit :
09 oct. 2019, 01:38
J’aime mieux le couple Esteban/Zia que Esteban/Tao et Zia/Tao j’aime pas tao et je veux que Esteban soit avec Zia mais sinon l’histoire elle est parfaite.

PS: je veux pas que Esteban soit gay ça serai bizarre et tao va bien avec Indali
Ici, Esteban est plus bi et polyamoureux que gay.
Après, c'est vrai qu'Esteban et Zia ferait un beau petit couple ^^ :-@
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Sandentwins » 18 oct. 2019, 12:02

EstebanxZia a écrit :
09 oct. 2019, 01:38
J’aime mieux le couple Esteban/Zia que Esteban/Tao et Zia/Tao j’aime pas tao et je veux que Esteban soit avec Zia mais sinon l’histoire elle est parfaite.

PS: je veux pas que Esteban soit gay ça serait bizarre et tao va bien avec Indali
Je crois que 90% du public partage ton avis. Personne aime vraiment Tao, et c'est dommage car c'est un perso intéressant. Et bien que EsteZia c'est un grand classique, on en a un peu fait à toutes les sauces depuis les années 80. Une nouvelle dynamique, d'autres approches voire d'autres couples apporteraient un peu de variété, et c'est ce que je fais.
Et puis faut bien penser aux 10% restants, les pauvres. Big up à vous, votre patience est légendaire.

Mais je sais que c'est pas nécessairement du gout de tout le monde, et je comprends. C'est pour ca que pour cette prochaine oeuvre, l'accent sera mis sur le scénario pur et dur, non sur la romance. C'est un petit one-shot qui a progressé, jusqu'à devenir un post-S4 épiloguaire. Je sais pas du tout où je voulais aller avec ça, mais je vous en fais quand même cadeau.


:condor: Après la Pluie :condor:

:condor: Chapitre 1: Abattu en Plein Vol :condor:

« Esteban! Dépêche-toi! »

La voix de Zia lui parvint à peine au travers du grondement des murs qui s'effondraient, se couvrant de fissures à chaque nouveau mouvement du moteur solaire. Une autre colonne se brisa, réduite en miettes par les secousses, et la pierre dorée tomba dans le vide sans fin sous leurs pieds.

« Vite! La Cité va s'effondrer! On n'a plus le temps! »

Elle essayait de porter sa voix aussi fort que possible, afin qu'elle atteigne Esteban qui n'avait toujours pas bougé. Dans ses mains, le reliquaire pesait lourdement, et elle n'aurait pas la patience d'attendre éternellement. D'une seconde à l'autre, le moteur de la Cité se remettrait à trembler, et ils pourraient tous finir par dessus bord.

Mais Esteban semblait ne pas en avoir conscience. Il restait paralysé, tremblant de tout son corps, figé devant la figure sombre qui lui faisait face. Son visage saignait toujours, ses mains étaient crispées, et respirer lui faisait de plus en plus mal. Mais même s'il voulait s'enfuir, il ne pouvait pas.

Devant lui, le corps tombé de Zarès se relevait peu à peu. Sous la capuche battue par le vent, le visage traître d'Ambrosius lui faisait face, ses traits vieillissants enlaidis d'une expression de dépit qu'il essayait de traduire en un rictus sournois, décidé à garder la main jusqu'au bout. Sa robe était déchirée, laissant voir l'exosquelette en pièces qui s'y dissimulait, et dont les rouages cliquetaient encore comme pour essayer de relever ses bras, de dresser ses jambes, sans succès. Et la voix trafiquée de ce forban résonna alors aux oreilles d'Esteban, dans un rire profond et glacial qui lui fit l'effet d'un choc électrique.

« Tu vas me tuer, Esteban? », ricana le traître, comme pour le provoquer. « Tu vas me tuer pour venger les tiens? »

Esteban fulminait de rage, ses yeux encore embués de larmes. Sa main était crispée sur sa dague, tremblant comme une feuille. Il ne savait plus quoi faire, il ne savait plus s'il fallait suivre cette voix dans sa tête qui lui disait d'agir, d'avancer et de crever les yeux de ce monstre. Il ne savait plus rien, car toutes les révélations qu'on lui avait faites se bousculaient en lui, sans qu'il n'y puisse rien.

« Je sais que tu le veux. », continua Ambrosius, sa voix distordue. « Tu deviendrais un héros, n'est-ce pas? Le héros ayant vaincu le sorcier, le chevalier triomphant du monstre! »

« – Tais toi! »

Le sol trembla encore, les dalles d'or se brisant sous la force du coup. Tout autour d'eux, la cité de Lohikaarm se réduisait lentement en miettes, ses ailes et ses hélices tombant peu à peu dans les profondeurs nuageuses. Si le moteur qui la maintenait en l'air se brisait, alors ils suivraient tous le même chemin: si l'explosion ne les tuait pas, la chute dans l'océan leur briserait les os comme du verre. Ils devaient s'enfuir, ils devaient éviter cette destruction, ils devaient y survivre comme ils l'avaient fait pour les six dernières fois. Esteban savait qu'il devait tourner les talons, et rejoindre Zia et Tao au Condor.

Mais il ne voulait pas courir. Il n'en avait plus la force. Tout ce qu'il avait accompli se jouait ici et maintenant, tout aurait du trouver sa réponse et sa fin. Mais par la faute de ce sorcier, de ce monstre, il ne l'aurait jamais. Et la frustration de s'être fait enlever sa récompense juste sous son nez l'emplissait de rage, de colère, et d'idées si sombres qu'il se laisserait volontiers leur donner forme.

Ses doigts se resserrèrent sur sa dague.

« Tais-toi! », répéta-t-il, la voix abîmée par ses pleurs. « Tu n'as plus nulle part où courir, Ambrosius. Tu ne vois donc pas? La dernière Cité d'Or est détruite! Ton expérience a échoué! Pourquoi est-ce que tu essayes encore? »

Et de lui, il n'obtint qu'un autre rire. Un rire sardonique, glacial, qui lui hanta l'esprit.

« Mon expérience n'était rien! », clama-t-il, tentant de se relever. « N'importe qui saura recréer la pierre solaire, s'il a les plans. Il y aura toujours d'autres alchimistes aussi déterminés que moi, quelqu'un qui saura reprendre mes travaux. »

Il voulut se lever, mais son exosquelette était trop endommagé, et il retomba sur le sol. Derrière ses lunettes brisées, il fixait Esteban avec cette expression de dégoût qui lui donnait l'air d'un sale rat.

« Je peux avoir toutes les pierres solaires que je veux, si je le désire. Mais un peuple, mon bon Esteban… Un peuple ne se remplace pas aussi facilement! Et aucune Pyramide de Mu ne te rendra ta famille! »

Et il se mit à rire plus fort encore. Un rire méchant, moqueur, le rire d'un homme qui n'avait plus que des coups aussi bas pour se sentir au-dessus des autres. La gorge d'Esteban le serra, et son cœur lui fit de plus en plus mal; poussé par la douleur, il se mit à hurler, sa voix dépassant même le grondement de Lohikaarm, et ses jambes coururent sans qu'il ne leur ordonne. Sa main se serra, et sa lame décrivit un arc-de-cercle dans l'air, avant de s'abattre.

Le rire d'Ambrosius fut coupé court. Mais l'écho demeura, déformé et répété à l'infini par un modulateur brisé, que le vrombissement du moteur déchiré finit par couvrir.

Ambrosius le regarda, comme s'il n'était pas surpris de cette fin. Il eut un regard pour la main qu'il porta à sa plaie, pour son gant désormais souillé de sang, puis à nouveau pour Esteban. Et son sourire ne faiblit pas.

« Ainsi donc...tu as choisi d'être le héros. », souffla-t-il, comme pour se moquer. « Mais ce ne sera pas si simple. Tu ne sais pas...où tu vas. Moi seul...moi seul sait ce qu'il t'en coûtera! »

Esteban le regarda en face. Son visage était mouillé de larmes, de suie, et sa main était désormais tachée de sang. Il tremblait de tout son corps, et se sentait à deux doigts de s'évanouir; mais il résista, poussé par le sursaut d'adrénaline qui lui avait envahi les veines.

« Toi et tes secrets... », marmonna-t-il, n'ayant pas la force de parler. « Tu peux les emporter dans ta tombe! »

Son pied se leva, et frappa le monstre au visage. Sa lame se décoinça de son carcan de chair, et l'alchimiste tituba en arrière.

L'instant d'après, le moteur explosa, et Lohikaarm éclata en morceaux.

Balayé par la force du coup, Esteban n'eut même pas le temps de se protéger le visage. Le souffle de la vapeur solaire le projeta en arrière, le ballottant comme une feuille morte, et la chaleur le brûla de part en part. Il voulut crier de douleur, de peur, de quoi que ce soit, mais sa voix ne lui répondait plus. Il n'avait plus le contrôle de rien, il ne faisait que subir le choc, le vent, la douleur, la chaleur, la colère qui se bousculaient en lui sans qu'il ne puisse donner voix à aucun d'entre eux. Il n'avait plus de voix, plus de volonté. Plus rien qui ne vaille la peine.

La gravité le rattrapa, et il se sentit tomber. Son corps lui pesait, fouetté par le vent qui lui glaçait la peau, et il n'était pas plus vivant qu'un des milliers de fragments d'orichalque qui tombaient avec lui, tant d'éclats de la cité aérienne désormais détruite. La septième Cité d'Or, la septième à se détruire et emporter ses secrets avec elle. Celle qui aurait dû lui apporter les réponses qu'il voulait, mais qu'il n'aura jamais.

Ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes, n'ayant plus la force de rester ouverts. Esteban ne voulait plus que s'abandonner à la fatigue, à la lassitude qui s'emparait de lui, et à fermer les yeux pour ne plus jamais les rouvrir. Mais un glatissement familier lui parvint aux oreilles, et avant qu'il ne s'en rende compte, il se fit cueillir au vol par les ailes du Condor.

« Je le tiens! », cria Tao. « Fonce, Zia! »

L'instant d'après, le Grand Condor filait dans les airs, loin de Lohikaarm, loin de l'explosion. Loin de tout ce qui s'y était passé.

Esteban se sentit asseoir sur son siège, une main inquiète se porter à son front. Il entendit d'autres voix confuses, mais ne pouvait ouvrir les yeux pour leur donner un visage. Il ne voulait plus que dormir, dormir et ne jamais se réveiller.

Mais les choses ne seraient jamais aussi simples, se dit-il. Alors que Zia s'affairait sur ses plaies, il parvint à se relever, à regarder autour de lui. À travers le pare-brise, il pouvait voir des morceaux d'orichalque fumants qui tombaient vers l'océan glacial, tant de vestiges de l'autrefois splendide Cité d'Or qui se perdraient dans les eaux pour ne plus jamais en ressortir. Un coup d’œil lui confirma qu'il avait bel et bien récupéré son médaillon, et que le reliquaire qu'ils avaient obtenu était posé sur le siège d'à-côté.

Et sa main était toujours tachée de sang. Toutefois, elle était vide; il avait dû lâcher sa dague en tombant.

« Ambrosius... », murmura-t-il, essayant de s'y retrouver.

Il sentit une main prendre la sienne, et une voix douce lui parler.

« Ambrosius n'est plus là, Esteban. Ne t'en fais pas. Tout ira bien. »

Il voulut poser des questions, s'indigner, s'énerver. Mais il n'en avait plus la force. Il se contenta donc d'acquiescer, et de fermer les yeux, pour succomber à la fatigue.

Le Grand Condor finit par se poser quelques heures plus tard, sur la côte d'où ils étaient partis pour rejoindre la Cité. D'ici, rien ne laissait entrevoir la catastrophe qui s'était produite, sinon les nuages déchirés par l'explosion comme un trou dans le ciel.

C'était donc ainsi que tout s'achevait, pensa Esteban. La fin de leur quête, déjà venue.

Debout sur la côte rocheuse, les trois amis regardèrent le ciel ainsi brisé, sans rien dire. Il y avait tant à demander, tant à aborder, mais pour le moment, les choses étaient encore trop fraîches dans leurs esprits pour qu'ils s'y aventurent. Le danger était encore trop présent, les maintenant en alerte sans qu'ils n'y puissent rien; et sans nul doute auraient-ils tout abandonné à l'instant même s'ils l'auraient pu faire.

Ce fut Tao qui brisa le silence, au bout d'une longue contemplation muette.

« Et maintenant? », demanda-t-il, posant la question qu'ils redoutaient tant. « On était censés unir les cités, non? Comment faire, maintenant qu'elles sont détruites? »

Esteban n'en savait rien. Il s'en fichait même un peu, pour être honnête. Il regarda sa main hâtivement essuyée, repensa aux mots d'Ambrosius. Au peuple enfermé sous les eaux, qui avait tant attendu de revoir le jour, pour au final être perdu à jamais.

Cette idée lui serra le poing, et il sentit d'autres larmes lui monter aux yeux. Il essaya de s'en défaire, de relever la tête.

« Maintenant...on continue. », dit-il, tentant de leur donner ce qu'ils attendaient. « On a une piste, on va la suivre. On va...on va continuer. »

« – Tu en es sûr? », demanda Zia. « Tu n'es pas en état de continuer, pourtant… Je pense qu'il faut que l'on s'arrête pour le moment. Ce n'est pas juste pour toi. »

« – Pour aucun d'entre nous. »

Ils avaient de bons arguments. Esteban voulut protester, insister que ce n'était pas grave, mais il ne trouva pas les mots. Il était abattu, incapable de raisonner contre eux.

Il sentit alors les bras de Zia s'enrouler autour de lui. Il y eut un moment d'hésitation, puis ceux de Tao s'y joignirent aussi. Esteban essaya de les repousser, d'insister, mais ses forces l'abandonnèrent, et il s'avoua vaincu. Ses larmes coulèrent, ses sanglots s'échappèrent, et il laissa aller toute la colère qu'il avait sur le cœur. L'injustice, la rage, la vengeance avaient eu raison du Fils du Soleil, et le ciel déchiré se couvrit d'orage.

La pluie commença à tomber, le vent à souffler. Mais les trois amis restaient enlacés, incapables de bouger. Tous les trois avaient tant souffert au cours de cette aventure, de ces derniers jours, que continuer leur semblait de moins en moins possible à chaque seconde. Sous la pluie battante, sous les décombres invisibles de Lohikaarm, ils n'avaient plus qu'eux trois sur qui compter et s'appuyer. Et peu à peu, tous les trois se mirent à pleurer, mus par une souffrance commune et par le poids de tout ce qu'ils avaient enduré.

Le vrombissement du tonnerre se rapprocha, menaçant d'illuminer le ciel de ses éclairs. Apeuré, Pichu se cacha dans la tunique de Tao, brisant quelque peu leur étreinte. Mais ce faisant, les trois adolescents revinrent à la réalité, à leur situation.

Zia essuya ses larmes du coin de l’œil, et leva la main. La pluie s'écarta alors, ruisselant hors de leur chemin sur une barrière invisible qui leur servait de parapluie de fortune. Esteban releva la tête, et sembla tout juste remarquer à quel point il avait froid, quand bien même sa peau souffrait encore des brûlures solaires de l'explosion. Tao entoura ses frissons de ses manches longues, lui offrant une protection maigre mais tant bienvenue. Esteban se blottit contre lui, comme un remerciement muet, et Zia s'y invita également pour y apporter sa propre chaleur humaine.

Ils restèrent ainsi couverts de la pluie, toujours sans dire un mot. Mais peu à peu, celle-ci s'éclaircit, et le ciel retrouva une blancheur neutre où le soleil brillait faiblement. Esteban regarda cette lumière, la regarda baigner la côte de son éclat de perle, et s'aperçut qu'il ne pleurait plus.

Il leur faudrait se relever. Revenir au Condor, continuer leur quête, accomplir les dernières étapes de la volonté des anciens de Mu. S'assurer que cette destruction ne s'est pas faite en vain, que les Cités d'Or aient joué leur rôle jusqu'au bout. Il leur faudrait à présent devenir le Héros, la Princesse et le Sage, comme ils l'avaient été il y a si longtemps.

Reprendre le cycle des choses, et recommencer l'histoire.

Mais il semblait bien que pour le moment, aucun d'eux ne veuille s'y mettre. Aucun ne voulait s'adonner à ce qu'une quelconque prédiction disait d'eux, aucun d'entre eux ne voulait s'amuser à jouer un rôle. Là n'était pas le moment, ni la solution.

« Est-ce que...est-ce qu'on va s'arrêter? », demanda Zia.

« – On ne peut pas vraiment continuer… Où est-ce que l'on pourrait aller? Que faire? »

« – On a des indices, non? On a encore pas mal de travail à faire... »

Esteban soupira, baissant la tête. Il sentit alors la main de Zia sur la sienne.

« On peut encore changer les choses. Ton peuple n'a pas complètement disparu. Si on peut les ramener parmi nous, alors on le fera. »

« – Exactement! », confirma Tao, retrouvant son entrain habituel. « Tu ne vas quand même pas te laisser abattre par les mots de ce vieux serpent, non? Il y a encore de l'espoir! »

Esteban ne voulait pas vraiment y croire. Mais les sourires et la confiance de ses amis lui parvinrent malgré lui, et il se surprit à sourire à son tour.

« ...vous avez raison. », conclut-il. « Il y a toujours de l'espoir. »

Il regarda le soleil, qui était reparu de derrière les nuages. Étaient-ce ses mots, ses pensées qui l'avaient fait revenir? Il ne le saurait sans doute jamais. Mais peut-être qu'il ne voulait pas savoir, après tout.

« Et tant qu'il y aura de l'espoir, le monde aura besoin de nous trois. »

Ses mains trouvèrent celles de ses amis. Ils s'échangèrent un regard, un sourire, et contemplèrent le soleil ensemble.





Si vous avez l'impression d'avoir raté un truc, c'est normal.
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Sandentwins » Hier, 13:28

:condor: Chapitre 2: Miroir d'Existences :condor:

« Bon...qui l'ouvre? »

Tao regarda ses amis, qui ne semblaient pas en savoir plus que lui. Tout laissait à croire que seul l'un d'entre eux pourrait ouvrir le reliquaire, mais celui-ci ne laissait rien paraître. Ce n'était qu'un banal coffret d'or, gravé des deux ailes de Lohikaarm, sans rien de plus.

« Il nous faut agir avec logique. », dit Zia. « Tao et moi avons déjà trouvé les reliques qui nous étaient destinées. »

Elle poussa le coffret vers Esteban.

« En toute logique, celle-ci te revient donc. »

Esteban la regarda, l'air dubitatif. Mais il fallait avouer que son raisonnement simple était sans doute juste.

« Si c'est ce que la prophétie demande... », dit-il sans grande conviction.

Il prit une profonde inspiration, ferma les yeux, et ouvrit lentement le coffret, le couvercle pesant à peine son poids. Lorsqu'il les rouvrit, un éclat d'or lui répondit d'entre les parois de velours.

Un poignard. Une splendide lame courte en orichalque, à la poignée de cuir et à la garde sertie de gemmes et de gravures. À sa vue, les trois adolescents eurent un souffle de surprise, et échangèrent un regard.

« La relique du Héros. », murmura Zia. « Celle qui a vaincu tant d'ennemis. »

En effet, elle n'était pas tout à fait neuve. Sa lame portait d'infimes traces de bataille, prouvant qu'elle avait déjà servi. Et lorsque Esteban serra sa main autour de sa poignée, il sentit le cuir épouser la forme de ses doigts, l'empreinte formée par des années d'usage.

Il s'était déjà servi de sa dague bien des fois, et l'utilisait volontiers pour menacer ses ennemis. Mais il n'avait jamais blessé personne. Or, cette lame-ci avait poignardé, voire même tué plus d'un; rien qu'à la tenir en main, Esteban se sentit mal à l'aise. Il pouvait presque voir les traces de sang qui souillaient encore le métal, le sang que son prédécesseur avait volontiers fait couler. Et cette vision le dérangea au plus haut point; rapidement, il la rangea dans le fourreau vide à sa ceinture. Comme si tout avait été prévu, elle avait tout juste la bonne taille pour y entrer confortablement. Comme si depuis le départ, elle lui était destinée, comme à tant d'autres avant lui. Il ne sut pas quoi faire de cette pensée, donc il essaya de changer de sujet.

« Bon. On a le livre, la couronne, et maintenant le poignard. Qu'est-ce qu'on en fait? »

« – Ça, je n'en sais rien. Mon livre ne dit rien là-dessus, du moins que je sache. »

Tao sortit le livre de sa manche. Un tome relié d'orichalque, écrit dans des langues étranges rappelant celles du livre des Sept Langages. Il parcourut les pages déjà bien annotées, et entoura de son crayon un autre paragraphe.

« La lame du Héros, guidée par son cœur, défiera le Monstre et le rendra vainqueur. Ça, c'est ce qui s'est passé avec Ambrosius. »

« – Ne m'en rappelle pas... »

Esteban détourna le regard, encore moins à l'aise. Il n'avait toujours pas digéré les événements de la veille, et sans nul doute était il encore sous le choc. Tao s'empressa donc de continuer sa lecture. 

« Les trois reliques ainsi retrouvées, portées par des mains d'or et de lumière, uniront leurs vies et leurs destinées, commençant ainsi une nouvelle ère. C'est là que je ne comprends plus. »

Zia chercha sa poche, en tira le fin diadème d'orichalque forgé. Une couronne semblable à celles trouvées à Sûndagatt, mais plus travaillée encore.

« Uniront leurs vies et leur destinées… Peut-être qu'il faut les combiner d'une certaine façon? »

« – Ça ne semble pas très logique, mais...on peut essayer. »

Toutefois, après une bonne minute passée à essayer de combiner la couronne, la dague et le livre de toutes les manières possibles, ils durent s'avouer vaincus. Il fallait dire que le peuple de Mu n'était pas connu pour la simplicité de ses énigmes.

« Bon, c'est pas ça. », abandonna Esteban. « Qu'est-ce qu'on peut faire d'autre? »

« – La suite ne dit rien d'utile. C'est juste des phrases sans queue ni tête. »

« – Ou bien elles n'ont juste pas révélé leur sens pour le moment. Ces objets non plus, d'ailleurs. »

Dans le doute, Zia posa le diadème sur sa tête. Aussitôt, ses sens semblèrent s'intensifier, atteindre plus loin encore que ce qu'elle pouvait percevoir par elle-même. Il lui suffisait d'orienter le fil de sa pensée pour atteindre chaque pierre, chaque arbre, chaque goutte d'eau à sa portée, et en percer les secrets. Mais très vite, l'afflux de sensations qui lui parvint la submergea une fois encore, et elle retira la couronne à la hâte pour couper son esprit de tout ce tumulte. Et comme elle s'y attendait, aucune vision ne lui était venue durant ce court instant.

« Je n'ai rien non plus. », conclut-elle, retrouvant l'usage de la parole. « Même les rois de Mu ne peuvent pas nous aider. »

« – C'est vraiment le comble. », soupira Tao. « On a fait tout ce chemin, on a trouvé tous ces objets, et maintenant qu'on les a, on ne sait pas quoi en faire! J'ai l'impression qu'on se moque de nous. »

« – Ce serait pas la première fois. », ironisa Esteban.

Son regard se porta sur le livre d'or.

« Je parie que eux y sont parvenus du premier coup. »

Personne ne lui répondit.

Jusqu'ici, toutes les prophéties du livre et de tant d'autres s'étaient montrées justes. Certaines étaient même si précises qu'elles en semblaient invraisemblables; elles allaient jusqu'à décrire le jour et le lieu de certains événements, à prédire les actions de personnes qui ne seraient pas nées avant plusieurs millénaires, à donner les réponses à des questions qui ne seraient pas posées avant des temps futurs lointains. Et s'il y avait là quelque magie, astrologie ou science divinatoire occulte, Esteban n'y aurait rien trouvé à redire; mais la véritable raison d'une telle précision était bien moins agréable à entendre.

Et elle savait lui saper le moral comme rien d'autre.

« Bon. », dit Tao, le ramenant hors de ses pensées. « Visiblement, ça ne sert à rien de s'acharner. Peut-être que ce n'est pas encore le bon moment. »

Il se releva, regardant l'océan qui battait son écume jusqu'aux serres du Grand Condor.

« On ne va pas s'embêter à trouver une solution alors qu'il nous manque forcément quelque chose. Pour l'instant, il nous faut savoir où aller maintenant. »

À ces mots, Pichu se mit à tournoyer autour de la tête de son maître, pépiant d'un air enjoué.

« Aller manger! Manger! Rrrk! »

« – T'es vraiment un ventre sur pattes, toi alors! À se demander si Sancho n'a pas déteint sur toi! »

« – Je trouve qu'il n'a pas tort. », remarqua Zia. « Rien ne nous force à repartir maintenant. Et puis, toute cette réflexion, ça m'a donné faim. »

« – Une bonne chose qu'Esteban ait déniché un nouveau couteau à viande, alors. Pas vrai, Esteban? »

Ce dernier sembla se réveiller quelque peu, surpris d’être ainsi interpellé.

« Oh...oui, bien sûr. Si tu veux. »

Son ton n'avait pas l'air très convaincu, ce qui fit hausser un sourcil à Tao.

« Tu es sûr que tout va bien? Depuis qu'on est partis de la Cité, t'es tout bizarre... »

Et il en avait bien le droit. Mais sur le coup, Esteban décida de ne pas en ennuyer ses amis. Ce n'était pas le moment.

« Non, tout va bien. », mentit-il. « C'est juste un peu de fatigue. »

Zia sembla ne pas le croire. Il était si difficile de lui cacher quoi que ce soit. Mais elle n'en dit rien, du moins pas directement.

« Tu ferais mieux de rester ici et de surveiller le Condor. », proposa-t-elle. « Repose-toi un peu. Nous, on va essayer de trouver de quoi manger. »

« – Bonne idée. Je vous attends. »

Il y eut un silence assez gênant, qu'Esteban brisa vite en retournant au Condor. Le lourd bec cuivré s'abaissa pour le laisser entrer, et une fois à l'intérieur, il se laissa tomber sur son siège avec un bruit sourd.

Au dehors, le ciel s'obscurcissait, le soir tombant lentement sur la côte scandinave. Il n'y avait pas d'étoiles dans le ciel couvert de nuages, qu'un soleil faiblissant éclairait encore d'une lumière froide. Comme pour y faire écho, Esteban soupira, sentant sa propre fatigue croître avec l'obscurité.

Sans qu'il n'en aie conscience, sa main s'était reportée sur la poignée de sa nouvelle arme. Lentement, il la tira de son fourreau, admira sa lame sous la lumière faiblissante. Dans un éclat de soir, il vit le reflet de son propre visage, fatigué et attristé par quelque chose qu'il comprenait à peine.

Elle avait connu tant d'autres. Tant d'autres Héros avant lui, d'autres jeunes garçons comme lui qui avaient tous soif d'aventure et de voyage. Tant d'autres enfants qui, du jour au lendemain, s'étaient retrouvés porteurs d'une destinée qui les dépassait. Tant d'autres naïfs et blagueurs, qui à intervalles d'un millénaire, endossaient le rôle où de vieux Sages les avaient forcés avant même leur naissance.

Il pouvait presque le sentir. Il pouvait presque imaginer la main d'un autre, un autre enfant de son âge, voire plus jeune encore, serrer le poignard comme il le faisait. Il pouvait voir son visage dans le reflet de la lame, le visage apeuré d'un jeune garçon ayant vécu au 6e siècle, qui se posait les mêmes questions que lui. Qui lui aussi, réalisait que tout changeait peu à peu, que rien ne serait jamais éternel.

Qui lui aussi, pour la toute première fois, avait tué quelqu'un.

Quand Esteban avait appris l'existence d'un monstre qu'il lui faudrait vaincre, il s'était vite imaginé une sorte d'ancien dragon, ou une créature démoniaque comme il en voyait dans les illustrés. Il se voyait déjà en chevalier triomphant du mal, écrasant sous son pied le cadavre d'un reptile difforme ou d'un géant hirsute, acclamé de tous et célébré comme les autres héros dont il avait entendu les histoires. Il avait accepté ce rôle, et il s'y était plu. Et puis, la réalité l'avait rattrapé.

Les dragons et les géants existaient sûrement; mais les monstres, les véritables monstres, étaient humains.

Ambrosius n'était pas une bonne personne. Perfide, manipulateur, cruel et menteur; Esteban n'avait pour lui que de la rancœur, voire même de la haine. Il s'était autrefois concocté mille vengeances à s'imaginer lui faire subir, et lui en avait tant voulu pour ce qu'il avait fait à son père, puis à son peuple. Mais malgré tout cela, malgré Zarès, malgré les trahisons, il restait un être humain. Autrefois, Esteban l'avait apprécié, l'avait suivi, l'avait porté en estime; même après la révélation troublante de son double-jeu, il avait essayé de lui trouver une raison, une quelconque excuse à ses actes infâmes, malgré la haine qui lui rongeait le cœur. Et si le désir de le vaincre avait tant régné dans son esprit, il n'aurait jamais osé aller plus loin que de l'arrêter, de l'emprisonner, de l'empêcher d'agir.

Il n'aurait jamais voulu le tuer. Mais désormais, il avait son sang sur les mains.

Est-ce que son prédécesseur s'était senti comme lui? Avait-il tué son propre monstre, pour n'en tirer non pas de la gloire ou de la fierté, mais une culpabilité sans nom? Avait-il dû vivre avec cette pensée sur la conscience, pour le restant de ses jours? Ou bien pire encore, s'y était-il habitué, avait-il recommencé? Et les autres avant lui, tous ceux qui s'étaient succédés depuis le temps de Mu, avaient-ils aussi vécu cela?

Dégoûté, Esteban rangea le poignard à sa ceinture, pour ne plus le revoir. Il ne voulait pas y penser. Il avait besoin d'avancer, de laisser le passé derrière. Ce qui est fait est fait.

Sa fatigue prévalait sur sa faim, semblait-il. Soupirant, il se pelotonna sur son siège, et essaya de fermer les yeux quelques minutes. II lui faudrait être reposé pour pouvoir s'envoler à l'aube.

Tout au cours de la nuit, un visage difforme à la barbe rouge s'amusa à hanter ses cauchemars.
:condor: Le meilleur personnage de toute la série, c'est la mère d'Esteban.:condor:

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Raang
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Raang » Hier, 15:55

Je n'ai pas pris l'occasion de commenter depuis ma découverte de ce topic, et à vrai-dire je n'ai pas lu l'intégralité des différentes histoires. Pour être honnête, je trouve que sur le plan littéraire tu n'as rien à envier à ce que j'ai déjà vu sur le forum. Je n'ai même pas de problème avec ta saga des différentes romances possibles, j'ai déjà lu des fictions sur le fandom anglophone (je me demande même si je ne suis pas déjà tombé sur un de tes textes vu que je traînais sur ArchiveOfYourOwn durant un temps). J'ai juste ressenti un manque d'attachement au style, ça arrive parfois malgré la qualité des textes, ce qui fait que la plupart du temps je ressentais ton écriture comme la littérature de comptoir

Eh bien, je dois avouer que ces deux derniers posts me font grandement requestionner ce que je pensais ! J'ai beaucoup apprécié la tonalité à la fois sombre et teintée d'espoirs, les thèmes, et l'écriture des personnages dans ce possible épilogue ! Encore une fois, c'est bien écrit et assez facile à lire en soi, mais sur ce coup j'ai été bien plus captivé que par les précédents textes. Peut-être par la présence plus importante de l'action.
Cela me donne envie de voir où va mener cette petite "expérience", on verra ce que ta plume te dira de faire ^^

Nota Bene, Dictionnaire du Raang Sauvage : Littérature de comptoir, n.f, style littéraire composé de textes de bonne facture, mais ne suscitant pas d'émotion particulière à part passer le temps.
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Re: "Sa Machine Ailée" et autres histoires

Message par Sandentwins » Aujourd’hui, 12:18

Raang a écrit :
Hier, 15:55
(je me demande même si je ne suis pas déjà tombé sur un de tes textes vu que je traînais sur ArchiveOfYourOwn durant un temps)
Je peux te dire sans mauvaise foi que même en enlevant les traductions, j'ai écrit la moitié des oeuvres MCoG sur AO3. Donc oui, il y a des chances.
Raang a écrit :
Hier, 15:55
J'ai beaucoup apprécié la tonalité à la fois sombre et teintée d'espoirs, les thèmes, et l'écriture des personnages dans ce possible épilogue ! Encore une fois, c'est bien écrit et assez facile à lire en soi, mais sur ce coup j'ai été bien plus captivé que par les précédents textes. Peut-être par la présence plus importante de l'action.
Cela me donne envie de voir où va mener cette petite "expérience", on verra ce que ta plume te dira de faire ^^
Merci beaucoup! J'essaie un truc un peu différent en termes de style pour celle-ci, donc moi aussi j'ai hâte de savoir ce qu'il en deviendra.

Pour ceux qui pensent que j'aime pas EsteZia, c'est pas vrai du tout. Tenez, j'ai même pensé à vous pour ce chapitre. Un peu.

:condor: Chapitre 3: Les Derniers Grains de Sable :condor:

« Il y a encore pas mal de choses que je ne comprends pas. », questionna Tao, feuilletant les pages du livre. « Si tout se répète, alors pourquoi est-ce seulement maintenant que les plans de Mu réussissent? Qu'est-ce qui fait que ça n'aie pas marché avant? »

Esteban se posait effectivement ces mêmes questions. Mais pour le moment, il n'avait pas envie de se creuser la tête. Il regarda deux alchimistes s'affairer sur de vieux rouleaux, murmurant en latin comme une messe basse pleine de formules et d'autres incantations étranges. Mais très vite, il s'en ennuya plus encore, et reporta son attention sur leur petit groupe.

« Peut-être que les anciens élus ne bénéficiaient pas des mêmes atouts. », proposa Zia. « Saviez-vous s'ils possédaient les médaillons du soleil? »

« – Il y a fort à parier que oui. », répondit Athanaos, tournant les pages du volume qu'il s'était fait apporter. « Beaucoup de légendes et de cultures mentionnent le motif de ces mêmes médaillons plusieurs siècles auparavant. Il est donc fort probable qu'en refaisant ainsi surface, ils entrent en la possession des élus. »

« – Donc ça ne nous avance guère. »

Esteban soupira, faisant tourner la pièce de son médaillon sur la table. Elle retomba avec un bruit métallique fort agaçant, qui l'incita à la reprendre un moment plus tard.

« On en revient toujours au même point, alors. »

« – Il ne faut pas le voir comme ça. Vous avez du mal à avancer, c'est tout. »

En effet, pour lui qui était habitué à trouver indice après indice sur une piste sans fin, rester ainsi bredouille montait à la tête d'Esteban. Après plusieurs jours vides de succès, ils avaient décidé de rendre une petite visite à celui qui pourrait bien leur apporter conseil.

Mais même si cette visite à son père réchauffait un peu le cœur d'Esteban, il se doutait bien que le résultat serait le même. Le même sentiment d'échec, de doute, les mêmes questions auxquelles même Athanaos ne pourrait répondre. À voir la tournure de cette conversation, ils ne seraient pas plus avancés qu'autrefois, ce qui n'aidait pas du tout ce sentiment d'amertume qui lui rongeait l'esprit.

« Parfois, la quête sait se montrer frustrante. », continua-t-il. « Vous ne trouverez pas toujours ce que vous cherchez du premier coup. »

« – Jusqu'ici, on a eu assez de chance. Pourquoi ça s'arrête d'un seul coup? »

Athanaos eut un petit rire, qui les surprit.

« La jeunesse ne changera décidément jamais. Ce que vous pouvez être fougueux, tous les trois! »

« – Vous avez bien été à notre place, un jour. Vous savez ce qu'on ressent. »

« – En effet, je ne le sais que trop bien. »

Il en avait parlé, en effet. Il leur avait raconté les histoires de sa jeunesse, les aventures qu'il avait vécues. Et si Esteban s'était plu à s'imaginer au même rang que lui, aventurier et explorateur accompli, l'impasse à laquelle il était confronté était vite venue le rappeler à l'ordre.

« Peut-être qu'on ne regarde pas du bon côté. », continua Tao. « Peut-être qu'il nous manque encore quelque chose. »

Il se releva soudainement.

« La pierre solaire! Peut-être que c'est ça qu'il nous faut! »

« – Mais elle a été détruite. On l'a vue. »

« – Et alors? Ambrosius a dit que quiconque possède les plans peut en construire une. C'est une bonne nouvelle, Athanaos, on pourrait vous guérir! »

Mais l'alchimiste secoua la tête.

« C'est une très mauvaise idée. Rappelle-toi, se servir de la pierre solaire a un prix. Si je l'utilise pour guérir de mon mal, alors quelqu'un d'autre en souffrira. »

Tao se sentit quelque peu gêné, la honte pesant sur l'excitation. La chimère de l'immortalité que poursuivait Ambrosius avait également des conséquences désastreuses, qui auraient pu résulter en la mort de milliers de personnes. Même s'ils avaient pensé à la confier à un alchimiste plus sage, cela n'en restait pas moins une terrible idée, même avec les meilleures intentions du monde.

« De toutes façons, mes travaux avancent bel et bien. », rassura Athanaos. « Le Raja met tout en œuvre pour mon succès. Il faut dire que depuis la dernière fois, il n'a jamais assez de remèdes et d'antidotes sous la main. »

Esteban n'en resta pas moins dépité; mais au moins, les choses allaient pour le mieux. Tout finirait par s'arranger, il le savait. Ou tout du moins, il l'espérait.

Au fil des heures, l'agitation dans le laboratoire monta encore, dans un essaim de robes blanches allant, sortant, transportant toutes sortes de lourds objets et de liquides dangereux. Athanaos incita les enfants à prendre un peu l'air, tandis qu'il retournait au travail.

Cela faisait plusieurs mois qu'ils avaient quitté l'Inde, et qu'Esteban avait dû laisser son père. Depuis, ils avaient découvert les quatre Cités d'Or restantes, à chaque fois sans plus de succès que les précédentes. Les paysages dont ils se souvenaient vaguement avaient tellement changé, et les choses bougeaient d'une manière ou d'une autre. Tout avançait avec le temps.

Mais certaines ne sauraient jamais changer, pensa Esteban. Sinon, ils n'auraient pas à les recommencer encore et encore.

« Toi aussi, ça t'occupe? »

Esteban s'arracha de sa contemplation des paysages, pour se tourner vers Zia. Elle s'accoudait au rempart comme lui, le regard tourné vers la jungle.

« Comment ça? »

« – Toutes ces histoires de...de prophétie, de recommencement, et de destinées. Je sais bien que ça te perturbe. »

Il n'eut pas la force de lui mentir, et soupira.

« Un peu. », avoua-t-il. « J'ai l'impression de ne plus avoir le contrôle de ma vie. »

Si tant donné qu'il l'ait jamais eu. Aussi loin qu'il se souvienne, quelqu'un avait toujours dicté sa vie et son chemin: les moines et leurs croyances, Mendoza et ses promesses, le Grand Prêtre et ses révélations. Son destin avait toujours été dans les mains de quelqu'un d'autre, sans qu'il n'y puisse rien.

« Après tout, c'est ça, l'enfance, non? »

Une fois encore, Zia semblait deviner ses pensées. Esteban ne trouva rien à répondre qu'un haussement d'épaules.

« Je ne sais pas si être adulte en vaut la peine. »

Il regarda son médaillon, le prit en main. Partout où il en était fait mention, il était dit qu'un enfant devait le porter. Les élus, peu importe leur époque, étaient de jeunes enfants, comme les rois de Mu l'avaient décidé. Mais l'enfance s'achevait toujours, et Esteban en prenait peu à peu conscience. Or, il savait bien que la sienne ne serait pas éternelle, ce qui amenait tant de questions sur son rôle à jouer.

« Il faudra bien qu'on devienne adultes un jour. », rassura Zia. « Qu'on vole de nos propres ailes. »

« – Mais ça voudra dire que notre mission sera terminée. »

Il se tourna vers elle.

« Une fois qu'on n'aura plus besoin de nous, qu'est-ce qu'il va nous arriver? On ne peut pas rester les élus pour toujours. On ne peut pas passer notre vie à bord du Condor! »

Et il leur faudrait alors tout abandonner. Rentrer dans le rang, et oublier qu'ils avaient un jour été les enfants les plus importants du monde.

« Il faudra bien qu'on s'arrête un jour...mais qu'est-ce qu'on va faire après? Est-ce qu'on...est-ce qu'on va devoir se séparer? Vivre une vie normale, comme si de rien n'était? Oublier les Cités d'Or, oublier tout ce qu'on a vécu– »

Il sentit alors le doigt de Zia sur ses lèvres, qui lui coupait la parole.

« Tu t'inquiètes beaucoup, décidément! Depuis quand c'est de ton genre? »

Il la regarda, et vit qu'elle souriait.

« Tu sais bien que ça ne se passera pas ainsi. Je suis sûre que les anciens Sages ont prévu ce coup-ci. Fais-leur un peu confiance, tu veux? »

Elle baissa son doigt, et Esteban resta confus.

« ...comment ça? »

« – À vrai dire, je n'en sais pas plus que toi. Mais...mais ça ne me fait pas peur. Je sais qu'avec tous ces... »

Elle ne savait pas comment le dire, donc elle se contenta de soulever un caillou par la pensée.

« ...je ne pourrai jamais retourner à une vie normale. Je sais ce que les Cités attendaient de moi, et j'y ai vu tant de choses! Leur plan est si complexe, si bien pensé...ce n'est pas logique qu'il s'arrête en même temps que notre enfance. »

À coups de pensée méticuleuse, elle fit flotter le caillou jusque dans la main d'Esteban, qui s'en saisit. Il l'examina un moment, le soupesa dans ses doigts, sans trop de résultats.

« ...mais si c'était le cas? », demanda-t-il. « S'il n'y avait vraiment rien de prévu pour nous? Si...si on n'était bons qu'à accomplir cette quête, et puis plus rien? »

« – Alors ce serait à notre tour de trouver une quête. »

Sa main se posa sur la sienne.

« On irait où l'on voudrait. On ferait ce qu'on a toujours eu envie de faire. Au fil du temps, on trouvera des gens qui auront besoin de nous. Et on les aiderait, comme on l'a toujours fait. »

Il releva la tête, la regarda avec incrédulité. Et il ne vit que son sourire confiant.

« Tu es le Héros, Esteban. Tu as une noble destinée devant toi. Tu pourrais accomplir tant de choses! Tu as déjà fait tes preuves, tu es venu au secours de tant de gens sans rien demander en retour. Ton destin est dans ta nature. »

Dans sa nature…?

« ...tu le penses vraiment? »

« – De toute mon âme. »

Elle serra sa main dans les siennes.

« Je sais même que tu pourrais remonter l'Atlantide de sa prison sous-marine. Car j'ai foi en toi à ce point. »

Il ne répondit rien, toujours sous le coup de ses mots. Puis, lentement, il serra ses doigts en retour. Zia sourit, et il sentit alors ses bras s'enrouler autour de lui, dans une étreinte qui lui fit beaucoup de bien sur le coup. Il aurait voulu y rester pour toujours, ne pas s'en défaire; mais malheureusement, ils avaient tous deux à faire.

« Tu voulais aider ton père, non? », dit-elle une fois ses bras relâchés. « Rien ne nous empêche de rester ici quelques temps. Notre destin grandiose peut attendre, ne serait-ce que le temps qu'on y réfléchisse. »

Il fallait dire qu'elle avait touché juste, une fois encore. Elle le laissa partir, et Esteban se rendit au laboratoire pour assister son père, décidé à profiter de ce moment de paix que le destin lui avait visiblement accordé.

Le reste saurait attendre.
:condor: Le meilleur personnage de toute la série, c'est la mère d'Esteban.:condor:

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