Chroniques Catalanes II. La reconquista.

C'est ici que les artistes (en herbe ou confirmés) peuvent présenter leurs compositions personnelles : images, musiques, figurines, etc.
Avatar de l’utilisateur
TEEGER59
Grand Condor
Grand Condor
Messages : 3292
Inscription : 02 mai 2016, 14:53
Localisation : Valenciennes
Genre :
Âge : 42
Contact :
Statut : Hors-ligne

Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 »

Suite.

Sur la grande place del Blat, en son centre, il y avait une pierre. Elle signifiait qu'à partir de ce point, la ville se divisait en quatre parties: la Mer, Framenors, Pi et la Salada ou Sant Pere. Mais aujourd'hui, la pierre n'était pas visible. Sous la porte du palais du viguier, Modesto tenta de se repérer or la foule massée là l'en empêchait. Son champ de vision se réduisait à un océan de têtes, sur lequel tanguait de tous côtés de vastes paniers en osier et d'énormes sacs contenant de la farine ou des céréales.
Près de lui, d'un côté de la porte, se trouvait l'abattoir principal de la ville; de l'autre, on vendait du pain cuit sur des tables. Le jeune homme, qui n'aimait pas se sentir bousculé, regarda en direction des bancs en pierre de part et d'autre de la place, devant lesquels les citoyens déambulaient.
C'était jour de marché. Il y avait des revendeurs et des commerçants de la cité qui négociaient le prix du blé. Il y avait également des paysans qui venaient proposer leur récolte.
Toujours sous la porte principale, Modesto, se sentit obligé de se pousser car la populace essayait d'accéder à l'esplanade. Il s'écarta et dirigea les deux montures vers les tables de boulangers, mais dès qu'une roue de la carriole s'approcha d'un peu trop près de l'une d'entre elles, il reçut un gros coup sur la nuque.
:?: : Bas les pattes, morveux!
Modesto se vit de nouveau entouré de gens, dans le tumulte et les cris du marché, sans savoir où se diriger. Il commençait à être étourdi quand, élevant la voix pour se faire entendre, Isabella lui demanda:
:Laguerra: : Pourquoi t'es-tu arrêté là?
Modesto: Je ne sais pas où aller!
:Laguerra: : N'avais-je pas mentionné les abattoirs?
Modesto: Si fait! Mais je ne les vois pas.
En raison du brouhaha joyeux de la foule, son beau-père venait de se réveiller.
:Mendoza: : Tu n'as pas besoin de les voir pour les localiser, mon garçon! Utilise ton odorat.
Modesto: C'est que... j'ai le nez bouché.
:Laguerra: : Par la Sainte Croix! Tu n'imagines pas la chance que tu as! J'aimerais être à ta place, là maintenant. Regarde! Ils sont derrière nous.
Modesto se retourna. Dans les boucheries annexes aux équarrissoirs de la cité, on pouvait acheter de la marchandise de première qualité, comme toute celle qui se vendait intra-muros. Barcelone n'autorisait pas l'entrée dans ses murs aux animaux morts. Toute la viande vendue en ville provenait de bêtes sacrifiées sur place.
Le trio vit tomba sur un groupe de femmes qui en achetait. Pendant quelques instants, Isabella, envieuse, observa comment elles vérifiaient les produits carnés et débattaient avec les commerçants.
:Laguerra: : À présent, va par là. Continue tout droit et descends cette rue jusqu'à la basilique Santa-Maria-del-Mar.
Modesto: Pourquoi ne pas me l'avoir dit dès le départ? Je connais bien le quartier de la Ribera. C'est là-bas que j'ai grandi!
:Laguerra: : Je n'ai rien dit parce que je l'ignorais... Allez!
Cheminant vers le port au pas, Isabella pensait que cela faisait plusieurs mois qu'elle ne s'était pas promenée dans ces rues, au milieu de cette foule et des odeurs de Barcelone. La clameur alentour la ramena à la réalité. En sentant les arômes du pain cuit en provenance d'une échoppe sur sa gauche, elle se retourna. Elle avait peu mangé ce matin. Son estomac criait famine mais elle n'avait pas suffisamment d'argent sur elle.
Le panetier la regarda avec méfiance. L'aventurière prit soudain conscience de l'effet que sa tenue provoquait sur les gens et réajusta sa capuche. Elle baissa la tête afin de dissimuler son visage.
Tandis que la carriole continuait d'avancer, elle avala sa salive en évitant de croiser à nouveau le regard de l'artisan.
:Laguerra: : Je ne vais pas demander à Modesto de faire le chemin en sens inverse jusqu'à la cathédrale de la Seu pour quémander un bout de pain à la Pia Almonia! Je peux attendre jusqu'au déjeuner, tout de même! (Pensée).
Plongée dans ses pensées, la señora Mendoza se souvint que, quelques instants plus tôt, avant que la voiture ne tourne sur carrer del Bisbe, elle avait aperçu la file de nécessiteux qui se pressaient devant les portes de l'institution caritative. Combien de fois, dans sa jeunesse, était-elle passée là en éprouvant de la pitié pour tous ces morts de faim condamnés à la charité publique?
Rien qu'en songeant aux mendiants, aux impotents et aux vieilles personnes qui mangeaient sans quitter des yeux leurs compagnons d'infortune, agrippés avec force à leur quignon de pain et à leur écuelle, elle avait de nouveau l'eau à la bouche.
Un jet de pierre plus loin, une petite brise marine commençait à lui caresser le visage.
De son côté, son époux imaginait les contours de l'île de Maians située en face du port dont il entendait la rumeur en fond sonore. Les yeux fermés, toujours allongé sur son matelas, il ne cessait de se répéter intérieurement:
:Mendoza: : Heureux ces hommes, qui peuvent quitter ainsi tous leurs problèmes sur un simple claquement de doigts...
Autour du couple et de leur beau-fils, les étroites ruelles, emplies de gens et d'échoppes d'artisans, devenaient de véritables entonnoirs où il s'avérait presque impossible de passer. Descendre la calle del Mar jusqu'à Santa Maria ne fut pas plus aisé malgré la largeur de la chaussée.

86.PNG

Pourtant, la charrette avançait, fendant la foule comme un petit bateau têtu ayant décidé de franchir une barre dangereuse. Au bout d'un moment, elle atteignit enfin la plaza Santa Maria.
Modesto: Voilà enfin le temple des "bastaixos*". (Pensée).
Modesto s'arrêta sur le parvis. Il n'entendit plus le bruit de la foule autour de lui. Pendant un instant, il demeura comme ensorcelé en contemplant les jambages et les archivoltes de la façade principale. Puis son regard se posa sur la statuaire, les portes rivetées, le tracé géométrique différent sur chacune d'elles, les grilles en fer forgé et les gargouilles représentant toutes les figures allégoriques, les chapiteaux des colonnes et les vitraux, surtout les vitraux, ces œuvres d'art destinées à filtrer la lumière magique de la Méditerranée pour jouer, à chaque heure, presque à chaque minute, avec les formes et les couleurs à l'intérieur du temple.
Soudain, Isabella lui demanda:
:Laguerra: : La basilique te plaît, n'est-ce pas?
Si elle lui plaisait? Il ne s'était jamais posé la question. Il voyait l'église, ses murs, ses absides, ses colonnes élancées et magnifiques, ses contreforts achevés le jour de la fête de l’Assomption, il y a cent soixante-trois ans, mais... si elle lui plaisait?
Il choisit de répondre:
Modesto: De tous les temples dédiés à la Vierge dans le monde, celui-ci est unique!
Isabella lui sourit.
:Laguerra: : Pourquoi ça?
Le jeune homme jeta un œil vers le cimetière de las Moreres où était inhumé Genís Junyent, son père.
Modesto: Comment ne pas aimer cette église? (Pensée).
Il se souvint des paroles de son géniteur quand il était enfant et de la première fois où ils avaient franchi ensemble le seuil de Santa Maria:

Modesto: Oh! Qu'est-ce qu'elle est belle... Mais pourquoi cette église semble-t-elle plus petite que les autres, papa?
Genís: Les autres? Quelles autres?
Modesto: Et bien, celles de France, de Lombardie, de Gênes, de Pise ou de Florence?
Genís: Tu as déjà entendu parler de ces lieux, mon fils?
Modesto: Oui.
Modesto acquiesça. Comment n'aurait-il pas entendu parler des ennemis de son pays?
Genís: En effet, dans tous ces endroits, on a aussi construit des églises. De magnifiques cathédrales, grandioses et chargées d'éléments décoratifs. Les princes, là-bas, ont voulu que les leurs soient les plus grandes et les plus belles du monde.
Modesto: Et pas nous?
Genís: Oui et non.
Modesto fit la moue. Son père lui sourit.
Genís: Voyons si tu es capable de comprendre le point de vue de son concepteur: Beranguer de Montagut. Cet homme a voulu que ce soit le plus beau temple de l'Histoire, mais il prétendait réussir en employant des moyens différents de ceux qu'utilisaient les autres. Ses ouvriers et lui voulaient que la maison de la patronne de la mer soit la maison de tous les Catalans, comme celles où vivaient ses fidèles, inventées et construites dans le même esprit qui les ont conduits à être ce qu'ils étaient, en tirant profit de ce qui était à eux: la mer, la lumière. Tu comprends?
Le jeune garçon réfléchit pendant quelques secondes, puis finit par faire non de la tête. Le maçon se mit à rire.

Genís: Au moins, tu es sincère. Les princes font les choses pour leur propre gloire, nous autres, les Catalans, nous les faisons pour nous. Sur un chantier, j'ai déjà remarqué que, parfois, au lieu de porter une charge trop volumineuse sur le dos, les bastaixos transportaient la pierre attachée à un bâton, entre deux hommes. À ton avis, que se passerait-il si on rallongeait le bâton?
Modesto: Il se romprait.
Genís: C'est exactement ce qui se passe avec les églises des princes...
Devant l'expression étonnée de son fils, Genís ajouta:

Genís: Montagut ne voulait pas dire qu'elles se briseraient, mais comme les souverains passés voulaient qu'elles soient grandes, hautes et longues, on devait les faire très étroites. Hautes, longues et étroites, tu comprends?
Cette fois, Modesto opina.

Genís: La nôtre, c'est tout le contraire. Elle n'est ni longue, ni haute, mais elle est très spacieuse, pour pouvoir contenir tous les Catalans, ensemble, devant notre Vierge. Regarde cet espace sans distinction: il est commun à tous les fidèles. Et pour unique décoration, elle a la lumière, la lumière de la Méditerranée. Nous n'avons besoin de nul autre ornement: seuls l'espace et la lumière qui entre par ici.
Le maçon pointa l'abside du doigt, puis l'abaissa au sol. Modesto le suivit du regard.

Genís: Montagut voulait que cette église soit édifiée pour le peuple, et non pour la gloire d'un prince. Tu comprends, à présent?
Modesto: Oui, papa... Pour le peuple.
Genís: Ces pierres venant de Monjuïc sont de l'or pour cette église. Souviens-t'en, mon fils...

:Laguerra: : Modesto?... Modesto? Pourquoi est-elle unique?
Le jeune homme se tourna vers l'aventurière.
Modesto: Parce que, contrairement à la cathédrale de la Seu, la cathédrale officielle représentant la monarchie, l'autorité, la richesse, le haut clergé, Santa-Maria-del-Mar est l'église du peuple, bâtie peu à peu grâce à l'union et au sacrifice des petites gens. Elle est le symbole de l'humilité et de la foi des pêcheurs.
Se rendant compte de ses propos et, à qui il venait de s'adresser, il baissa la tête.
:Laguerra: : Ça ne fait rien, Modesto car je pense la même chose que toi. Bien! Nous allons pouvoir y aller, non?
Modesto: Oui, bien sûr, excelentísima señora!
L'aventurière le transperça du regard. Combien de fois lui avait-elle dit qu'elle ne voulait pas être nommée ainsi? Elle n'avait que faire de son prédicat d'infante. Mais le jeune homme avait toujours refusé de l'appeler par son prénom.
Modesto: Par où faut-il passer, maintenant?
:Laguerra: Va par là.
Isabella désigna du doigt carrer de l'Anisadeta. Malheureusement, au bout de la rue, un attelage de bœufs obstruait le passage, obligeant le jeune homme à descendre pour finir à pied.
:Laguerra: Vas-y! Le comptoir de Miguel n'est pas très loin. Il est facilement repérable car il y a une croix blanche sur la porte. Nous allons t'attendre ici pour le moment.
Modesto suivit la direction que lui indiqua sa belle-mère. Trente secondes plus tard, le bâtiment devant lequel il s'arrêta était une grande et belle demeure qui s'élevait à l'angle de Canvis Vells (qui allait jusqu'à la mer) et de Canvis Nous, presque en face du portail de Santa Maria.
Au rez-de-chaussée, ouvert sur la rue occupée par une population de lombards et de cambistes, était sis le comptoir, et aux étages supérieurs vivaient l'hidalgo et sa famille. Dix personnes travaillaient frénétiquement au magasin. D'après leur silhouette, aucune d'elles ne semblait être Miguel. Modesto vit que, près de la porte d'entrée, à côté de la fameuse voiture qui encombrait la voie et qui était chargée de marchandises, deux hommes se disaient au revoir. Le premier grimpa sur la carriole et partit. Le jeune homme interpella le second, qui était richement vêtu, avant qu'il ne rentre à l'intérieur.
Modesto: Attendez!
L'homme regarda Modesto avancer vers lui.
Modesto: Je cherche le señor de Rodas.
L'autre l'examina de la tête aux pieds et aboya méchamment:
:evil: : Nous n'avons besoin de personne! Le maître n'a pas de temps à perdre, et moi non plus!
Il tourna les talons.
Modesto: Je suis de sa famille.
L'homme s'arrêta d'un coup et fit brusquement volte-face.
:evil: : Le maître ne t'a pas déjà donné assez d'argent sans doute? Pourquoi insistes-tu?
Bousculant Modesto, il marmonna entre ses dents:
:evil: : On t'a déjà dit que si tu revenais par ici nous porterions plainte contre toi. Le señor de Rodas est un homme important, tu sais?
Plus l'autre le poussait, plus Modesto reculait, bien qu'il ne comprît rien à ses allusions. Il se défendit:
Modesto: Écoutez-moi, je...
L'homme du magasin s'époumona:
:evil: :Tu ne m'as pas entendu?
C'est alors que des cris encore plus stridents sortirent d'une fenêtre à l'étage supérieur.
:?: : Modesto! Modesto!
Le buste penché à l'embrasure, Elena, incrédule, ferma les yeux en les serrant très fort comme il arrive lorsque l'on se trouve en présence d'une lumière trop vive. Puis elle agita vigoureusement les bras. Lui faisant signe à son tour, le jeune homme cria:
Modesto: Elena!
Mais elle avait déjà disparu. Modesto cloua sur l'homme de petits yeux perçants.
:evil: : La señorita Elena te connaît?
Sèchement, le jeune vigneron répondit:
Modesto: C'est ma femme, et sache que, moi, on ne m'a jamais donné d'argent.
À présent embarrassé, l'homme s'excusa:
:evil: : Je suis désolé. Je faisais référence aux frères de l'épouse du maître qui se présentent tous ici les uns après les autres.
Quand il vit Elena sortir de la maison, Modesto ne voulut pas en entendre davantage. Il s'élança vers elle et la prit dans ses bras:
Modesto: Mon Elena! Enfin je te retrouve!
Les quatre mois de séparation qu'ils venaient de subir leur paraissaient à présent quatre siècles et pendant un long moment, ce fut un festival de questions à bâtons rompus et d'embrassades.

À suivre...

*
Bastaixos: ouvrier portuaire, travaillant dans les docks, employé au chargement et déchargement des navires arrivant au port.
Dernière modification par TEEGER59 le 17 avr. 2020, 22:53, modifié 1 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
Avatar de l’utilisateur
yupanqui
Grand Condor
Grand Condor
Messages : 2682
Inscription : 02 déc. 2012, 15:07
Localisation : Machu Picchu et Cuzco
Genre :
Âge : 48
Statut : Hors-ligne

Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par yupanqui »

Magnifique fin !
Et belle description de l’église et de l’esprit qui l’a fait bâtir.
Superbe image aussi avec plein de personnages à retrouver !
Devinette ? Entre autres : Sancho et Pedro. Malik. Le marin portugais. Un enfant et sa maman de Patala. Et un chat !!!
« On sera jamais séparés » :Zia: :-@ :Esteban:
Avatar de l’utilisateur
TEEGER59
Grand Condor
Grand Condor
Messages : 3292
Inscription : 02 mai 2016, 14:53
Localisation : Valenciennes
Genre :
Âge : 42
Contact :
Statut : Hors-ligne

Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par TEEGER59 »

Suite.

Après ce petit incident, vite oublié, les voyageurs furent accueillis à bras ouverts.
Deux valets portèrent Mendoza jusqu'à la chambre que Catalina avait réservée à ses amis. Elena entra comme on finissait d'installer son père dans le large lit dont elle avait aidé la maîtresse du logis à broder la belle courtepointe galonnée.
La jeune fille ne s'était pas arrondie autant que sa mère à chacune de ses grossesses. Afin de mieux la voir, Isabella se recula un peu, éloignant d'elle, à bout de bras, une Elena épanouie. Avec satisfaction, elle constata:
:Laguerra: : Ton état te va bien. Tu parais heureuse.
Tout en s'approchant de la couche où son père était étendu, la jeune fille reconnut doucement:
Elena: Je le suis. Ou du moins, je le serais si tu n'étais pas malade, papa! Tu n'avais rien la semaine dernière. Que t'est-il arrivé?
Le capitaine fit une grimace douloureuse en se plaignant:
:Mendoza: : J'ai la sensation d'avoir avalé un peu de plomb en fusion. Ce n'est guère plaisant! Pourvu que le médecin de la comtesse Pimentel décèle rapidement les causes de ce mal, pour m'en débarrasser!
Elena: Il est retenu au palais aujourd'hui et ne pourra passer te voir que demain matin. Mais il est très savant et fort écouté à la cour.
Modesto vint les rejoindre peu après. Durant un long moment, il considéra sa moitié. Il ne l'avait jamais regardée comme il le faisait à présent. Elle était vive, belle, sereine et sûre d'elle. Son corps exhalait déjà la sensualité d'une femme. Le jeune vigneron s'attarda quelques secondes sur son visage, finement dessiné, au menton marqué, aux pommettes saillantes, au nez italique, droit et sobre, aux dents blanches et bien plantées et à ces impressionnants yeux sombres. Il se souvenait que, quand le soleil entrait dans sa demeure, il pouvait presque toucher le reflet bleuté de ses longs cheveux, soyeux, noirs comme le jais. Malgré la présence de ses beaux-parents, il laissa son regard descendre du cou d'Elena jusqu'à sa poitrine, qu'il entrevoyait à travers la grossière chemise qu'elle portait. Alors, un étrange frisson parcourut tout son être et, comme personne ne faisait attention à lui, il ne se gênait pas pour se délecter des courbes de sa jeune épouse de quinze ans.

☼☼☼

Le soir venu, après le souper, Zia, qui attendait un heureux événement mais n'avait encore rien dit à personne, vint visiter le malade. Tout le monde se regroupa dans sa chambre. Souffrant toujours beaucoup du ventre, Mendoza signala en plus à sa femme que ses mains et ses pieds devenaient gourds. Ni les cruchons d'eau chaude dont on l'avait entouré, ni les tisanes calmantes que lui administrait Isabella sur les conseils de l'inca, ne lui apportaient de soulagement.
De guerre lasse, pour l'assoupir et lui permettre de se reposer un peu, elle lui fit boire une décoction de graines de pavot.
Tout en le surveillant du regard, elle alla rejoindre ses hôtes qui s'étaient installés dans le coin le plus éloigné de la chambre afin d'éviter de déranger le capitaine par trop de bruit.
On parla à mi-voix des événements de l'hiver, de ce qui s'était produit depuis les noces d'octobre.
MDR: La famine a sévi dans bien des vallées avoisinantes. Pour le moment, nous autres, Barcelonais, avons de la chance de posséder la cour de notre comtesse qui draine le meilleur des campagnes. Nous bénéficions également du port. Le trafic qui s'y fait est source de richesse et d'approvisionnement pour chacun d'entre nous. Grâce à lui, nous n'avons pas manqué des principales denrées qui faisaient si cruellement défaut ailleurs.
Avec tristesse, Catalina ajouta:
Cat: On raconte même qu'on en est venu, dans certains endroits particulièrement déshérités, à manger de l'herbe. Dieu m'assiste! Faut-il être affamé pour en arriver là!
:Laguerra: : Je ne sais pas ce qu'il en est de l'herbe, mais je peux vous assurer que le pain dont nous étions obligés de nous contenter chez nous était fait de raclures de blé et de seigle.
Miguel inclina un front soucieux.
MDR: On parle d'une nouvelle épidémie de feu sacré. Surtout dans les régions pauvres, là où la terre est mauvaise. Les manants mangent n'importe quoi et se tordent ensuite dans d'affreuses douleurs...
Il s'interrompit brusquement lorsque sa nièce tressaillit.
Elena: N'en a-t-on pas signalé également quelques cas par ici?
Cat: Si fait. Il paraît que, de l'autre côté de la Collserola, au monastère de Saint-Cucufa, il y en a un si grand nombre qu'ils s'entassent jusque dans les couloirs!
:Zia: : Ici même, à l'hôpital où je me rends régulièrement, il y a plusieurs de ces malheureux que tourmente le mal des ardents. C'est terrible à voir. Ils pourrissent lentement sous l'effet d'une brûlure qui consume l'intérieur de leurs corps. Leurs membres noircissent comme du charbon. La seule façon de les sauver reste de leur couper pieds et mains gangrenés... Il y en a qui se tordent, en proie à d'horrible convulsions.
Elena: Par la Sainte Mère de Dieu! Ne parlons plus de ces abominations! Il est mauvais pour une femme sur le point d'accoucher d'entendre de semblables choses!
Modesto, qui était assis à côté d'elle, posa une main sur un des genoux de son épouse. D'une voix apaisante, il dit:
Modesto: Prions plutôt le bon saint Antoine qui délivre d'un mal que beaucoup nomment de son nom. Depuis que ses reliques ont été transférées de Constantinople dans le Dauphiné, elles opèrent des miracles. Je me suis laissé dire qu'une dévotion particulière, issue du constat du grand nombre de guérisons obtenues, a conduit les moines de Saint-Antoine-en-Viennois à fonder un nouvel ordre. On les nomme les Antonins. Depuis le XIIème siècle, ils accueillent dans leurs hospices bon nombre de gens atteints de l'épidémie brûlante. Certains malades, dont l'état semblait désespéré, se sont retrouvés guéris. Parfaitement rétablis. À tel point que les hôpitaux antonites se multiplient.
Elena serrait les lèvres comme le faisait Isabella quand une idée la tourmentait. La future mère souffla à l'oreille de son époux:
Elena: Tu es bien inspiré de parler ainsi. Ma mère ne semble pas, pour l'instant, faire de rapprochement entre ce qui vient d'être dit et la maladie de mon père. Fasse le Seigneur qu'elle ait raison. Pour moi, je vais prier saint Antoine...

☼☼☼

Le médecin de la comtesse parut préoccupé, le lendemain matin, après avoir miré les urines de Mendoza, pris son pouls, longuement palpé le ventre douloureux ainsi que les extrémités livides et insensibles.
:?: : Tout cela ne me dit rien qui vaille...
C'est ce qu'il confia à Miguel qui le raccompagnait, afin de l'interroger hors de la présence des autres.
:?: : Votre frère est de robuste constitution, il est vrai, mais les privations de l'hiver, survenues avant l'épisode traumatisant qui lui a fait perdre l'usage de la parole, l'ont beaucoup affaibli. Il n'est pas impossible qu'il soit atteint du feu Saint-Antoine, qui fait de nouveaux ravages, ces temps-ci. N'en dites encore rien à personne. Je lui est ordonné de prendre de la santonite pour l'aider à expulser le flot de bile jaune qui lui brûle les entrailles. Si nous ne parvenons pas à lui procurer un soulagement, nous aviserons.
La nuit suivante, Mendoza fut la proie de convulsions qui dessillèrent les yeux d'Isabella, l'affolèrent et laissèrent le capitaine rompu.
Rappelé, le médecin prescrivit de faire absorber au patient de l'infusion d'armoise et d'aspérule, puis de le frictionner à l'huile de camomille.
Raquel, qui était venue rendre visite à sa petite fille dès le lendemain de l'arrivée du couple, leur prodiguait conseils et affection mais n'apparaissait que peu de temps dans la chambre de son fils pour ne pas le fatiguer. D'un air absent, Isabella constata:
:Laguerra: : Vous allez bientôt être arrière-grand-mère...
Mais son cœur était ailleurs.
Il fallut l'accouchement d'Elena, survenu le jour de la saint-Bernardino (20 mai), heureuse coïncidence puisque ce saint protégeait les femmes en gésine, pour tirer l'épouse de Juan de son accablement.
Les premières douleurs prirent la future mère un peu après le souper. Catalina fit aussitôt prévenir sa propre sage-femme, qui suivait Elena depuis son installation à Barcelone.
Ce fut entourée d'Isabella, de Zia, de Raquel, de Catalina, de la ventrière et de son aide, que la jeune femme donna le jour à un solide garçon de sept livres. L'enfant fit son entrée dans le monde au premier chant du coq et tout se passa bien.
:Laguerra: : Malgré ses souffrances, ton père va être heureux.
L'aventurière embrassa la jeune accouchée sur son front trempé de sueur.
:Laguerra: : Il te devra son premier petit-fils!
:Zia: : En revanche, le beau-père de Tao va en crever de jalousie. Pensez donc, un garçon! Du premier coup!
C'est ce qu'assura l'inca, se souvenant du comportement de Luis lors des noces du jeune couple.
:Laguerra: : Comment vas-tu l'appeler?
Elena: Juan-Carlos.
Elena avait répondu spontanément, et des larmes lui vinrent aux yeux.
Chacune des assistantes savait qu'on ne donnait le nom du grand-père au nouveau-né qu'après la mort de l'aïeul. Jamais de son vivant.
Isabella se pencha sur le berceau où la ventrière venait de déposer l'enfant. Avec une amère fierté, elle proclama:
:Laguerra: : Il sera beau. Il mérite de porter un tel nom!
Puis, retournant vers Elena que les femmes achevaient de laver et de parfumer, elle lui dit:
:Laguerra: : Je t'avais bien dit, ma chère fille, que tu n'avais rien à redouter. Tu n'as pas engendré un monstre, comme tu le redoutais. De ton père à toi, puis de toi à ton fils, la beauté de la race s'est perpétuée, intacte!
Modesto fut enfin admis à pénétrer dans la chambre. Il se dirigea vers le grand lit où reposait à présent sa femme. Parvenu auprès d'elle, il s'empara de sa main et la baisa avec dévotion. Pour que personne l'entendît, il chuchota:
Modesto: Le prochain sera le nôtre.
Puis il s'enquit à haute voix de la façon dont s'était déroulée la naissance.

☼☼☼

Dans la nuit qui suivit, Mendoza eut de nouvelles convulsions. Son corps se tordait comme s'il était possédé, de la sueur coulait de son visage congestionné, ses prunelles se révulsaient et son regard se perdait au plafond. Il poussait de sourdes plaintes qui donnaient la chair de poule à Isabella.
:Laguerra: : Je t'aime, Juan! Combien de fois aurais-je voulu te le dire?
Elle lui prit le poignet et s'agenouilla à côté du lit. Elle passa ainsi le reste de la nuit, la main de son homme dans la sienne, à grelotter et à transpirer avec lui, appelant le ciel à chaque spasme.
Le lendemain matin, l'aventurière, dont les traits défaits et l'expression épouvantée disaient assez la détresse, confia à Miguel:
:Laguerra: : Il ne peut demeurer ainsi, il faut faire quelque chose.
MDR: Puisque la médecine se montre impuissante, il reste le recours à Dieu et à ses saints.

87.PNG

:Laguerra: : J'y ai pensé. Hier, je me suis renseignée et je viens de prendre une décision. L'abbaye qui conserve les reliques de saint Antoine est dans le Viennois. C'est loin mais avec le grand condor, ce n'est pas un problème. Comme des guérisons miraculeuses s'y sont déjà produites, il nous faut y aller!
Une détermination farouche l'animait.
Consciente à présent de la gravité du mal dont souffrait son époux, elle se sentait capable de remuer ciel et terre, de tenter l'impossible pour le sauver. Le perdre était ce qu'elle craignait le plus au monde... Que devenir sans lui? Comment vivre alors qu'il ne serait plus?
L'hidalgo fit préparer une litière qui lui appartenait, puis l'offrit à son frère et sa belle-sœur pour rentrer au plus vite chez eux.
En dépit du beau temps, car on approchait de la Pentecôte et le soleil brillait, un épais matelas, des coussins et des couvertures y furent déposés.
Des valets armés furent mis à la dispositions des futurs pèlerins. Ils escorteraient à cheval le brancard attelé de deux robustes juments grises.
Renvoyé un peu plus tôt avec la charrette à l'hacienda afin d'avertir Estéban de se tenir prêt à partir pour la France, Modesto fut remplacé par un solide conducteur capable de se battre, lui aussi, au besoin.
Zia accompagnerait le malade jusqu'à chez lui en lui prodiguant les soins nécessaires.
Avant de quitter le logis du négociant, Mendoza, qui demeurait lucide quand il n'était pas tordu par la souffrance, et manifestait un sobre courage, souhaita mettre en ordre ses affaires ainsi que sa conscience.
Il commença par son testament, légua tout ce qu'il possédait à Isabella, à charge pour elle de le distribuer quand elle le jugerait bon entre leurs enfants. Il institua cependant Pablo son successeur et héritier principal en lui faisant don, sans plus attendre, de la maison.
Dépouillé de ses biens, allégé de ses avoirs terrestres, il ne lui resta plus qu'à se préoccuper de son salut.
Relevé de sa pénitence, en raison de son état, par Jaime Casador, l'évêque de Barcelone, il put recevoir l'extrême-onction, se confesser publiquement devant ceux de sa famille et de ses amis qui étaient présents, puis communier.
:Mendoza: : Je tiens à implorer le pardon complet et définitif de mon épouse, pour le mal que je lui ai causé.
Ce sont les mots qu'il tînt au prêtre qui venait de lui administrer le saint viatique.
:Mendoza: :Je ne serai vraiment en paix avec moi-même qu'après qu'elle m'aura accordé merci.
C'était la première fois que l'époux exprimait ouvertement son repentir. L'aventurière, qui priait avec tous les autres assistants, à genoux au pied du lit, se releva.
:Laguerra: : Il y a longtemps, Dieu le sait, que je te tiens quitte d'un passé où tu étais aveuglé par l'amnésie.
Elle enfonçait ses ongles dans ses paumes pour ne pas hurler.
:Laguerra: : Je ne t'en garde aucune animosité. Sois en repos!
Elle se pencha sur la couche et baisa le front de son mari, là où brillait encore la trace de l'huile consacrée. Dans un souffle, elle acheva:
:Laguerra: : Que le Seigneur t'absolve, comme je le fais de tout mon cœur...
Le Catalan prit une des mains de sa femme et y appuya longuement ses lèvres, comme pour les marquer d'un sceau indélébile.
Il demanda ensuite à voir son petit-fils, le bénit et remercia Elena de lui avoir procuré cette joie... Cette joie peut-être ultime.
À l'heure du départ, le lendemain matin, toute la maisonnée était réunie dans la cour du négociant. Beaucoup pleuraient.
Isabella embrassa sa fille, salua Raquel, serra une dernière fois entre ses bras le petit Juan-Carlos qui dormait, prit congé de ses nièces, Dolorès et Cora, aussi consternées l'une que l'autre, puis remercia Miguel et Catalina de leur amitié jamais en défaut.
:Laguerra: : À travers ceux qui se trouvent réunis ici en cet instant, tout notre passé est évoqué. Je ne sais ce que nous réserve l'avenir, mais Dieu soit loué pour les compagnons qu'Il a mis sur notre route!
Le bruit lourd du portail de bois se refermant derrière la litière lui glaça pourtant le cœur...
Elle se tourna vers son mari, étendu parmi les coussins. Il respirait avec difficulté. Elle lui caressa la joue et lui sourit.
Absorbé dans ses oraisons, les yeux clos, Zia, assise en face d'elle, disait son chapelet.
Il fallut du temps pour sortir de Barcelone. Comme à son ordinaire, la ville bourdonnait, s'affairait, s'agitait.
Après avoir franchi portaferrisa où s'amoncelaient des carcasses d'animaux morts et tout type de viande d'origine inconnue, on prit, après El Raval, la route qui menait à Sant Joan Despí.
Au-dessus du Llobregat, une buée bleutée baignait les lointains. La verdure brillait de toutes ses feuilles nouvelles. Le long des talus, les aubépins étaient en fleur.
Isabella frissonna tout à coup. Une douleur brutale, cuisante, lui transperçait le ventre. Ses mains et ses pieds ne parvenaient pas à se réchauffer...
Dans le rêve qu'elle avait eu, voici plusieurs mois déjà, les doigts que Marco avait posés sur les siens étaient souples et chauds, bien que son fils fût mort, alors que ceux de sa mère, vivante, demeuraient froids et raidis...
Cette sensation demeurait si présente à l'esprit de l'aventurière qu'elle y pensa tout de suite.
:Laguerra: : C'était donc cela! (Pensée).
Elle jeta un coup d'œil vers sa fille adoptive. La chaleur l'avait assoupie. Tombée sur sa poitrine, la tête de l'inca dodelinait aux cahots de la route.
Tant mieux. Il n'était pas nécessaire de l'avertir tout de suite qu'au lieu d'un seul malade, Estéban et elle en auraient désormais deux à convoyer. Il serait toujours temps de les prévenir si le mal devenait insoutenable. L'important n'était pas là. Il était dans la certitude de partager jusqu'à son terme et, quel qu'il fût, le sort de Juan.
Depuis qu'elle avait compris ce dont il souffrait, la peur d'une séparation sans retrouvailles possibles ici-bas, la hantait. Privée de l'homme qui n'avait jamais cessé d'être, depuis leur rencontre, le centre de sa vie, elle se savait incapable de lutter. La découverte soudaine qu'elle venait de faire la pacifiait.
Elle était atteinte, elle aussi, du feu Saint-Antoine. À cette communauté-là, l'aventurière serait également associée...
Elle se pencha vers son époux et lui prit le visage entre les mains.

88.PNG

:Laguerra: : Comment te sens-tu, mon chéri?
Il ouvrit des yeux qui paraissaient plus grands que de coutume, tant sa face était amaigrie, considéra avec une violence et déchirante tendresse le visage incliné vers le sien.
:Mendoza: : J'ai besoin de toi. Oh, mon amour, j'ai besoin de toi!
Comme l'avaient si souvent fait les enfants quand ils étaient malades, Mendoza lui tendit alors une main, une pauvre main froide, pour qu'elle la gardât entre les siennes.
:Laguerra: : Comment pourrais-je t'abandonner? Tu es tout pour moi... Tout! Que ferais-je sans toi? Certains guérissent, Juan. Tu guériras... Tu guériras. (Pensée).
Tout en serrant avec précaution, de ses propres doigts engourdis, ceux qu'il lui abandonnait, Isabella songeait:
:Laguerra: : Nous nous en sortirons, toi et moi.
Si un double miracle les sauvait bientôt (ils ne pourraient l'être qu'ensemble), il leur faudrait, ensuite, vivre dans la chasteté. Ne pas troubler par les violences de la sensualité la limpidité parfaite de leur nouvelle existence conjugale. Ce dur sacrifice serait, pour elle, le plus grand témoignage de reconnaissance, l'ultime renoncement offert en action de grâces.
Une plainte de son mari la tira de son rêve. Elle lui donna à boire un peu de la décoction de pavot dont Zia, qui dormait si bien dans son coin, lui avait confié plusieurs petites fioles.
Soudain, la douleur la fouailla de nouveau. C'était comme si des ongles de fer rougis lui labouraient les entrailles.
Pour atténuer la brûlure qui l'incendiait, elle absorba précipitamment quelques gorgées du cordial et attendit un moment de rémission. Mendoza, qui l'avait vu faire, s'écria:
:Mendoza: : Que...?
De la main, il chercha le menton de son épouse. Ce n'était pas possible. Pas elle. Isabella leva vers lui des yeux vitreux tandis que des larmes coulaient sur ses joues.
:Mendoza: : Pas toi! Mon Dieu, pas toi!
:Laguerra: : Chut!
Elle posa doucement ses lèvres sur celles de Juan.
:Laguerra: : Je vais bien. Ne t'inquiète pas.
Dans cette espèce de boite aux confidences, la tête collée contre son torse, elle essaya de le rassurer. Se redressant et considérant avec ferveur son compagnon de nouveau endormi, elle se dit:
:Laguerra: : Tout est bien! Seigneur, soyez béni! Nous nous sommes enfin retrouvés, lui et moi, à jamais! Vous nous avez permis d'aller jusqu'au bout de l'amour. Quoi qu'il advienne, à présent, guéris ou non, morts ou vifs, nous resterons unis... liés pour toujours par Votre sacrement... en ce monde ou dans Votre royaume!
Si le voyage se déroulait sans incident, ils parviendraient au lieu de leur pèlerinage ce jour même, une semaine avant le dimanche de la Pentecôte. N'était-ce pas, là encore, un signe parmi les signes?
Née de la recherche des cités d'or, nourrie par un désir réciproque et interrompue par la routine, leur histoire était placée sous l'ardent emblème du feu. Couronnant l'ensemble, cette fête, qui clôturait le temps pascal, en deviendrait peut-être le dernier et flamboyant symbole.
Que disait donc un prophète de l'Ancien Testament?
"Il y avait en moi comme un foyer dévorant au plus profond de mon être".
La douleur et la joie consumaient l'aventurière.
L'amour était embrasement, combustion, anéantissement de soi dans l'autre, fusion...

☼☼☼

89.PNG

Un peu plus tard, dans le condor, après avoir franchi les Pyrénées, les rayons du soleil qui pénétraient à l'intérieur du cockpit, se posaient sur la tête de Mendoza et sur celle d'Isabella ainsi que des langues de feu...
Tout comme dans le Cénacle de Jérusalem, les faisceaux lumineux se posèrent sur chacun des Apôtres au nombre de cent-vingt, formalisant la venue de l'Esprit dans un épisode de communication inspirée qui permettaient aux disciples de s'exprimer dans d'autres langues que le galiléen sans qu'on sache s'il s'agissait plutôt de polyglottisme ou de glossolalie.
Bercée par le vol de l'oiseau d'or, souffrant un peu moins sous l'effet de la drogue, à demi assoupie à son tour, Isabella contemplait avec émerveillement et gratitude le Golfe du Lion que nimbait la lumière.

FIN.
Dernière modification par TEEGER59 le 20 avr. 2020, 16:07, modifié 1 fois.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
Avatar de l’utilisateur
yupanqui
Grand Condor
Grand Condor
Messages : 2682
Inscription : 02 déc. 2012, 15:07
Localisation : Machu Picchu et Cuzco
Genre :
Âge : 48
Statut : Hors-ligne

Re: Chroniques Catalanes II. La reconquista.

Message par yupanqui »

Bravo Teeger !
Quelle fin magnifique ! :-@
Que d’émotions ! :roll:
La naissance d’un petit-fils. Une confession publique.
Une réconciliation définitive.
Un amour retrouvé et consumé par le Feu spirituel. :P
Superbe conclusion. :Mendoza: :-@ :Laguerra:
Mais y aura-t-il un volume III ? :tongue:

Deux petites coquilles :
- ton état TE va bien
- issue du constat DU grand nombre de guérisonS obtenues
« On sera jamais séparés » :Zia: :-@ :Esteban:
Répondre