La vie d'un explorateur

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Cortes
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La vie d'un explorateur

Message par Cortes » 02 nov. 2016, 19:55

La vie d'un explorateur

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Prologue
Prologue


Je m’appelle Juan Carlos Mendoza, mais tous mes amis m’appellent simplement Mendoza. Ma vie a été un véritable chemin parsemé d’embûches, ce qui ne m’a pas empêché d’être heureux et de ne jamais baisser les bras, même dans les épreuves les plus difficiles. Mon histoire, je vais vous la raconter.


Je suis né à Barcelone, en 1504, ou peut-être 1503, je ne sais plus. Ma vie a basculé du jour au lendemain lorsque mon père a acheté une carte, un planisphère, celui publié par Martin Waldseemüller en 1507. J’ai tout de suite été séduit par le mot “AMERICA”, pour moi, il signifiait l’aventure, la découverte d’un nouveau continent, que Colomb avait découvert malgré lui une quinzaine d’années avant. Je ne vais pas m’attarder sur mon enfance, j’ai été brièvement à l’école jusqu’à mes dix ou onze ans, selon ma mère, c’était le “strict minimum”. Mon père était un de ces marins avides d’aventures, sa seule gloire fut d’avoir participé au quatrième voyage de Vespucci. Il était mon modèle, un homme qui faisait passer ses amis avant ses propres ambitions, si seulement j’avais pu le comprendre plus tôt. Il avait rencontré ma mère dans une bibliothèque de Barcelone. Que faisait un marin presque illettré dans une bibliothèque, et comment a-t-il réussi à séduire une femme aussi désintéressée des hommes comme ma mère ? Je ne le saurai jamais. Jeune adolescent, j’étais déjà marin, je faisais des petits voyages à destination de Séville. Mon père refusait de me voir embarquer vers le Nouveau Monde, lui qui avait pris sa retraite à ma naissance, pour “me consacrer plus de temps”, disait-il. Ces passages de ma vie sont tellement futiles que ma conscience les oublie, de temps en temps.


En 1519, à l’âge de quinze ans, toujours dans l’hypothèse, je me tins volontaire pour entrer dans la flotte de Fernand de Magellan, un explorateur qui voulait faire le tour du monde. Ma mère très pieuse, me disait que c’est la mort qui m’attendait, que j’allais tomber dans le vide, je n’y croyais pas ! Mon père accepta de me voir partir, je lui dis que quand je rentrerai, après avoir fait le tour du monde, il sera fier de moi ! C’était une promesse, mais aussi une occasion de prouver à mon père ce que je vaux, après tout, un fils doit dépasser son père, non ? Je partis pour Séville avec un ami d’enfance qui s’appelait James, et enfin, le vingt septembre 1519, l’aventure nous attendait à bord de la Trinidad, le vaisseau commandé par Magellan.


Je crois qu’il s’est écoulé une année avant d’atteindre le fameux détroit qui permet d’accéder à l’autre océan, ce détroit qu’on appellera plus tard le “Détroit de Magellan”. Il y avait eu quelques mutins, quelques rébellions qui furent vite annihilées, c’étaient des lâches, qui avaient peur de mourir. Nous avons hiverné pendant quelques mois, ce qui explique le temps d’attente, puis un des bateaux que Magellan avait envoyé en reconnaissance a fait naufrage. Magellan était un navigateur hors pair, j’écoutais ses conseils, je crois qu’il m’aimait bien. La traversée du détroit a duré quelques semaines, c’était intense et riche en émotions, c’est le cas de le dire. Il me semble que fin 1520, nous naviguions sur l’océan de l’ouest. Magellan qualifia cet océan de “pacifique”, car c’était très calme, du moins nous le pensions jusqu’au jour où une tempête éclata, et que nous vîmes un étrange bateau avec un homme et un enfant en danger. Le sentiment d'aventure naquit en moi.
Chapitre 1

Chapitre 1 : L'Océan Pacifique


Je crois que ma vie a littéralement basculé ce jour là, lorsque nous avons découvert l’océan Pacifique. Durant les premiers jours après la traversée du détroit, nous n’avons pu que souligner la tranquillité de l’océan que nous venions d’atteindre. Magellan pensait déjà un passage pour contourner le Nouveau Monde par le nord. Il m’a enseigné tellement de choses sur la navigation, il me disait tout le temps de d’abord partir, puis d’ouvrir grand ses yeux. J’aurais tellement aimé qu’il reste plus longtemps en vie, il m’aurait appris davantage de choses, de secrets. Cette faveur était aussi réservée à James, qui a beaucoup appris du commandant. A ce moment là, je devais avoir entre 16 et 17 ans, on m’appelait le “bébé du navire”, parce que j’étais le plus jeune, enfin, pour le moment en tout cas.


C’était pourtant une très belle journée ensoleillée, aucun nuage n’était en vue. Les rations se vidaient à vue d’oeil, nous espérions accoster sur des îles où vivent des indigènes ! J’eus une pensée pour ma mère, après tout, où était le fameux vide auquel elle croyait ? Durant l’après-midi, James reçut un poisson dans la tête, ce qui l’assomma ! Sur le moment, nous autres, marins, étaient littéralement effondrés de rire, un poisson est sorti de l’eau en volant, pour finalement assommer James. Nous en avons vus deux, puis quatre, puis une vingtaine. Magellan n’aima pas cela, d’autant plus que le ciel se couvrait petit à petit de nuages ténébreux. Ce qu’il redoutait arriva : une pluie que l’on crut éternelle s'abattit sur nous, accompagnée d’un terrible vent. Je vis soudainement un étrange bateau, du moins ce qu’il en restait. J’eus l’impression de voir quelqu’un à bord, et mes impressions furent confirmées quelques instants plus tard, aussi confirmées par James. Je voulais à tout prix sauver cette personne, alors je me suis attaché à une corde, James me surveillait avec un camarade juste à côté. J’ai donc plongé à la mer et je suis monté sur la mystérieuse épave. Il y avait un homme blanc ainsi qu’un bébé dans ses bras. L’homme m’a directement confié le bébé, j’ai compris que c’est ce dernier que je pouvais sauver. Nous nous sommes serrés la main et avons été secoués par une vague. Pendant que je ramenais le bébé, j’ai remarqué un pendentif en or en deux parties détachables. En montant à la corde pour regagner le navire, j’ai pris la partie du bas et je l’ai cachée, au moins cela m’aurait fait une récompense pour le geste que je venais de faire. La première personne que je vis en remontant sur le bateau fut Magellan. Lui et ses trois lieutenants me félicitèrent pour mon acte de bravour. Il prit l’enfant dans ses bras et, semblant obéir au sourire de l’enfant, le soleil apparut.


Durant les trois mois suivants, nous n’avons aperçu aucune île, le bébé était chouchouté et était en bonne santé. L’équipage, dont je faisais partie, mourrait de faim, mangeant des rats et parfois même des chats, et buvant une eau pratiquement jaune. Nous mangions du céleri récupéré près du détroit, je crois que ça nous a sauvé. Un jour, nous vîmes une île qui avait l’air assez grande. Une fois accostés, nous avons aperçu la faune et la flore de l’île très variée, la beauté des paysages mais aussi des indigènes. Ces crapules nous ont malheureusement pillés, mais nous nous étions assez ravitaillés, cette île est devenue “l’île des Voleurs”. Plus d’une semaine après, nous avons accosté sur une île, faisant parti d’un archipel qu’un navigateur appellera plus tard les Philippines. Nous visitâmes plusieurs îles, nous avons même converti un soi-disant roi au christianisme et avons fait la messe. Malheureusement, tous ces indigènes n’étaient pas pacifiques, et un autre roi nous a contesté. Magellan voulait réduire son armée au silence, ainsi, il engagea une soixantaine d’hommes avec lui, dont James et moi. Armés d’arquebuses, le combat s’annonçait facile, même contre quelques centaines d’indigènes. La bataille se déroulait bien, lorsque James reçut une flèche. J’ai aussitôt arrêté de tirer, et j’ai retiré la flèche de son épaule. Il n’était pas en danger de mort, cependant, j’ai remarqué son changement de teint, il a basculé en blanc : la flèche était empoisonné. James me dit que c’était fini, qu’il n’y avait rien à faire pour le secourir. Je criais à l’aide, cependant, mes camarades étaient occupés à abattre les indigènes. Je crois que c’est une des seules fois de ma vie où les larmes me montaient aux yeux. Je tenais la tête de James, qui était allongé sur le sable de la plage, il me dit que ce sable était très confortable et très doux. Dans son dernier souffle, il me confia que désormais nos rêves de découvrir le monde entier reposaient sur moi, et qu’il fallait que je salue sa mère de retour au pays car elle devait s’inquiéter.


Mes sentiments de tristesse se transformèrent en sentiments de haine. Je repris mon arquebuse et abattit une dizaine d’indigènes, mais une agitation plus loin me coupa dans mon élan. Un groupe d’indiens étaient arrêtés, à regarder par terre. Il y avait deux de me camarades, et plus je me rapprochais plus je vis quelqu’un par terre. C’était mon commandant, Fernand de Magellan. Le petit groupe se fit directement abattre par les deux espagnols. J’étais à nouveau perdu, je me penchai vers mon maître, il était aussi blanc que James, il me regarda, et me dit :
“C’est toi Mendoza ? Tu vois que je suis en piteux état, écoute bien ce que je vais te dire. Je t’ai enseigné presque tout ce que je savais, découvre le monde à ma place, tu es mon successeur désormais … N’oublie jamais qu’un homme comme toi peut affronter les épreuves les plus dangereuses, il suffit qu’il soit convaincu qu’il peut les surmonter, n’oublie jamais …”


C’étaient ses dernières paroles, il mourut peu après. En quelques minutes, je venais de perdre mon meilleur ami ainsi que mon maître, deux êtres chers. Pourquoi la vie enlève-t-elle des êtres chers, au détriment des gens inhumains ? Je crois que c’est à partir de jour là que je suis devenu adulte.
Chapitre 2
Chapitre 2 : Le retour au pays


Nous n’étions plus qu’une centaine, d’après mes souvenirs. C’était trop pour trois navires, nous avons donc brûlé un navire. C’était Elcano qui était devenu le nouveau commandant de l’expédition après la mort de Magellan. Les péripéties avec les indigènes m’avaient profondément choqué. D’après le journal de bord d’un de mes camarades marin, nous avons repris la mer début Mai de l’an 1521. Bientôt deux ans après le départ de l’Espagne, je voulais à tout prix survivre pour finir ce tour de monde. La destination que nous nous étions fixés était les îles épices, les fameuses îles détenues par les Portugais. Nous avons fait de nombreuses escales pour nous ravitailler, nous avons découvert de nombreuses îles peuplées d’indigènes. Aux îles épices, la Trinidad eut un souci donc seule la Victoria (dont je faisais parti) reparti vers l’Espagne. Le reste du voyage fut bien long, et après la prise d’otage de quelques marins, nous arrivions le six septembre 1522, après trois ans de voyage, à Sanlúcar de Barrameda. Nous n’étions plus que dix-huit hommes, sur deux cent trente-sept partis au départ. Aujourd’hui, personne n’a fait le tour du globe après nous, enfin officiellement. Je revins à Barcelone quelques jours avant Noël.


Mes parents me reçurent très chaleureusement. Je me souviendrais toujours du bonheur quand je les ai revus. Mon père était fier de moi, j’avais achevé le rêve qu’il n’avait pas pu accomplir. Ma mère l’était tout autant mais ses croyances à propos du globe l’avaient chagriné. J’avais profité de l’argent récolté des épices pour leur offrir une meilleur maison, un meilleur confort. D’autant plus que je ne leur avais pas montré mon trésor, celui que j’avais volé à l’enfant. D’ailleurs, qu’était-il devenu ? Je l’avais perdu de vue de retour sur le continent. Je suis parti en tant qu’enfant de quinze ans, je suis revenu en tant qu’adulte d’environ dix-huit ans. Mes parents m’avaient offert une belle cape bleue, elle me convenait parfaitement. Comme prévu, je suis allé voir la mère de James. Déjà veuve depuis quelques années, en apprenant la mort de son fils, elle sourit en me disant qu’elle était fière de ce qu’il a accompli et qu’elle pouvait partir en paix, désormais. Je la connaissais bien, elle cuisinait très bien les gâteaux, en tout cas. Je me rappelle bien des goûters qu’elle nous préparait avec James, en revenant de l’école. Un sentiment de nostalgie apparut à ce moment là. La taverne d’un certain Rico me faisait oublier des moments de solitude comme celui-ci, une chopine de bière et tout était oublié.


Je ne savais pas ce qu’il fallait que je fasse à présent. Ce dont j’étais sûr, c’est que l’Europe entrait dans une période de grandes découvertes. Aux dernières nouvelles, Hernàn Cortès avait conquis l’empire Aztèque et l’empire Maya, au Nouveau Monde. Nombreux sont les explorateurs qui voulaient découvrir le sud et le nord de ce nouveau continent. L’envie de reprendre la mer me montait déjà à la tête. Et puis, il fallait bien que je découvre la signification de cet étrange pièce en or. Rechercher le mystérieux enfant que j’ai sauvé de la tempête, qu’était-il devenu ? Un jour de printemps, je remarquai un avis dans une rue du centre-ville. Elle nous invitait à rejoindre la flotte qui allait bientôt partir à Ormuz. Ormuz ? Qu’était-ce ? Un marin quelques mètres à côté m’appris qu’Ormuz était une petite ville maritime orientale où l’on pouvait trouver des épices, de la soie et même des pierres précieuses comme de l’or. Parmis les différentes ressources que ce marin m’avait cité, seul l’or m’intéressait. En effet, la partie du médaillon que j’avais volée était en or, elle avait déjà une grande valeur. Cependant, je ne voulais pas la vendre, j’étais alors convaincu que c’était un indice vers quelque chose de plus gros. Après tout, Cortès n’était pas rentré en Espagne depuis plusieurs années, il avait dû voler beaucoup d’or aux indigènes. L'aventure m'attendait enfin. C’était décidé : je devais partir vers Ormuz.
Chapitre 3
Chapitre 3: L'île tropicale

Finalement, je choisis de suivre mon instinct et de partir à Ormuz. Le trajet n’étant que de cinq mois, comment pouvait-on refuser une offre pareille ? Il me semble que c’était un mois d’avril lorsque j’ai annoncé à mes parents que je partais à nouveau. Ils n’étaient pas inquiets, j’avais déjà survécu à un voyage de trois ans, après tout. Je ne savais pas pour combien de temps je partais, j’ai juste pris ma partie de médaillon et mon épée. L’embarquement était sur place, à Barcelone, et je dois dire que jamais dans ma vie je n’avais autant été excité. Le vaisseau était un bon navire où le stock de nourriture était assez suffisant. Trois mois se sont écoulés et nous avions enfin franchi le Cap de Bonne-Espérance. La nourriture manquait mais fort heureusement, quelques jours plus tard, nous avons aperçu une île. La faune et la flore qui y régnait était incroyable, de nombreux fruits étaient inconnus. Ils étaient succulents, excellents. Selon moi, il s’agissait d’une île d’écrite par un explorateur deux décennies avant. Notre bonheur fut de courte durée lorsque nous avons fait la connaissance d’indigènes.


Quelques jours après la découverte de l’île, nous étions déjà en meilleure forme, une meilleure mine ainsi que reposés. Le climat était incroyablement chaud, même pour des journées de Juillet. Parmis la petite cinquantaine d’hommes qui avaient embarqué à Barcelone, nous n’étions plus que trente, certains avaient quitté le navire au Cap. Un marin me suivait constamment, il ne me parlait pas et m’imitait dans mes déplacements. Il s’appelait Vasco. Je ne l’avais jamais vu avant d’embarquer, et la seule fois qu’il m’avait parlé c’était pour dire son nom. Un matin, je vis quelque chose sur la plage. En me rapprochant, j’ai compris que c’était un enfant d’environ dix ans, il dormait. Cet enfant portait un drôle de collier où s’accrochaient des dents, sûrement des dents de requin. Il était presque nu, il portait des feuilles attachées de son bas-ventre jusqu’à ses mi-cuisses. Je l’ai réveillé pour savoir s’il était vivant et pris de stupeur, il s’enfuit en prononçant des choses incompréhensibles. Tout l’équipage dormait, j’ai jugé le moment opportun pour suivre l’enfant avec ses pas. Le sable était très léger et régulier, les traces de pas n’allaient tout de même pas s’envoler. Pendant une heure, j’ai suivi ces traces de pas, qui m’ont mené à une entrée dans une forêt, peut-être une jungle. J’ai tout de suite remarqué une fumée qui s’élevait dans le ciel, ce qui m’a permis d’arriver à un camp, où était installée toute une tribu d’indigènes.


Les habitations étaient des cabanes très bien construites, un petit temple surplombait même le village. Les femmes étaient nues et maquillées à l’aide de peintures. Les hommes ? Il n’y en avait pas. J’ai tout de suite reconnu le petit garçon de la plage, il s’était réfugié auprès de sa mère. Mon entrée ne fut pas passée inaperçue, tous les enfants se cachaient et les femmes étaient très méfiantes. Pendant quelques minutes, je leur ai parlé, d’où je venais, ce que je faisais ici, et que je ne leur voulais aucun mal. Ils ne comprenaient pas, après tout, c’est normal, ils parlaient une langue inconnue. Il fallait que je gagne leur confiance. J’ai jeté mon épée et j’ai commencé à les faire rire, surtout les enfants, qui ont convaincu leur mère. En raison de mon jeune âge, vingt ans à peine à l’époque, j’étais assez crédible, il faut dire. Le petit garçon de la plage s’avança vers moi, me prit par la main pour m’indiquer une direction. Nous avons marché une trentaine de minutes puis j’ai aperçu une grotte. Elle était très sombre, très sinistre. Le petit garçon a insisté pour que l’on rentre dedans, ce que je fis.


Ce parcours dans la grotte se déroulait plutôt bien. Cependant, au bout d’un moment, l’atmosphère a commencé à s’humidifier, et je sentais de l’eau sous mes bottes. Tout à coup, le garçon s’est arrêté, m’a dit des choses incompréhensibles et a déplacé un rocher, qui avait l’air ma foi très lourd. Puis, il a commencé à gratter par terre, à creuser, et il en a sorti un coffre. Il me donna ce petit coffre, que j’ai examiné aussitôt. Il me faisait étrangement penser à un coffre européen, peut-être que ce coffre fut dérobé aux explorateurs ayant accosté sur cette île ? Je l’ai ouvert et là, j’ai vu au moins deux poignées de pièces d’or. Elles étaient si belles, et le petit indigène avait l’air si fier de me les offrir, je l’ai aussitôt remercié. J’étais fatigué, je me suis donc assis sur un bas rocher quelques mètres de là. J’aurais aimé que ce soit un rocher. Le garçon me regarda avec un teint blanc, il me cria quelque chose (encore incompréhensible). J’étais assis sur un crocodile.


Je ne me suis jamais levé aussi vite de toute ma vie. Le crocodile a ouvert sa gueule pour essayer de me dévorer mais je me suis vite emparé du petit coffre et du garçon pour partir. Le crocodile était très lent, mais habitué à cet environnement, il pouvait m’atteindre, moi qui m’enfonçais dans l’eau à chaque enjambée. Je n’avais pas le choix, il fallait que je me serve de ma tête, au lieu de mon épée qui était restée au village indigène. Je me suis précipité afin d’escalader la paroi, manquant de tomber dans la gueule du crocodile. Atterri sain et sauf avec l’enfant sur une petite plateforme à cinq mètres environ de hauteur, j’observai le reptile pour savoir ce qu’il allait faire. En lançant des cailloux au loin, peut-être allait-il partir ? Cela ne marchait pas. Fort heureusement, derrière moi se trouvait un gros rondin de bois d’environ deux mètres. Une idée me traversa alors l’esprit. J’ai soulevé le rondin, il était très lourd. Avec de la volonté, le transporter était simple. Je l’ai projeté au loin, puis j’ai sauté en même temps. Durant mon petit vol plané, le temps était comme figé, je voulais atterrir le plus loin possible. Je suis mal retombé et je me suis foulé la cheville. Le petit ne comprenait pas ce qui se passait et le crocodile commençait à s’avancer vers moi. Dans la souffrance, je me suis emparé du rondin de bois en attendant que le crocodile ouvre sa gueule. Dans un dernier élan, j’ai violemment enfoncé le rondin dans sa gueule. Jamais dans ma vie je n’avais eu une telle hargne. Le petit a directement sauté du haut de la plateforme pour atterrir dans mes bras. Il ne restait plus qu’environ cinq cents mètres à parcourir pour sortir de la grotte, et le crocodile n’allait pas tarder à revenir à la charge. Malgré la douleur, il fallait que je sorte de là, avec le garçon. J’y suis arrivé et nous étions enfin en sécurité. C’était déjà la mi-journée, l’équipage devait s’inquiéter de mon absence.

C’est en revenant au village que tout a basculé. Je découvris les femmes au sol, certaines avaient des blessures, et leurs enfants pleuraient. Vasco est soudainement sorti de la forêt, il avait l’air de me chercher. Mes craintes étaient confirmées : toutes les femmes ou presque de la tribu avaient été abusées par les marins. Une remarque de Vasco m’énerva et je lui ai collé une belle droite. Cette tribu m’avait fait confiance au point de me donner un petit coffre rempli de pièces d’or, et elle allait désormais me considérer comme un traître. C’était chose faite, le petit garçon s’est éloigné de moi, il avait peur. Des cris étranges se firent alors entendre, des cris d’hommes. Vasco prit peur et partit en courant, je ne pouvais pas le suivre car j’avais trop mal à la cheville. Ces cris étaient les mêmes que sur les différentes îles où nous avions accosté près des îles épices. Là où James et Magellan avaient perdu la vie. Je faisais de mon mieux pour m’échapper, mais en me retournant, j’ai vu une dizaine d’indigènes, des hommes qui me poursuivaient. L’un d’eux me lança une pierre assez importante pour m’assommer sur le coup. Je sentais que ma vie était sur le point de se finir.

Je me suis réveillé dans la cave du bateau. J’étais allongé sur un drap et Vasco s’était endormi en me surveillant. Depuis combien de temps étais-je inconscient ? Le coffre ! Je ne l’avais plus ! Les indigènes me l’avaient sûrement repris. Heureusement, Vasco se réveilla et il avait le coffre. Il me dit que l’or ne l’intéressait pas et qu’au moment de se faire exécuter par les indigènes, ils avaient été chassés par nos camarades marins. J’étais content car ma blessure n’était pas très grave et que j’avais toujours le coffre. Vasco m’a promis le silence. Le bateau repartait alors vers Ormuz. A quoi sert dans la confiance si elle peut être brisée en un instant ? J’espère que le petit indigène a compris que je n’y étais pour rien dans tout cela, j’espère ne pas l’avoir trop déçu.
Chapitre 4
Chapitre 4 : Le Temple

L’océan sur lequel nous naviguions était contrôlé par les Portugais. Il était donc conseillé de ne pas se faire repérer afin de continuer notre voyage. Vasco m’avait promis le secret à propos du coffre rempli de pièces d’or que le jeune indigène m’avait donné. En échange, il voulait que je lui rende un service à Ormuz. Il était un de ces marins espagnols assoiffés d’or, à cette époque, j’avais peur de finir comme lui, même si c’était un courageux marin. Il avait encore un visage d’enfant, bien qu’il avait déjà vingt-cinq ans. Le reste du voyage, qui dura deux mois, fut bien calme, mystérieusement. Un jour du mois de septembre, nous avons enfin débarqué à Ormuz.

Même si l’endroit était contrôlé par les Portugais, le capitaine de notre vaisseau avait conclu une entente avec les autorités portugaises présentes sur place. C’était bien rare, à l’époque, mais tant que nous étions sages, cela n'avait pas d’importance. À peine débarqué, j’appris que le prochain départ pour l’Europe avait lieu la semaine suivante. Je n’avais que peu de temps, et je n’avais pas le droit de louper le départ. J’étais parti pour une aventure, seul dans un pays que je ne connaissais pas. Malheureusement, j’avais oublié ce cher Vasco qui me suivait discrètement. Il est vrai que je devais lui rendre la pareille, mais qu’allait-il me réserver ? Je l’ai invité à venir me joindre, il fallait que je me débarrasse de lui.

Il voulait que je l’accompagne au Nord, pour une “mission secrète”, me disait-il. Au final, j’étais plutôt content de l’avoir avec moi, cet idiot pouvait m’être utile. Avant cela, nous allâmes en ville, acheter des provisions et trouver des personnes connaissant bien la région. Vasco utilisa tout son argent pour nous acheter de la nourriture, je le trouvai bien gentil sur ce coup là. Tout à coup, j’ai croisé une femme, elle était vraiment très jolie. Des cheveux noirs comme la nuit, une peau mat, une tenue très colorée et un voile blanc. Vasco la repéra lui aussi, pour lui, c’était le guide qu’il nous fallait. Je suis allé voir la jeune femme, et je lui ai donc proposé de nous guider contre de l’argent. Elle avait l’air très pure, très innocente, elle accepta sans demander la récompense. Elle s’appelait Zeeba, elle nous confia qu’elle venait d’une famille pauvre, mais que c'était un plaisir de nous aider. Elle connaissait parfaitement la région, elle qui est née ici.

La marche dura quelques heures, lorsque nous arrivâmes devant un vieux temple, dans le désert. Vasco sortit une carte, une sorte de carte au trésor. Il me dit qu’il avait réussi à la trouver lors d’un voyage à Hispaniola. La mystérieuse carte indiquait ce temple, près d’Ormuz. Le guide, nous confia que ce temple était abandonné depuis plusieurs siècles, et qu’y pénétrer était très mal vu. Vasco n’hésita pas une seconde avant d’y entrer, j’invitai Zeeba à faire de même. Elle n’était pas trop d’accord, mais après un petit regard charmeur dont j’ai le secret, elle accepta finalement.

Ce temple avait tout de mystérieux, ses murs témoignaient d’un passé antique ravagé par des guerres, l’odeur de moisissure était omniprésente. Après avoir allumé une torche, nous remarquâmes une grande fresque murale. Zeeba nous décrivit l’histoire de l’image, grâce à des phrases qui étaient inscrites. La langue était une langue Perse très ancienne, mais Zeeba était capable de déchiffrer quelques mots. Elle dit :

“Le tom...au con..nt les c… pour que la c..t.. s’ouv..”

Le reste était incompréhensible, les lettres étaient plus ou moins effacés et des phrases n’étaient pas transcriptibles. Vasco était très énervé, il avait tout misé sur cette carte au trésor. Soudainement, j'aperçus en bas de la fresque un emblème qui m’était familier… le médaillon ! Comment était-ce possible ? Vasco n’était pas au courant, et il ne fallait mieux pas qu’il apprenne l’existence de ce médaillon. Celui-ci ci était désemparé, il me faisait de la peine. J’avais accompli ma dette envers lui, je pouvais partir. Je donnai une pièce d’or à Zeeba, puis je dis à Vasco que je m’en allai. Très en colère, il donna un violent coup de pied dans une dalle du mur, qui s’enfonça.
Des pierres tombèrent du plafond : le temple possédait un système de destruction et celui ci était activé. Je pris Zeeba par le bras et je m’enfuie avec elle. Vasco était assez grand pour se débrouiller lui-même, après tout. Nous arrivâmes à sortir tous les trois de ce temple, Zeeba était affolée, comment allait elle justifier la destruction du temple à la ville ? Nous entendîmes des cris, c’étaient des Portugais et des habitants d’Ormuz. Vasco voulait fuir, je l’ai invité à le faire seul. Nous étions pris au piège.

C’était le genre de cellule où y passer une nuit provoquerait une intoxication. Vasco était allongé par terre, il pensait au trésor qu’il aurait pu ramasser si ce maudit temple ne s’était pas écroulé comme par magie. J'acquiesçais, même si à mon avis, le temple s’est écroulé à l'aide d’un mécanisme, et il n’y avait aucun trésor dans ce temple. Zeeba avait été ramené en ville, j’espérais qu’elle aille bien. Mon épée, mes pièces d’or avaient été confisqués. Heureusement qu’ils ne doutaient pas que j’avais caché le médaillon dans ma botte gauche. Un garde nous ouvrit la cellule et nous ligota les mains. On nous conduisit devant le gouverneur d’Ormuz, un satané Portugais. Il était très petit et tout frêle, pour un gouverneur. Il y avait trois soldats armés d’arquebuses qui protégeaient l’entrée et la sortie de la pièce. Le gouverneur nous dit qu’il allait avoir des ennuis à cause de nous. La population locale était très en colère suite à la destruction du temple. Vasco contesta en disant que le temple s’était détruit tout seul. Pour avoir dit cela, il se prit un coup de poing dans le ventre. Par chance, je sentis que les cordes qui liaient mes mains étaient très mal attachées. J’assenai un coup de tête dans la tête du gouverneur, détachai très facilement les cordes de mes mains, et je pris le poignard à la ceinture du gouverneur. Je le tenais en otage, bien que les trois soldats étaient armés d’arquebuses. Vasco rigolait tout seul, par terre. J’ai invité les Portugais à lâcher leurs armes, la vie de leur gouverneur en dépendait. J’espérais qu’ils soient assez bêtes pour obéir, je ne sais même pas si j'aurais eu assez de courage pour tuer cet homme. Aussitôt dit, aussitôt fait, les soldats lancèrent leurs armes près de moi. Ils me ramenèrent mon épée ainsi que ma bourse contenant les pièces d’or. Je pris la corde de Vasco et j’attachai les mains du gouverneur avec. Ce manque d’attention avait bien failli me coûter la vie. Les soldats se sont rués vers moi, mais Vasco qui par terre, s’était doté d’une arquebuse, tira sur le premier venu. Cela coupa l’élan des deux autres. Après ce coup de feu, il fallait à tout prix partir, et vite.

Un regard envers Vasco lui fit comprendre qu’il fallait partir par la fenêtre. C’est ce que nous avons fait, nous sautâmes par la fenêtre et nous atterrîmes quelques mètres plus bas dans un tas de sable, quelle chance ! Nous courions très vite, c’est normal quand tout le monde s’écarte. Un soldat portugais, de vadrouille, apparut soudainement, Vasco ne le voyait pas. Celui-ci se faisait cibler par le portugais. J’ai hésité quelques instants puis j’ai abattu le soldat, en tirant un peu n’importe comment. Il me semblait à l’époque que c’était la première fois que je tuais un homme, je le pense encore aujourd’hui, j'étais trop innocent pour tuer des indigènes, même après la mort de mon meilleur ami. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de portugais présent en ville, s’en aller une fois la demeure du gouverneur passée était très facile. En courant, j'ai cru voir Zeeba. J’espérais que la pièce d’or que je lui ai offert lui permettra d’accomplir de grandes choses, même si, au fond de moi, j’aurais pu tout lui offrir.
Une question se posait : Où fallait-il aller, maintenant ?
Chapitre 5
Chapitre 5: La pièce d'or


Il me semble que nous avons passé la nuit dans le désert. Échapper aux portugais n’a pas été de tout repos, heureusement que les villageois ne nous ont pas dérangés. La nuit a été courte, très courte. Nous ne savions pas où aller, retourner au port était presque impossible, et le bateau partait dans six jours. Vasco voulait partir vers l’ouest, joindre la mer Méditerranée, ce qui était tout de même assez loin. Au petit matin, nous entendîmes des bruits de pas, c’était Zeeba. Elle nous dit qu’elle avait été chassée par sa famille et le village, pour trahison envers son peuple et coopération avec l’ennemi. Nous étions bien sûrs qualifiés comme ennemi, désormais. Zeeba parlait d’une tribu à l’est qui pourrait nous accueillir. Il nous restait assez de provisions pour tenir deux jours, si Vasco ne mangeait pas tout bien sûr. La marche a duré longtemps, deux jours et deux nuits. Je commençais à culpabiliser d’être le plus fatigué des trois, c’était comme si Zeeba ne craignait pas la chaleur. En fin d’après-midi, nous arrivâmes à un campement. Tentes, dromadaires, joie de vivre, tout y était. Une personne âgée se présenta comme Ardashir, chef de la tribu de… j’ai oublié le nom, cela n’a pas d’importance. C’était, par la même occasion, un oncle de Zeeba, qui avait fui Ormuz pour profanation, je n’en savais pas plus. Celui-ci apprit la situation dans laquelle nous étions. J'avais l’impression qu’il se méfiait de Vasco, d’ailleurs ce dernier était fasciné par les dromadaires. Ardashir était d’accord pour nous héberger quelques jours, Vasco et moi, contre une pièce d’or. C’était étrange, qu’allait-il faire avec une pièce d’or ? Il ne m’avait pas l’air attiré par l’argent, d’autant plus que je remarquai la bague en émeraude que portait le chef de la tribu.

Après un bon repas, j’étais décidé à aller dormir. Cependant, Vasco m’invita à le rejoindre, près de l’oasis qui se situait à côté du campement. Il me dit qu’il n’avait aucune confiance en Zeeba et à sa tribu. Je lui contredis, je croyais en la gentillesse de Zeeba et de son oncle, comment pouvaient-ils être de mauvaises personnes ? Vasco esquissa un sourire, il me rappela que je n’étais encore qu'un enfant. Il se trompait, cela faisait déjà cinq ans que je me considérais adulte. À ce moment-là j’eus une pensée pour mes parents, est-ce qu’ils s’inquiétaient pour moi ? Je m'étais écarté de Vasco pour dormir un peu plus loin. Je sortis le médaillon de ma botte, je comptais questionner Zeeba et son oncle à propos du temple. Elle ne m’avait pas tout dit, j’en étais convaincu. Le ciel était étoilé, cela me rappelait les longues nuits que je passais avec James sur la Trinidad. J’avais peiné à trouver le sommeil, cette nuit-là.

Je me suis réveillé au petit matin, Vasco semblait déjà levé depuis quelques temps. Depuis l’arrivée à Ormuz, je ne ressentais plus sa joie de vivre, où était-elle passée ? Le déjeuner fut pris dans la tente du chef, les autres habitants n’étaient pas conviés, je ne les avais même pas vus de la matinée. Zeeba était là, elle ne souriait pas, elle semblait triste. À un moment du repas, j’ai décidé de jouer cartes sur table. Je sortis mon médaillon et j'ai demandé à Ardashir s’il avait des informations à ce sujet. L’espace d'un instant, j'ai vu de la lueur dans ses yeux, puis vint un “non” ferme. Vasco me demanda d’où venait ce médaillon, il n’a d’ailleurs pas eu de réponse. L’atmosphère était étrange, Vasco et moi étions gênés. Personne ne parlait, le chef et sa femme buvaient leur soupe, leur enfant me fixait et Zeeba regardait dans le vide. Mon camarade voulait partir, Ardashir refusa sous prétexte que le reste du repas n’était pas encore prêt. J’avais la boule au ventre, j’avais un mauvais pressentiment. J’ai cligné des yeux, puis j’ai senti une lame me frôler le coup. Zeeba releva la tête et murmura quelque chose comme : “Je suis désolée.” Dès lors, j’ai compris qu’elle nous avait trahi. Je m’étais levé pour me retourner, malgré le danger. C’était le gouverneur et sa clique.

Vasco avait raison, il ne fallait pas faire confiance à des inconnus. Le gouverneur s’installa à table, et nous mis au courant des évènements. Zeeba avait été interpellée après son arrestation, elle leur a tout révélé en échange de sa liberté. Bien sûr, elle a été capturée une nouvelle fois après notre fuite d’Ormuz. La coopération était évidente, elle devait nous attirer dans un endroit où nous pourrions dormir. Je regardais le chef Ardashir, il se frottait les mains à l’idée d’obtenir une récompense. Zeeba était au bord des larmes, elle m’inspirait de la pitié. Le gouverneur prit possession de ma bourse. Il remarqua la valeur inestimable de ces pièces. Son regard avide d'or me faisait peur. Je répondis à ses questions, les pièces venaient d’un coffre vraisemblablement européen trouvé sur une île tropicale. La question adressée aux sédentaires restera gravée dans ma mémoire : “A-t-il autre chose qu’il cache ?” Pour moi, ils allaient révéler l’existence du médaillon, caché dans ma botte. Ils ne l’ont pas fait, personne ne l'a fait. C’était la dernière fois que je vis Zeeba, bien des années après, lorsque je suis retourné à Ormuz, j’ai appris qu’elle avait été condamnée à l’exil. En partant et en me retournant une dernière fois, je vis dans le regard d’Ardashir un sentiment de réjouissance. C’était sans doute une haine envers les Européens, ou peut être une haine envers moi ? Le sang froid de Vasco m’impressionnait, il était d’un calme anormal. La marche du retour fut un calvaire, on nous poussait, on nous traînait, tandis que le gouverneur avait droit à un joli dromadaire. Cela a duré environ deux jours, je mourrais de faim.

Nous fûmes amenés à Ormuz, sur le port. La présence d’Espagnols gênait le gouverneur. Celui ci nous libéra, il n’avait rien envers nous -ou presque-. Il a simulé notre mort en tirant des coups de feu en pleine ville. Le petit homme nous dit qu’il ne pouvait pas perdre la confiance des habitants locaux, et que tuer des Espagnols maintenant serait du suicide. Ses excuses me faisaient doucement rigoler, c’étaient des prétextes pour ne pas nous tuer, j’avais bizarrement de la sympathie envers lui. Le navire partait le lendemain, je n’avais plus d’argent, et Vasco non plus. Celui-ci avait hâte de repartir, même si, évidemment, nous repartions bredouille. Avec mes pièces d’or, j’aurais pu faire de grandes choses en Espagne. En marchant sur le port, quelque chose me gênait dans ma botte droite. Je l'ai retirée et là, j’en sortis une pièce d’or. C’était celle que j'avais offerte à Zeeba, comment était-elle arrivée là ? Je ne le saurai jamais. Une pièce d’or, ce n’était rien à côté du coffre que l’on m’avait offert mais cela représentait beaucoup pour moi. Vasco ne l’avait pas vu, cela n’était pas très gentil de ma part, mais je ne lui ai jamais rien dit. Le coucher du soleil était terriblement beau, le ciel brillait d’un rouge écarlate. Assis sur le quai, Vasco se confia à moi. J’ai appris qu’il était sur une des caravelles de Magellan, et que sa mère vivait dans la pauvreté. Son père préférait le Portugal, c’est ainsi. Il a participé à ce voyage afin d’acquérir de l’argent pour sa mère, pour qu'elle possède de meilleurs conditions de vie. J’étais ému, mais mes parents avaient aussi besoin de cette pièce d’or. J’aurais tout donné pour avoir une autre pièce à lui offrir. Il conclut en me disant que j'étais quelqu’un de confiance.

Le bateau qui arriva au petit matin était un navire en fort mauvais état. Certaines planches étaient complètement détruites et l’odeur y était insupportable. Comment ce bateau pouvait-il survivre pendant encore cinq mois ? L’ancre fut jetée rapidement. À bord, personne ne nous parlait, la plupart des personnes était espagnole, j’ai cru apercevoir deux ou trois habitants locaux. Le commerce des épices rapportait énormément. Si nous n’avions pas été embêtés par les portugais, nous aurions peut-être pu faire fortune, qui sait ? Quoiqu’il en soit, après quelques jours de traversée, un ordre fut donné : se diriger vers les côtes de l’Afrique. Le navire était trop usé pour continuer. Tous les marins à bord étaient révoltés, j’avais peur qu’une mutinerie éclate. Un soir, un marin s’est fait abattre pour tentative d’agression sur le capitaine. Cela m’a effrayé ! Le navire était au bord de sombrer lorsque nous avons débarqué sur des terres que je ne connaissais pas. D’après certains marins, c’étaient des terres éthiopiennes, des terres convoitées par les portugais. Le capitaine du navire avait sa garde rapprochée, quelle idée de prendre la mer avec un bateau en piteux état ! Je ne donne pas cher de sa peau. Vasco et moi étions partis seuls, en terre inconnue. Nous avions refusé certains marins qui voulaient se joigner à nous, par peur de l’inconnu, sûrement.
Chapitre 6
Chapitre 6: Survivre

Ce n’étaient que des terres arides, il faisait très chaud et nous n’avions pas de nourriture. L’après midi du naufrage, nous étions encore à proximité de l’équipage. Ils transportaient des grosses caisses et tonneaux. Il fallait leur en prendre sans qu’ils s’en aperçoivent. L’équipage, composé au départ d’une cinquantaine de personnes, s'était scindé en plusieurs groupes. Un groupe, appelé les rebelles, étaient partis dès le naufrage. Un second groupe, étaient toujours là, sur la plage, ils étaient une vingtaine. Le dernier groupe était le groupe du capitaine et de ses amis. La nourriture lui était réservée, il fallait donc convaincre le groupe qui était sur la plage de se rallier à nous. Vasco eut une idée : intégrer le groupe des vingt et voler les provisions du groupe du capitaine. C’était le seul moyen pour que nous survivons. Après un bref moment d’hésitation, j’approuvai, nous n’avions pas le choix. Vasco partit parler au chef du groupe, il s’appelait Torres. C’était un homme robuste, grand et fort, mais il avait surtout le sens de la négociation. Il était d’accord pour se rebeller contre l’escouade du capitaine, mais par la force. Vasco revint après cela, il me dit que prendre part au combat qui surviendrait le soir même serait inutile, le groupe de Torres étant en supériorité numérique. En attendant le soir, Vasco et moi attendions couché derrière des pierres quelques centaines de pas derrière.

Le soir venu, à la tombée de la nuit, des coups de feu éclatèrent. Au bout de quelques minutes, nous décidâmes de sortir de notre cachette. Le groupe du capitaine était entièrement décimé. Parmi la vingtaine de marins qui accompagnaient Torres, seuls cinq ont survécus. Torres était gravement blessé, nous n’avions pas les moyens de l’aider. Nous profitâmes du manque d’attention des marins pour voler une caisse et un tonneau. C’était lourd, très lourd. Au bout de quelques dizaines de secondes, ils se sont retournés, et ont compris que nous nous étions servis d’eux. Les quatre naufragés arrivèrent en courant, j’avais déjà dégainé mon épée. Je ne savais pas très bien la manier, et encore moins pour tuer. Un marin s’engagea en duel contre moi. Je n’avais pas le temps je devais le battre rapidement car Vasco voyait les trois autres se déplacer vers lui. L’homme me fit tomber au sol, sur le point de m'achever, je lui lançai une poignée de sable dans les yeux. Je ne vous passe pas les détails sur ce qu’il s’est passé quelques instants après. Vasco était en difficulté et j’avais récupéré les deux épées. Deux hommes, voyant que j’avais tué leur camarade, se ruèrent vers moi. J’étais fatigué, ils avaient plus de force que moi. Vasco arriva à temps pour me sauver de la mort. Il s’engagea contre les deux marins restants, et avec un talent de manier l’épée que je n’avais jamais vu, il les terrassa. C'était un autre homme.

Nous passâmes la nuit à manger au coin d’un feu que nous avions difficilement allumé. Nous nous étions installé bien plus loin que la plage désormais tachée de sang. Mais que fallait-il faire désormais ? Au nord, c'était l’inconnu. Au sud, c’était l’inconnu, des territoires sans règles. Nous avons opté pour la première solution, en espérant survivre, bien sûr. A l’aube, Vasco me réveilla. Je m’étais endormi quelques heures. Il me dit qu’il fallait retrouver le groupe des rebelles, composé d’une vingtaine de personne, c’était notre seul espoir pour survivre. Malheureusement, je ne connaissais pas ce pays inconnu de tous, ni même les habitants qui pouvaient y vivre. Nous prîmes deux sacs de vivres, et partîmes vers l’ouest, car avec un peu de chances, nous aurions pu y trouver des habitants. Je me rappelle avoir marché quelques heures, sous un soleil infernal. Sur le chemin, je me souviens qu’il a plu, quel étrange temps en ce mois d’octobre. Il nous fallait impérativement rejoindre le groupe parti au naufrage de la caravelle, il y avait Domingo, un vétéran qui avait exploré de nombreuses terres de ce continent. Ce bougre aux cheveux gris avait un don pour se repérer où qu’il se trouvait sur terre.

Au bout de ces quelques heures, nous avons aperçu ce qui semblait être du tissu déchiré. Vasco était formel, ce tissu appartenait à la cape de Domingo, une grande cape noire. Au moins, nous étions sur le bon chemin, désertique et aride, malgré les rares précipitations. Puis, nous escaladâmes un petit mont, haut d’environ quatre cordes, qui s’étalait sur quelques milles. Vasco m’aida beaucoup lors de cette escalade, malgré son corps frêle, il était très agile et avait l’habitude des situations risquées. Nous fûmes ensuite ébahi par la beauté du paysage. Un village ici ? Des terres arides, craquelées, qui aurait pu croire qu’une tribu aurait pu vivre ici ? Le mystérieux village habitait des hommes et des femmes à la peau noire, ils nous avaient l’air pacifiques. Mais quelle étrange langue parlaient-ils ? A l’instant où ils nous ont vus, ils nous conduisirent dans une incroyable demeure faite en sable, dur et sec. Un vieil homme était installé au bout d’une grande table, il semblait être aveugle. Soudainement, Domingo sortit d’une pièce, le sourire au lèvre. Vasco fut très heureux de le retrouver, et lui apprit aussitôt les mésaventures qui nous étaient arrivées. Le groupe des rebelles, quant à lui, était parti vers l’ouest, mais à la vue de ces hommes à la peau noir qu’ils considéraient comme des animaux, ils abandonnèrent Domingo. Ce dernier s’installa à table et nous parla pendant, je crois, une heure. La tribu ici présente est appelée les Somalis, ils sont exclus du reste de la population, appartenant au sultanat d’Adal. Depuis plusieurs années, les Portugais essaient de s’installer sur cette côte, mais ils sont repoussés par les Somalis. Domingo nous parla de sa soif d’aventures et de connaissances, il avait entendu parler du Sultan qui régnait non loin d’ici : il voulait aller le rencontrer. Vasco et moi étions perdus, l’objectif initial était de se renseigner sur mon médaillon à Ormuz, pas de passer le bonjour au Sultan du coin. Domingo était notre seul espoir de survivre, car c’était un homme très intelligent, mais aussi manipulateur et hypocrite, malgré ses nombreux sourires. Je me demande comment Vasco le connaissait aussi bien, il m’en dressa un portrait élogieux de ce cinquantenaire, ancien camarade de Christophe Colomb à bord de la Santa Maria. Nous passâmes quelques jours à Bereeda, ce petit village agréable. Le vieux doyen aveugle était en réalité un vieil ami de Domingo, mais je n’y ai jamais cru, le monde pourrait-il être aussi petit que cela ? Vasco avait hâte de partir vers Harar, notre prochaine destination, qui se trouvait plutôt loin. Je ne partageais pas son avis, en fait, je ne comprenais pas le but de ce voyage. Lorsque j’ai demandé à Domingo, il m’a tout simplement répondu : “Mon petit Mendoza, tu crois vraiment que nous allons à Harar pour observer le paysage ?”. Ce voyage me semblait très risqué, jusqu’à ce que le vieil aveugle nous présente Abbad, un imposant homme qui affichait aucune expression sur son visage. Il connaissait parfaitement la région et servait d’espion pour le compte des Somalis. Comment cet homme pouvait-il être trahir les siens, d’Adal, pour l’ennemi ? Peu importe tant qu’il nous aidait, pour accomplir la mystérieuse tâche de Domingo. Plus que jamais, je voulais rentrer à la maison, à Barcelone, parti à cause d’un médaillon. La route était encore longue pour revenir chez moi, mais le sentiment d’aventure me remplissait de joie, à l’idée de découvrir des terres inconnues. Durant notre dernière nuit à Bereeda, une tempête de sable se leva..
Dernière modification par Cortes le 13 juin 2017, 17:00, modifié 14 fois.
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Re: La vie d'un explorateur

Message par Cortes » 02 nov. 2016, 19:57

Voici le prologue de ma nouvelle fic, je pourrais le modifier si j'ai oublié certaines choses, voire même en rajouter.

> Mendoza a 28 ans en 1532 selon les informations du "dvd", ce n'est pas sûr mais je me suis basé là dessus.
> Bien évidemment j'ai tout inventé, à part la dernière phrase, ainsi que les personnes célèbres ! :D
> Juan Carlos, parce que je trouve ça drôle !

Et dites moi comment centrer et faire des alinéas svp , ça ne marche pas ! x_x
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Re: La vie d'un explorateur

Message par Raang » 02 nov. 2016, 19:58

Simple. Bien écrit. Intéressant
C'est tout ce que je voulais dire. Bon travail ;-)
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Re: La vie d'un explorateur

Message par TEEGER59 » 02 nov. 2016, 19:59

Excellent! Je suis fan...J'ai hâte de lire la suite...Bonne idée de raconter cette histoire du point de vue de Mendoza.
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!

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Re: La vie d'un explorateur

Message par Raang » 02 nov. 2016, 20:00

On ne peut pas centre et faire des alinéas sur le forum, j'ai cherché, désolé
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Re: La vie d'un explorateur

Message par TEEGER59 » 02 nov. 2016, 20:01

Cortes a écrit : > Juan Carlos, parce que je trouve ça drôle !
Et :Esteban: , c'est pas mieux. Francisé, ça donne Etienne! x-)
:Laguerra: : AH! Comme on se retrouve!
:Mendoza: : Ma première leçon ne t'a pas SUFFIT?
:Laguerra: : Cette fois, tu ne t'en sortiras pas si FACILEMENT!

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Re: La vie d'un explorateur

Message par Cortes » 02 nov. 2016, 20:04

Merci pour vos avis ! :D

Raaang > C'est embêtant.. question mise en forme, c'est pas joli du coup...

TEEGER > Je préfère Esteban tout à coup !
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Re: La vie d'un explorateur

Message par Raang » 02 nov. 2016, 20:06

C'est sur, moi aussi j'aime bien que tout est centré, mais c'est qu'un détail qui enlève rien à la qualité du texte
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Re: La vie d'un explorateur

Message par ppgg88 » 02 nov. 2016, 20:20

le début est pas mal et selon mes source l'age de Mendoza est juste
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Re: La vie d'un explorateur

Message par Haokah » 02 nov. 2016, 20:51

Bien belle entrée en matière, Cortès.
Quelle bonne idée que ce récit à la première personne, ça offre une mise en perspective intéressante.

Pour moi, Mendoza est plus âgé : je ne lui donne pas 28 ans dans la saison 1 (même si c'est son âge "officiel"). Plutôt 30/35ans, au vu de sa prestance et de sa maturité...
Et sinon, tu as piqué ma curiosité : c'est qui, ce "James" ?
" Sacrebleu ! Un peu de fantaisie, mon garçon ! "
............°°° MIRA BILITAS NATURAE °°°............
MCO1 : 19/20 ... MCO2 : 10/20 ... MCO3 : 15/20

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