A la recherche de l'Empire perdu

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Xia
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Chapitre 11. La Vallée de la Lune

Aqaba, Égypte ottomane, décembre 1517

Son vœu le plus cher venait d’être exaucé – celui de fouler un jour la terre des fils du Soleil –, mais elle éprouvait tout de même une pointe de déception. Même si Aqaba figurait à présent sur les cartes égyptiennes, elle ne sentait pas vraiment dans ce pays.
Ils s’étaient donné rendez-vous sur le pont du navire, examinant pour la énième fois le paysage aride brûlé par l’astre du jour.
- Je ne comprends pas. Quel est le problème ? On est bien en Égypte ! fit Ambroise de Sarle. Pourquoi vous avez tous ce visage dépité ?
- On n’est pas vraiment en Égypte. Ce qu’on appelle « Égypte », c’est le royaume des Pharaons. Or Aqaba n’est ni dans le mehou, ni dans le shemou. C’est… dans le désert ! soupira Isabella, enfouissant la tête dans ses bras.
- La Basse-Égypte et la Haute-Égypte, si tu préfères, précisa Fernando, voyant l’air incompréhensif d’Ambrosius.
- Eh bien ! Considérez que vous êtes dans la Haute-Égypte. Arrêtez d’en faire un drame ! bougonna ce dernier.
- La Basse, rectifia Athanaos. La Haute-Égypte est le lieu où le fleuve prend sa source, et la Basse est le lieu où il se jette dans la mer. Souviens-toi en : c’est grâce au Nil que les Égyptiens identifiaient ces parties du territoire.
Pour illustrer ses paroles, il traça un trait dans l’air, de bas en haut, ce qui ne fit qu’augmenter la mine déconfite du Français.
- Tout ça pour dire que la Basse-Égypte est en haut et la Haute-Égypte est en bas ! rit Laguerra en lui donnant une tape amicale dans le dos.
Ils avaient appris la nouvelle à leur arrivée à Aqaba, deux semaines plus tôt. Le sultan ottoman Selim Ier avait pris la ville du Caire au début de l’année, annexant ainsi l’Égypte à son empire déjà vaste. À l’Anatolie, la Turquie et la Syrie venait désormais s’ajouter l’ancien territoire des rois divins.
À bord de la nef, personne ne s’attendait à cette nouvelle. Et pour cause. Il fallait dire qu’à cette époque, tout le monde était en plein préparatifs : Ambrosius rassemblait ses papiers, Athanaos s’occupait des vivres, le Docteur était à Lisbonne et Isabella échafaudait son évasion. Aucun d’eux n’avait songé à s’informer des dernières nouvelles diplomatiques.
- C’est tout de même étrange : à chaque fois que l’on passe quelque part, la guerre nous a précédés… D’abord Ormuz, maintenant ici…
- Que veux-tu Fernando ? C’est l’époque, fit Ambroise en haussant les épaules.
Son regard s’attarda quelques instants sur la pyramide de Mu. Il reprit :
- Cela fait maintenant plusieurs jours que nous sommes ici, et nous n’avons toujours rien trouvé… L’ibis, le bélier et la cigogne ne t’ont vraiment rien dit d’autre Athanaos ? Quelque chose qui pourrait nous mettre sur une piste quelconque ?
- Non, et ce ne sont pas eux qui m’ont dit de venir ici, c’est mon intuition. Alors je ne sais pas trop quoi chercher…
Encore et toujours son intuition ! Ambrosius commençait à en avoir assez. Il allait répliquer quand la fillette ouvrit la bouche :
- Vu que d’ici, nous ne voyons rien qui puisse nous mettre sur une voie, je propose que nous descendions encore une fois dans l’oasis. Peut-être qu’au détour d’un chemin, nous aurons une idée…
- Excellente suggestion ma fille ! Que ferions-nous sans toi ? dit son père en lui passant son bras sur son épaule avec un sourire en coin. N’est-ce pas Ambrosius ?

Tous quatre se dirigèrent vers la palmeraie. Athanaos laissa cependant ses compagnons le devancer pour se tourner vers les tentes dressées plus à l’ouest. Comme Ormuz, Aqaba était une ville marchande, située au carrefour des routes commerciales antiques de l’Arabie. Un héritage que lui avait laissé le peuple des Nabatéens.
Il flânait près des étalages d’oranges lorsqu’il sentit qu’on lui secouait la manche de son manteau. Il se retourna et vit un jeune garçon d’une huitaine d’années.
- Pour toi ! lui dit-il. Cadeau !
- Merci, mais pourquoi me le donnes-tu ?
Si le Grec était étonné par ce présent – tombé du ciel –, il se garda le montrer. Un signe des dieux…, se dit-il. L’enfant répondit simplement :
- C’est de la part de la vieille femme.
- La vieille femme ?
En guide de réponse, il désigna un velum. Athanaos suivit son geste du regard et vit la silhouette féminine assise sous l’épaisse mousseline verte. Il tressaillit lorsqu’elle redressa la tête, laissant les rayons du soleil dévoiler son visage ridé par le temps.
La bohémienne de Barcelone !
Il s’avança vers elle, espérant qu’elle ne s’envolerait pas de nouveau. Au contraire, il lui semblait qu’elle l’attendait.
- Tu ne m’as pas écoutée Athanaos, déclara-t-elle lorsqu’il fut à ses côtés.
Sa voix avait changé d’intonation. Si elle était encore douce et chaude deux ans auparavant, à présent elle était devenue ferme et glaciale. Mais surtout, il se sentait mal à l’aise devant elle, comme un jeune enfant pris en faute. Il ignorait pourquoi. Sans doute était-ce le fait qu’elle le tutoyait désormais ? Ou qu’elle l’avait appelé par son nom ? Ou peut-être parce qu’au fond de lui-même, il venait de reconnaître une voix qui lui était étrangement familière…
- Je… je n’ai pas pu le semer, si c’est à cela que vous faites allusion.
Elle le regarda dans le profond des yeux, ce qui l’encouragea à poursuivre.
- Pour être franc, je n’ai pas encore découvert son identité.
- Vraiment ? fit-elle en haussant les sourcils. Tu t’es toujours fié à ton intuition Athanaos. Au fond de toi, tu sais très bien de qui il s’agit. Alors pourquoi ? As-tu peur de la vérité ?
- Non… Mais je ne suis plus seul désormais. Il y a quelqu’un d’autre…
- Oh ! Si c’est Isabella qui t’inquiète, ne crains rien : elle est parfaitement capable de se défendre, affirma la gitane en prenant une vieille branche à ses côtés.
Sur ces mots, elle caressa doucement le bois et reprit, l’œil espiègle :
- Comprends-tu ?
- Je crois…, murmura Athanaos dans une esquisse de sourire.
Encore perdu dans ses pensées, il examina l’offrande offerte par la bohémienne. Il s’agissait d’une très belle pierre argentée aux reflets bleus et blancs, qui n’était pas sans rappeler l’astre lunaire.
- Une sélénite. Je sais que ta quête piétine. Prends-la et dis à tes amis que cette pierre provient d’en-haut, assura-t-elle en désignant de la main le sommet des rocs bordant l’oasis.
- De là-haut ? répéta le Grec en fronçant les sourcils. Quel rapport…
- Tu trouveras…, répondit-elle avec une étincelle de malice dans le regard.
Mystérieuse comme toujours… Personne ne connaissaient pas ce pays, mais aucun d’eux ne serait assez dupe pour croire qu’il y avait un gisement de pierre de lune dans ces montagnes. Qu’allait-il bien pouvoir inventer pour les faire monter ? Et surtout quel était le lien entre cette roche et le djebel ?

Athanaos revint la nef amarrée dans ce qui semblait être le port de l’oasis. Ses compagnons l’attendaient de pied ferme. Ambrosius hurla :
- Bon sang ! Mais où est-ce que tu étais passé ? Cela fait trois heures qu’on te cherche !
Trois heures ? Cela faisait trois heures qu’il était avec la bohémienne ?
- J’ai trouvé quelque chose…, commença-t-il.
- Ça tombe bien nous aussi ! coupa le Français. Sais-tu où se trouve le Wadi Rum ? Et surtout qu’est-ce c’est ?
Athanaos n’en crut pas ses oreilles. Il considéra son ami sans rien dire puis éclata de rire. À vrai dire, il ne savait pas pourquoi il riait, mais cela le soulageait. Et le soulager de quoi ? Cela non plus il ne le savait pas. Sans doute parce que cela lui évitait d’inventer une excuse.
Ses amis se regardèrent, interloqués. Qu’y avait-il de drôle ? Le Grec finit par leur expliquer, le rouge aux joues :
- Le Wadi Rum est là-haut. On l’appelle la Vallée de la Lune…
La Vallée de la Lune ! Évidemment !
- C’est là que je voulais vous emmener…
- Quoi ? Là-haut ? fit Ambrosius d’une voix étranglée. Mais… c’est à cinq heures de marche ! On n’y sera pas avant la tombée de la nuit !
- Eh bien, on partit demain matin ! décréta Fernando, qui jusque là n’avait rien dit. De bonne heure et de bonne humeur !

- Comment tu savais qu’on devait monter ce pic ? demanda Laguerra à son ami le lendemain, brisant un silence que seuls le vent et les plaintes d’Ambroise de Sarle venaient troubler.
- Une intuition… Il n’y avait rien à Aqaba, alors qu’en haut… Et vous ?
- Je crois qu’Isabella a dû faire le même raisonnement…, sourit son ami. Vous vous ressemblez beaucoup tous les deux !
Ce fut au tour d’Athanaos de sourire. Il ne croyait pas si bien dire.
Ils étaient maintenant partis depuis plusieurs heures et la faim commençait tous à les tirailler. Après avoir grimpé un sentier abrupte qui les menait au sommet de la montagne – ou plutôt sur un plateau –, ils traversaient à présent un canyon taillé dans un récif de cinq cents mètres de hauteur. Aucun d’eux n’était vraiment rassuré de franchir ces murailles de pierre où un éboulement pouvait survenir à tout moment. Soudain, le Docteur s’arrêta brusquement. Le Français manqua de lui rentrer dedans et glissa sur un caillou.
- Cette fois, j’en ai m…
- Chut ! Taisez-vous !
- Qu’est-ce qu’il y a ? interrogea Athanaos baissant la voix.
- C’est le vent ! Il résonne entre les falaises ! grogna Ambrosius.
- Non, non… Il y a autre chose…, murmura le Portugais, visiblement inquiet.
Des bruits de sabots résonnèrent au loin. Les galops se rapprochaient de plus en plus vite. Enfin, dans un nuage de poussière, ils discernèrent des ombres sombres coiffées d’un turban rouge et armées d’un sabre. Ils étaient cinq.
- Des mamelouks ! blêmit Ambroise.
- Emparez-vous d’eux ! cria une voix.
Ils étaient à pieds, à bout de souffle, à demi morts de faim et de fatigue, face à des cavaliers, filant comme le vent, armés et maitres de cette vallée. Autant dire qu’ils n’avaient aucune chance.
Ils furent rapidement ligotés les uns aux autres et présentés en file indienne à celui qui semblait être le chef du groupe. Ce dernier ricana :
- Trois malheureux voyageurs…
- Trois ! s’écria Fernando. Mais où est…
Derrière lui, Athanaos lui donna un violent coup de genou dans les reins, l’incitant à se taire.
- Que faites-vous ici ? Dans ma vallée ?
- Le Wadi Rum n’appartient à personne, répliqua le Grec. Nous sommes libres d’aller où nous désirons.
- Aqaba est peut-être tombée aux mains du Terrible, mais ma tribu résiste ! Nous nous sommes retranchés sur la terre de nos ancêtres. Cette vallée est un royaume où nul ne peut entrer sans y être invité. Sinon…
Le nomade passa son pouce sous sa gorge, mimant une décapitation.
- Emmenez-les à Reqem ! ordonna-t-il à ses hommes. On décidera de leur sort là-bas.
- Pourquoi est-ce que je vous a écoutés ? geignit Ambrosius. Hein ? Pourquoi ?
- Arrête de parler et avance ! fit un mamelouk en le poussant devant lui.

Derrière Laguerra, ses compagnons essayaient de se libérer de leurs liens. En vain.
- Vous avez de la chance finalement, fit le nomade en passant la main sur son menton. Aussi loin que remonte ma mémoire, vous êtes les premiers étrangers à vous aventurer ici…
- De la chance ? Vous appelez cela de la chance ? lui cria Fernando. Cela fait plusieurs heures que nous marchons sous un soleil de plomb ! Ayez au moins l’amabilité de nous donner de l’eau !
- Patience, patience mon ami, sourit l’autre d’un ton mielleux qui ne présageait rien de bon. Nous sommes presque arrivés à la Bariolée. Vous vous désaltérerez là-bas.
- La Bariolée ? Où comptez-vous nous emmener exactement ? demanda Athanaos.
- Mais à notre ville, bien sûr… Nos ancêtres ont construit une magnifique capitale dans le désert. On n’y manquait absolument de rien… Vous verrez, vous trouverez tout ce que vous aurez besoin.
Y compris le sommeil éternel. Les trois amis entendirent clairement les mots pourtant non prononcés du mamelouk.
- Pourquoi est-ce que je vous ai écoutés ? répéta Ambrosius. Et Isabella ? Où est-ce qu’elle est encore passée ?
- Elle était derrière toi ! grinça le Docteur. Tu aurais dû surveiller si elle suivait !
Remarque qui était également valable pour lui… En tant que chef d’expédition, lui aussi aurait dû vérifier si tout le monde était là. Avant, pendant et après. Elle avait peut-être glissé, ou pire, elle s’était peut-être tuée en tombant !
Ils longèrent une dernière fois la paroi avant de tourner à gauche. Le groupe déboucha sur une vaste place que surplombait un imposant monument de plus de trois mètres taillé à même la roche. Les Amazones, Les Dioscures, les Victoires et plusieurs dieux des mythologie grecque, arabe et égyptienne s’étaient donnés rendez-vous pour former un chef-d’œuvre colossal.
Athanaos en était émerveillé. Mais ce qui le frappa, c’était le fronton inférieur représentant un disque solaire entouré de deux cornes et d’épis de blé. Une évocation à Isis… Cela le confortait dans son objectif de se rendre à Éléphantine par la suite. S’ils sortaient d’ici vivants…
- Nous y sommes. La Khazneh, le Trésor du Pharaon, déclara le nomade, non sans fierté. Il s’agit du mausolée de notre roi Arétas IV.
- Impressionnant…, murmura Ambroise.
Malgré la peur qui les tenaient, Fernando et lui ne pouvaient s’empêcher de rester admiratifs devant cet édifice grandiose. Mais à peine avait-il formulé ces paroles qu’ils entendirent un bruit d’émeute. Le mamelouk arrêta sa monture et se retourna. Derrière lui, ses hommes firent de même. Rien. Le son avait cessé. Il attendit un instant, l’oreille tendue. Toujours rien.
Il allait faire signe de reprendre la route quand le tumulte reprit. Cela ressemblait étrangement aux cris de guerre lancés par les bédouins. Hors, le chef ne souhaitait en aucun cas que sa ville soit découverte par d’éventuels ennemis – surtout s’ils s’agissaient des mamelouks de Selim Ier. Ils étaient cachés du monde et mieux valait que cela reste ainsi. Il ordonna à un nomade de retourner dans le canyon vérifier ce qu’il se passait. Le son continuait mais l’homme ne reparaissait pas. Aussi en envoya-t-il un second. Qui ne revint pas plus que le premier.
- Toi, vas voir ! aboya le nomade, qui sentait l’inquiétude monter.
Un troisième homme se dirigea vers le Sîq non sans une certaine crainte. De longues minutes passèrent sans qu’il ne montrât signe de vie à ses compagnons.
- J’y vais ! déclara un quatrième, Reza.
- Non attends ! Nous y allons tous les cinq.
Ils tournèrent le dos au majestueux Trésor des Pharaons et s’engouffrèrent dans l’étroit passage. Le cri résonna de nouveau, à présent assourdissant. Les alchimistes firent de leur mieux pour paraître maitres d’eux-mêmes. Mais ils n’étaient guère plus rassurés que leurs gardiens.
- Quitte à mourir, je préfère que ce soit des mains des bédouins que celles d’un ennemi invisible, murmura Ambrosius.
- Qui est là ? cria le mamelouk.
En guise de réponse, le rugissement reprit. De plus belle cette fois. Un bruit sourd se fit entendre derrière eux. La monture de Reza venait de trébucher contre un obstacle, faisant tomber son cavalier à terre. Il se releva tant bien que mal et baissa les yeux.
- Mais que…
Il n’eut pas le temps d’achever sa phrase qu’un violent coup sur la tempe l’envoya rouler près des corps des trois autres.
- Et de quatre !
- ISABELLA !
La fillette eut tout juste le temps de trancher les liens de son père avant que le chef de la troupe ne fonçât sur elle. Fernando défit rapidement ceux d’Athanaos et d’Ambrosius. Tous quatre parvinrent à neutraliser le dernier mamelouk à qui Isabella réserva le même sort qu’à ses compagnons.
- Tu nous suivais ?
- Oui. J’avais entendu les mamelouks bien avant vous ! Mais si nous étions revenus à pieds, nous aurions été rapidement rattrapés. Je les ai donc laissés vous faire prisonniers et je vous ai suivis d’en haut, répondit-elle en désignant un chemin dans les falaises. Un risque à prendre mais ça a marché !
- Je confirme : que ferions-nous sans toi ? s’écria le Français, enlaçant celle qu’il appelait encore dédaigneusement Laguerra junior seulement trois mois auparavant.
- Où sommes-nous ?
- Je l’ignore. Nous savons qu’ils comptaient nous emmener à Reqem, une ville qu’ils appellent aussi « la Bariolée ».
- La Bariolée ? répéta Isabella, songeuse. Il y avait bien une cité dans l’Antiquité qui se nommait « la Bariolée », mais elle a disparue des cartes…
Elle se dirigea vers la Khazneh et ses yeux étincelèrent.
- Pétra ! Nous sommes à Pétra !
Elle courut vers le Trésor des Pharaons mais Athanaos la rattrapa et la ramena de force vers les autres.
- Tu prends un cheval et on s’en va ! aboya Fernando. Ils ne vont pas tarder à revenir à eux et ils ne vont pas te demander si tu as envie de visiter ! Et il y en a d'autres qui vont arriver ! Alors on déguerpit d’ici le plus vite possible !
- Mais…
- NON !

- On reviendra Isabella…
- Vous savez très bien que non Athanaos ! articula la jeune fille, la bouche pleine.
Ils étaient de retour sur la nef après avoir galopé plusieurs heures le long du Sîq. Ils avaient tous les jambes en coton, mais tous étaient trop fiers pour l’avouer. Leur premier souci avait été de trouver de l’eau – leur gourde était bien évidemment vide comme toujours lorsqu’ils en avaient besoin. Leur soif étanchée, ils s’attaquèrent au repas fait à la va-vite. Tout en mangeant son pain dans lequel il avait fourré un morceau de jambon, Ambrosius largua les amarres et le navire quitta Aqaba.
- Je monte prendre l’air.
Isabella pensa surtout pour pleurer de rage. Mais quand elle fut sur le pont, elle écarquilla les yeux et cria :
- AMBROSIUS, FAITES DEMI-TOUR ! VITE !
Furieux d’être interrompu dans son déjeuner, celui-ci grimpa les marches quatre à quatre.
- Qu’est-ce qu’il y a enfin ?
Elle lui montra, la main tremblante, le désert d’Arabie.
- Jésus Marie Joseph ! murmura d’une voix blanche l’alchimiste.
La terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre (proverbe amérindien)

Ma fanfic sur la préquelle des Mystérieuses Cités d'or, c'est par ici

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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par TEEGER59 »

C'est excellent!
La suite!!!!
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Xia
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Chapitre 12. La colère des dieux

Janvier 1518

Les derniers nuages d‘un rouge ardent venaient de disparaître dans un ultime souffle de vent. La température chuta et le calme revint enfin. Ce ne fut qu’à ce moment qu’ils purent sortir et contempler le désastre qui s’offrait à eux.
La mer avait retrouvé sa tranquillité habituelle, faisant apparaître des débris de bois. C’était tout ce qu’il restait de la nef d’Ambroise de Sarle…
Le chamsin les avait pris par surprise. Si Isabella n’était pas montée sur le pont et n’avait vu l’épais brouillard noir qui se dessinait à l’horizon, nul doute qu’aucun d’entre eux ne se serait sorti indemne de l’agressivité du vent.
Ambrosius avait tout juste eu le temps de jeter l’ancre au large d’un ilot rocheux pendant qu’Athanaos et les deux Laguerra prenaient les précieuses reliques du peuple de Mu. Tous les quatre s’étaient réfugiés dans l’enceinte d’une ancienne citadelle bâtie par les Croisés quelques siècles auparavant. Là, ils se savaient à l’abri des poussières mortelles de la tempête de sable – à la condition d’inhaler l’air le moins possible. Mais bien qu’elle ait masqué son visage avec le manteau de sa tunique, Isabella avait senti plus d’une fois son sang monter à la tête et manqué de s’évanouir dans les bras de son père. Une crise d’apoplexie… C’était donc ça mourir des flèches d’Artémis dont parlait Homère ?
- Ma nef… Ma nef…, gémit l‘alchimiste.
L’air hagard, il répétait ces mots depuis la veille. Laguerra et Athanaos assistaient impuissants au délire de leur ami. Encore sous le choc de la catastrophe, Fernando soutenait sa fille encore faible, lui faisant boire une gourde récupérée dans l’épave du navire.
- Je ne comprends pas… Ce n’est pourtant pas la saison ! s’écria le Docteur. Elle aurait dû survenir dans cinq mois !
- Il existe des chamsins d’hiver. Mais là, c’était d’une violence… On aurait presque un samoum…, murmura le Grec.
- Qui arrive en juin !
- POURQUOI ON T’A ÉCOUTÉ ATHANAOS ? rugit soudain Ambrosius, en reprenant ses esprits. ON EST VENU À AQABA POUR QUOI FAIRE DÉJÀ ? AH OUI ! PARCE QUE TU AS RÊVÉ D’UN IBIS, D’UN BÉLIER ET D’UNE CIGOGNE ! ET QU’EST-CE QU’ON A TROUVÉ ? RIEN ! ON A FAILLI PERDRE LA TÊTE À CAUSE DES MAMELOUKS GRÂCE À TOI ! ET POUR COURONNER LE TOUT, UNE TEMPÊTE VIENT À DEUX DOIGTS DE NOUS TUER ! MA NEF EST DANS CET ÉTAT À CAUSE DE TOI ! SI TU NE NOUS AVAIS PAS ENTRAINÉ ICI AVEC TES SATANÉS ANIMAUX, ELLE SERAIT TOUJOURS EN UN SEUL MORCEAU !
Il s’interrompit, reprit son souffle et continua, en fixant tout particulièrement Laguerra et Athanaos :
- D’autre part, la boussole d’orichalque réagit à deux d’entre vous. Puis-je savoir lesquels ?
Athanase pâlit. Ça y est, il a fait le lien…
- De quoi tu parles ? demanda Fernando, interloqué.
- C’est moi…
- Quoi toi ?
- Je crois que c’est à mon épée que la boussole réagit…, murmura Isabella d’une voix à peine audible, terrifiée par la colère de l’alchimiste. Rachid a laissé entendre que la garde était faite d’un métal plus précieux que l’or…
Ambrosius la dévisagea longuement, abasourdi. Il aurait pourtant mis sa main à couper que l’objet répondait à Laguerra père. Alors pourquoi à elle ? Et qui plus est, elle ne devait même pas faire partie du voyage !
Isabella lança un regard discret vers l’Anatolien. Heureusement que vous m’aviez conseillée d’arguer ceci…
- Rachid ? Qui est Rachid ? interrogea son père.
Sa fille réalisa seulement à ce moment qu’elle n’avait jamais mentionné son nom à ses compagnons.
- Il s’agit du nomade qui m’a conseillée de sortir de la madrasa… et qui m’a aidée à défendre Ambrosius contre les musulmans d’Ormuz.
- Et toi ? demanda d’un ton agressif le Français à Athanaos. La boussole se tourne aussi vers toi. Ne me dis pas que tu n’en sais rien !
- À cause de la pierre de lune, fit-il en sortant de sa poche le minéral cristallin que la gitane lui avait donné, espérant que ce mensonge suffirait à son ami. Son magnétisme fausse la boussole.
Ambroise de Sarle le regarda avec une moue dubitative. Il savait que certains minéraux agissaient de manière particulière sur les hommes et les objets. Même s’il n’était pas convaincu par cette explication, au moins il y en avait une plausible.
Un grondement, semblable au tonnerre, se fit brusquement entendre au sein de la citadelle, résonnant dans les ruines. Les quatre amis se dévisagèrent et Fernando demanda, inquiet :
- Le chamsin revient ?
- Je ne crois pas que ça tousse, un chamsin…

Il leva lentement les paupières et distingua quatre silhouettes qui l’examinaient, l’air interrogateur. Deux hommes roux au visage sévère accompagnaient un homme brun à la haute stature et un jeune garçon à l’air timide.
Un bien étrange quatuor…, pensa-t-il.
Il se redressa tant bien que mal et se remit avec peine sur ses jambes avec l’aide de l’homme au cheveux noirs.
- Tiens, bois ça mon garçon, dit Athanaos en lui tendant la gourde.
- Tu te sens mieux ? s’enquit Fernando après que l’inconnu se fut désaltéré.
- Oui… Je vous remercie… Que Dieu vous bénisse, mes frères.
- Ma parole, mais tu parles comme un homme de Dieu ! En serais-tu un ? rit Laguerra.
- Non, fit l’autre en secouant la tête. Je le fais en souvenir de mon père. Il était pope en Ruthénie. C’est pour moi une manière de perpétuer sa mémoire.
- C’est une bien noble intention mon ami, sourit Athanaos. Mais dis-moi, quel est ton nom ?
- Je m’appelle Havrylo Lisowski.
- Ravi de te connaître. Je suis Athanaos. Et voici mes amis : Ambrosius et Fernando ainsi que sa fille Isabella.
Havrylo les salua un à un d’un signe de tête, et son regard s’attarda sur la fillette. Il fronça les sourcils. Pourquoi s’était-il trompé ? Elle portait des vêtements masculins mais ses traits étaient doux. Il aurait dû s’en apercevoir…
- Pardonne-moi, mais je t’ai pris pour un garçon…
- Oh ! Mais c’est que je m’amuse souvent à changer d’apparence, lança-t-elle avec un clin d'œil complice à son père.
Ces paroles, qui semblaient dérisoires à la jeune fille, firent cependant l’effet d’un coup de massue sur Lisowski.
- Tu ne devrais pas t’en vanter. Tu devrais plutôt en avoir honte. Dieu t’a créée femme parce qu’Il l’a voulu ainsi. C’est un péché que de Lui désobéir en te revêtant de… la manière d’un homme.
Les quatre alchimistes échangèrent un regard qui en disait long sur leur opinion de ce personnage.
- Je suppose que tu as été comme nous surpris par cette tempête…, commença Ambrosius, désireux de changer de sujet. Où te rends-tu ?
- Je l’ignore. Là où le vent me portera…, fit l’autre dans un sourire. Je suis à la recherche de ma sœur et je me fis à mon instinct pour la retrouver.
Voilà encore un autre idiot qui fonctionne avec son intuition et qui a failli y laisser sa vie, ronchonna le Français.

Les flammes rougeoyantes s’élevèrent dans le ciel. Ils avaient pris place tous les cinq autour d’un feu qui crépitait à présent joyeusement. Ils avaient décidé de prendre la route ensemble dès le lendemain, au grand dam de Fernando. Isabella, quant à elle, enrageait. Elle se sentait humiliée par cet homme qu’ils venaient tout juste de rencontrer. Il ne la connaissait pas, alors de quel droit pouvait-il la juger et lui dire ce qu’elle pouvait faire ou non ? Même au nom d’un Dieu auquel elle ne croyait plus depuis longtemps.
À ses côtés, Havrylo parlait avec mélancolie de son enfance passée à Rohatyn.
- Il y a dix ans de cela, des Tatars sont venus sur nos terres. Ils ont envahi, pillé et brûlé mon village. Mon père a essayé de s’interposer… Il pensait que son statut de prêtre le protégerait de ces barbares. Mais il l’a payé de sa vie. Toute ma famille a été décimée. Sauf Aleksandra.
- Tu n’étais donc pas présent quand c’est arrivé ? demanda Athanaos d’une voix douce.
- Non, et je le regrette du fond du cœur. J’ai obéi aux ordres paternels. Il m’avait envoyé dans un village voisin pour aider un pope à restaurer son église. Quand je suis revenu, il ne restait plus rien… J’aurais dû mourir avec eux. J’aurais dû essayer d’empêcher les Tatars d’enlever ma sœur… Elle était si jeune encore !
À la lueur des flammes, Isabella crut voir une larme rouler sur la joue de Lisowski. Timidement, elle s’adressa à lui :
- Qu’est-ce qui te fait croire qu’elle a été enlevée si tu n’étais pas là ? Elle a très bien pu s’enfuir…
- Tu ne connais pas les Tatars de Crimée… Ils se seraient aperçus si une survivante essayait de fuir. Ce sont de véritables diables. De plus, Aleksandra n’a jamais été très rapide. Ils l’auraient facilement rattrapée. Non, fit-il en secouant la tête, faisant tomber de belles boucles châtains sur ses épaules. Je n’ai pas trouvé son corps là-bas. Je suis sûr qu’elle vit, quelque part. Je le sens. C’était une belle enfant qui deviendra une belle femme. C’est pour cette raison qu’ils ont capturée. Pour en faire une marchandise. Mais où est-elle à présent ? Je n’en sais rien. C’est pour cela qu’il faut que je la retrouve avant qu’il lui arrive quelque chose. Je dois la retrouver. Surtout maintenant qu’elle est en âge de…
Le jeune homme n’osa terminer sa phrase, sans doute par pudeur. Les trois amis comprirent très bien la crainte qu’il ressentait au fond de lui, tandis qu’Isabella cherchait vainement le sens caché de cette dernière phrase.
- Nous t’aiderons, assura Athanaos.
Ces actes de cruauté ne s’arrêteront donc jamais ? pensa-t-il, essayant d’étouffer le souvenir d’un passé douloureux qui venait de ressurgir du fond de sa mémoire.

- Tu plaisantais j’espère ? glapit le Docteur quelques heures plus tard. Quand tu lui as dit que nous l’aiderions à retrouver sa sœur ?
- Non Fernando. Je n’imagine que trop bien la culpabilité qu’il doit ressentir… de ne pas avoir été là quand ses proches avait besoin de lui, dit le Grec sombrement.
- Tu te rends quand même compte qu’il a injurié Isabella ? Tout juste s’il ne l’a pas traitée de fille facile !
- Tu ne crois pas que tu exagères un peu ? Il ne faisait que répéter ce qu’a dû lui enseigner son père. Regarde-le : c’est encore un enfant ! Il n’a pas encore eu le loisir de penser par lui-même.
- Enfant ou pas, il a manqué de respect à ma fille ! Et si ma mémoire est bonne, tu étais plus jeune que lui lorsque nous t’avons rencontré !
- Et à vingt ans, je ne supportais pas que l’on me considérasse encore comme un enfant, renchérit Ambrosius. Mais d’un autre côté… c’est vrai qu’Isabella n’a pas à s’habiller ainsi…
- Oh, n’en rajoute pas ! aboya Laguerra. Tu ferais mieux de te demander comment on va se rendre à Gênes !
Ils s’étaient mis tous trois d’accord sur leur prochaine destination. Imprévue, certes, mais nécessaire. Car désormais – grâce à Athanaos –, ils n’avaient plus de moyen de transport et s’ils voulaient continuer à parcourir le monde à la recherche de l’empire perdu de Mu, la construction d’un nouveau navire s’avérait indispensable. La République de Gênes était apparue comme une évidence pour le Docteur et Athanaos. En revanche, Ambrosius ne jurait que par les armateurs du Pays Basque qui, selon lui, étaient plus rapides. Mais la distance qui les séparait d’Aqaba eut finalement raison du Français.
- As-tu réussi à récupérer les plans de la nef ? interrogea Fernando.
- Oui. Au moins ça n’est pas parti dans le vent, répondit l’alchimiste en jetant un regard assassin à Athanaos. Il ne me restera plus qu’à modifier les dessins originaux pour y introduire les inventions du peuple de Mu… Et nous pourrons enfin voler !
- Tu vois : cet incident n’était pas si dramatique. Si ça se trouve, nous n’aurions pas pu faire nous-mêmes ces travaux sur la nef d’origine.
- C’est vrai…, admit Ambrosius.

Jaffa, Syrie ottomane, quelques jours plus tard

Après plusieurs jours de voyage, ils entrèrent dans la vieille ville de la Terre Sainte. Hormis les pèlerins vêtus d’une soutane sombre, la cité était à l’image du monde dont elle gardait l’entrée. Des couleurs chatoyantes s’harmonisaient à merveille aux couleurs des murs d’enceinte de la métropole. Comme à Jérusalem « la trois fois sainte », les marchands venus des quatre coins de la Méditerranée y faisaient leurs affaires.
- Tant que les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans s’entendront ainsi, la paix règnera sur la Terre du Christ…, sourit Havrylo. J’espère que Selim Ier parviendra à la maintenir et qu’il laissera le Temple à la portée de tous.
- Oui tu as raison, mon garçon, fit Athanaos en posant sa main sur son épaule. Espérons qu’il en reste ainsi afin que le sang ne coule plus de nouveau inutilement.
- Dans ce cas, vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que j’aille prier dans ce prieuré, interrogea-t-il en désignant de la main un édifice médiéval.
- Allons donc ! soupira Ambrosius.
- Merci. Isabella, veux-tu m’accompagner ?
La jeune fille n’aurait pour rien au monde accepter une telle invitation, mais y vit là la seule occasion de régler ses comptes avec cet impertinent loin des yeux et des oreilles de son père.
Ils prient la direction du monastère, sous le vocable de Saint Nicolas, bâti au dessus de la Méditerranée d’un bleu azur profond. Cette couleur se mariait magnifiquement bien avec le ciel turquoise de l’après-midi. À la porte du refuge des moines de l’Église apostolique arménienne aux remparts ocres typique de l’Orient, la fillette se tourna vers son compagnon de route mais celui-ci, voyant qu’elle allait s’exprimer, leva la main et l’interrompit :
- Non, laisse-moi parler, commença-t-il en prenant une profonde inspiration. Je te prie de me pardonner pour ce que je t'ai dit.
- Vraiment ? s’étonna Isabella. Et que me vaut ce retournement de situation ?
- Je te connaissais pas. Et je n’avais pas à te juger. Mais je t’ai observée depuis que nous nous sommes rencontrés. Je me rends compte à présent que j’ai parlé trop vite. Tu aurais mieux fait d’être un garçon. Tu es en quelque sorte… une erreur de la Nature.
À ces mots, elle eut toutes les peines du monde à garder son sérieux. Une erreur de la Nature ! Et puis quoi encore ?
- Eh bien soit ! Excuses acceptées, sourit-elle, mi-figue mi-raisin en se signant à leur entrée dans le lieu sacré.
Elle se doutait qu’il brûlait d’invoquer une fois de plus un prétexte biblique comme « Jésus a enseigné à ses apôtres qu’il ne fallait jamais juger son prochain ». Il se retenait et elle l’en remerciait car il sentait instinctivement qu’elle l’aurait étranglé.
- J’ai une question à te poser…, commença Havrylo quelques temps plus tard à leur sortie du cloître.
- Eh bien, vas-y ! dit Isabella en l’encourageant du regard, voyant qu’il hésitait.
- Le soir où nous avons partagé notre premier repas, Ambrosius, Athanaos et ton père sont restés à parler entre eux. J'imagine qu’ils pensaient que nous dormions car ils ont évoqué leur voyage à Gênes…
- Visiblement ce n’était pas ton cas, dit-elle d’un ton narquois.
- C’est vrai, tu as raison. Je suis resté éveillé et c’est à ce moment que j’ai entendu quelque chose d’étrange… Ambrosius a parlé d’une nef qui volait…
La jeune fille se figea. Mais quel imbécile ! Il ne pouvait donc pas se taire ! Lisowski, pieux comme il était, était bien capable de prendre les jambes à son cou, trouver l’Inquisition et les dénoncer comme des envoyés de Satan ! Ils finiraient tous les quatre comme maître Orang, ou pire, ils seraient envoyés au bûcher comme des hérétiques. Mais au fond, n’étaient-ils pas des hérétiques ? Isabella frissonna à cette pensée et s’empressa de chasser cette idée de son esprit.
- Le sommeil devait déjà t’engourdir la tête ! le rassura-t-elle dans un rire léger, mais crispé. Tu as simplement mal interprété ses paroles : Ambroise de Sarle a emprunté la nef à son propriétaire sans l’avertir, mais maintenant qu’elle est détruite, il est dans l’incapacité de lui la rendre. Cela revient à du vol et c’est pour cela que nous devons aller à Gênes pour en reconstruire une semblable…

- Non, mes amis. Il n’y a pas de bateau qui va directement à Gênes, fit le marchand arabe en secouant la tête.
- Dans ce cas, est-ce que vous pourriez m’indiquer les escales ? soupira Ambrosius.
- Tout d’abord vous devrez passer par Saint-Jean d’Acre qui se trouve à une centaine de kilomètres au nord d’ici, puis faire étape à Famagouste au royaume de Chypre, passer par le détroit de Messine au large de la Sicile et enfin dans le royaume de Naples pour arriver dans la Sérénissime.
- Je vois… Et nous mettrions comment de temps ? grogna Laguerra, déjà découragé quant au nombre des haltes nécessaires.
- Hum…, réfléchit l’Arabe. Si la mer est calme, vous pouvez compter environ six semaines. Mais il arrive que des voyages durent de cinq à six mois. Une galère repart pour Marseille avec des pérégrins demain. Si vous le souhaitez, je peux vous trouver des places à bord.
- Entendu, décida Athanaos. Nous serons cinq à embarquer.
- Avec ou sans les mules ?
- Avec ! Je ne compte pas porter à bout de bras tous mes livres, se justifia Ambrosius à l’adresse de ses amis. Et c’est un miracle que certains soient toujours entiers.
- Ce sera donc quatre-vingt-dix sols.
Le Grec tira une bourse de sa tunique et l’ouvrit. Il n’avait pas la monnaie demandée et se maudit de ne pas avoir pensé à se procurer des maravédis, l'unité utilisée dans la plupart des ports de commerce de Méditerranée. Il sortit des pièces en or et en argent. Quatre livres et soixante deniers feraient bien l’affaire…
- Trois gros tournois de Louis XII, deux testons milanais, deux douzains et trois francs à cheval de Sa Majesté François Ier ?
Le marchand haussa les épaules et prit les écus que lui présentait Athanaos.
- Du moment que j’y trouve mon compte.
Le négociant avait l’habitude de ces désagréments rencontrés par les pèlerins. Parcourant depuis des dizaines d’années les différents ports de la Méditerranée, il s’était fait son propre change et pouvait en toute situation payer les taxes exigées par les différents royaumes et républiques, ce qui n’était pas le cas de tous les voyageurs. Il devait s’adapter dans l’intérêt de chacun.
- Merci.
- Soyez tous les cinq avec vos trois mules sur le quai au lever du jour. C’est à cet instant de la journée que la mer nous sera favorable.
Les trois amis le saluèrent et revinrent sur leurs pas, manquant de se faire renverser par des chevaux noirs lancés au triple galop.
- Bande de sauvages ! Faites attention ! hurla Ambrosius à l’intention d’un des cavaliers. Vivement qu’Isabella et Havrylo nous rejoignent, qu’on se repose avant de partir !
- En parlant d’eux, vous ne trouvez pas que ça fait longtemps qu’ils sont partis ? demanda Athanaos.
- Je ne sais pas combien de temps le bonhomme met à prier, bougonna Laguerra. De toute façon, nous devons nous retrouver ici.
- Je préfère quand même aller voir, répliqua le Grec en essayant de masquer une inquiétude qui grandissait au fond de lui.

Il grimpa les marches de la colline quatre à quatre et emprunta une ruelle qui menait sur la place de l’église. Son regard fut attiré sans raison apparente par un morceau d’étoffe rouge accroché à la branche d’un chêne et s’approcha de l’arbre centenaire. Athanaos blêmit lorsqu’il reconnut le tissu du manteau d’Isabella.
Dernière modification par Xia le 08 oct. 2017, 17:38, modifié 1 fois.
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par TEEGER59 »

Aie, aie, aie! Que va-t-il encore arriver à :Laguerra: Junior?
Elle a le chic pour s'attirer les pires ennuis!
Le récit est bien écrit et on sent le travail de recherche derrière. Bravo!
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Merci beaucoup TEEGER !!!
Ravie que ça te plaise :D
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Akaroizis »

Uep, je rejoins Tiger, le travail de recherche sur Jérusalem... (et plus particulièrement sur l'Église apostolique arménienne, on se demande pourquoi ! :x-): ^^)
Tu nous mènes par le bout du nez avec ton histoire à rebondissements ! Et tu entretiens particulièrement bien le suspense... ;)
Le présent, le plus important des temps. Profitons-en !

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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

Merci Akar !
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par miami27270 »

LA SUITE LA SUITE !!!!!!!
J'adore trop , je meurs d’impatience !!!!!!!
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par Xia »

miami27270 a écrit : 08 oct. 2017, 16:43 LA SUITE LA SUITE !!!!!!!
J'adore trop , je meurs d’impatience !!!!!!!
Message reçu 5/5 :x-):
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Re: A la recherche de l'Empire perdu

Message par miami27270 »

A quand la suite ?????
Moi j'aime les épées ,les pistolets et le tir à l'arc .


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